INTRODUCTION. POISSONS. PISCICULTURE. LXVU
C’est ainsi que la Suisse a conclu des conventions : avec l’Italie, pour les poissons du Tessin, en février 1883 ; avec la France, pour le Léman, le Rhône, PArve et le Doubs, en décembre 1882 et septembre 1888 ; avec l’Allemagne et les Pays-Bas, pour la pêche du Saumon dans le bassin du Rhin, en juin 1886; et avec le duché de Bade et l’Alsace-Lorraine, pour la pêche du Rhin et de ses affluents, le lac de Constance y compris, en octobre 1887.
La consommation et le commerce allant toujours croissant, le besoin s’est bientôt fait sentir d’obvier au dépeuplement par la multiplication artificielle et la création sur divers points d’établissements de pisciculture plus ou moins dépendants de l’État.
A l’imitation de ce qui se faisait depuis quelques années en d’autres pays, plus particulièrement à Huningue sur sa frontière, et en Amérique, où cette pratique a pris actuellement un si grand développement, la Suisse s’efforce de rendre à ses eaux, par la fécondation artificielle de ses poissons propres et l’introduction de nouvelles espèces, ce qu’elles perdent chaque année de leurs habitants les plus précieux. Depuis la création dn premier établissement de pisciculture, en 1854, à Meilen dans le canton de Zurich, semblables institutions se sont peu à à peu multipliées dans les diverses parties du pays; si bien qu’à la fin de 1889, en trente-six ans, 95 établissements, plus ou moins subventionnés par l’État, ont été fondés dans les divers cantons de la Suisse, à l’exception des deux Appenzell et du Valais. Ces vingt-deux cantons, avec une production croissante, sont arrivés à mettre à l’eau, dans le pays, le total respectable de 52,291,000 petits alevins de diverses espèces de poissons suisses et
étrangers : 1,505,000 en 1878, jusqu’à 12,208,000 en
La plus forte proportion, plus de 70 °/0 de cette production concerne les Saumon , Truite et Omble , ainsi que les bâtards artificiels des deux premiers ; puis viennent les Ombres (Æsclie) et les Corégones, avec 25 °/0 environ. Le reste comprend soit divers poissons de moindre valeur, soit quelques espèces carnivores, Mïcroptère d’Amérique et surtout Sandre du Danube, dont on eut mieux fait à mon avis de ne pas doter nos eaux.
Ces millions de petits poissons ne peuvent manquer de contribuer d’une manière efficace à combler les vides opérés annuellement dans les eaux de nos divers bassins ; cependant, il semble que l’on devrait s’attacher de préférence à la reproduction des espèces les moins dangereuses pour les voisins et qui ont le plus de chance de reproduire abondamment dans nos conditions. La multiplication de nos Salmonidés indigènes pures me paraît aussi devoir assurer toujours de plus heureux résultats que celle de bâtards, dont les facultés reproductrices varient beaucoup avec les circonstances, et d’espèces exotiques dont la réussite est nécessairement problématique, à part peutêtre certains Ombles américains qui semblent peu exigeants quant aux conditions d’habitat.
Les espèces ou variétés étrangères importées, en diverses proportions, dans les eaux suisses ces dernières années sont principalement les suivantes, pour lesquelles je renvoie aux articles y relatifs, dans les parties I et II de ce travail (Vol. IV et Y, et appendice) :
Æcroptems Dolomieu, d’Amérique.
Lucxoperca Sandra, du Danube.
Garassius auratus, de Chine.