C0B1TIS TÆNIA
assez espacées , surtout sur la branche pointue ; la plus grande vers le milieu (Voy. PI. IV, tig. 2). — Pas de meule osseuse.
Nageoires : dorsale naissant sensiblement en avant de la moitié de la longueur totale, médiocrement déclive et un peu convexe sur la tranche; sa hauteur au premier rayon divisé presque égale à l’élévation du corps ; la base a peu près 3/4 de la hauteur. Trois rayons simples et sept, plus rarement huit divisés. — Anale naissant bien en arrière de la dorsale couchée, arrondie sur la tranche et mesurant en hauteur et longueur à peu près les */3 ou les s/4 de la dorsale. Deux à trois rayons simples et cinq divisés. — Ventrales implantées sous le premier ou le second divisé de la dorsale, subarrondies et volontiers légèrement plus grandes que l’anale ; avec deux rayons simples et cinq à six divisés.
Pectorales très réversibles, triangulaires et subconvexes, un peu plus courtes que la dorsale chez la femelle, au moinségales à celle-ci chez le mâle. Un rayon simple et six à huit divisés. — Le premier divisé, le plus long, fortement renflé chez le mâle, avec des articulations très saillantes et ses deux branches souvent soudées jusqu’au bout. Ce même rayon portant, sur le tiers inférieur de son côté postérieur, à la face interne de la nageoire, une sorte de palette cartilagineuse arrondie en forme de squame, assez épaisse et mesurant au moins le diamètre de l’œil (Voy. PL IV, tig. 4).
En signalant le développement du premier divisé pectoral chez le mâle de la C. tænia, en Italie, Canestrini ajoute que Bonizzi aurait parfois trouvé une excroissance latérale dudit rayon, mais tout à fait rudimentaire, chez de vieilles femelles '. Le fait n’est pas si rare; car j’ai trouvé moi-même, chez la G tænia du Tessin, plusieurs femelles qui portaient au rayon en question, pas particulièrement gonflé, une palette latérale moitié environ de celle du mâle ; et ces femelles adultes n’en portaient pas moins une foule d’œufs parfaitement mûrs et développés.
Quoique plus fréquente et plus accentuée chez le mâle,
1 Fauna italica, part. III, p. 20 et 21, fig. 2.
la palette pectorale squamiforme ne serait donc pas le propre exclusif de celui-ci : tandis que le gonflement très accusé du rayon constituerait plutôt un véritable caractère sexuel, analogue, du reste, à celui que j’ai décrit chez le M.fossüis et que j’ai signalé chez la plupart de nos Cypriuides.
Caudale à ,peu près égale en longueur à la hauteur du corps, soit légèrement plus courte que la tête, un peu convexe ou presque droite sur la tranche, avec quinze à seize rayons principaux, treize ou plus souvent quatorze divisés et un grand simple de chaque côté, appuyé à la base par de petits rayons décroissants en nombre moindre que chez le M. fossüis.
Écailles très petites sur tout le corps, plus ou moins noyées dans la peau, un peu imbriquées sur les flancs, peu ou pas imbriquées sous le ventre. Une squame prise sur les côtés, vers le milieu du corps, subarrondie avec des stries concentriques et de nombreux rayons autour d’un espace central généralement assez vague, d’une surface en tout à peu près égale à Va ou 7* de celle de la pupille, soit mesurant au plus V2mm de diamètre, chez un individu de 0“,094 de long (Voy. PI. IV, fig. 5). — La ligne latérale composée de petits tubes membraneux, sans écailles, s’étendant rarement au delà du premier tiers ou de la moitié des pectorales.
Coloration des faces supérieures d’un gris jaunâtre ou blonde et plus ou moins foncée, tantôt avec des bandes transversales d’un gris verdâtre foncé, sur le dos, et de petites macules brunes entre celles-ci; tantôt avec des taches brunes allongées plus ou moins éparses ou disposées en lignes longitudinales, et des points noirâtres et gris entremêlés. Une ligne jaunâtre longitudinale plus claire sur les flancs, et au-dessous de celleci, de grandes taches ovales ou subcarrées variant en nombre de 10 à 16 ou 17 et parfois plus, brunes ou plus souvent d’un noir d’encre de Chine, formées de nombreux petits points noirs serrés et souvent plus ou moins reliées entre elles par un trait grisâtre, sur fond jaunâtre. Bas des flancs jaunâtre; ventre jaunâtre ou d’un blanc jaunâtre. Tête également grise ou blonde, mais généralement plus pâle que le tronc et tachetée, avec un trait noirâtre assez constant
COBITIS TÆNIA.
entre le bout du museau et l’œil; parfois aussi une ou deux macules plus grosses que les autres en arrière de celui-ci. Opercule volontiers à reflets dorés. Iris doré. — Nageoires inférieures, suivant la saison, plus ou moins teintées de rosâtre ; dorsale grisâtre, avec des macules noirâtres disposées transversalement en trois ou quatre lignes parallèles ; caudale mélangée de gris et de rougeâtre, avec deux, plus rarement une ou trois taches noires ou noirâtres à la base, plus trois h cinq ou six lignes transverses parallèles de petites macules noirâtres (Voy. vol. VI, pl. VI, fig. 2).
Dimensions : le plus grand individu du Tessin que j’aie examiné (lac de Lugano) mesurait 0m,100 de longueur totale; le plus fort mesuré par Canestrini, (Prosp. crit.), égalait 0m, 098 ; de Siebold cite quatre pouces comme limite extrême; Heckel et Kner donnent 2 V2 pouces comme maximum pour la C. tœnia (plus du double pour leur (7. elongata *).
Mâles moins nombreux que les femelles et généralement bien plus petits, avec un aiguillon sous-orbitaire un peu plus fort, ainsi qu’un premier rayon divisé pectoral plus épais présentant une palette squamiforme plus constante et plus développée.
Vertèbres au nombre de 40 à 42 1 2. — Tube digestif quasi droit. — Pas de pseudobranchies. — Vessie aérienne très petite, antérieure, ovale, transverse et enveloppée dans une capsule osseuse simple; s’ouvrant, sous la peau, par une petite fente allongée, sous la partie antérieure de la ligne latérale, au-dessus du quart basilaire des pectorales, au fond du sillon compris entre les faisceaux musculaires supérieurs et inférieurs. — Ovaire simple; testicules doubles.
Cette espèce, que nous avons dit varier assez quant aux proportions, aussi bien qu’eu égard à la coloration fondamentale de sa robe ou à la forme et au nombre de ses taches ornemen-
1 La Cobitis elongata de Hcckel et Kner, qui paraît n’être qu’une variété de notre G. tœnia , atteindrait, en effet, suivant ces auteurs, jusqu’à 6 pouces, dans les environs d’Idria en Carinthie.
2 Selon Canestrini : Prosp. critico, p. 102.
taies, a donné lieu à la création de quelques soi-disant espèces locales qui, dans différentes conditions, affichent plus ou moins tel ou tel caractère particulier. Ainsi la Cobitis elongata de Heckei et Kner qui, avec une taille supérieure à la moyenne, présente des formes générales plus effilées et volontiers un aiguillon sous-orbital moins développé, serait une forme propre à la Carinthie. Les chiffres comparés des rayons à la caudale donnés par ces auteurs : 13 à C. tœnia, 16 à C. elongata, n’ont pas l’importance qu’ils semblent avoir d’abord, car j’ai compté chez la C. tamia du Tessin de 14 à 16 rayons principaux à cette nageoire, et Canestrini a trouvé le minimum 13 en Italie. — La Cobiiis larvata de De Filippi, affirmée par Canestrini qui lui voit, avec une livrée un peu différente, des dents pharyngiennes au nombre réduit de 6, et de 11-12 rayons à la caudale seulement, serait aussi une variété de la G tœnia, dans le Piémont. La ligne brune continue des flancs, qui devrait caractériser l’espèce, me paraît plus ou moins remplacée quelquefois par des taches successives très rapprochées; c’est ainsi que j’ai compté vingt macules bien distinctes, chez un jeune individu. Le nombre réduit des dents me semble perdre aussi beaucoup de son importance vis-à-vis de la variabilité de ces organes dans les deux formes. Enfin, j’ai compté jusqu’à 14 et 15 rayons à la caudale chez deux C. larvata d’Italie, autrement répondant à la description de cette Cobite par Canestrini.
La Cob. tœnia^ se présente encore quelquefois avec deux bandes brunes continues sur les flancs, qui lui ont valu, de la part de l’auteur du JProspet, critico, le nom de Yarietas büineata.
La petite Loche de la Moselle et de la Meuse, décrite par Holandre dans sa Faune de la Moselle, sous le nom de Cobitis spilura, avec deux taches à la base de la caudale et 16 à 18 latérales, répond tout à fait à la caractéristique de notre Cobitis tœnia.
La Loche de rivière est assez répandue en Europe, depuis l’Italie au sud, jusqu’en Suède au nord ; en Autriche, en France et en diverses parties de l’Allemagne, dans les lacs et les rivières. Bien qu’elle ait été citée par Hartmann dans le Rhin à Bâle et dans le lac Léman près de Vevey, il m’a été impossible de la
COBITIS TÆNIA.
trouver ailleurs, en Suisse, qu’au sud des Alpes, dans les lacs et quelques cours d’eau du canton du Tessin : lacs Majeur et de Lugano; rivières Tessin, Maggia, Tresa, Vedeggio, etc., où elle semble rechercher de préférence les fonds graveleux, sablonneux ou même vaseux.
La citation de Hartmann relative à la présence de cette espèce dans le Rhin suisse doit reposer sur une erreur, Car Leuthuer \ qui a collecté et bien étudié les poissons du Rhin à Bâle, n’a pas pu, plus que moi, se procurer ni un individu, ni la moindre donnée qui puisse s’y rapporter. Quant à la prétendue présence de ce poisson dans le lac Léman, entre Cully et Vevey, elle est due simplement au fait qiie Hartmann s’est refié sur le dire de Razoumowsky 1 2, et que celui-ci a attribué à tort le nom et quelques caractères de la C\ tænia, h la Loche franche, N. barbatulus, qu’il omet de signaler et qui abonde dans la localité en question.
Je n’ai pas du reste eu trace de succès, en cherchant avec soin cette Loche dans les parages indiqués pour le Léman. Ogérien 3 et Olivier 4 la citent tous deux dans le Doubs. D’après les renseignements que j’ai pu obtenir, il paraît douteux qu’elle se trouve dans la partie suisse de cette rivière.
Ce petit poisson semble se nourrir principalement de vers et de larves d’insectes ; on le trouve tantôt caché entre les pierres, tantôt appliqué immobile sur la vase, voire même plus ou moins enfoui dans celle-ci. Ses mouvements sont rapides et saccadés. J’ai pêché souvent cette jolie Loche à la fourchette, non loin des quais de Lugano, à une profondeur moyenne de trois à cinq pieds d’eau. Son immobilité et sa couleur analogue à celle du fond la rendaient difficile à reconnaître et, si le coup de fourchette était mal dirigé, il était malaisé de retrouver le petit animal qui, en fuyant, ne manquait pas de troubler l’eau en remuant la vase autour de lui. Quelques auteurs ont entendu ce poisson produire un léger son, comme un petit cri; j’ai, quant à moi, été surtout frappé de l’adresse avec laquelle, en se
1 Mittelrheinisclie Fischfauna, 1877, p. 17.
2 Hist. Nat. du Jorat, 1789, p. 127.
3 Hist. Nat. du Jura, III, p. 363.
4 Faune du Doubs, 1883, p. 53.
tordant entre les dents de la fourchette, il distribue, de droite et de gauche, des coups de son aiguillon suborbital à la main qui veut le dégager. Cette espèce ne fait du reste pas l’objet d’une pêche spéciale.
Plusieurs auteurs placent en avril et mai l’époque de la reproduction de la Loche de rivière ; toutefois, il m’a semblé que le frai de la C. tænia dans le Tessin ne devait guère commencer que vers la fin de juin, pour se poursuivre jusqu’au milieu de juillet, peut-être même jusqu’en août; toutes les femelles que j’ai capturées entre le 27 juin et le 3 juillet, dans le lac de Lugano, étaient gonflées d’œufs bien développés. Les œufs mûrs sont assez gros et par le fait en nombre relativement peu élevé ; plusieurs mesuraient de 1 */* à 11 2/3 millimètre environ. J’ai dit que les mâles étaient généralement plus petits et bien moins abondants que les femelles.
De Siebold a observé chez la C. tænici le même phénomène de respiration supplémentaire intestinale qui a été signalé chez le M. fossïlis, quand, pour une raison ou une autre, l’eau manque d’uue dose suffisante d’oxygène.
On a trouvé chez ce petit poisson quelques espèces d’ Helminthes parasites h
Genre III. LOCHE
NEMACHILUS, Van Hasselt 2.
Six barbillons , à la lèvre supérieure seulement : trois de chaque côté . Pas d’épine sous-orbitaire érectile . Corps médiocrement allongé , plus ou moins subcylindrique en avant . Ecailles petites , plus ou moins distinctes. Nageoire
1 Ecliin orhynchus clavœceps (Zeder) , dans l’intestin: — Distomum transversale (Êud.jJ dans l’estomac; — Ligula digramma (Crépi.), dans la cavité abdominale; L. monogramma (Crépi.), cavité abdominale ; — Garyophyllœus mutabilis (Rud.), dans l’intestin.
2 Algem. Konst. en Letterb. II, 1823, p. 133.
NEMACHILUS BARBATULUS.
dorsale en face des ventrales. Caudale plus ou moins convexe, tronquée ou même échancrée. Vessie aérienne enveloppée dans une capside osseuse.
L’auteur du Catal. of Fislies, qui reconnaît trente-sept espèces dans ce genre ’ , répartit celles-ci dans différents petits groupes, suivant qu’elles ont plus ou moins de douze rayons à la dorsale, les taches de leur robe distribuées de telle ou telle manière, et la caudale convexe, droite ou échancrée.
La très grande majorité des représentants de ce genre habite l’Asie ; un seul, le Nemachilus barbatulus, est assez répandu en Suisse et dans les eaux douces de l’Europe.