‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 54 sur 144 · LE CORÉGONE DE WARTMANN · texte numérisé non relu

LE CORÉGONE DE WARTMANN

Renke

COREGONUS WARTMANNI, Bloch.

Branchiospiues assez longues et nombreuses, grêles et serrées . Mâchoires égales ou quasi-égales. Intermaxillaire déclive du haut en bas ou vertical, peu ou médiocrement élevé. Bouche terminale ou quasi-terminale. Maxillaire supérieur parvenant sous le bord antérieur de Vœil.

Corps plus ou moins élancé ou médiocrement élevé; pédicule caudal relativement allongé. Tête plus ou moins forte, quoique moyenne dam le genre; museau conique, plus ou moins acuminé, parfois un peu pincé en dessous . Œil moyen. Ecailles moyennes. Caudale profondément écliancrée, à lobes aigus; dorsale moyenne, médiocrement déclive ; nageoires paires moyennes ou plutôt courtes, les pectorales généralement assez étroites et acuminées. — Taille, moyenne dans le genre. — Vertèbres : 60 — 63.

Formules : Voir les diagnoses des diverses sous-espèces.

Salmo Lavaretus, Linné, Syst. nat. éd. 12, p. 152 ( partim ).

» Wartmanni, Bloch, Fisclie Deutschl. III, p. 165, Taf. 105 {part.). — Schrank , Fauna Boica, p. 324 (part.). — Hartmann , Helv. Ichthyol. p. 154. — Nenning, Fische des Bodensees, p. 22.

» Renke, Schrank , Sclirif. Berlin. Gesell. nat. Freunde, IV, p. 427 (part.).

» Maræna, Hartmann (min. pars), Helv. Ichthyol. p. 139. — Steinniüller , Fisclie im Wallensee, N. alpina, II, p. 338 (part.). Coregonus Wartmanni, Schinz, Fauna Helvetica, p. 163 (paya.). Europ.

Fauna, II, p. 354 (part.). — Heckel , Sitzgsb. Akad. Wiss. Wien, 1851, VIII, p. 375 (part*). — Rapp , Fische des Bodensees, p. 12, pl. I. — Heckel et Kher, Süsswassertische, p. 235 (part.). — Jàchel, Fische Bayerns, p. 75. — Siebold , Süss-

1 Le nom allemand Renke attribué par quelques auteurs au G. W artmanni et à quelques formes voisines, n’est pas ici parfaitement juste, en ce sens qu’il s’applique aussi à des formes qui doivent être rapprochées plutôt de celles de notre Balleus ; je ne l’emploie donc qu’à défaut d’un autre et parce que de Siebold a cru devoir le conserver.

wasserfische, p. 242- (part.). — Günther , Catal. of Fishes, VI, p. 187 (part.). — Klunsinger, Fische in Wtirttemberg ; Wtirt. nat. Jahresh, 1881, p. 254. — Nüssiin, Coregonus Arten des Bodensees; Zool. Anzeiger, 1882, n° 104.

Coregonus Lavaretus, Cuv. et Val., XXI, p. 460, pl. 627 (part.). — Blanchard, Poissons de France, p. 425, fig. 109 (part.). — Moreau , Hist. nat. des Poissons de France, III, p. 546 (part.).

Les Coregonus Nilssonii (Cuv. et Val.) de Suède et Norwège, et — Cor. generosus (Peters) de Prusse, devraient peut-être rentrer aussi dans la synonymie de notre Wartmanni , h titre de sous-espèces géographiques.

Noms vulgaires : voir aux diverses sous-espèces.

Notre C. Wartmanni , qui n’a jamais été bien décrit que dans sa forme propre au lac de Constance, est représenté, sous des aspects divers, dans huit sur seize des lacs suisses actuellement habités par des Corégones, peut-être même dans dix, si l’on peut compter comme tels certains sujets peut-être bâtards dont il sera parlé plus loin à propos du Confiims \ Quelques-unes de ses races ou sous-espèces, résultant d’habitats différents, ont été déjà rapprochées, a priori ou sans discussion, du Blaufelchen de Constance; d’autres ont été jusqu’ici méconnues ou confondues avec les représentants d’espèces différentes.

Nous verrons, dans la description circonstanciée de nos diverses sous-espèces, les dissemblances morphologiques, voire même anatomiques, que des conditions de vie différentes ont graduellement établies entre elles. Voyons en peu de mots quels détails peuvent être maintenant ajoutés, d’une manière générale, aux quelques caractères principaux esquissés dans la diagnose cidessus.

A côté de proportions plus ou moins élancées du corps et du pédicule caudal, et de formes plus ou moins coniques de la tête, on peut remarquer aussi, dans différentes conditions, des dispositions un peu différentes de la bouche, plus ou moins terminale, et des dimensions relatives diverses, soit de l’œil et de l’opercule,

1 Dans onze lacs même, si l’on croit pouvoir attendre encore quelque heureux résultat de l'importation du Blaufelchen de Constance exécutée par de Filippi, en 1861, dans le lac Majeur.

COREGONUS WARTMANNI. 1 1 1

soit de l’intermaxillaire plus ou moins élevé, soit encore du maxillaire, suivant les cas, plus ou moins droit, arqué ou retroussé. — Certaines sous-espèces, comme le Blaufélclien du lac de Constance, ont la gorge et la mandibule sensiblement pincées en dessous; d’autres, comme les Albock de Tkun et de Zoug, présentent un museau plus épais beaucoup moins comprimé.

Les nageoires, d’ordinaire plutôt courtes et assez acuminées, varient aussi un peu avec les sous-espèces ; la caudale est généralement plus longue que la tête et profondément éckancrée, c’est-à-dire que ses rayons médians égalent au plus 1/3 des grands externes ; cependant elle peut être aussi exceptionnellement, ou un peu moins éckancrée, comme ckez certaines formes alpines, nos Nobüift et Com'paetus par exemple, ou à peu près égale à la tcte seulement, comme ckez certains vieux individus du dernier. Les pectorales à leur tour, sans jamais atteindre, renversées, à l’extrémité du museau, parviennent suivant les cas au bord antérieur de l’œil, à la narine ou, au plus, près de la fente buccale. L’adipeuse est assez généralement plutôt petite ou étroite.

Les écailles, quoique moyennes dans le genre, peuvent varier également dans le nombre comme dans la forme et les proportions. On en compte d’ordinaire de 82 à 92, plus rarement 76 ou 95, sur la ligne latérale, de 9 à 10, plus rarement 8 ou 11 audessus, et 8 ou 9, accidentellement 7 ou 10 au-dessous jusqu’aux ventrales. Une squame médiane latérale présente le plus souvent une surface l/b à '/* de celle de l’œil ckez l’adulte1; cependant on peut trouver aussi des écailles un peu plus fortes, d’une surface, pour la médiane, à peu près V3 de l’œil ckez YAÏbeli- Albock du lac de Zoug, par exemple, qui offre souvent les totaux inférieurs ci-dessus indiqués pour les squames sur la ligne latérale et au-dessus de celle-ci.

Nous verrons que le bleu et le vert bleuâtre dominent dans la

1 Je crois devoir répéter ici que ces rapports de surfaces de l’écaille médiane et de l’œil varient énormément avec l’âge, même jusque chez des individus de même taille dans une seule sous-espèce; qu’on ne peut par conséquent leur attacher d’importance caractéristique que comme moyennes comparatives.

livrée des divers représentants de l’espèce, et que la pigmentation plus ou moins accusée des nageoires paires dépend d’ordinaire de l’âge et des conditions différentes d’existence.

Les dimensions les plus fréquentes du poisson adulte sont généralement moyennes, soit entre celles plus fortes de nos représentants du Schinzii et celles plus petites de VExiguus.

11 n’y a pas jusqu’aux branchiospines et aux vertèbres, qui nous servent de principal critérium dans la distinction des Corégones, qui ne diffèrent également dans une certaine proportion, en affichant plus ou moins les rninima ou les maxima de l’espèce. — Les branchiospines allongées, grêles, relativement nombreuses et serrées, avec de nombreux denticules sur les côtés, sont d’ordinaire, chez nos diverses formes du Wartmanni, portées par un appareil branchial moins large ou moins ouvert que celui des espèces à branchiospines peu nombreuses. Les épines sont le plus souvent au nombre de 33 à 39 sur le premier arc branchial et de 25 à 31 sur le quatrième, les plus grandes ou antérieures médianes étant, vis-à-vis de l’arc qui les porte, d’ordinaire comme 1 : 4 — 4,40, en Suisse; cependant on peut trouver des écarts en dessous comme en dessus de ces limites ordinaires, soit accidentellement chez certains de nos représentants de l’espèce1, soit naturellement chez quelques Corégones du nord très voisins, comme les C. Nilssonii (Cuv. et Yal.) et G. generosus (Peters) 2.

Les vertèbres, jusqu’à celle biseautée qui porte la dernière grande plaque caudale, sont d’ordinaire, dans l’espèce, au nombre de 61 à 63, plus rarement de 60 3, dont 2 cervicales et généralement 36 à 38 costales. Les auteurs qui ont attribué 57, 58 ou 59 vertèbres au G. Wartmanni , doivent avoir examiné de petits individus appartenant probablement à quelque forme de VExiguus volontiers confondu avec les jeunes du premier.

1 Accidentellement 31-32 = 1 : 5 sur le 1er arc, chez le Confusus du lac de Bienne, peut-être bâtard; quelquefois = 1 : 3,80 chez notre Compactus de Zoug (même parfois = 1 : 3,5 chez le Lavaretus du Bourget).

* 40-43 branchiospines sur le 1er arc, chez quelques individus que j’ai eu l’occasion d’examiner des Coregonus Nilssonii de Suède et Norwège, et Cor. generosus de Prusse, comme 1 : 4 — 4,15 chez le premier, comme 1 : 3,45 — 3,50 chez le second.

3 Tout à fait accidentellement 55, chez le Confusus de Morat.

COREGONUS WARTMANNI.

Le nombre des rayons branchiostèges, invoqué souvent comme caractère distinctif des espèces dans le genre, n’a point ici d’importance, çar il varie de 8 à 9 (exceptionnellement ÏO) chez nos divers Corégones suisses, souvent même sur les deux côtés de la tête d’un même individu.

Les jeunes, dans les différentes sous-espèces et suivant les' lacs, se distinguent généralement, à taille égale, des représentants de Y Exiguus par un nombre de vertèbres un peu supérieur, ou par des branchiospines un peu moins effilées, ou par un museau moins gros et moins arrondi, ou par une caudale un peu plus longue, ou par des écailles relativement plus fortes, ou encore par une livrée plus pigmentée. — Ils présentent avec cela, dans chaque sous-espèce, des formes plus effilées que les adultes, un œil plus grand, des écailles relativement plus petites, un museau plus court et, par le fait, un maxillaire parvenant plus loin en arrière, enfin des nageoires moins mâchurées, les pectorales surtout.

Le Cor . Wartmanni varie donc beaucoup avec les conditions d’habitat; si bien que plusieurs des caractères appelés à définir l’ensemble des représentants de l’espèce en Suisse et dans les pays circon voisins, sont plus ou moins élastiques et ne peuvent guère être utilement étudiés que dans le détail des sousespèces.

Ce n’est que par un examen comparatif des différents traits distinctifs d’une forme, à divers âges, que l’on peut arriver à reconnaître et décider si elle doit rentrer dans telle ou telle espèce ou sous-espèce. — Nous verrons comment au nombre des Corégones communément dits Albeli dans plusieurs de nos lacs, il en est qui ^appartiennent pas à l 'Exiguus, mais bien au Wartmanni, et comment certains auteurs, trompés par des modifications de faciès ou d’allures exigées par des conditions d’habitat différentes, ont fait sur divers points des rapprochements aujourd’hui inacceptables. — Le Corégone qui, sous le nom de Renke dans l’Attersee et d’autres lacs en Autriche, a été en bloc rapporté au C Wartmanni par de Siebold, doit rentrer entre autres dans ce cas ; car, d’après les renseignements circonstanciés que m’a aimablement fournis M. H. Dan-

lier, (le Linz ', beaucoup de censées Rerike ne seraient que des formes . déviées ou des variétés du C. Marœna, ou de quelqu’ autre représentant de notre Balleus.

Les caractères biologiques, les allures en temps de frai en particulier, sont aussi sous la dépendance des conditions d’existence et sujets à varier. La plupart de nos représentants suisses du Wartmanni frayent, à distance du rivage, à une profondeur plus ou moins grande ; cependant le Dolosus des lacs de Zurich et de Wallenstadt semble frayer, dans certains cas, moins profondément, et le Lavaret du Bourget en Savoie dépose, comme je l’ai dit, ses œufs au ras du bord sous très peu d’eau, quoique répondant de tous points à la caractéristique du Wartmanni, et quoique rappelant beaucoup notre Blaufelchen (Wart. cœndeus) 1 2.

Comme les Corégones en général, les divers représentants du C. Wartmanni vivent volontiers en nombreuse société, principalement au moment des amours; se nourrissant de vers, d’insectes et de petits mollusques, surtout des divers petits crustacés branchiopodes et entomostracés qui composent la faune pélagique de nos lacs.

Leur chair délicate passe, dans chaque lac, pour bien préférable à celle des autres espèces vivant dans les mêmes eaux; aussi se fait-il de ces poissons une pêche très active et un commerce très étendu. Capturés, le plus souvent, à de grandes profondeurs, au temps du frai, brusquement arrachés alors à une forte pression et lésés par le développement extraordinaire de leur vessie natatoire, ils se prêtent, pour la plupart, moins facilement à la fécondation artificielle que les espèces frayant le long des rives sous très peu d’eau.

Le Lavaret du Bourget, qui fraye au ras du bord, dont la chair est excellente et qui peut atteindre une taille assez res-

1 Lettres et dessins, en date des 25 février et 31 octobre 1885.

2 Ogérien (Hist. Nat. du Jura, III, p. 370) me paraît avoir commis quelque erreur ou confusion, quand il cite : d’abord le Coregonus Wartmanni (Cuv.), puis le Cor. Lavaret us (Cuv.) comme remontant du Rhône dans l’Ain, en France.

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