‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 53 sur 144 · FAI NE DES VERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

FAI NE DES VERTÉBRÉS

plus grands tonds. Il en est même, comme les Palées de Neuchâtel, qui pondent suivant la localité et les circonstances, plus ou moins tôt ou tard, sur le bord ou plus ou moins profondément.

Suivant la profondeur des lacs, ainsi que selon la conformation et le revêtement des rives et du fond, l’espèce ou sous-espèce, frayant plus ou moins loin du bord et de la surface, déposera ses œufs sur le sable, sur le gravier, ou même sur les grosses pierres de la rive (de préférence calcaires), ou plus bas entre les végétaux qui garnissent le Mont ou les Hauts-Monts \ ou plus bas encore sur le limon nu des grands fonds, parfois sous 100 à 200 mètres d’eau. Quelques-uns, comme le Blaufelchen de Constance par exemple, laissent parfois couler leurs œufs de haut, même de la surface, sur les grands fonds, et la fécondation se fait alors entre deux eaux.

L’époque de la ponte semble varier beaucoup plus, avec les espèces et sous-espèces, chez nos Corégones qui frayent au fond que chez ceux qui viennent pour cela le long du bord. L’opération se faisant pour tous de préférence dans l’obscurité, les derniers ne se livrent guère que de nuit, ou dans les soirées suffisamment sombres, à leurs ébats amoureux près des rives. — Le temps de frai varie : pour nos divers Corégones de fond entre juillet et mars, pour nos espèces de bord entre novembre et décembre.

On trouve beaucoup plus de différences entre les époques de frai des espèces dans nos lacs centraux que dans ceux plus éloignés des Alpes à l’est et à l’ouest; dans ces derniers, on en remarque même d’autant plus que leurs deux rives sont servies par des eaux de natures différentes, pluviales ou neigeuses. La ponte s’opérant généralement dans une eau entre 4 */2 et 5 1/a degrés, il est permis de supposer que les divergences entre les époques de frai doivent tenir, en partie au moins, à une question de froid ou de chaud à différentes profondeurs, la température s’égalisant probablement assez vite à la surface dans nos divers bassins à l’approche de l’hiver, et pouvant par contre varier passablement à diverses époques dans les couches plus

1 On entend généralement par Mont la pente plus ou moins rapide qui, plus ou moins loin du bord, fait en général suite à la Beine , prolongation douce de la rive sous Peau. Les Hauts-Monts sont des collines sous-lacustres qui, dans plusieurs de nos lacs : Zurich, Morat, Sempach, Bienne, Neuchâtel, Léman, en particulier, s’élèvent plus ou moins audessus du niveau du fond.

C0RÈG0NES , CARACTÈRES.

profondes de 110s différents lacs, avec la profondeur de ceux-ci et la température des eaux qui les alimentent. VAlbock, YEdelfisch et certains Albeïi qui frayent dans les profondeurs de nos lacs centraux, comme ceux de Thun, Brienz, Zoug et Lucerne, doivent peut-être leurs deux mois d’avance sur la ponte de leurs alliés, le Blaiding de Zurich, le Blaufelclien et le Gangfisch de Constance et la Bondelle de Neuchâtel par exemple, au fait que les eaux tributaires des premiers bassins, plus voisines de leurs sources glaciaires refroidissent plus vite les couches inférieures.

Les modifications que l’inégalité des saisons plus ou moins favorables peut amener annuellement dans le moment et la durée du frai des espèces montrent bien une influence incontestable de la température de l’eau sur le niveau et l’époque de la ponte chez les représentants de nos deux types, Dispersus et Baüeus. Les pécheurs assurent que le Blaufelclien du lac de Constance émet ses œufs, suivant la température de l’eau, plus ou moins près de la surface ou du fond. Les Palées du lac de Neuchâtel, dans le second type, pondent en majorité au bord et en novembre sur la rive nord qui reçoit’ du Jura divers tributaires, tandis qu’elles frayent un mois plus tard, jusqu’en janvier même, sur la rive opposée où les affluents, beaucoup plus rares, amènent des eaux relativement moins froides. Sur les deux côtés du lac, l’époque et la profondeur varieraient du reste passablement avec les années ; sur la rive nord, en particulier, la Palée continuerait à f rayer plus ou moins après novembre, en se retirant graduellement plus près du fond.

Les diverses considérations ci-dessus peuvent expliquer des différences dans l’époque et le niveau de la ponte, chez une même espèce, par des différences dans la configuration d’un lac et la température de ses eaux; cependant, elles ne suffisent pas à nous apprendre pourquoi VAlbock de Thun ou YEdelfisch de Lucerne ne vont pas chercher, en décembre, à la rive, comme la Balche de ces lacs, la température convenable à leur ponte, ou pourquoi la Féra va chercher, au côté savoyard du Léman, des grands fonds, pour y frayer seulement en février et mars, alors que la Gravenche trouve, en décembre, au ras du bord, sur la rive suisse, les conditions qui conviennent à sa reproduction. Il semble qu’il soit dans la tradition de l’espèce de pondre de préférence sur tel ou tel fond ou sous telle ou telle pression; si bien qu’il n’y a pas moyen de refuser h ces diffé-

rences d’allures une certaine valeur caractéristique. Dans les lacs où, grâce à des conditions particulières de configuration, du fond et de température, deux Corégones ayant la même époque de frai sont, comme dans les lacs de Neuchâtel ou de Bienne et dans celui de Zurich surtout, amenés à frayer sur un même point, on voit alors apparaître nombre de formes bâtardes, plus ou moins fécondes, qui embarrassent le diagnostic des espèces mères.

Allures : Les Corégones qui ont donné satisfaction aux exigences de leur multiplication ne se comportent pas tous de même, dans différentes conditions et suivant qu’ils ont frayé au bord ou plus ou moins profondément. Il en est qui 11e quittent guère les grands fonds, comme VEdelfisch de Lucerne ou le Kïlchen de Constance par exemple. D’autres, qui ont frayé au fond, remontent plus ou moins près de la surface pour y chercher pâture et chassent plus ou moins longtemps aux insectes et crustacés, avant de regagner les retraites profondes où l’amour les attend ; c’est ainsi que VAlbock, qui fraye en septembre dans le lac de Thun, descendra déjà en août, tandis que la Fera du Léman, qui pond en février et mars, se laissera pêcher jusqu’en automne. Parmi ceux qui ont frayé près du bord, il en est aussi, comme les Felchen de Constance, que l’on peut atteindre pendant presque toute la belle saison; tandis qu’il en est d’autres, comme plusieurs de nos Balchen, qui disparaissent assez vite après la ponte dans les profondeurs, pour ne remonter ou se rapprocher un peu des rives qu’un moment au printemps ou en été, suivant les circonstances.

C’est, selon les lacs et leurs conditions, ou le réchauffement des couches supérieures qui chasse nos poissons vers les régions plus profondes et plus fraîches, ou le refroidissement momentanément trop grand des couches inférieures qui les pousse vers la surface. Les Palées demeureront, par exemple, plus ou moins longtemps près de la surface ou entre deux eaux, après la ponte, suivant que les tributaires du lac sur la rive nord apporteront plus ou moins d’eau de neige du Jura. Les Corégones semblent aussi, comme les petits crustacés qui leur servent de nourriture, subir un peu, dans leurs allures, l’iiiffuence des variations diurnes et nocturnes.

Dans certains lacs qui ont un haut-mont à une profondeur moyenne, les Corégones de différentes espèces et d’âges divers

CORÉGOÏNES 5 CARACTÈRES.

semblent se donner parfois rendez-vous sur cette montagne sous-lacustre, pour y passer ensemble les chaleurs de l’été. C’est ainsi que, dans le lac de Neuchâtel, on voit successivement arriver, depuis juin, sur la Motte à 15 ou 20 mètres de profondeur environ, d’abord la Bondelle, puis les Potées blanches et noires, jeunes et vieilles, qui y attendent plus ou moins longtemps, à l’abri des températures extrêmes, le moment de rechercher les conditions dans lesquelles le développement des organes de la reproduction doit se faire ou se terminer pour chacune.

Vitalité : C’est à tort que quelques auteurs ont cru pouvoir attacher une importance spécifique au fait que certains Corégones survivent facilement à leur capture et peuvent être conservés plus ou moins longtemps en viviers, tandis que d’autres périssent sitôt hors de l’eau, voire même souvent avant d’être parvenus à la surface. Cette différence apparente de vitalité dépend en majeure partie de la profondeur à laquelle le poisson a été brusquement arraché; la vessie aérienne se distendant énormément sous rinfiuence d’un changement trop brusque de pression et comprimant les différents viscères qu’elle lèse plus ou moins.

Les Corégones, en majorité d’espèces à branchiospines nombreuses, qui pondent dans les grands fonds, arrivent généralement très gonflés, -morts ou mourants, à la surface, lorsqu’on les pèche durant le temps de frai et que, avec le hameçon ou le filet, on les soustrait brusquement à la forte pression sous laquelle ils vivent alors. Il en est, comme le Kildien de Constance, chez lesquels les parois abdominales sont si fortement distendues que les écailles ne se recouvrent plus; d’autres, comme YEdelJisch de Lucerne, sont rigides et dures comme du bois; beaucoup sont follement goitreux, ce qui leur a valu dans divers lacs le nom de Kropfer ou Kroÿflein . Les mêmes poissons, pris dans d’autres circonstances ou plus près de la surface, sont à peine ou pas du tout gonflés. 11 en est du reste de même pour les Corégones, en majorité à branchiospines peu nombreuses, qui frayent au bord; ils sont gonflés et souvent fort malades en arrivant à la surface, quand on les pêche dans de grandes profondeurs en dehors de l’époque du rut; alors qu’ils survivent facilement à leur capture et peuvent être conservés vivants lorsqu’on les prend durant la fraye, ainsi que la Gravenche, les

Sandfélchen et les Balchen. Il n’y a pas jusqu’aux exceptions qui ne continuent ici la règle ; car la Féru du Léman qui pond au fond, comme le Kilchen , parmi les espèces à branchiospin.es peu nombreuses, peut difficilement être conservée vivante prise en temps de frai ; tandis que la Gmvenche du même lac, les Ballen de Baldegg ou de Hallwyl et le Lavaret du Bourget en Savoie peuvent se conserver plus ou moins envie, bien qu’ayant desbranchiospines plus nombreuses, parce qu’ils frayent au ras du bord.

On peut du reste guérir jusqu’à un certain point les individus qui n’ont pas trop souffert, leur conserver au moins la vie pour quelques heures, parfois pour quelques jours, en leur crevant la vessie aérienne au travers de l’anus.

A la différence de vitalité de nos divers Corégones au sortir de l’eau en temps de frai, correspond aussi le fait que les espèces frayant au fond, en majorité à branchiospines nombreuses et chair délicate, se prêtent d’ordinaire moins facilement à la fécondation artificielle que celles qui pondent sur la rive, sous très peu d’eau. Serait-ce que des œufs destinés à se développer sous une forte pression se soumettraient peutêtre plus difficilement à la culture artificielle ; ou bien les ovaires souffrent-ils, comme les laites, de la pression parfois très grande exercée sur eux par.la vessie. Beaucoup de mâles en rut, chez certaines espèces qui frayent profondément, VAlbeli de Zurich et Y Edeljisdi de Lucerne entre autres, arrivent complètement vidés de leur laitance à la surface. Le fait est que la plupart des Corégones livrés au commerce par la pisciculture, aussi bien en Europe qu’en Amérique, sont d’espèces à branchiospines peu nombreuses. La fécondation artificielle des Corégones frayant profondément, bien qu’opérée souvent sans succès, a cependant donné aussi quelquefois d’heureux résultats, surtout avec des espèces pondant, comme le Blaufelclien, à des niveaux variables ; aussi, prenant en considération la supériorité de la chair de ces espèces de fond, serait-il intéressant de pousser les études et les expériences de ce côté. Le Blaufelclien du lac de Constance a pu, comme nous le verrons, être ainsi transplanté dans le lac Majeur, au sud des Alpes; et M. Haack a réussi même la fécondation artificielle plus difficile de YEdéljisdi, il y a quelques années l.

1 M. Haack, directeur de l’établissement de pisciculture à Huningue, par lettre du 20 juin 1885.

COREGONUS — TYPUS DISPERSES.

Jeunes se distinguant généralement des adultes par : un corps plus effilé ou moins voûté; une tête relativement plus forte; un œil plus grand; un museau plus court et arrondi ou plus ramassé, avec un maxillaire plus droit et relativement plus allongé ; des dimensions volontiers moindres des nageoires dorsale et anale, de la première surtout, souvent plus étroite ou plus basse; des écailles de proportions bien plus petites, vis-àvis de la surface de l’œil, plus minces, moins découpées sur les bords, avec des stries concentriques plus espacées et moins nombreuses autour d’un nœud d’ordinaire plus central, celles de la ligne latérale avec un tubule plus court et plus large; enfin, par une pigmentation moins accentuée, des nageoires paires en particulier généralement peu ou pas mâchurées.

Males adultes se différenciant à leur tour des femelles par : un corps volontiers plus élancé: une tête généralement plus grande et un museau plus fort; des nageoires paires, pectorales surtout, souvent plus développées; enfin, durant le temps des. amours, par une livrée plus brillante, ainsi que par des boutons épidermiques plus forts et plus nombreux, et parfois par des tubules plus recourbés sur les écailles de la ligne latérale.

Bâtards : De tous les caractères spécifiques ou subspécifiques ci-dessus discutés, il n’en est point qui résiste aux influences des croisements; aussi, grâce aux bâtards que nous avons dit se former fréquemment dans quelques lacs où les conditions locales entraînent une communauté de date et de lieu de frai, pour des espèces ou sous-espèces différentes, trouve-t-on de flagrantes exceptions aux règles générales, des individus de formes intermédiaires et de nombreux degrés transitoires dans divers caractères.

COREGONUS, I. A, a.

DISPERSUS

Aux caractères que j’ai déjà attribués à l’ensemble des Corégones qui peuvent rentrer dans le cadre de ce premier type ou de cette première espèce mère, comme appartenant, en Europe, à la section A, fraction a, avec mâchoire infé -

rieure égale ou quasi-égale à la supérieure, bouche horizontale, terminale ou quasi-terminale, branchiospines généralement longues et nombreuses , on peut plus spécialement ajouter les quelques traits distinctifs communs suivants, chez lesquels une certaine variabilité laisse encore discerner des différences capables de caractériser diverses espèces géographiques.

IntermaaÀllaire bas ou assez bas, un peu incliné en avant du haut en bas, ou vertical; maxillaire parvenant au moins au bord antérieur de Vœïl; gorge et mandibule parfois un peu pincées ; corps élancé ou médiocrement élevé, avec pédicule caudal relativement allongé ; nageoires moyennes ou plutôt petites, volontiers plus ou moins acuminées ; écailles moyennes ou relativement petites.

Les Corégones européens qui répondent à la double caractéristique ci-dessus et qui, avec certains caractères propres de second ordre, doivent, à titre d’espèces parentes, sp. cognatœ, ou de sous-espèces de l’une de celles-ci, rentrer dans le cadre du Dispersus sont les suivants, dont quelques-uns relèvent du JSalmo Lavaretus de Linné ou du S. Benke de Schrank, dans lesquels ces auteurs comprenaient en même temps diverses formes opposées alors mal définies.

Ce sont les : Coregonus Nüssonii (Cuv. et Val.), de Suède et Norvège; C. Lavaretus (Cuv. et Val.parï.), du. lac du Bourget, Savoie; C. generosus (Peters), de Prusse; C. Steindachneri (Nüsslin), d’Autriche; Sabno Wartmanni (Bloch, part.), C.Marœna, part. C. Wartmanni , C. Marœnula et Aïbula, part . (Hartmann), de Suisse, et C. macrophthalmus (Nüsslin), d’Allemagne et de Suisse. Je ne saurais être aussi affirmatif pour quelques autres très voisins et qui accusent les mêmes caractères extérieurs, mais dont je n’ai pu jusqu’ici étudier les branchiospines, pour les C. clupeoides (Lacep.), de Grande-Bretagne; C. Lace pedii (Parnell), de Suède et d’Ecosse; C. Reisingeri (Cuv. et Val.), de Hongrie; C. megalops (Widegren), de Suède; C. maxillaris (Günther), du lac Wener, Suède, et C. Nordmanni (Mêla), du lac Ladoga, en Finlande. — Enfin, faute de descriptions suffisantes, je ne puis émettre une opinion sur quelques autres espèces de Valenciennes et de Günther qui rappellent plus ou moins les précédentes.

COREGONUS — TYPUS DISPERSES. \ 05

Les espèces qui peuvent être rapprochées, clans la synonymie de notre Dispersas, en Europe, sont donc les suivantes :

Salmo Lavaretüs, Linné , Syst. Nat., éü. 12, p. 512 (part.).

» Wartmànxi, Bloch , Fiscke Deutschl., III, p. 165, Taf. 105 (part.),

et auctorum.

» Renke, Schrank, Sçhrift. Berlin, Gesell. nat. Freunde, IY, 1783, p. 427 (part.).

» Maræna, Hartmann , Helv. Ichthyol, p. 139 (part.).

» Maræncla et Albüla, Hartmann, Helv. Ich., p. 148 et 152 (part.). Coregonus Lavaretüs, Cuv. et Val., XXI, p. 466, pl. 627 (part.).

» Nilssonu, Cuv. et Val., XXI, p. 497, pl. 631.

» gensrosüs, Peters, Monatsb. der K. preuss. Akad. Wiss. Berlin, 1874, p. 790.

» Steindacrneri, Eiisslin, Coreg. Arten. Bodensees, etc. Zool. Anz., 1882, n° 104, p. 38.

» macrophthalmus, Nüsslin , Coreg. Arten... Zool. Anz., 1882, n° 104, p. 17 (=C. exigüus Klunsinger).

» Wartmanni, crassirostris, annectus et RESTRicxcs, Fatio, Corég. de la Suisse, 1885, loc. cit., tab. I.

Peut-être aussi, avons-nous dit : Coregonus clupeoides, Lacèp., Hist. nat. Y, p. 698. — C. Lacepedii, Parnell, Ann. Nat Hist. 1838, I, p. 162; C. Cepedii, Cuv. et Val. XXI, p. 503. — C. Reisingeri, Cuv. et Val. XXI, p. 496. — C. megalops, Widegren, Ofvers. Vet. Akad. Fôrh. 1863, p. 589, taf. II, fig. 15. — C. maxillaris, Günther, Catal. of Fishes, YI, p. 189. — C. Nordmanni, Mêla, Yertebrata Fennica, 1882, p. 350, fig. 200. — Et plures species auctorum non satis clarœ.

Le détail de la synonymie des trois espèces géographiques (Cognatœ) qui représentent, en Suisse, le Dispjebsüs, C. Wcirtmanni, C. annectus et C. ecciguus et de leurs sous-espèces, suivra, au fur et à mesure de la description de celles-ci et avec l’explication des motifs qui m’ont engagé à modifier un peu leur classement et leurs dénominations depuis mon précédent travail de 1885 sur les Corégones suisses \

1 J’ai rapproché du Wartmanni les sous-espèces et variétés de mon -ancien Crassirostris, en en faisant trois formes alpines voisines du premier; j’ai remplacé le nom de Acutirostris par celui de Cœruleus, poulie Blaufelchen, et j’ai ramené, comme troisième forme subalpine de mon Wartmanni , mon Confusus (Annectus) près des Cœruleus et JDolosus. Mon Balleoides (Annectus) a conservé seul le rang d’espèce

Aussi longtemps qu’à défaut de l’examen des épines branchiales ( hranchiospines ), les naturalistes n’ont pu avoir recours qu’aux caractères morphologiques extérieurs, la confusion la plus grande a régné dans la détermination spécifique des Corégones, et bien des erreurs ont été commises, tant dans le sens de la distinction que dans celui de l’identification des espèces.

On s’étonne aujourd’hui de voir combien longtemps a subsisté la confusion entre divers représentants du Salmo Lcvvaretus de Linné appartenant par leurs branchiospines tour à tour à l’un ou à l’autre de nos types primordiaux a et 6, dans la section A. Les formes extérieures du corps et de la tête, dépendant plus ou moins des conditions de milieu et toujours très variables, ont trompé en divers sens bien des ichthyologistes. C’est ainsi, par exemple, que Valenciennes, Rapp, Heckel et Kner, Siebold, Giïnther, Blanchard et d’autres, ont successivement réuni la Paléc, le Cor. Palea de Cuvier, au C\ Wartmanni, parce qu’elle a des formes plus effilées du corps et de la tête, avec un museau un peu plus acuminé et une bouche un peu moins inférieure que la Fera; alors qu’elle présente, également dans ses deux formes, littorale et profonde, des branchiospines peu nombreuses et relativement courtes, comme ses sœurs du second type (Balleus) dans nos autres lacs. C’est pour la même raison que plusieurs Corégones cités par Siebold, comme représentants du C. Wartmanni dans différents lacs de Bavière et d’Autriche, doivent être maintenant rangés, à titre de Sp. cognatœ , les uns près de telle ou telle sous-espèce de nos Wartmanni, Bdlleoides ou Exiguus, dans le Dispersas, les autres dans le cadre du Balleus.

Le rapprochement des C. Nüssonii de Suède et C. Wartmanni , opéré déjà par Heckel et Kner, Siebold et Günther, d’après les caractères extérieurs seulement, a été plus heureux, car l’étude des branchies que j’ai pu faire sur les types de Valenciennes m’a prouvé que ce Corégone du nord, avec des branchiospines

géographique. Entiu, j’ai remplacé le nom de Bestrictus par celui de Exiguus qui devait avoir la priorité, en portant à cinq, au lieu de trois, le nombre des sous-especes dans ce dernier.

COREGONUS — TYPUS DISPERSUS. 1 07

longues et nombreuses, doit être en effet rapproché du Blaufelchen , dans notre Dispersa 1 2 .

L’examen que j’ai fait des épines branchiales chez le C. Lava retus (Cuvier) du Bourget, et chez le C. generosus (Peters) de Prusse, m’a également prouvé que ces deux poissons doivent à leur tour rentrer, à titre de Sp. cognatœ , dans le même Dispersus. Nous verrons aussi, plus loin, que Nüsslin, en décrivant, sous le nom de C. Steindachneri , un nouveau Corégone d’Autriche voisin de notre Balleoides, a cru pouvoir le rapprocher du C. Beisingeri (Cuv. et Val.) de même provenance.

Le Disfersüs se présente eu Suisse, comme je l’ai dit, sous trois formes principales constituant autant (P espèces parentes, avec diverses sous-espèces et variétés locales, les (7. Wartmanni, C. annectus et C. exiguus. Bien que la plus récemment reconnue, la seconde (C. ami. balleoides ), localisée dans les lacs de Baldegg et de Hallwyl, est peut-être la moins discutable. Un nombre constamment bien inférieur des vertèbres corroborant des allures en temps de frai très différentes, je me bornerai à dire ici deux mots des deux extrêmes (C. Wartmanni et C. exiguus ) qui, beaucoup plus répandues dans divers lacs, soumises parle fait à plus de variations, ont plus longtemps été ou confondues ou discutées, renvoyant à leurs diagnoses comparées pour la justification de leur distinction.

Généralement distinguées sous des noms différents dans nos divers lacs, ces deux formes, grande et petite, ont passé et passent encore aux yeux de la majorité des ichthyologistes, pour deux âges d’une seule et même espèce. Toutefois, depuis les études très circonstanciées de Nüsslin *■ sur le Qangfisch du lac de Constance, et après les nombreuses comparaisons que j’ai faites dans tous nos lacs, il est impossible de méconnaître qu’à côté des jeunes de plus grande forme et souvent mélangée avec eux, il y a aussi une autre forme restant toujours

1 II est curieux que le dit C. Nilssonii porte à divers âges, dans la péninsule Scandinave, les mêmes noms que l’on attribue au Wartmanni sur les bords du lac de Constance : Gcingfisch , Beriken et Blaufelchen.

2 Beitrâge zur Kenntniss der Coregonus-Arten des Bodensees und einiger anderer nahegelegener nordalpiner Seen (Zool. Anzeiger, 1882, n° 104 ; 44 pages).

notablement plus petite et qui, bien qu’affichant à l’état adulte certains traits propres au jeune âge chez les Corégones du type Dispersus en général, demeure cependant partout franchement distincte à plusieurs égards des divers représentants de la première, à taille égale; à moins, comme nous le verrons aussi, qu’il n’y ait eu, par le fait de circonstances locales, croisement naturel ou accidentel entre les représentants de l’une et de l’autre.

Le Dispersas, sous une forme ou une autre, se rencontre dans 12 des 16 lacs qui, en Suisse, comptent aujourd’hui des Corégones autochthones. Il manque à ceux de Greifen et de Pfâffikon dont les Âlbeli doivent être rapprochés du Marœnoides de Zurich, dans le Balleus Asperi, ainsi qu’à ceux du Léman et de Sempach, dans lesquels il est remplacé par des espèces que nous avons dites quasi-intermédiaires ou composées, par le (7. hiemalis dans le premier, par le C. Suiclteri dans le second.

La plupart de ses représentants frayent dans les grands fonds, soit plus ou moins loin du rivage, et rarement au ras du bord comme beaucoup des formes appartenant au Balleus ; à l’exception toutefois de celui qui habite les lacs de Baldegg et de Hallwyl, que j’ai précisément nommé Balleoides à cause de cette analogie d’allures avec nos Balchen et Ballen.

Si, au lieu du nom de Restridus que j’avais précédemment appliqué à la petite forme du Dispersas, j’ai maintenant adopté celui de Exiguus proposé par Ivluusinger ‘, c’est que ce dernier a de fait la priorité, et que les autres noms antérieurs me semblent, comme celui de Lavaretus dont j’ai dû changer la portée, sujets à perpétuer d’anciennes erreurs: le titre de Marœnula, employé par Hartmann, pourrait entraîner après lui de fâcheuses confusions avec le C. Aïbüla de Linné, et le qualificatif macrophihalmus, attribué par Nüsslin au Gangfisch, me paraît fort discutable, en face des disproportions énormes de l’œil à différents âges, chez beaucoup de Corégones.

1 Ueber die Felchenarten des Bodensees (Jahreshefte des Vereins für vaterlàndische Naturkunde in Württemberg, 1884, p. 105-128).

COREGONUS WARTMANNI.

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