‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 58 sur 144 · C. WARTMANNI. CŒRl'LEUS · texte numérisé non relu

C. WARTMANNI. CŒRl'LEUS

donne Mêla 1 de la tête de son Cor. Nordmcmni (C. Nilssonii , Malmgren) de Finlande, rappelle par contre beaucoup les formes acuminées du museau du Warinuiuni ; elle ressemble à celle donnée par Nüsslin (1. c. p. 17) pour le Blaufelchen. On pourrait même faire ici un rapprochement intéressant, si Mêla avait signalé le nombre et le développement des branchiospines de son espèce septentrionale, du lac Ladoga.

Le Cor. de Wartmann, sous la forme que je viens de décrire, est propre au lac de Constance, où il est assez abondant pour faire l’objet d’un commerce étendu, tant frais que mariné, et où sa chair ferme et délicate le fait apprécier bien au-dessus des autres Corégones du pays. Il est répandu plus ou moins dans tout le lac, bien qu’opérant volontiers des déplacements avec les saisons. On le prend souvent, en été, en très grande quantité du côté de Morsburg et de Ueberlingen, vers la pointe nord du lac; à l’approche de l’automne et de l’époque de sa reproduction, il se retire plutôt du côté de Romanshorn et de Langenargen, où on le voit alors souvent, au milieu du lac, jouant l’amour en bandes nombreuses, non loin de la surface.

C’est d’ordinaire entre les derniers jours de novembre et le milieu de décembre qu’a lieu le temps de frai. Jjes individus des deux sexes, les mâles surtout, sont ornés alors sur les côtés du corps de petits boutons de noces oblongs et blanchâtres, disposés souvent par six, sept ou huit rangées superposées, un par écaille, partie en dessus, partie en dessous de la ligne latérale.

Le dépôt du frai se fait généralement sur les grands fonds. Il semblerait cependant, au dire de quelques pêcheurs, que dans certaines conditions de température, la ponte se fasse aussi depuis la surface ou les couches supérieures, en plein lac. Les femelles laisseraient alors couler leurs œufs, de 2mm,20 à 2mm,30 de diamètre, et les mâles féconderaient en jouant ces germes destinés à gagner les profondeurs pour s’y développer.

Comme pour beaucoup de ses congénères, le réchauffement

1 Vertebrata Fennica, 1882, p. 351.

graduel de l’eau à la surface le fait peu à peu descendre, durant la belle saison, vers les couches plus profondes; comme beaucoup de poissons aussi, il ne prend guère d’aliment durant l’époque de la reproduction. Sa nourriture, en dehors de cette saison, se compose de vers, de mollusques, de petits insectes et de leurs larves, et surtout de crustacés branchiopodes et entomostracés, du Bythotr ephes longimanus , eu particulier, qui se trouve en abondance à sa portée. Il pourchasse ces petites proies, tantôt près de la surface, tantôt dans les couches inférieures, selon que la température ou le degré de clarté les fait voyager plus ou moins profondément.

La pêche se pratique, suivant les circonstances, avec des filets de fond ou avec un grand filet à sac, une sorte de Senne de moyenne dimension, 120 mètres environ, dite Blaufélchengarn .

Vivant suivant les circonstances sous des pressions très différentes, le Blaufelchen survit plus ou moins h sa capture, souvent très peu s’il est pris un peu profondément. Il est généralement assez difficile à conserver en vivier; cependant, grâce à la variabilité de ses allures eu temps de frai, la fécondation artificielle de ses œufs a pu souvent être opérée avec succès et divers essais d’empoissonnement ont été opérés avec lui.

Par ordre du gouvernement italien, De Filippi déposa entre autres, en 1861, un million d’œufs fécondés de cette espèce dans les eaux du lac Majeur, au sud des Alpes, ou il n’y avait point jusqu’alors de Corégones. J’ai dit plus haut que cette première expérience n’avait pas donné de brillants résultats, puisque, à part un mâle adulte capturé le 11 avril 1881 près de Locarno, on n’a pas, à ma connaissance, retrouvé dans ces eaux, en partie suisses, d’autre trace de survivance de ce poisson. Depuis lors, les autorités italiennes ont fait incuber, sur les bords du lac de Côme, presque tous les ans depuis 1884, environ un demi-million d’œufs de la même espèce (500,000 en 1884, 750,000 en 1886, etc.). Tous les alevins ont été versés exclusivement dans le dit lac, en entier hors de nos frontières. La réussite paraît avoir été complète, car, dans diverses notes et dans une récente lettre, le prof. Pavesi qui dirigea les opérations jusqu’en 1887, nous apprend que, dès le 19 octobre 1885 et tous les ans depuis,

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