‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 77 sur 144 · LE CORÉGONE MIGNON Albele · texte numérisé non relu

LE CORÉGONE MIGNON Albele

Coregonüs exiguus, Klunsinger1 2.

Branchiospines généralement longues, nombreuses et serrées . Mâchoires égales ou presque égales . Intermaœïllaire vertical ou quasi-vertical, peu ou médiocrement élevé . Bouche terminale ou quasi-terminale. Maxillaire dépassant plus ou moins le lorcl de l’œil

Corps plus ou moins élancé; pédicule caudal plus ou moins allongé. Tète longue et forte, museau plutôt gros. Œil grand. Écailles relativement petites. Caudale profondément échancrée , relativement courte, à lobes aigus. Dorsale généralement petite, plus ou moins déclive et acuminée. Nageoires paires plutôt courtes, les pectorales assez acuminées. — Taille petite. — Vertèbres : 68 o u 69 d b'O — 61.

Formules : voyez aux diagnoses des différentes sous-espèces.

SalmoMarænula, Bloch, Fische Deutschl. I, p. 17 6(partim). — Hartmayin, Helvet. Ichthyologie, p. 148 (part.). — Coreg. Marænula, Schinz, Europ. Fauna, II, p. 355 (pa/rt.).

» Albula, Hartmann , Helv. Ichthyol. p. 152 {part .). — Coreg. Albula, Schbiz, Fauna Helvetica, p. 162, et Europ. Fauna, II, p. 355 (part.).

Coregonus Wartmanni , Schinz, Fauna Helv. p. 163 (part.). — Rapp,

1 Albula parva , Gessner, Fischbuch (Trad.), 1598, folio 189 (part.). — Albula lacustris , Wagner, Helv. cur., 210.

2 Avant d’avoir eu connaissance du travail de Klunsinger sur les Corégones du lac de Constance (Felchen-Arten des Bodensees, 1884), j’avais remplacé par celui de Restrictus le nom de Macrophthalmus attribué par Niisslin au Gangfisch (Coreg. Arten des Bodensees, 1S82), parce que le caractère invoqué, la grandeur de l’œil, varie trop avec l’âge. Maintenant, reconnaissant priorité et supériorité au nom de Klunsinger, Exiguus , je l’adopte ici, non plus seulement pour la sous-espèce propre au lac de Constance, mais pour l’ensemble des petites formes de nos divers lacs en Suisse.

C0REG0NUS EXIGEES.

Fische des Bodensees, p. 12 {part.). — Heckel et Kner, Süsswasserfische, p. 235 (part.). — Siebold , Süsswasserfiscke, p. 243 (part.). — Jàckel , Fische Bayerns, p. 75 (part.). — Giïnther, Catal. of Fishes, VI, p. 187 (part.).

» macrophthalmus, NUsslin, Beit. zur Kenatuis der Coregonus- Arten des Bodensees; Zool. Auzeiger, 1882, n° 104, p. 17, fig. 2 et 4.

» restrictus, Fatio, Corégones de la Suisse, p. 15 et tab. I, D.

Noms vulgaires : Voyez aux diverses sous-espèces qui suivent.

Nos divers représentants du C. exiguus , qui dépassent très rarement 30 à 32 centimètres de longueur, avec un poids maximum de 200 à 250 grammes au plus, qui restent même généralement à l’état adulte bien au-dessous de ces dimensions extrêmes, ont été longtemps confondus, tantôt avec le Coregonus Albiila de Linné, tantôt avec le Coregonm Wartmanni de Bloch.

Ils n’ont cependant jamais ni la mâchoire inférieure proéminente et retroussée, ni surtout la forme particulière du maxillaire du véritable Cor . Albula du nord de l’Allemagne (voyez PL II, lig. 7); et, dans tous les lacs oit ils se trouvent avec des représentants de notre C . Wartmanni, on les distingue assez facilement des jeunes à même taille de ces derniers, quelquefois au nombre différent de leurs branchiospines ou de leurs vertèbres, le plus souvent à leur tête plus forte, à leur museau moins acuminé, h leur œil toujours grand et leurs écailles relativement petites, ou à leur livrée généralement pâle, sans parler de leurs allures parfois assez différentes.

Partout les pêcheurs font la distinction, et, bien que ce ne soit pas toujours une raison de grande valeur, il est impossible, après de nombreuses comparaisons, de ne pas leur donner cette fois raison contre la majorité des iclithyologistes qui, depuis tantôt vingt-cinq ans, ont rattaché toutes ces petites formes au C. Wartmanni.

Les mêmes influences locales agissant simultanément, dans un même lac, sur le représentant du Wartmanni et sur celui de Y Exiguus, on remarque souvent chez eux comme un parallélisme dans la variabilité, ou plutôt comme une analogie de ten-

dances à la déviation de certains caractères, si bien que YExiguus d’un lac ressemblera beaucoup moins au jeune du Wartmanni d’un autre lac que YExiguus de ce dernier.

Il est difficile d’apprécier exactement l’importance, au pojnt de vue spécifique, de la variabilité de certains caractères qui parfois semblent montrer comme des transitions entre V Exiguïté et le Wartmamii ; il faudrait pouvoir décider aujourd’hui si ces analogies résultent d’une origine commune ou peut-être de quelque croisement dans nos eaux. Je n’ai pas, il est vrai, trouvé jusqu’ici dans les petits Corégones du nord que j’ai pu examiner, une espèce qui offre assez de ressemblance avec nos représentants du dit Exiguus, pour pouvoir être considérée comme souche de ceux-ci, et je constate que, dans la plupart des cas, V Exiguus se rencontre dans les lacs habités par des représentants du Wartmamii . Cependant, je ne puis méconnaître aussi l’importance du fait que les deux formes, petite et grande, conservent leurs différences caractéristiques, quoique vivant côte à côte dans un même lac, et que l’abondance comparée de l’une et de l’autre peut varier beaucoup jusque dans un même bassin. On peut rein arquer, en effet, d’un côté, que la Bomlelle , très abondante à Neuchâtel, est presque le seul représentant du type à branchiospines nombreuses dans les lacs jurassiques; de l’autre, que certaines formes de Y Exigims, Kropjiein de Thoune par exemple et surtout Hagling de Zurich, sont par contre plus rares que les représentants du Wartmanni dans les mêmes eaux. Les conditions locales de tel ou tel de nos lacs habités en même temps par le Wartmanni et YExiguus , entravent-elles la formation dans les mêmes proportions de deux races issues d’une même souche dans nos eaux; ou bien entraînent-elles la disparition graduelle de l’une des deux formes au profit de l’autre, celles-ci étant autrefois arrivées spécifiquement distinctes dans nos lacs différents.

Les jeunes, dans cette petite espèce, présentent, comme dans d’autres, des formes généralement plus élancées, un museau plus court, un œil plus grand, des écailles relativement plus petites et une livrée moins pigmentée que les adultes.

Quoique quelques-uns des caractères extérieurs invoqués pour la distinction spécifique de la petite forme à l’état adulte

COKKGONUS EXIGUUS.

(. Eociguus ), soient par le fait en même temps des traits caractéristiques du jeune âge de la grande ( Wartmannï) : dimensions relatives de l’œil, du maxillaire et des écailles entre autres, il est difficile de ne pas subordonner ces quelques analogies aux différences plus importantes que l’on peut constater dans les formes de diverses parties de la tête, du museau et de l’opercule entre autres, ainsi que dans les brancliiospines et les vertèbres, sans parler des questions de livrée et d’allures trop sujettes à varier dans les différentes espèces.

J’admettrai donc ici, jusqu’à preuve du contraire, V Exiguus sous ses diverses formes comme espèce suisse actuelle , tout en conservant l’idée de la possibilité d’une origine ancienne commune avec le Warirnanni, dans le Dispersusy et sans me prononcer actuellement, faute de matériaux suffisants, sur la place spécifique à attribuer à certaines petites formes signalées dans quelques lacs étrangers, aux Finnerln par exemple, observées par Danner dans l’Attersee, en Autriche1. Hartmann s’est trompé, quand il a réparti nos divers petits Corégoues dans deux espèces différentes, les uns sous le nom de Salmo Marœnula , les autres sous celui de S. Albula. Le caractère distinctif qu’il invoque en premier rang pour cette distinction, dans son Helv. Ichthyol., p. 14B et 152, repose sur une erreur, erreur répétée par Schinz dans son Europ. Fauiia, H, 355 : le Hagling de Zurich compte ordinairement 9 rayons branchiostèges, comme le Brienzliufj , le Naclilfisdi. ou Weissfisch, le Ganfjfisch et les divers Albeli qui n’en ont que rarement 8 seulement. Les chiffres donnés pour les branchiostèges par ce premier auteur, 5

1 D’après H. Danner (Die « Finnerln » des Attersees; deutsche Fischerei-Zeitung, 9 juin 1885), les pêcheurs de l’Attersee, en Autriche, distingueraient, sous le nom de Finnerln ou Pfinnen, un petit Corégone pâle qu’ils prennent entre la fin de septembre et le commencement de novembre, et au sujet du frai duquel on n’a pas encore de données bien précises. Ce petit poisson paraît rappeler plus ou moins notre Exiguus , cependant des données assez circonstanciées à son sujet nous manquent jusqu’ici pour opérer semblable rapprochement. Danner croit que ce sont de jeunes individus de la Rheinanke que Niisslin a distinguée sous le nom de G. Steindachneri. On prend les Pfinnen par milliers, pour les saler; comme notre Bondelle, elles s’amollissent assez vite.

et 7, également erronés, ne peuvent clone pas plus motiver des distinctions vraiment spécifiques entre nos petites formes suisses,'que des rapprochements justifiés avec des Corégones étrangers de petite taille.

Le Corégone mignon abonde surtout dans nos plus grands bassins, comme le lac de Constance, à l’est, et celui de Neuchâtel, à l’ouest, et ses allures varient avec les conditions de milieu. Ses bandes, généralement nombreuses dans les eaux qui lui conviennent, tantôt se rassembleront pour frayer sur le limon, dans les plus grandes profondeurs, tantôt voyageront en quôte d’eaux moins profondes, s’engageront même parfois plus ou moins dans les eaux courantes, pour y pondre sur le sable ou le gravier. Ces petits poissons sont excellents et justement estimés; on les prend souvent en très grande quantité. Les plus abondants et les plus fermes, soit les plus susceptibles de se conserver ou de voyager, font l’objet d’un commerce assez étendu. La plupart, pris dans les grandes profondeurs, ne .survivent guère à leur capture ; beaucoup arrivent goitreux ou très gonflés à la surface. Des individus capturés entre 5 et 10 mètres de profondeur sont souvent déjà passablement enflés par le développement de leur vessie natatoire ; ils ne sont cependant pas forcément condamnés à mort pour cela, car, avec une légère pression, on peut vider en partie leur vessie aérienne et les rendre à l’existence. On peut aussi retarder la mort d’individus plus gonflés, en leur crevant la vessie depuis l’anus.

Le C. exiguus se trouve, en Suisse, sous diverses formes ainsi que plus ou moins abondant, dans huit sur seize des lacs habités par des Corégones. Je l’ai étudié dans les lacs de Constance, Zurich, Lucerne, Thoune, Brienz, Morat, Neuchâtel et Bienne. Il est bien possible, je l’ai dit. qu’il se trouve aussi dans le lac de Zoug, confondu sous le nom d 'Albéli avec les jeunes du Albock de la localité, quoique les pêcheurs affirment qu’ils ne trouvent point d’analogues du Weissjîsch de Lucerne. Bien qu’accusant quelques caractères propres dans chacun de nos différents bassins, les représentants divers de cette forme réduite doivent se grouper tous, comme sous-espèces ou races locales, dans un même cadre spécifique. Certaines différences morpho-

COR. EXIGUUS. NUSSLINII.

logiques entre formes de l’est, du centre et de l’ouest, nous permettront cependant de décrire séparément, à titre de sousespèces locales, cinq formes principales * :

1° Cor. ( exiguus ) Nusslinii , Gangfisch du lac de Constance.

2° » » Heglhigus , Hiigling ou Heglig du lac de Zurich.

3° » » albellus , Weissfisch, Brienzling et Kropflein des lacs de Lu-

cerne, Brienz et Thoune.

4° » » Feritus , Ferit ou Ivropfer du lac de Morat.

5° » » Bondella, Bondelle et Pfaerrit des lacs de Neuchâtel et

Bienne.

Les Heglhigus de Zurich et Feritus de Morat, qui font exception à la règle générale, le premier par un nombre un peu supérieur des vertèbres, le second par des formes notablement plus massives, mériteraient presque, d’être élevés au rang d’espèces locales, s’ils ne se rapprochaient beaucoup des autres à divers égards.

29 (1). GANGFISCH Cor. exiguus Nusslinii1 2.

Corps plus ou moins élancé ou subélevé ; pédicule caudal plutôt allongé. Tète longue et forte; museau assez épais , subcarré ou

1 Je ne crois pas qu’il ait été fait jusqu’ici une étude spéciale des parasites de nos Corégones petite forme (Exiguus), et les données manquent presque totalement sur ce point. J’ai observé quelquefois VErgasilius Sieboldii sur leurs branchies, et on a cité le Tœnici longicollis (Rud) dans les intestins du Gangfisch (était-ce un jeune du Blaufelchen qui héberge en effet cet Helminthe?). Les Ascaris Albulœ (Rud) et Monostomum Marœnulœ (Rud) sont attribués au Cor eg omis Marœnula de Cuvier; mais ces données doivent être probablement rapportées au C. Albula (Linné) du nord.

2 J’attribue ici au Gangfisch , forme de VExiguus dans le lac de Constance, le nom de l’excellent ichthyologiste qui, le premier, a bien étudié et distingué ce petit, Corégone; lui refusant le nom de Macrophthalmus que lui avait donné Ntisslin (1. c.), soit parce que ce qualificatif serait mieux mérité par d’autres formes dans nos eaux, soit parce que ce caractère me semble varier trop, comme je l’ai dit, avec l’âge et les individus.

no

subarrondi. Bouche terminale. Intermaxillaire vertical, peu ou médiocrement élevé. Maxillaire médiocrement arqué, faiblement retroussé, dépassant un peu le bord de Tœïl. Opercule moyen. Œil grand. Écailles moyennes ou relativement petites. Caudale à peu près égale à la tête ou légèrement plus longue. Dorsale plutôt courte, médiocrement déclive. Pectorales plutôt petites et assez acuminées. — Vert, olivâtre ou fauve, en dessus ; anale et ventrales un peu ou pas mdchurées ; pectorales pas. — (Taille moyenne d'adultes et de vieux: 0m,23 — 27 à 0m,30.)

Brchsp. I, 36-44 = 1 : 3,50-4,50. — IV, 26-34.

D. 3-5/9-11, A. 3-4/10-12, Y. 2/(9)— 10— 1 1 , P. 1/(13)-14-16, C. 19 maj. S — 10-(11)

Sgu. 79 — — 90. — Vert. 59 (58-60).

Sàlmo Marænula, Bloch , loc. cit. (partira). — Hartmann , 1. c. (part.).

— Nenning, Fiscke des Bodensees, p. 22; — Schinz , Europ. Fauna, II, 355 (part.).

» Albula, Hartmann , 1. c. (part.).

Coreuonus Wartmanni, Schinz, Fauna Helv. 163 (part.). — Rapp , 1. c.

(part.). — Hcckel et Kner , 1. c. (part.). — Siebold , 1. c. (part..). — Jackel, 1. c. (part.). — Günther, 1. c. (part.).

» MACROPHTHALMUS, NüSslÙl , 1. C.

>» exiguus, Klunsinger, Felchen-Arten des Bodensees; Jahrhefte Ver. vaterl. Naturk. Wurtemberg, 1884, 105-128.

» restrictus, Nusslikii, Fatio , 1. c. (part.).

Noms vulgaires : Gangfisch , Weissgangfîsch ; lac de Constance. (Autrefois : Wattfische = Vadi pisces).

Corps fusiforme plus ou moins effilé chez la majorité (a), notablement plus élevé et voûté dans la variété (b) signalée par Nüsslin (1. c.) sous le nom de Stechbornensis. La hauteur maximale, par le fait, au poisson sans la caudale, comme 1 : 5,30 — 4,70 — 3,70, suivant les individus; avec un pédicule caudal assez allongé ou effilé, bien que relativement plus ou moins élevé \

«Nüsslin (1. c.) fait à juste titre remarquer que les côtés du ventre,

COR. EXIGUUS 5 NUSSUNII.

Tête forte, soit généralement grande et assez haute; d’une longueur à peu près égale à l’élévation du corps, souvent un peu plus forte chez a, ou un peu plus faible chez b. — Museau subarrondi, parfois subcarré, assez épais ou massif. — Bouche généralement terminale. — Intermaxillaire peu ou médiocrement élevé et vertical, parfois même légèrement incliné en avant de haut en bas. — Maxillaire supérieur médiocrement arqué, relativement peu retroussé en arrière et dépassant plus ou moins le bord de l’œil, avec un coude inférieur bien en avant de son milieu (voy. PI. Il, fig. 13). — Opercule moyen. — Œil relativement grand, à la longueur latérale de la tête, comme 1 : 3,75 — 4,35, chez des adultes taille moyenne, un peu plus petit ou plus grand, en dehors de ces limites ordinaires, suivant l’âge plus ou moins avancé1. — Espace préorbitaire à peu près égal à l’œil, chez des sujets de taille moyenne; généralement un peu plus court chez les jeunes ou un peu plus grand chez les vieux.

Branchiospines longues, grêles, serrées, et variant en nombre de 36 à 44 sur le premier arc, de 26 à 34 sur le quatrième (souvent 39 — 42 et 30—32), le maximum volontiers chez (b) ; avec 18 à 25 denticules latéraux sur les plus grandes, (plus rarement 16 à 17 seulement). Les branchiospines majeures, vis-à-vis du premier arc, comme 1 : 3,50 à 4,50 (le plus souvent = 1:4).

Nageoires : caudale profondément échancrée et assez acuminée, volontiers un peu plus longue que la tête, souvent de 7,5 ou 720i parfois au contraire légèrement plus courte. — Dorsale plutôt petite, quoique moyennement étroite et médiocrement déclive; sa hauteur toujours beaucoup moindre que la longueur latérale de la tête, souvent de '/5 à V3 environ. — Anale égale en hauteur à peu près aux % de la dorsale et souvent un peu plus longue que haute. — Ventrales moyennes ou plutôt courtes, soit demeurant, rabattues, à une

au bas des flancs, sont généralement moins arrondis et plus saillants chez le Gangfscli que chez le Blaufelchen. Cette différence, plus ou moins constante, m’a paru dépendre un peu de l’état des individus.

1 Nüsslin (1. c.) donne les extrêmes = 1 : 3 — 5,2.

distance de Taillis variant selon les sujets de V3 à 2/3 de leur longueur. — Pectorales généralement petites, étroites et assez acuminées, parvenant, renversées en avant, suivant les individus, l’âge et le sexe, au bord antérieur de l’œil ou à la narine. — Adipeuse petite ou moyenne.

Écailles plutôt petites, moyennement nombreuses, assez épaisses et solides. Une squame médiane sur la ligne latérale généralement subarrondie, avec des stries concentriques médiocrement serrées autour d’un nœud un peu reculé vers le bord libre et un tubule moyennement délié, recourbé à l’extrémité; sa surface variant le plus souvent avec l’âge et les individus entre \/7 et V5 de celle de l’œil (voy. PI. II, fig. 27).

Coloration tantôt assez vive, d’un vert olivâtre en dessus ou d’un vert à reflets bleuâtres plus ou moins semé d’un pointillé pigmentaire sur le dos, la tête et le museau; tantôt plus pâle et plutôt d’un olive brunâtre. Les flancs argentés, volontiers légèrement teintés de jaunâtre; le ventre blanc. Beaucoup, parmi les plus pâles ou les moins pigmentés, deviennent blonds ou fauves à l’air libre. Nageoires impaires d’un gris jaunâtre ou d’un grisâtre pâle et légèrement pigmentées ou mâcliurées sur la tranche. Ventrales parfois aussi très légèrement pigmentées au sommet. Pectorales généralement jaunâtres et non mâcliurées.

Taille relativement petite, quoique maximale dans l’espèce, allant parfois jusqu’à 30, exceptionnellement 32 centimètres, avec un poids de 200 à 250 grammes. La majorité des adultes restant cependant entre 0m,23 et 0m,27 de longueur totale.

Vertèbres au nombre de 58 à 60, dont 35 à 36, exceptionnellement. 37 costales. Le minimum 58 signalé par Nûssliu et le maximum 60 que j’ai rencontré deux fois (abstraction faite de une ou deux bagues seini-osseuses faisant parfois suite à la vertèbre qui porte la dernière grande plaque caudale supérieure) m’ont paru moins fréquents que le chiffre moyen 59.

De la brève description ci-dessus, il ressort que le Oangfisch

COR. EXIGU U S ? NUSSLINII.

se distingue surtout du Blaufelchen jeune , à taille égale : extérieurement, par des formes à la fois plus longues et plus massives de la tête, ainsi que par un museau plus épais ou moins acuminé; intérieurement par un nombre de vertèbres inférieur et le plus souvent par des braucliiospines par contre plus longues et plus nombreuses. Les figures 1 et 2 de Nüsslin (Coreg. Arten, p. 17) donnent une très bonne idée des différences que présentent les têtes de ces deux poissons.

Nous avons vu que le C. exig . Nmslinii peut se présenter sous deux formes extérieurement' assez différentes : l’une (a) plus abondante et plus répandue, de forme plus élancée, que l’on pourrait distinguer sous le nom de var. Bodemis; l’autre plus élevée et voûtée (&), plus rare et plus localisée, habitant principalement les profondeurs du bas lac de Constance (Untersee), du côté de Steckborn, et que Nüsslin a qualifiée de var . Sieckbornensis. Des différences analogues, quoique peut-être un peu moins exagérées, se rencontrent du reste chez d’autres représentants du C. exiguus, en d’autres lacs.

Le Gcmgfisch , spécial au lac de Constance, a été jusqu’à Nüsslin, en 1882, tour à tour séparé ou rapproché du Blaufelchen (T Varimannï) par les différents ichthyologistes, bien que, depuis des siècles, les pêcheurs le distinguassent sous le nom de Weissgcmgfisch , du jeune Blaufelchen ( Grungang fisch) et du jeune Adel ou Sandfeldien ( Sand-Gangjisch ). Nous venons de voir que dans ce cas les pêcheurs avaient raison.

C’est un excellent petit poisson qui, grâce à son abondance et à sa fermeté, fait l’objet d’une exportation assez étendue, soit à l’état frais, soit surtout à l’état fumé sous lequel il est le plus généralement connu. Nüsslin fait à ce propos remarquer que les côtés du ventre plus fermes et plus carrés, ainsi que la peau plus forte et les écailles plus solides chez le Gangfisch que chez les jeunes Blaufelchen, permettent aux pêcheurs de fumer le premier sans le vider, tandis que les seconds, moins fermes, doivent être forcément ouverts.

A l’approche du temps des amours, vers le milieu de novembre, les Gangfische (a) qui ont passé la belle saison dispersés

dans les profondeurs des différentes parties du lac, Boden et Untersee, arrivent de partout et se réunissent en bandes très nombreuses dans le Rhin et le long de la première partie de la rive sud de l’Untersee, principalement dans la région comprise entre Constance et Ermattingen. C’est là surtout que fraye le Gangfisch, généralement depuis les derniers dix à douze jours de novembre et jusque vers le milieu de décembre, à des niveaux assez différents, parfois non loin du bord, quelquefois sur d’assez grands fonds ou depuis la surface, souvent sur le sable ou le gravier jusque dans les eaux courantes du fleuve. Les pêcheurs en peuvent prendre alors de très grandes quantités d’un seul coup de filet. Mâles et femelles portent à cette époque sur les côtés du corps, les mâles surtout, des lignes de tubercules épidermiques qui tombent assez vite après le temps du frai. O11 compte le plus souvent 7 à 8 raies superposées de ces boutons erotiques chez le Gangfisch; tandis que la Bonclelle, forme voisine propre au lac de Neuchâtel, en porte d’ordinaire beaucoup plus, parfois près du double.

Les œufs mûrs, volontiers un peu plus gros que ceux du Blaufelchen dans le lac de Constance et ceux des Albeli dans le lac de Zurich, mesurent environ 2mm,8 de diamètre, parfois près de 3““ selon Ntisslin.

Souvent pêché à des profondeurs relativement petites, le Gangfisch résiste mieux que le Blaufelchen et peut survivre alors plusieurs jours à sa capture.

La variété élevée (h) distinguée, nous l’avons dit, sous le nom de Steckbornensis par Ntisslin, serait, selon cet auteur, relativement rare, et se tiendrait généralement, comme le Kilchen , dans les plus grandes profondeurs de PUntersee. Ses allures en temps de frai sont peu connues; cependant Ntisslin aurait trouvé quelques individus déjà prêts à pondre, parmi ceux ramenés par le filet de fond, vers le milieu d’octobre. La pêche du Gangfisch sous cette forme se ferait principalement en août et septembre.

20,000 alevins du Gangfisch de Constance ont été versés, en 1882, dans le lac de Zurich, ou ils contribueront certainement à augmenter encore la confusion qui règne déjà entre Corégones d’espèces et de formes diverses.

COR. EXIGUUS . HEGLINGÜS.

29 (2). HÆGLING 1

Cor. exiguüs, Heglingüs, Cuvier2.

Corps fusiforme, assez élancé; pédicule caudal médiocrement effilé . Tète conique plutôt allongée ; museau subcarré. Bouche terminale. Intermaccïllaire vertical, relativement peu élevé. Maxillaire légèrement arqué, arrivant sous le lord de la pupille. Opercule plutôt petit. Œil grand. Écailles plutôt petites. Caudale à peu près de la longueur de la tète. Dorsale plutôt petite, relativement peu pointue. Pectorales assez acuminées, plutôt courtes et étroites. — Olivâtre en dessus; anale et 'nageoires paires un peu ou pas màclmrées. — (Taille moyenne d'adultes et de vieux : 0m,17 —18 à 0m,213.)

Brchsp. I, 35-39 = 1 : 3,75-4. — IV, 26-30.

D. 4-5/10-11, A. 3-4/10-11, V. 2/9-10, P. 1/14-16, C. 19 maj.

Sait. 79 = — - 90. — Vert. 61.

Salmo Albulà, Hartmann y loc. cit. (partim ).

Coregonus Albula, Schinz, 1. c. {part.).

» Heglingüs, Cuvier , Règ. Anim. Trad. Schinz, II, p. 275.

» Wartmanni, Sieboldy'l. c. (pay't .). — Schoch, Fischfauna des cantons Zurich, 1879, p. 18 (part.).

» restrictus, Nusslinii (part.), Fatio, Corég. de la Suisse, p. 16, 8 et tab. I, D, 8, k.

Noms vulgaires : Hægling, Hegling , Heglig ou Hdglig, Zurich.

Corps effilé, d’une hauteur, à la longueur du poisson sans la caudale, comme 1 : 4,40 — 4,60, pour les quatre individus que j’ai pu examiner (dus à l’obligeance des Dr G. Asper et

1 Hàgelin ou Hàgling, Albula minima de Gessner. Fischbuch (Trad.), 1598, fol. 189.

2 Dans la traduction du Règ. Anim. de Cuvier, par Schinz.

Dr G. Sckock), mesurant de 170 à 213 millimètres de longueur totale ; avec un pédicule caudal médiocrement étiré.

Tête moyennement élevée, conique, plutôt étroite et faiblement comprimée en dessous, d’une longueur à peu près égale à la kauteur du corps, soit dans les mêmes rapports. — Museau un peu carré. — Boucke terminale. — Intermaxillaire vertical médiocrement ou plutôt peu élevé. — Maxillaire supérieur parvenant sous la pupille, légèrement arqué et faiblement retroussé. — Opercule plutôt petit et subcarré. — Œil grand, à la tête = 1 : 3,30—3,90. — Espace préorbitaire égal à l’œil ckez le plus grand sujet, un peu moindre ckez les autres.

Hartmann1 s’est trompé quand il a attribué, comme caractère distinctif, au Hdgling de Zurick cinq rayons branchiosièges seulement, il en compte neuf, comme les formes voisines.

Branckiospines assez grêles et serrées, au nombre de 35 à 39 sur le premier arc, de 26 à 30 sur le quatrième ; les plus grandes, vis-à-vis du premier arc qui les porte, comme 1 : 3,75 — 4, avec 15 h 20 denticules latéraux environ.

Nageoires : caudale à peu près de la longueur de la tête ou très légèrement plus longue, profondément éckancrée et assez acurninée. — Dorsale petite et relativement peu aiguë, de 7* à Va moins haute que la longueur latérale de la tête ; chez un de */<, seulement. — Anale d’une élévation environ 2/3 de celle de la dorsale, volontiers un peu plus longue que haute. — Pectorales assez étroites et acuminées, parvenant, renversées, entre l’œil et la narine; ckez un dépassant légèrement cette dernière. — Ventrales petites et, quoique reculées jusque sous les derniers rayons de la dorsale, demeurant à 7s ou à 3/s do leur longueur, de l’anus.

Écailles plutôt petites, assez solides quoique peu épaisses, de dimensions assez semblables sur les différentes parties latérales du tronc, plus arrondies en avant, plus ovales en arrière, avec des stries assez fines et un nœud légèrement reculé vers le bord libre. Une squame médiane sur la ligne

1 Helv. Ichtliyol., p. 152.

COR. EXIGUUS, HEGLINGUS.

latérale (Tune surface entre 1/8 et 1/6 de celle de l’œil, chez mes plus petits sujets (Om, 170-178), entre V5 et Ve chez le plus grand (0m,213), Le tuhule muqueux assez large, médiocrement allongé et un peu recourbé à l’extrémité, sur la moitié postérieure du corps surtout.

Coloration difficile à décrire sur des individus conservés à l’alcool; elle paraît cependant avoir dû être olivâtre sur toutes les faces supérieures, d’un blanc argenté sur les faces latérales. Les ventrales et même les pectorales sont très légèrement mâchurées chez le plus grand.

Taille très petite : mon sujet de 213mm paraît devoir être un individu de très grande taille, les pêcheurs affirmant que le Hclglig dépasse rarement 16 à 18 centimètres de longueur* avec un poids de 50 à 60 grammes.

Vertèbres au nombre de 61 chez les deux individus que j’ai sacrifiés, sur les quatre reçus de Zurich comme grande rareté; 36 costales chez l’un, 37 chez l’autre. Une petite gaine incomplètement ossifiée, vertèbre rudimentaire, faisait suite, chez l’un, à la vertèbre 61me, biseautée et portant la dernière grande plaque caudale.

Hartmann (Helv. Ichthyol., p. 152) a eu tort, quand il a spécifiquement rapproché le Hdgling de Zurich du S. Albula du nord de l’Allemagne et de la Suède, sous le prétexte qu’il ne compte que cinq rayons branchiostèges ; nous avons vu qu’il en compte le plus souvent 9 (plus rarement 8), comme nos autres petits Corégones indigènes; ajoutons que V Albula du nord, au moins sur quelques sujets de Prusse que j’ai examinés, en compte 7 ou 8 suivant les individus.

Je ne vois d’analogies entre ces deux espèces que dans la taille, également petite, et dans la fréquence des nombres minima d’écailles, 8 en dessus et 7 en dessous de la ligne latérale, chez notre Heglingus comme chez Y Albula. A part cela, le premier se distingue constamment du second : par sa bouche horizontale non retroussée, par des branchiospines moins longues et moins nombreuses (I, 47-49=1 : 3,5 chez Y Albula), par la forme non tordue de son maxillaire supérieur semblable à

celui de nos autres représentants de VExiguus (voy. PL II, fig. 7, 13 et 14) et par un nombre de vertèbres bien supérieur (57-58 chez VAlbula).

C’est surtout à ce dernier point de vue, par le nombre de ses vertèbres un peu supérieur à celui de nos autres Corégones de petite forme (61 au lieu de 58-60), que le Hagling mérite d’être distingué parmi ceux-ci. Faute de sujets d’étude assez nombreux et ne pouvant préjuger de la constance de ce caractère anatomique différentiel, je ne crois pas devoir lui accorder, jusqu’à nouvel ordre, une importance dépassant celle d’une distinction subspécifique.

Le Hagling , abondant du temps de Gessner % qui, selon Hartmann, se prenait encore fréquemment au grand filet à un fond de 100 pieds environ, au commencement de ce siècle, dans le lac de Zurich, particulièrement du côté de Badenschwyl, Zollikofen et Wollishofen, et qui constituait autrefois, dit-on, la principale nourriture des abbesses du Frauinünster, est devenu de nos jours tellement rare, que les Drs Schoch et Asper iront pu s’en procurer que trois individus en vingt ans, avant 1887, en s’adressant cependant à tous les pêcheurs les plus adroits. Il est vrai que, depuis lors, en mars 1888, le Dr Schoch m’écrivait qu’on avait retrouvé le Hagling et que les pêcheurs pourraient maintenant donner satisfaction à mes demandes. On avait, disait-on, découvert la retraite de ce petit poisson ; et toutefois, je n’en ai reçu qu’un seul depuis lors, un quatrième sujet d’étude. L’espoir exprimé paraît avoir été déçu; le Hagling est encore une rareté.

Nous avons signalé les quelques caractères pouvant le faire distinguer, d’un côté des Albeli de Zurich, de l’autre des petits Corégones de plusieurs de nos autres lacs ; il nous est après cela difficile, faute de documents, d’entrer dans l’examen de

1 Gessner , Fischbuch, 1598, fol. 189, dit du Hagling , son Albnla minima : qu’il reste plus petit que VAlbula parva de divers lacs, qu’il fraie en juillet (Heumonat) et qu’on le prend en grande quantité au filet à 40 ou 50 pas de profond, particulièrement du côté de Wadischweil, dans le lac de Zurich.

COH. EXIGUUS , ALBELLUS. 179

son existence, de ses allures et de ses agissements en temps de frai jusqu’ici mal connus.

Selon l’auteur de Plchthyologie helvétique, ce petit poisson passait pour très délicat et ne pouvait se prendre que de nuit ou par des temps très sombres; il aurait frayé en juillet et en novembre et aurait rarement dépassé 6 V2 à 7 pouces de longueur. D’après le Dr Asper et les données des pêcheurs actuels, qui le distinguent parfaitement des Àlbeli, on ne prendrait le Hdgling qu’en mai seulement, et encore tout ce qu’il y a de plus rarement, entre Wollishofen et Zurichhorn, avec une espèce de ligne de fond dite Hegene, au moyen de hameçons sans amorces, munis d’attaches différemment colorées, à 20 ou 25 mètres de profondeur. Jamais on n’aurait pris un de ces petits poissons en état de frai; si bien que l’on ne connaît rien de sa reproduction. Quelques pêcheurs supposent qu’il doit frayer au fond, côte à côte avec les Albeli. Il est peu probable, en tout cas, qu’il ponde à deux époques, comme le supposait Hartmann.

L’espèce s’est-elle peut-être épuisée- par croisements avec les Albeli , en perdant peu à peu de ses caractères propres ? Cette supposition purement gratuite expliquerait à la fois la rareté du Hdgling et la grande variabilité des Albeli de Zurich, dans leur bas âge surtout.

29 (3).- WEISSFISCH

Cor. exiguus albellus1.

Corps médiocrement élancé ; pédicule caudal conique, plutôt étroit. Tête assez longue et haute; museau assez gros. Bouche terminale ou quasi-terminale. Internmxillaire vertical peu ou médiocrement élevé . Maxillaire légèrement arqué, dépassant le bord de Vœïl . Opercule plutôt petit. (EU grand. Ecailles relativement petites ou moyennes. Caudale généralement un peu plus longue que la tête. Dorsale petite, médiocrement déclive . Pectorales

1 Albellus : qualificatif que j’ai formé en latinisant les noms vulgaires Albele et Albuli qui me semblent dériver de l’adjectif albus (blanc) généralement appliqué à ces petits Corégones dits aussi Weissfische.

petites ou moyennes , assez étroites. — Verdâtre, olivâtre ou fauve, en dessus ; anale et nageoires paires jaunâtres , pas mâchurées . — (Taille moyenne d’adultes et de vieux : 0m,16—21 à 0m,22ô .)

Brclisp. I, 36-43 = 1 : (3,25)-3,40-4. — IV, (26) 28-32.

D. 4-5/10-11, A. 3-4/11-12, V. 2/10-11, P. 1/14-16, C. 19 maj.

Squ. 78 i; — 7Y7À 88 • — Vert. 59-60.

c — y-(iu)

Salmo Marænula, S. Albula, Hartmann , loc. cit. (partim). — Schinz , l.c. {part.).

Coregonus Wartmanni juv. (part.) auctorum : Heckel et Kner{\. c. part).

— Siebold (1. c. part.). — Jackel (1. c. part.). — Günther (1. c. part.).

» restrictus, Nusslinii, Fatio, Cor ég. de la Suisse, p. 16 et tab. I, D. 8. 1', 1" (part.).

Noms vulgaires : Albale, Albele ou Albeli. en général; plus particulièrement : Weiss fischj autrefois Nachtfisch , à Lucerne ; Brienzling à Brienz, Kropflein ou Kropfer à Thoune. Le nom de Nachtfisch attribué par Hartmann à ce poisson, dans le lac de Lucerne, m’a paru beaucoup^ moins connu et répandu aujourd’hui que celui de Weiss fisc h.

Corps fusiforme, plus ou moins élancé et volontiers un peu convexe ou légèrement voûté en avant ; la hauteur maximale, au poisson sans la caudale, comme 1 : 3,70 — 4,20—4,70, selon les individus femelles, mâles ou jeunes, plus ou moins élevés: avec un pédicule caudal conique plutôt étroit.

Tête plutôt forte, conique, assez haute en arrière, parfois très légèrement pincée en dessous et d’ordinaire, chez l’adulte, à peu près égale à la hauteur maximale du corps ou légèrement moindre, soit, le plus souvent, à la longueur du poisson sans la caudale, comme 1 : 4,30—4,70. — Museau plutôt épais, carré ou subcarré. — Iutermaxillaire vertical peu ou médiocrement élevé. — Bouche terminale ou quasi-terminale. — Maxillaire long, dépassant le bord de l’œil, arrivant même souvent à la pupille, faiblement arqué et légèrement retroussé, avec un coude médiocrement reculé. — Opercule

COR. EXIGUUS , ALBELLUS.

généralement petit, subcarré ou trapézoïdal. — Œil grand, vis-à-vis de la longueur latérale de la tête, comme 1 : 3,55 — 3,90 chez la majorité des adultes, parfois 1 : 3,10 chez des jeunes ou 1 : 4,10 chez des vieux. — Espace préorbitaire, selon l’âge, un peu plus petit, égal ou légèrement plus grand que Tceil.

Branchiospines longues, grêles et serrées, au nombre de 37 à 43 sur le premier arc (plus rarement 36) et de 28 à 32 sur le quatrième (plus jurement 26), avec 17-24 denticules latéraux sur les plus grandes antérieures. Une branchiospine majeure sur le premier arc, vis-à-vis de celui-ci, comme 1 : 3,40 — 4, voire même une fois chez le Kropfer de Thoune 1 : 3,25.

Nageoires : caudale profondément échancrée et acuminée, généralement un peu plus longue que la tête, souvent de Via à V9. — Dorsale plutôt petite, bien moins haute que la longueur latérale de la tête, volontiers de 1/1 à l/$ de celle-ci, subacuminée et médiocrement déclive. — Anale égale à peu près aux 2/3 de la précédente en hauteur et volontiers d’une étendue basilaire un peu plus forte que son élévation. — Ventrales moyennes, soit couchées, demeurant distantes de l’anus de Va à a/3 de leur longueur, généralement plus chez les sujets des lacs de Thoune et Brienz que chez ceux de Lucerne. — Pectorales petites et étroites, arrivant généralement, ramenées en avant, entre l’œil et la narine, assez souvent jusque entre la narine et la bouche chez le Weissfisch du lac de Lucerne.

Écailles plutôt petites, plus ou moins délicates, arrondies ou subovales, avec des stries médiocrement déliées. Une squame médiane sur la ligne latérale, subarrondie et d’une surface variant, selon l’âge, entre y8 et 7s de celle de l’œil, avec le nœud légèrement reculé vers le bord libre et le tubule médiocrement allongé, plutôt large et franchement recourbé à l’extrémité.

Coloration généralement assez pâle, verdâtre, olivâtre, fauve ou blonde, en dessus, argentée et parfois légèrement nuancée de jaunâtre sur les côtés, avec nageoires, suivant les cas, quasi-incolores ou jaunâtres, les ventrales et les pectorales

voire même parfois presque orangées. Les dorsale et caudale assez souvent légèrement mâchurées vers l’extrémité, chez l’adulte. N’ayant pas pu assister à la sortie de l’eau de ce poisson, et n’ayant pu étudier que des sujets morts depuis quelques heures, je ne saurais dire si ces petits Corégones n’ont pas, comme d’autres, en état de vie, une coloration plus brillante et plus verte sur le dos et la tête.

Taille petite, variant chez l’adulte de 0m,160 à Ora,225, avec un poids maximum de 100 à 120 grammes.

Vertèbres au nombre de 59 à 60, le maximum plus fréquent chez le Kropfer ou Kropflein de Thoune, dont d’ordinaire 86 costales.

Le Kropflein et le Brienzling se distinguent surtout à première vue du Albock jeune, comme le Weissflsch de YEdel fisch à taille égale, par leur tête plus longue et leur livrée plus pâle; le nombre de leurs vertèbres est avec cela généralement moins élevé, tandis que leurs branchiospines sont, par contre, d’ordinaire plus nombreuses et plus effilées.

Le Weissflsch du lac des Quatre-Cantons présente assez souvent des nageoires pectorales un peu plus longues que ses analogues de Thoune et de Brienz. Cependant les légères divergences qui existent, à quelques égards, entre ces petites formes, pour ainsi dire alpines, de nos trois lacs centraux, constituent tout au plus des variétés locales.

Notre Cor . exiguus albellus existe donc dans les lacs alpins de Brienz, de Thoune et des Quatre-Cantons (Lucerne), sans être nulle part abondant. Il est possible qu’il se rencontre aussi dans le lac de Zoug, confondu, comme je l’ai dit, avec les petits Corégones dits Albeli , quoique ceux de tailles différentes que j’ai pu examiner de cette provenance présentassent les caractères plus ou moins accusés du jeune âge de la sous-espèce du Wartmami que j’ai nommée C. W. compactas et qui prend en grandissant le nom de Albock dans la localité. Bien que plusieurs pêcheurs de Zoug m’aient assuré qu’ils n’avaient jamais trouvé l’analogue du Weissflsch de Lucerne dans leurs eaux, il

COH. EXIGUUS . ALBELLUS.

se pourrait cependant qu’il y existât en petit nombre, peutêtre croisé avec lesdits Albeli ( Albeli-Albock *), comme porterait à le croire la grande variabilité de ceux-ci et la large extension de l’époque de frai qui leur est attribuée (mi-septembre à tin décembre). Quoique bons observateurs, les pêcheurs se trompent assez souvent dans leurs appréciations: je n’en veux pour preuve que les données contradictoires des pêcheurs du lac de Thoime qui nient pour la plupart l’existence d’un analogue du Brienzling dans leurs eaux; tandis que, aux deux extrémités du lac, Roth à Untersee et Grilliéron à Scherzlingen m’ont tous deux assuré de la présence dans celui-ci d’un petit Corégone qu’ils disaient également assez rare, qu’ils distinguaient parfaitement du jeune Albock à taille égale et qu’ils appelaient : le premier Kropfiein , le second Kropfer , à cause de la saillie produite sous la partie antérieure du corps par le gonflement de la vessie, chez les individus ramenés des grands fonds par le filet. C’est même au dernier de ces pêcheurs que je dois les quelques échantillons mâles et femelles que j’ai pu étudier de cette forme du lac de Thoune.

Ces divers petits Corégones se tiennent de préférence dans les profondeurs et ne font guère l’objet d’une pêche spéciale dans les trois lacs centraux ci-dessus cités. On ne les prend guère qu’à l’approche du temps de frai et par hasard, dans le grand fllet destiné à d’autres espèces de plus grande taille.

L’époque des amours ainsi que les allures eu temps de frai paraissent varier passablement dans les différents lacs, et les pêcheurs ne semblent pas avoir à cet égard des données bien précises. L’époque du frai tomberait sur la lin d’août ou la première semaine de septembre, pour le Kropfer dans le lac de Thoune ; tout au moins, des femelles capturées le 1er septembre 1887 portaient encore des œufs mûrs, jaunâtres et d’un diamètre de 2 à 2 Va millimètres, alors qu’un mâle avait déjà vidé ses laites. Le gonflement assez apparent des individus ainsi capturés en état de frai ferait supposer qu’ils ont été pris à une certaine profondeur. Je n’ai point vu de tubercules épidermiques chez les quelques sujets^que j’ai pu alors examiner. Les femelles pleines présentaient un peu la forme carrée ou anguleuse du bas des flancs signalée par Nüsslin chez le Gangfisch .

La ponte s’opérerait, suivant plusieurs pêcheurs, environ un mois plus tard dans le lac de Brienz, soit dans le courant d’octobre, époque à laquelle le Brienzling devient, disent-ils, rêclie au toucher (rüsch). N’ayant pu me procurer que de jeunes individus de ce dernier, il ne m’a pas été possible de déterminer d’une manière exacte l’époque certaine de sa ponte. Je ne saurais également citer ici aucune observation propre sur les agissements en temps de frai de cette seconde variété, généralement un peu plus petite que la précédente. Selon divers pêcheurs, elle déposerait ses œufs non loin des rives, parfois sous deux à six pieds d’eau ; elle viendrait même, pour cela, au dire de quelques-uns, jusque dans l’embouchure de la rivière l’Aar.

Quant au Weissfisch du lac des Quatre-Cantons, les données varient beaucoup aussi; cependant il semble que ce soit surtout en août et septembre que l’on trouve la majorité des individus ornés de leurs petits boutons de noces et que s’opère le dépôt du frai, particulièrement du côté de Weggis. La ponte serait même, suivant les circonstances, plus ou moins avancée en juillet ou retardée jusqu’en octobre. Le dire de quelques pêcheurs qui veulent avoir trouvé le Weissfisch en état de frai jusque vers la fin de décembre me paraît très sujet à caution et reposer probablement sur quelque confusion d’espèce ; par contre, une jeune femelle de 13 centim. environ, recueillie par le Dr Suidter, portait déjà des œufs assez développés, de ll/2 mm., le 16 juin, en 1882. C’est, je crois, à l’observation de semblables cas exceptionnels qu’il faut attribuer l’idée émise quelquefois d’une double ponte annuelle.

Le Weissfisch présenterait, suivant les pêcheurs, des allures assez variables : pour les uns, il frayerait dans les gi*andes profondeurs, pour d’autres, près du rivage; pour la majorité, il pondrait entre deux eaux, laissant couler ses œufs sur les grands fonds, et serait assez souvent capturé dans ces conditions avec le filet volant ( Schwebnetz ). On prend aussi le Weissfisch dans des filets de fond posés de nuit, et c’est à cette circonstance que ce petit poisson à dû le nom de Nachtfisch sous lequel il était autrefois surtout connu.

COR. EXIGUUS. FERITUS. 185

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