‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 87 sur 144 · IV · texte numérisé non relu

IV

Si les proportions des branchiospines rappellent ici un peu les Palées (C. Palea ) de Neuchâtel, par contre les formes moins élancées du corps et moins acuminées de la tête, ainsi que les dimensions plus fortes des squames donnent à ce poisson un faciès bien différent.

D’après le Dr O. Suidter de Lucerne, quelques pécheurs distingueraient, dans le lac des Quatre-Cantons, une seconde Balche qui, quoique plus rare que la précédente, se rencontrerait cependant à des âges divers, soit séparément, soit mêlée avec ceile-ci, et qui porterait une livrée beaucoup plus bleue en dessus. N’ayant pu obtenir aucun échantillon de ce Corégone prétendu différent, j’en suis réduit à me demander s’il n’y a pas là seulement une question d'âge, de saison ou d’habitat, comme je l’ai vu souvent ailleurs, chez la Féra en particulier.

cl. Var. Bodensis (Sand et Weissfelchen, Constance1) : Formes assez élevées. Tête assez ramassée. Bouche plus inférieure. Œil plutôt petit. Écailles relativement moyennes et nombreuses (parfois jusqu’à près de 100 sur la ligne latérale). Nageoires moyennes; caudale d’ordinaire assez profondément échancrée. — Taille grande. — Fraie au bord, ou un peu plus bas contre le mont.

Brchsp. souvent I, 19 — 23=1 : 5,65—6,00, avec 10 — 12 denticules. — IV, 16 — 17.

1 Plus particulièrement Lavciretus ou Adélfisch , selon Gessner, Fischbuch, 187.

Je n’ai pas trouvé de bien grandes différences entre les Sandfelchen frayant au bord et les dites Weissfélchen frayant un peu plus profondément ; les dernières ont peut-être seulement une livrée volontiers un peu plus pâle et assez souvent un œil un peu plus petit, ou des branchiospines parfois légèrement plus longues.

Cette quatrième forme de notre C. Sch. hélveticus rappelle assez la Féra du Léman, quoique avec des formes moins ramassées, une bouche un peu moins inférieure et des écailles notablement plus nombreuses sur la ligne latérale. Elle se distingue aussi constamment du Kïlchen, qui vit avec elle dans le même lac, par un museau moins obtus, un maxillaire moins large, desnageoires moins grandes et des branchiospines en nombre moinsréduit.

1350 alevins de ce Fëlchen du lac de Constance ont été versés,, en 1884, dans le lac de Zurich.

Entre 1880 et 1887, des mélanges ont été opérés dans lesdivers lacs suisses habités par notre Hélveticus, par l’introduction de nombreux alevins, soit des Balchen de Zoug et Felchen de Constance, soit de la Grande Maræne (C. Marœna) du nord de la Prusse et du White-Fish {C. allas ?) d’Amérique.

J’ai reçu du lac de Lucerne, le lBr décembre 1888, par l’entremise de M. le I)r O. Suidter, un Corégone capturé du côté de Stanzstadt, de forme plutôt allongée un peu convexe en avant, mesurant 0m,56 de longueur totale, avec un poids de 1170 grammes environ, que l’on supposait descendre peut-être du White-Fish ( C '. Albus f) d’Amérique ou de la Grande Maræne (C. Marœna) de Prusse introduits dans ce lac, le premier depuis 1883, le second dès 1880.

Le museau du poisson en question, quoique un peu plus fort que chez la majorité des Balchen de Lucerne, ne présente cependant ni la convexité si accentuée du museau du White-Fish importé, ni même la forme assez saillante du nez de la Grande Maræne en dessus ; sa caudale, semblable à celle de nos Corégones en général, ne rappelle en rien celle à lobes subarrondis et si profondément êchancrée de l’espèce américaine.

Le White-Fish ( C . Albus f) n’a donc rien à prétendre dans le

COH. SCfilNZU. HELVETICUS.

cas. Le C. Marœna seul peut être mis en question, soit à cause des formes relativement allongées du corps chez le poisson de Lucerne qui, avec la taille d’une vieille Balche, pourrait être un individu moins âgé de la Maræne , soit à cause de la forme un peu plus arquée de son maxillaire. Les dimensions assez fortes des écailles sont bien celles de la Bcdche de Lucerne, mais celles-ci diffèrent peu de celles de la Maræne. Le nombre des brauchiospines, 27 d’un côté, 28 de l’autre sur le premier arc, rentre bien dans les limites de la Balche , taudis que la Maræne compte d’ordinaire jusqu’à 32 ou 33 épines sur le même arc; cependant nous verrons que cette dernière présente aussi quelquefois, dans l’iine de ses formes en Prusse, moins de branchiospines, jusqu’à 26 seulement. Je n’ai pas cru devoir sacrifier cet exemplaire unique, pour en compter les vertèbres; car, comme pour les deux caractères ci-dessus, je n’y eusse trouvé peut-être encore qu’une présomption, la Maræne portant 60 à 61 vertèbres, et la Balche 61 à 63.

La longueur des plus grandes épines branchiales comparée à l’amplitude du premier arc, comme 1: 5 chez le sujet en question, est tout à fait celle qui caractérise notre Schinzii helveticus, var . Lvœrnensix, alors que ce rapport est plutôt =1 : 5,6 — 6 chez le Cor . Marœna; mais il est difficile de décider s’il faut accorder plus d’importance à cette différence, jointe à une forme moins relevée du nez, qu’aux petites analogies signalées dans la forme du corps et du maxillaire. Il y a, en tout cas, chez le poisson en question, une tendance bien accusée dans le sens des caractères propres à la Balche de Lucerne, soit du lac des Quatre-Cantons.

Si l’inégalité de structure que j’ai constatée dans la mandibule de ce poisson, noimale soit très relevée dans l’intérieur de la bouche d’un côté, beaucoup plus basse ou presque droite de l’autre, devait trahir une origine irrégulière, ce ne serait toujours que la Maræne importée qui pourrait être soupçonnée de croisement '.

1 Deux appendices mous qui pendaient, comme de petits barbillons, à la partie antérieure de la mandibule, l’un à droite, l’autre à gauche de la bouche sur une longueur de 8 à 10mra, m’ont paru formés de lambeaux de peau détachés au revêtement de la mandibule et arti-

Les Corégones que j’ai réunis sous le titre de Hélveticus se trouvent, nous Pavons dit, dans les lacs de Brienz, Thouue, Zoug, Lucerne et Constance, dans diverses conditions et à des niveaux assez différents, entre 565 mètres au-dessus de la mer à Brienz, au pied des Alpes dans le centre du pays, et 398 mètres au-dessus de la mer dans le lac de Constance à P est, sur le parcours du Rhin. Ce sont des poissons qui se tiennent la majeure partie de P année dans les grandes eaux et ne viennent près des rives qu’en arrière-automne, pour y déposer leurs œufs presque au ras du bord, généralement sous très peu d’eau. C’est alors surtout que la pêche est fructueuse dans plusieurs de nos lacs, ainsi que pendant la première partie de l’hiver, quant, après un jeûne plus ou moins prolongé, ils donnent avidement la chasse aux mollusques, vers, insectes divers et petits crustacés qui leur servent de principale nourriture, sautant souvent à la surface après les moucherons. Quelques menus débris végétaux trouvés dans l’estomac de ces poissons ont fait gratuitement supposer qu’ils absorbent parfois exceptionnellement des fragments des plantes diverses qui garnissent, dans la plupart de nos lacs, les flancs du mont ou la surface des hauts-monts.

La ponte s’opère de préférence de nuit, quelquefois déjà dans la soirée, dans les jours sombres, et généralement tout au bord, parfois à peine sous quelques centimètres d’eau, suivant les circonstances et les localités, sur le sable ou le gravier, ou sur les pierres calcaires plus grosses et anguleuses qui, dans quelquesuns de nos lacs à bords par places assez abrupts, comme ceux de Thoune et Lucerne, garnissent souvent la rive sur divers points.

Pour les Balchen b et c des lacs de Zoug et Lucerne, le moment du frai est en général entre les huit ou dix derniers jours de novembre et les huit ou dix premiers de décembre, un peu plus tôt ou plus tard selon les années. Pour la Balche a , c’est plutôt dans la première moitié de décembre dans le lac de Thoune ; 10 à 15 jours plus tôt dans celui de Brienz où la ponte

ficiellement sinon accidentellement tordus, si bien que je n’en parle ici que pour mémoire et pour compléter la description de ce poisson censé extraordinaire.

COR. SCHINZII. HELVETICUS.

commence déjà dans les derniers jours de novembre. Pour le Felchen d du lac de Constance, l’époque est généralement plus hâtive; les Sandfelchen frayent d’ordinaire sur le sable ou le gravier du bord, dans les deux semaines du milieu de novembre, tandis que les dits Weissfelchen frayent un peu plus tard, vers la fin du même mois et un peu plus profondément, volontiers sur les herbes qui garnissent les flancs du mont.

Les œufs, généralement jaunâtres, semblent varier un peu de dimensions dans des conditions différentes et mesurer de 2ram,30 à 2mm,60 et 2m,n,80 chez af c et d, voire même, selon le Dr G. Asper de Zurich, jusqu’à trois millimètres de diamètre, pour des œufs fécondés, chez la Balche de Zoug b pour laquelle la durée moyenne d’incubation est. de quatre semaines environ.

Dans les diverses formes, les individus en livrée de noces, les mâles surtout, sont ornés de cinq à sept, parfois huit séries longitudinales de boutons ou tubercules épidermiques blanchâtres plus ou moins apparents, qui tombent bientôt après le temps du rut.

C’est souvent avec un bruit comme de crépitation, qui s’entend de loin, que les phalanges serrées de ces Corégones s’approchent des rives, pour venir s’y livrer aux jeux de leurs amours; aussi les pécheurs qui connaissent parfaitement les places de frai préférées, sont-ils tout prêts à recevoir la bande joyeuse dans leurs filets, voire même à l’attirer au besoin où la maille les attend avec des feux allumés sur le bord5. Cependant, le calme est nécessaire à la réussite de cette pêche, et un vent tant soit peu fort peut la contrarier complètement. On prend, suivant les circonstances, ces poissons au grand filet, ou avec des filets à battue et de fond, ou encore à la ligne amorcée d'un vers ou d’une larve. La pêche la plus abondante s’est faite jusqu’ici en enveloppant et couvrant pour ainsi dire avec un filet les individus occupés à frayer près du bord. Un seul pêcheur peut par exemple, dans le lac de Zoug, prendre jusqu’à 40 ou 50 quintaux de Balchen en une saison de frai.

Nous avons dit que Balchen et Felchen vivent une bonne par-

1 Places de frai marquées sur la rive, pour divers points du lac des Quatre-Cantons. — Surtout près de Merligen, pour le lac de Thun.

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