‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 91 sur 144 · FAUNE UES VERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

FAUNE UES VERTÉBRÉS

mâchurées ou noirâtres ; les inférieures largement teintées de noir bleu ou de noir violacé, les pectorales sur la V2 ou les Va de leur longueur chez l’adulte, et déjà passablement mâchurées même chez des jeunes de 23 à 25 centimètres, alors d’un vert bleu sur le dos.

Taille relativement grande. La majorité des individus capturés mesurent Om,365 à 0IU,420, avec un poids de */* à près d’une livre (375 à 450 grammes); cependant, on prend assez souvent des Palées de 1 V2 à 2 livres, parfois même de 3 à 3 V 2 livres, au hameçon. Des sujets de 5 livres (2 Va kilos), pas très rares autrefois, sont aujourd’hui tout à fait exceptionnels. La Paléedite de bord deviendrait, au dire de quelques pêcheurs, plus grosse que la dite de fond; cela paraît varier avec les localités.

Vertèbres au nombre de 61 à 63, le plus souvent 62, dont 36 à 37 costales ; volontiers avec une gaine ou fausse vertèbre terminale au delà de la dernière vraie biseautée.

Avec ses formes généralement assez élancées, sa tête conique plutôt basse et allongée, sa bouche souvent presque terminale, son maxillaire relativement long et sa livrée assez souvent d’un vert bleuâtre, la Palée présente quelquefois certains rapports extérieurs avec le Blaufélchen du lac de Constance ; si bien que les ichthyologistes, même les plus récents, l’ont généralement rapprochée du C. Wartmanni, comme Bapp, Heckel et Iùier, de Siebold et Günther, par exemple. D’autres, trompés par les noms différents que ce poisson reçoit dans le lac de Neuchâtel, selon qu’avec un faciès un peu différent, il fraie tôt et au bord, ou tard et au fond, ont cru pouvoir le rapporter partie au C . Maræna ou au C. Fera , partie au C. Wartmanni, comme Hartmann, par exemple, qui cite les Pallaye et Palée de Neuchâtel également dans la synonymie des deux espèces (p. 140 et 155), voire même comme Cuvier et Valenciennes qui ont cru devoir distinguer, en tant qu’ espèce particulière, la Palée dite noire ou de fond de la dite blanche ou de bord, sous le nom de C. Palea. Schinz, dans sa Fauna Helvetica, est le seul qui ait bien compris les affinités naturelles des Palées de Neuchâtel avec les Balchen, Felchen et Fera de nos autres lacs. En effet»

COH. SCHINZII. PALEA.

l’examen d’un assez grand nombre d’individus des Palées de bord et Palées de fond m’a démontré qu’elles ne présentent, d’une manière constante, aucune différence anatomique tant soit peu profonde ; qu’elles ont en particulier, le plus souvent, mêmes branchiospines et mêmes vertèbres, et que les petites dissemblances morphologiques, très sujettes à varier, que l’on peut saisir entre elles ont fort peu d’importance au point de vue spécifique \ Les divergences biologiques relatives aux dates et lieux de frais ne sont dues également, à mon avis, qu’à l’influence de conditions locales différentes résultant, sur différents points du lac, de la configuration de celui-ci, de la distribution de ses tributaires et de la température momentanée des eaux.

J’ai vu quelquefois des Palées dites de fond qui présentaient des formes plus élancées que d’autres dites de bord , avec un œil volontiers un peu plus grand, une caudale parfois un peu plus courte et une livrée olivâtre plus mâchurée; mais on ne peut attacher grande importance à semblables caractères distinctifs, quand l’on remarque que la seconde, celle de bord , varie beaucoup aussi sous ces divers rapports, et surtout quand l’on sait que, dans des conditions et circonstances différentes, ce même poisson peut présenter aussi des allures pour ainsi dire transitoires, quant à l’époque et à la profondeur du dépôt de son frai.

Bien que je l’aie déjà démontré, à propos du Cor . exir/uus Bondella de Neuchâtel, je ne crains pas de répéter ici que les jeunes Palées sont toujours, à taille égale, très différentes des Bondelles , qui s’en distinguent par une tête plus forte, avec museau plus épais, par des écailles plus petites, par des branchiospines bien plus longues et plus nombreuses, par des vertèbres en nombre inférieur, et par une livrée plus pâle, beaucoup moins pigmentée.

1 Dans leurs Informations (manuscrites) sur les Poissons des lacs de Neuchâtel , Bienne et Morat , en date de 1811, L. Perrot et J. Droz disent que la Palée blanche ou de bord aurait le ventre, jusqu’à l’anus, de un pouce plus court que ladite noire ou de fond, et la queue, y compris le pédicule caudal, d’autant plus longue; je n’ai rien trouvé de bien frappant à cet égard entre individus des deux formes, et je doute qu’il y ait rien là de bien constant.

Le seul Corégone de nos lacs occidentaux qui, avec un aspect extérieur rappelant la Palée, puisse être rapproché du Wartmcmni , est celui que j’ai décrit plus haut, sous le titre de Confit sus, comme commun dans le lac de Morat où il porte le nom de PJœrrig , comme assez commun dans celui de Bienne sous le nom de Balchpfœmt , principalement depuis ces dernières années, et comme relativement rare dans le lac de Neuchâtel où il est confondu, selon sa taille, avec les Bondelles ou avec les jeunes Palées, sous les noms de Gibbion , de petite Palée ou de petite 'Fera. Cependant, ce n’est point ce poisson de taille moyenne, jusqu’ici méconnu, différant de la Palée par ses branchiospines plus nombreuses et son museau plus bas, de la Bondelle par le nombre généralement supérieur de ses vertèbres, ainsi que par les proportions majeures de ses écailles et de certaines nageoires, que les auteurs ont eu eu vue, aussi bien dans leur rapprochement avec le Blaufelchen ( Wartmanni) que dans la création de l’espèce dit e Palea. Ils ont, je le répète, tous basé leur distinction sur les petites dissemblances morphologiques et biologiques signalées entre Palées de bord et Palées de fond , et aucun ne s’est douté de l’existence de cette forme particulière, faute d’avoir étudié comparativement les branchies et les vertèbres.

La Palée habite les lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat; cependant c’est surtout dans le premier qu’elle abonde en toute saison. Avec un instinct migrateur plus développé que chez les formes voisines, Felchen, Balchen et Féra, elle exécute annuellement, en remontant le courant, de petits voyages d’un lac à l’autre. Des individus, en plus ou moins grand nombre suivant les années, passent en automne du lac de Neuchâtel par la Broyé dans celui de Morat, pour y frayer; d’autres viennent, au contraire, depuis le lac de Bienne, pondre dans celui de Neuchâtel par la rivière la Thièle, à l’entrée de laquelle on les prend quelquefois avec des filets tendus près de la 'surface. Ce poisson, rare autrefois dans le lac de Morat, y serait même, au dire de quelques pêcheurs, devenu assez commun depuis l’abaissement des eaux de l’Aar dans la région et depuis l’endiguement de la Broyé, dont les eaux étaient auparavant beau-

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coup plus sales et troubles qu’aujourd’hui. Ce serait plutôt le contraire qui aurait eu lieu pour le lac (le Bienne.

On m’a signalé, en 1886, l’existence de la Palée dans le lac Gironde et un autre plus petit bassin très voisin , près de Sierre, en Valais, où ce poisson aurait été importé, dit-on, quelques années auparavant de Neuchâtel. Elle atteindrait même le poids d’une livre dans le plus petit de ces deux bassins. Cependant, comme il m’a été impossible de me procurer un seul individu de la prétendue Palée de ladite localité, je ne saurais décider, ni si c’est bien au genre qui nous occupe et plus particulièrement à cette espèce qu’il faut rapporter le poisson en question, ni quelle influence la réclusion dans un lac aussi petit a pu avoir sur ce prétendu Corégone importé.

Nous avons dit que la Palée fraie à des époques et dans des conditions très diftérentes, en novembre sur le bord et jusqu’en février dans le profond, sur divers points du lac de Neuchâtel. Les mêmes différences d’allures ne semblent pas se présenter dans les lacs plus petits et moins profonds de Bienne et de Morat, oh l’on ne fait pas la distinction entre Palée de bord et Palée de fond. Ce poisson dépose généralement ses œufs sur le gravier, non loin du bord, dans les trois premières semaines de novembre, au lac de Bienne ; tandis qu’il pond de préférence en décembre et jusque dans le commencement de janvier, plus profondément sur le sable ou les pierres, ou au bord des herbes du Mont, sous 5 à 15 mètres d’eau dans celui de Morat.

Au dire de plusieurs pêcheurs, la ponte de la Palée, dans le lac de Neuchâtel, commencerait d’ordinaire avec le premier jour de novembre, sur le gravier (lu bord, sous très peu d’eau, pour se continuer en décembre et janvier, voire même jusqu’en février, de plus en plus profondément. La température des eaux plus ou moins vite refroidies, suivant les années, ainsi que la configuration des bords et du fond, selon les localités, paraissent influer surtout sur l’époque et les conditions du frai, si bien que, dans des circonstances exceptionnelles, des Palées ont parfois déjà commencé à frayer sur le bord à la tin d’octobre, tandis que d’autres frayaient encore dans les profondeurs jusque vers le milieu de février, sous 25 à 50 mètres d’eau et plus. Il est à remarquer à ce propos que la rive nord du lac reçoit

plusieurs cours d’eau qui, en arrière-automne, amènent d’ordinaire du Jura des eaux de neige assez froides, tandis que la rive sud opposée, qui n’a pour ainsi dire point d’affluent, conserve, au contraire, plus longtemps une température relativement élevée; ajoutons que la Berne s’étend beaucoup moins sur la majorité des points de la rive nord, plus promptement abrupte, que sur la rive sud où elle se prolonge passablement sur presque tout le pourtour de ce côté du lac. On s’explique par là pourquoi la Paléc vient frayer plus ou moins vite en novembre et au bord seulement du côté d’Auvernier, entre le Seyon et la Reuse qui lancent à cette époque dans les profondeurs des eaux neigeuses, lourdes et froides, pendant qu’en face de ce point, à Pont-Alban, sur l’autre rive, le même poisson, après avoir frayé en partie près du bord en novembre, se retire en descendant peu à peu et toujours frayant sur les herbes des flancs du Mont. dans une température graduellement abaissée, en décembre, janvier et même février. La Palée dite noire ou de fond se trouverait alors principalement du côté de la rive sud, fribourgeoise et vaudoise, ou sur la Motte que j’ai dit être un liaut-mont quasimédian.

La Palée ne fraie guère sur le gravier du bord que de nuit ou dans les soirées sombres ; la lumière semble la refouler pendant le joiu* dans des couches plus profondes. Les œufs, un peu jaunâtres, mesurent généralement de 2mm,25 à 2mm,60. Mâles et femelles, les premiers surtout, portent à l’époque du rut six ou sept, parfois huit raies de tubercules ou boutons épidermiques blanchâtres, qui, comme chez d’autres poissons, semblent jouer un rôle dans le frottement des individus de sexes différents durant les jeux de l’amour.

On peut pêcher les Palées au filet dans le lac de Neuchâtel, du 1er novembre à la fin de juin ou au commencement de juillet, passé cette époque, l’eau devenant trop chaude, beaucoup de ces poissons disparaissent dans les plus grandes profondeurs et leur capture devient plus difficile. Cette pêche est surtout aisée et destructive au temps de frai, alors que l’on peut, de nuit ou dans la soirée, envelopper avec un filet ancré au bord les nombreux poissons qui s’assemblent au ras de la grève sur des points bien connus. Passé ce temps et dès décembre, on

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prend plus loin du bord, de plus en plus profondément, les Palées qui, après avoir frayé, cherchent avidement et en nombreuse société les petits animalcules, vers, mollusques, crustacés et autres qui leur servent de nourriture. On se sert alors principalement du grand filet à sac, dit parfois Oros- Pierre, qui va chercher ces poissons jusqu’à 60 et 80 mètres de profondeur, et la pêche est alors souvent si productive que des poissons de 34 à 1 livre se vendent seulement 80 centimes à 1 franc la pièce. Sur certains points de la rive ou la Palée descend frayer plus profondément, on la prend encore avec des filets dormants tendus une ou deux nuits durant. On la capture quelquefois aussi au hameçon, avec des lignes de fond, dans de grandes profondeurs, et, à ce sujet, divers pêcheurs m’ont assuré avoir pris parfois des Palées à un hameçon amorcé d’une petite Perche ou Perchette.

Enfin, en été, on prend encore la Palée sur le haut-mont dit Motte qui s’élève longitudinalement sur le fond de la moitié orientale du lac, un peu en avant du milieu, vers la côte sud, et où les divers Corégones du bassin semblent se donner rendezvous. On trouve là, en effet, réunis pendant la belle saison, sur le sommet en partie sablonneux de ce haut-mont, sous 10 à 20 mètres d’eau, puis peu à peu de plus en plus bas, sur les herbes et la mousse qui en garnissent les flancs, la Bondelle et la Palée à différents âges et sous diverses formes. On y prend, entre autres, les jeunes Palées de taille moyenne qui, comme les jeunes Féras demi-taille du Léman, sont distinguées par les pêcheurs sous des dénominations spéciales. C’est parmi ces jeunes Palées de forme relativement élancée, qui reçoivent tour à tour les noms de Petites Palées, Petites Féms ou de Oïb- Uons1 *, que j’ai, en particulier, reconnu pour la première fois, le Corégone, jusqu’alors méconnu, dont j’ai parlé plus haut et que j’ai cru devoir rapprocher du C. W. confusus de Morat, bien qu’en conservant des doutes sur la pureté de son origine.

Suivant qu’elle est pêchée au bord ou plus profondément,

1 Le nom de Gibbion, appliqué indistinctement aux petits Corégones

momentanément réunis en grand nombre, vient du mot gibbionner qui,

en argot de pêcheurs neuchâtelois, signifie pululler, abonder, frétiller.

sous une pression croissante, la Palée est aussi plus ou moins résistante, en ce sens que les individus pris sous peu d’eau peuvent survivre en vivier bien des jours, voire même des semaines, à leur capture, tandis que ceux ramenés plus ou moins gonflés des grandes profondeurs périssent assez rapidement.

Je n’ai pas de données spéciales sur les parasites de la Palée; cependant il est probable qu’elle doit héberger plusieurs des mêmes Helminthes que ses congénères en d’autres lacs.

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