LE GOITREUX Kilchen
CoREGONÜS ACRONIUS, Rapp.
Corps plutôt trapu, voûté en avant ; pédicule caudal court Tète assez ramassée et déclive ; museau gros et court Bouche plus ou moins inférieure . Intermaxïlliare haut, plus ou moins incliné en arrière et en dessous. Maxillaire large et ramassé, arrivant à peu près au bord de VœiL Opercule moyen . Œil moyen ou assez grand . Écailles relativement moyennes ou plutôt petites, médiocrement ou assez nombreuses . Caudale profondément échanerée, à lobes cicuminés quasi-égaux , plus longue que la tète . Dorsale assez haute et très déclive . Ventrales plus ou moins longues . Pectorales assez grandes. — Verdâtre, fauve ou olivâtre, en dessus ; anale et
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nageoires paires plus ou moins mâchurées. — (Taille moyenne d’adultes et de vieux: 0m,285 — 820 à 0m,34.)
Brchsp. I, 17-21 = 1 : 6-6,00. — IV, 12-16.
D. 4-5/9-11, A. 4-5/10-11, V. 2/10-11, P. 1/15-16, C. 19 maj.
8 Va— 10
Squ. 78 --8— 88 (92). — Vert. 61-63.
Salmo Maræna media, Hartmann , Helv. Ichthyol. p. 145. — Nenning, Fische Bodensees, p. 21. — Scliinz ( Coregonus ) Maræna mædia, Fauna helvetica, p. 162 (part.).
Coregonus acronius, Rapp, Fische Bodensees, p. 22. — Heckel et Kner .
Süsswasserüsche, p. 240, tig. 136 ( juv .). — Fatio, Corég. de la Suisse, p. 18, tab. I, C, 7.
» hiemalis, Siebuld , Siisswassertische, p. 254 (part..). — Jàckel, Fische Bayerns, p. 77 (part.). — Grüntlier , Catal. VI, p. 183 (part..). — Klunsinger , Fische des Wurtemberg, 1881, p. 260 (part.).
Noms vulgaires : Kilch, Kilchen , Kirschfisch, Kropffelchen , lac de Constance.
Corps plutôt court, relativement assez élevé et passablement voûté du museau à la dorsale; le profil inférieur presque semblable ou un peu moins convexe, chez les jeunes et les sujets dont la vessie n’est pas gonflée. La hauteur maximale, à la longueur du poisson sans la caudale, généralement comme 1 : 3,75—4,15 chez des adultes. — Pédicule caudal très court, quoique médiocrement, même peu élevé vis-à-vis de la hauteur maximale du corps ; la distance comprise entre le dernier rayon de l’anale et le premier de la caudale, assez souvent égale à V,4 seulement de la longueur du poisson sans la caudale, alors qu’elle mesure à peu près Vio de celle-ci chez les Felchen, Palées, Féra, Gravenche, etc.
Tête assez ramassée, un peu convexe, déclive et toujours notablement moins longue par le côté que la hauteur du corps ; la longueur céphalique latérale, au poisson sans la caudale, le plus souvent comme 1 : 4,40—4,80, chez l’adulte. — Museau plutôt gros et court, subcarré et un peu proémi-
nent. — Bouche le plus souvent franchement inférieure, parfois un peu plus avancée ou presque préinférieure. — Intermaxillaire élevé et plus ou moins incliné en arrière et en dessous. — Maxillaire large, médiocrement arqué et relativement court, quoique arrivant à peu près sous le bord de l’œil chez l’adulte, par le fait de la brièveté du museau (voy. PL II, fig. 24). — Opercule de moyenne hauteur et plutôt large. Le bord inférieur du préopercule parfois plus ou moins dentelé, chez l’adulte. — Œil moyen ou assez grand, soit, à la longueur céphalique latérale, comme 1 : 3,80 — 4,36 chez l’adulte. — Espace préorbitaire égal au diamètre oculaire ou légèrement plus grand.
Branchiospines courtes, très espacées et en nombre très réduit; le plus souvent 17 à 21 sur le premier arc, les plus longues, vis-à-vis de celui-ci, comme 1 : 6 — 6,60, avec d’ordinaire 5 à 7 denticules latéraux très saillants et distants. Assez souvent des épines accidentellement bifurquées ou trifurquées, par suite de la succion de petits parasites crustacés; souvent aussi les denticules en majorité absents. Généralement 12 à 16 épines sur le quatrième arc. — Les dents linguales, et pharyngiennes surtout, bien développées. (Voy. Pl. II, fig. 4,5 et 6.)
Nageoires : caudale profondément échancrée, à lobes acuminés quasi-égaux, d’ordinaire de Vi2 à V5 plus longue que la tête, accidentellement presque égale, soit, à la longueur totale du poisson, le plus souvent comme 1 :4,80 — 5,60, chez l’adulte. — Dorsale droite, haute, et quoique large très déclive sur la tranche, d’ordinaire de l/* à V20 seulement plus courte que la tête. — Anale égale à peu près aux de la dorsale en hauteur, avec une longueur basilaire presque égale à son élévation ou, plus souvent, légèrement moindre. — Ventrales généralement larges et assez grandes, quoique toujours assez variables; couchées, demeurant distantes de l’anus d’une quantité égale, suivant le sexe et les individus, à a/6 ou Vt 011 même V17 seulement de leur longueur. — Pectorales également de longueur assez variable et plus ou moins larges ou effilées, suivant le sexe, l’âge ou les individus ; atteignant, renversées en avant, la narine, la bouche ou
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le bout du museau. — Adipeuse grande, haute et recourbée ou arrondie.
Écailles solides, à peu près ovales en hauteur sur les parties antérieures du corps, plus carrées sur les postérieures, médiocrement ou parfois assez nombreuses et de dimensions moyennes ou plutôt petites, bien que paraissant assez grandes, par le fait de leur élévation et d’un moindre recouvrement. Une squame médiane sur la ligne latérale de forme subcarrée, élevée, un peu découpée au bord fixe et légèrement festonnée au bord libre, chez l’adulte, avec des stries assez fines, un nœud quasi-médian ou très légèrement reculé vers le bord libre, et un tubule médiocrement long et large, franchement infléchi vers le bas; de surface, le plus souvent, entre V4 et 1/& de celle de l’œil. Les écailles des flancs, surtout sur la région ventrale en dessous de la ligne latérale, en apparence bien plus grandes et plus hautes que les autres, par le fait qu’elles se recouvrent peu ou pas, comme nous l’avons dit, demeurant même souvent plus ou moins séparées, sous l’action du gonflement de la vessie natatoire, chez les individus capturés sous de fortes pressions.
Coloration pâle, verdâtre, fauve, gris-brun ou d’un blond olivâtre en dessus, argentée sur les flancs, parfois avec de légers reflets jaunâtres ; ventre blanc. Nageoires jaunâtres : dorsale et caudale plus ou moins lavées de noirâtre vers le bout, anale et ventrales d’ordinaire plus ou moins mâchurées au sommet, chez l’adulte ; -pectorales souvent en entier jaunâtres, parfois légèrement mâchurées à l’extrémité.
Taille, moyenne dans nos Corégones suisses; la majorité des adultes capturés variant entre 0m,290 et 0m,325, avec un poids de 280 à 350 grammes environ. Les sujets qui ont servi à la description de Heckel et Kner devaient être relativement jeunes, ne dépassant pas 9 pouces de longueur totale. Selon Hartmann et Nenning, l’espèce ne dépasserait pas un poids de % livre. Les plus grands individus observés par Eapp mesuraient 12 pouces; de Siebold en signale de 14 V2 pouces. J’ai examiné moi-même plusieurs adultes des deux sexes capturés vers la fin d’octobre, en livrée de noces et avec laites et œufs mûrs, qui mesuraient jusqu’à 0m,335 et 0m,340.
Vertèbres au nombre de 61 à 63, dont 36 à 37, voire même 38 costales, abstraction faite de une ou de deux bagues semi-osseuses ou fausses vertèbres faisant parfois suite à la vertèbre biseautée qui porte la dernière grande plaque caudale. Les chiffres que j’ai trouvés sur quelques squelettes préparés ad hoc me paraissent avoir ici une certaine importance ; en ce sens qu’ils diffèrent complètement de ceux fournis par d’autres ichthyologistes suisses, Hartmann et Rapp entre autres, qui attribuent au Kilchen, le premier 56 ou 57, le second 59 vertèbres, et parce qu’ils peuvent contribuer à leur manière à la distinction spécifique des C. acroniics , Rapp, et C, hiemalis , Jurine, à d’autres égards déjà bien différents. Je ne puis m’expliquer autrement la divergence qui existe sur ce point entre mes observations et les données des auteurs précités, ainsi que de nombreux ichthyologistes qui ont répété ces dernières, qu’en supposant ou une erreur, principalement chez Hartmann, ou que les cervicales n’ont pas été additionnées, ou encore que les individus de taille petite ou moyenne préparés par mes prédécesseurs étaient peut-être des sujets grande taille du Gamjjisch confondus avec de jeunes Kilchen.
Le Coregomis acronius (Rapp) a été rapproché à tort du C. hiemalis (Jurine), à cause de sa taille moyenne, des formes ramassées de sa tête et de son museau, des dimensions relativement grandes de ses nageoires et de la pâleur de sa livrée ; il s’en distingue cependant constamment, par des branchiospines plus courtes et en nombre bien inférieur, par des vertèbres en nombre par contre supérieur, par un maxillaire bien plus large et ramassé, et par des allures bien différentes au temps de la reproduction. — Le Kilchen varie passablement quant aux proportions relatives de ses diverses nageoires, dans le lac de Constance, et il semblerait, d’après Siebold, que le représentant de cette espèce dans le Ammersee, en Bavière, présente généralement des nageoires plus courtes, avec une taille plus petite.
Le Kilchen n’habite en Suisse que le lac de Constance. Les
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lacs de Zurich, des Quatre-Cantons et de Bienne ne renferment aucun Corégone capable de justifier l’opinion de C. G-essner qui croyait analogues du Kïlcli de Constance les poissons appelés de son temps, Butz,Alpken et Angelin, dans ces derniers. C’est -également, avons-nous dit, par suite d’un défaut d’études comparées suffisantes qu’on a rapproché à tort cette espèce de la Gravenche ( C . hiemalis ) du lac Léman, si diftérente à tant d’égards. Siebold ne croit pas que le Kïlch puisse être confiné dans le lac de Constance seulement ; il se trouverait, suivant lui, dans le Léman sous le nom de Gh'avenche , et probablement dans divers autres lacs alpins, dans le Àmmersee de Bavière, en particulier1. Peut-être le célèbre ichthyologiste allemand a-t-il raison de douter d’un habitat aussi limité; nous avons signalé cependant son erreur quant au premier de ses rapprochements, celui du Kilchen avec le Gravenche du Léman ; le second, concernant le Ammersee, est-il plus juste que le premier, c’est ce que je 11e saurais dire maintenant, faute d’avoir pu comparer de visu les deux formes. .
Le Kïlch, Kilchen ou Kropffelchen , passe presque toute l’année dans les eaux profondes du lac de Constance, souvent à plus de 100 mètres de la surface, rarement à moins de 20 ou 25. C’est en particulier h cet habitat profond et caché que l’on doit l’ignorance dans laquelle sont encore de nos jours les ichthyologistes et mêmes les pêcheurs sur les mœurs et les allures de ce poisson à différentes époques. C’est aussi à la forte pression sous laquelle il vit constamment et h laquelle il est arraché par le filet qu’il doit son nom de Goitreux (. Kropffelchen ), parce que toujours il arrive à la surface plus ou moins gonflé en dessous, voire même souvent complètement arrondi en ballon entre la gorge et l’anus. Inutile d’ajouter que le Kilchen doit compter, par le fait, parmi les poissons qui survivent le moins à leur capture, qu’il arrive généralement mort ou mourant à la surface de l’eau.
Le Kilchen se trouve dans différentes parties du lac de Constance, voire même dans l’Untersee, et semble frayer, selon les
1 Von Siebold: VUéber den Kilch des Ammersees : Neue Münchner Zeitung 1860, n° 67, p. 265.
circonstances, à des époques un peu différentes. Il paraît qu’il était autrefois assez abondant du côté de Landschlacht et de Constance, mais que c’est aujourd’hui surtout du côté de Langenargen, vers la côte wurtembergeoise, qu’on le pêche en plus grande quantité du printemps à l’automne. On le prend aussi en été à Horn, près Eohrschach, et en automne, quoique moins abondamment, soit à Ueberlingen à l’autre extrémité du lac, soit à Steckborn dans l’Untersee. On le pêche, suivant les cas, au grand filet ou avec des filets de fond et dormants. Bien que la chair de ce poisson soit ferme et agréable, il n’en est guère fait une pêche spéciale et on le voit peu sur le marché; soit que, vu son habitat profond, sa capture soit toujours incertaine, soit que son ventre fortement distendu lui donne un aspect peu engageant.
Les pêcheurs déclarent généralement qu’ils n’ont jamais vu frayer un Ivilchen et qu’ils ne savent pas du tout où sont ses places de ponte préférées. Cependant les états de développement que j’ai constatés, tant des œufs chez les femelles que des testicules et des boutons de noces chez les mâles, semblent indiquer que l’époque du frai doit varier des derniers jours d’octobre aux derniers de novembre, et que les jeux de l’amour doivent s’opérer au fond, sous une forte pression, puisque les individus des deux sexes capturés à maturité des organes de reproduction sont tous passablement gonflés. Selon quelques données, celles de Siebold entre autres, l’époque du frai pourrait commencer parfois déjà fin septembre; je n’ai aucune observation à l’appui. Les œufs que j’ai examinés étaient jaunâtres et mesuraient 2mm à 2mm,20 de diamètre. La nourriture du Kilchen paraît consister surtout en petits mollusques, vers et crustacés. De Siebold refusait ces derniers à l’alimentation de ce Corégone de grand fond; cependant Nüsslin a trouvé abondamment P Asellus aquations dans ses intestins.
Je 11e crois pas qu’il ait été fait une étude spéciale des parasites du Kilchen, et je n’ai, pour ma part, observé chez lui que ŸErgasüius Sieboldii quelquefois sur ses branchies.
COREGONUS HIEMALIS.