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A-B. 34? LE CORÉGONE DE SEMPACH

Sempacher Balle.

CoREGONÜS SüIDTERI 1.

Corps oblong, assez élevé et convexe en avant ; pédicule caudal relativement allongé. Tète plutôt courte et élevée; museau subcarré. Bouche préinféiieure ou quasi-terminale. IntermaanUaire élevé, quasi-vertical. Maxillaire un peu arqué , atteignant sous le bord de l’œil. Opercule moyen. Œil moyen. Écailles relativement petites et assez nombreuses. Caudale courte, souvent moindre que la longueur de la tète et assez profondément échancrée. Dorsale plutôt petite, médiocrement déclive. Ventrales courtes; pectorales moyennes. — Vert olivâtre ou (Sun veti bleuâtre, en dessus ; anale et nageoires paires fortement mâchurées de noir bleu. — (Taille moyenne cT adultes 0m,3o à 0m,40).

1 D’après le nom du Dr O. Suidter , de Lucerne, qui m’a fourni de précieux matériaux pour l’étude de ce poisson.

COREGONUS SUIDTERI.

Brchsp. I, 38-42 = 1 : 4,40-4,60 — 5,40-5,60. — IV, 24-28.

D. 4-5/10-11, A. 3-4/12, Y. 2/9-10, P. 1/15-16, C. 19 maj. 10—11

Squ. 88 9 I0 98. — Vert. 63 (64).

Coregonus Albula, Schinz , Fauna Helvetica, p. 162 ( partim et false).

» Suidteri, Fatio, Corég. de la Suisse, p. 16 et tab. I, Comp. I.

Noms vulgaires : Balle ou Ballen , Balche ou Balchen , Sempacher Balle ; Sempach.

Corps oblong, assez épais et élevé, passablement, convexe en avant, tantôt graduellement jusqu’à la dorsale, tantôt sur la nuque principalement, avec un profil inférieur assez semblable au supérieur et un pédicule caudal relativement allongé et étroit. La hauteur maximale, à la longueur du poisson sans la caudale, généralement comme 1 : 3,55 — 3,80, chez des adultes. — La longueur du pédicule caudal, de l’anale à l’origine de la caudale, proportionnellement de V3 environ plus long que chez la Balche de Lucerne; son élévation minimale, à la hauteur maximale du corps, volontiers comme 1 : 3,45 — 3,65, toujours chez l’adulte, alors qu’elle est le plus souvent comme 1 : 3,25—3,35 chez la Balche de Lucerne, ou comme 1 3 — 3,20 chez le San&felchen de

Constance.

Tête conique, assez élevée, plutôt étroite, notablement plus courte que la hauteur du corps, faiblement convexe ou quasi-plane en dessus et peu ou médiocrement déclive. Sa longueur latérale, vis-à-vis du poisson sans la caudale, volontiers comme 1 : 4,80 — 5,30, chez l’adulte. — Museau assez haut, subcarré et médiocrement allongé. — Bouche préinférieure ou quasi-terminale. — Intermaxillaire élevé, quasivertical ou vertical. — Maxillaire assez large, un peu arqué, faiblement retroussé, avec un coude bien reculé, et atteignant au bord de l’œil, le dépassant même plus ou moins (voy. PI. II, fig. 15). — Opercule moyen, quoique assez variable dans ses formes et dimensions. — Œil moyen,

à la longueur latérale de la tête, comme 1 : 4,10— 4, '65, chez des adultes. — Espace préorbitaire à peu près égal au diamètre de l’œil ou uu peu plus grand, chez l’adulte ; Finterorbitaire un peu plus fort seulement que le préorbitaire.

Branchiospines nombreuses et assez serrées, mais plus ou moins grêles et allongées. Chez les quelques individus d’assez grande taille que j’ai pu examiner: 38 à 42 épines sur le premier arc; les plus grandes, souvent assez grêles et allongées et vis-à-vis de celui-ci comme 1 : 4,40 — 4,60, avec 18 à 22 denticules latéraux, parfois plus ramassées et alors vis-à-vis du premier arc comme 1 : 5,40 — 5,60, avec 14 à 15 denticules. — Généralement 24 à 28 épines sur le quatrième arc.

Nageoires généralement assez courtes : caudale moyennement ou assez profondément échancrée, à lobes égaux médiocrement acuminés; le plus souvent bien plus courte que la tête, voire même parfois de lj9 ou l/T de celle-ci, plus rarement très légèrement plus longue, soit, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 6,05—6,90, plus rarement = 1 : 5,55. — Dorsale plutôt petite et étroite, moyennement aeuminée, médiocrement déclive et volontiers droite ou même subconvexe sur la tranche; toujours beaucoup plus courte que la tête, volontiers de 7* à 75, parfois même de 7s de celle-ci. — Anale de hauteur très variable, soit égale, suivant les individus, à */4 à 7s ou seulement à 3/5 de l’élévation de la dorsale, avec une longueur à la base volontiers un peu plus forte que la hauteur, exceptionnellement de près de l/3 plus grande. — Ventrales courtes et plutôt larges, demeurant, couchées, à une distance de l’anus égale à environ i/2 ou 3/5 de leur longueur. — Pectorales assez larges et médiocrement acuminées, atteignant, renversées, à la narine ou entre celle-ci et la bouche. — Adipeuse moyenne.

Écailles assez solides, relativement petites et nombreuses, de forme ovale plus ou moins élevée et peu ou médiocrement découpées. Une squame médiane sur la ligne latérale d’une surface égale à */4 ou 7 5 de celle de l’œil, subcarrée, un peu découpée au bord fixe, avec un nœud un peu reculé vers le bord libre et un tubule plutôt mince et allongé, légèrement

COREGONUS SUIDTERI.

courbé à l’extrémité. Les squames post-inférieures, au-dessus de F origine de l’anale, notablement plus petites aussi que chez la BalcJie du lac de Lucerne si voisin; d’une surface généralement '/4 ou 1/& seulement de celle de l’œil, comme la médiane latérale, quoique de forme beaucoup plus élevée. Ces rapports de surfaces des squames et de l’œil, du reste, comme je Fai dit, assez variables avec l’âge et d’individu à individu, comme chez tous nos Corégones.

Coloration d’un vert olivâtre tirant plus ou moins sur le bleu en dessus ; flancs argentés à reflets bleuâtres, légèrement pigmentés; toutes les nageoires fortement mâchurées de noir bleu, les pectorales souvent même sur le quart extrême de leur longueur, chez des adultes.

Taille un peu au-dessus de la moyenne : les individus, tous adultes, que j’ai pu examiner variaient entre 0m,360 et 0m,395, avec un poids maximum de une livre, soit 500 grammes environ. Les pêcheurs m’assurent qu’on en prend aussi assez souvent de 1 V2 livre.

Vertèbres au nombre de 63, parfois 64, dont 37 à 38 costales ; sur trois squelettes préparés, deux fois 63 et une fois 64, plus une ou deux gaines, semi-osseuses ou fausses vertèbres au delà de la dernière vraie.

Le Corégone du lac de Sempach que j’ai nommé C. Suidteri , en reconnaissance des précieux matériaux et renseignements que M. le Dr O. Suidter, de Lucerne, a bien voulu me fournir, semble tenir par quelques-uns de ses caractères, tantôt du Dispersus , dont il a les branchiospines nombreuses et le maxillaire allongé, tantôt du Balleus, dont il a, par contre, les formes généralement hautes ou épaisses et le museau élevé. Les dimensions d’ordinaire assez réduites de ses nageoires rappellent un peu celles des Aïbeli\ le nombre supérieur de ses. vertèbres le rapproche, par contre, plutôt des Félchen ou des Balchen. L’irrégularité même que nous avons constatée dans les proportions de ses nageoires impaires et dans les dimensions relatives de ses épines branchiales semble indiquer chez lui comme un mélange de deux formes; bien que, depuis des siècles confiné

dans un bassin relativement très réduit, il ait pris avec le temps un faciès et quelques caractères propres suffisant à le faire aujourd’hui distinguer.

Autrefois très abondante et de petite taille, dépassant rarement 74 à '/3 de livre, la Balle de Sempach serait avec le temps devenue de nos jours à la fois beaucoup moins abondante et notablement plus grosse. Nous verrons rplus loin à quelles influences naturelles et accidentelles ces différences peuvent être en partie attribuées.

Bien que les pêcheurs croient que le lac de Sempach n’a jamais possédé qu’une seule espèce de Corégone, je me demande s’il n’existe pas, à côté de la forme mixte que je viens de décrire sur quelques individus adultes de taille moyenne ou assez grande, une autre espèce méconnue ou peut-être confondue avec les jeunes de la Balle en question et que je n’ai pu me procurer. On peut se demander aussi, dans le cas où les pêcheurs auraient actuellement raison, s’il n’y a pas eu peutêtre autrefois, parmi ces poissons alors en majorité plutôt petits, quelque forme de notre Dispersas ( Wartmanni ou Exiguus) qui, d’abord fréquemment mélangée avec une Balche locale, par le fait d’un emprisonnement assez resserré, aurait ensuite peu à peu disparu devant certaines modifications des conditions de milieu et d’existence.

La Balle de Sempach, qui a gratuitement conservé sa réputation de petite taille jusqu’à aujourd’hui, a été, de par le fait, rapprochée à tort par Schinz, dans sa Fauna helvetica , p. 163, des Batten du lac de Hallwyl. Il est aisé pourtant de trouver entre ces poissons des différences spécifiques importantes, non seulement dans les proportions des branchiospiues et des nageoires, mais encore et surtout dans le nombre des vertèbres, généralement de 57 ou 58 chez notre Balleoides de Hallwyl, et de 63, parfois 64, chez la Balle de Sempach, au moins chez les individus que j’ai pu examiner et auxquels j’ai attribué le nom de C. Suidteri . De nombreuses dissemblances dans les formes et proportions du corps, du museau, de la bouche, du maxillaire, des écailles et des nageoires, corroborant un nombre de branchiospiues très supérieur, distinguent aussi à première vue notre Balle de Sempach de la Balche (6'. Schinzii , helveticus) du lac de Lucerne pourtant si voisin.

COKEGONUS SUIDTEHI.

Le Corégone de Sempach diffère donc à bien des égards des divers représentants du genre qui habitent, à peu de distance, dans d’autres lacs appartenant à une même fraction du bassin de l’Aar ; et cependant, il est difficile de décider si ces différences doivent autoriser la création d’une espèce particulière à habitat de nos jours très limité, ou si, attachant plus de poids h la grande variabilité de ce poisson sur bien des points importants, on ne doit pas plutôt le considérer comme forme mixte ou intermédiaire entre nos deux types Dispersas et Bcdleus , peut-être comme résultant d’un ancien mélange de ceux-ci, comme Species composita ou Coregononothus.

La Balle ou Ballen spéciale au lac de Sempach est, comme je l’ai dit, beaucoup moins abondante qu’autrefois, mais atteint, par contre, aujourd’hui à une taille notablement supérieure à celle sous laquelle elle était généralement pêchée dans le temps.

D’après la copie que m’a aimablement fournie le Dr Suidter d’un relevé officiel du rendement de la pêche aux Ballen ou Balchen dans le lac de Sempach, de l’année 1580 à 1835 ( Verzeichniss iïbe?' den Balchen Fang im Sempacher See, etc.), il ressort nettement que ce poisson était environ trois fois plus abondant au XYIrae et au XVITne siècle qu’au XVIIIme et au XIXra6. Dans le dernier cinquième du XVIme, par exemple, il a été pris : au maximum 685,200 Balchen en 1585, au minimum 174,000 en 1595, en moyenne 429,600 annuellement; dans le XVIIme, au maximum 894,600 en 1600, au minimum 53,063 en 1680, en moyenne 473,831 annuellement; dans le XVIIIme, au maximum 347,612 en 1711, au minimum 7979 en 1760, en moyenne annuelle 177,785; enfin dans le premiers tiers du XIXme, au maximum 171,250 en 1804, au minimum 84,800 en 1810, en moyenne annuelle 128,025. La majorité des individus capturés autrefois étaient taxés de Vierling , ne pesant guère que */4 de livre, tandis qu’on prend aujourd’hui, nous l’avons dit, beaucoup moins de ces petits individus et presque exclusivement des sujets de 3/i à 1 livre, atteignant même 1 V2 livre, soit de 375 à 750 grammes.

Les pêcheurs s’expliquent en général cette importante dimi-

nution dans la production des Ballen par les effets délétères d’un abaissement du niveau du lac vers le commencement du siècle, abaissement qui aurait à la fois porté préjudice aux places de frai ordinaires et considérablement entravé la croissance des plantes aquatiques diverses, Kreb et Trot1, qu’ils taxent de Fisch-Brod et qu’ils croient servir de nourriture indispensable aux Ballen dans leur bas âge. Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai dit plus haut (p. 92) au sujet de l’importance très contestable de la végétation sous-lacustre, autrement que comme abri, eu égard aux jeunes Corégones, non seulement comme aliment direct, mais encore comme censément nécessaire au développement des petits crustacés, Branchiopodes et Entomostracés principalement, qui servent de nourriture à ces poissons. S’il faut vraiment attribuer à la diminution de la végétation dans le lac le moindre développement actuel de la Balle de Sempacb, peut-être est-ce plutôt alors à la plus grande facilité par là donnée aux Perches de tout âge pour détruire soit la frai, soit surtout les petits alevins. Quoi qu’il en soit, il est avéré que l’on ne prend plus guère que des adultes ou de vieux individus; si bien que le nombre de ceux-ci a tellement diminué que la pêche a dû être interdite depuis deux ans, et que l’on songe à créer un établissement de pisciculture dans la localité.

Les Ballen de Sempach frayent, suivant les années, entre le milieu et la fin de novembre, ou encore au commencement de décembre, cela surtout sur un haut-mont connu sous le nom de Ballenberrge , à peu près en face de l’embouchure de la petite rivière dite Aabach , généralement à une profondeur moyenne de 3 à 5 mètres, un peu au delà d’une ligne tirée entre Wartensee et Sempach.

N’ayant pas pu recevoir des individus à l’état frais au moment des amours, il me serait difficile de rien préciser sur les propor-

1 Les pêcheurs du lac de Sempach désignent, sous le nom vulgaire de Trot ou Trôtti , une plante, sorte de mousse, bien différente du Kreb et qui, par places, paraît se trouver jusqu’à 50 pieds, 16 à 18 mètres de profondeur environ. Des échantillons de ce végétal qui m’ont été aimablement fournis par le Dr 0. Suidter, de Lucerne, ont paru au prof. Müller, à Genève, rappeler tour à tour VAviblystegium riparium de Schimper et le Bhynchostegium rusciforme du même auteur.

(COREGONUS MARÆNA.)

lions des œufs cle cette forme locale. Des sujets capturés en décembre n’ avaient déjà plus ni œufs, ni boutons de noces; des femelles prises en septembre portaient des œufs en voie de développement qui m’ont paru plutôt petits et assez nombreux.

On pêche la Ballen, suivant les circonstances, avec divers filets de chasse ou de fond, Landgarn ou Netze. C’est un poisson «de chair assez ferme et agréable.

Corégone importé du nord de V Allemagne, forme du Balleus .

GROSSE MARÆNE — MADUI-MARÆNE Coregonus Marænà, Bloch.

Corps moyennement ou assez allongé , quoique passablement convexe eyi avant de la dorsale ; pédicule caudal assez ramassé . Tète de dimensions moyennes , peu convexe en dessus ; museau ■assez fort , large et élevé, un peu saillant en dessus. Bouche inférieure ou p’éinférieure. Intermaxïllaire haut, plus ou moins incliné en arrière et en dessous . Maxillaire assez large , passablement arqué, arrivant à peu pics ou pas tout à fait au bord de V œil. Opercule assez large . Œil moyen . Écailles relativement grandes . Caudale légèrement plus longue que la tête, profondément échancrée, à lobes assez acuminés. Dorsale assez grande et large, médiocrement déclive. Ventrales moyennes . Pectorales grandes . — Olivâtre , passablement pigmenté en dessus ; nageoires inférieures largement bordées de noir bleu . — (Taille moyenne d'adultes et de vieux: 0m,Ô0 à 0m,80 et plus.)

Brchsp. I, (26) -29-3 1-(33) = 1 : 5,60-6. — IV, 23-24. — Brchstèg. 9.

D. 4-5/10-11, A. 4-5/10-12, V. 2/9-10, P. 1/15-16(17), C. 19 maj. 9—10

Squ. 95 — — 97 (98). — Vert. 60-61 (37-38 costales)

1 56 vertèbres seulement, selon Rosenthal (Ichthyot. Tafeln), peutêtre par confusion avec le C. Albula , Kleine Marœne.

Salmo Layaretus, Linné, Syst. nat. p. 512, n° 15 ( partim ).

» Maræna, Bloch , Fische Deutschl. I, p. 172, Taf. 27.

Coregonus Maræna, Nilsson , Prodr. p. 15. — Cnv. et Val. XXI, p. 481, pl. 629. — Siebold , Süsswasserfische , p. 263, 6g. 50. — Günther , Catal. of Fishes, YI, p. 178 (part.).

J’ai relevé la diagnose ci-dessus sur deux individus de 0m,49 et 0m,56, qui m’ont été envoyés de Neumark (Prusse) à l’état frais, et qui présentaient quelques différences à certains égards : le plus petit avait la bouche plus en dessous que le plus grand et le nez plus saillant, presque caréné en dessus; son maxillaire n’arrivait pas aussi près du bord de l’œil, ses écailles étaient un peu plus petites et moins découpées ; ses branchiospines plus nombreuses, quoique de même longueur à peu près, mais un peu plus grêles, étaient au nombre de 29 à gauche et 31 à droite, sur le premier arc, tandis que l’autre n’en comptait que 26 d’un côté et 27 de l’autre. Nous avons vu que ce total peut s’élever jusqu’à 33, selon Nüsslin.

Quant à la taille, ces sujets devaient être plutôt au-dessous de la moyenne des adultes, car l’espèce peut atteindre, dans de bonnes conditions, au poids énorme de 5, 6 et 8 kilos, voire même de 10 kilos, avec une longueur de lm,30 dans le lac Madui, selon M. von dem Borne \

Le Coregonus Maræna n’est probablement qu’une forme du Lavaret de mer confiné et acclimaté dans les eaux douces; il paraît bien probable aussi qu’il est proche parent de nos espèces suisses, Asperi et Schinzii , auxquelles il ressemble beaucoup, malgré la taille bien supérieure qu’il acquiert dans des eaux moins froides et plus riches en éléments nutritifs.

Ce gros Corégone se tient la plus grande partie de l’ année dans les profondeurs et ne s’approche guère des rives que pour frayer, entre le milieu de novembre et le milieu de décembre, volontiers sous assez peu d’eau.

Les femelles portent environ 5200 à 5400 œufs par livre de leur poids.

La Grande Marœne de Prusse a été importée en assez grande

1 Die Fischzucht, 1881, p. 137.

(COfeGONUS MARÆNA.)

quantité dans divers lacs, entre 1878 et 1885. L’Allemagne en a introduit quelques milliers dans te lac de Constance; je n’ai pu malheureusement savoir le nombre exact. La Suisse, pendant ces huit années, paraît en avoir versé 117,900 alevins, produits par divers établissements de pisciculture du pays, dans plusieurs de ses lacs. Les données que j’ai pu recueillir à cet égard dans les rapports officiels du Département fédéral 1 2 ne sont pas assez circonstanciées pour suivre cette distribution dans tous ses détails : 2000 auraient été versés, en 1880, dans le lac Majeur; 17,000, entre 1882 et, 1883, dans le lac de Zurich; 46,000, entre 1880 et 1885, dans les lacs de Lucerne, Sempach et Baldegg, la très grande majorité dans le premier3; 6000, en 1882, dans le lac de Joux, à 1009 mètres sur mer dans le Jura, où il n’y avait point encore de Corégones et où on a mis aussi, depuis 1883, le White~Fish d’Amérique. Il ne m’a pas été possible de savoir d’une manière certaine où les autres avaient été versés. Quelques milliers doivent avoir été lâchés dans le Léman. Un certain nombre ont été vendus, dit-on. On a, du reste, importé beaucoup moins de Mcvrœnes que de White- Fishes , parce que les œufs des premières sont notablement plus chers que ceux des seconds.

S’il est facile de reconnaître à première vue, entre nos Corégones, un jeune de l’espèce importée d’Amérique sous le nom de White-Fish , à son museau très busqué et h sa caudale en croissant plus profondément échancrée; il est mal aisé, par contre, de distinguer, à taille égale, une Maræne d’un individu de l’une de nos plus grandes espèces à branchiospines peu ou médiocrement, nombreuses, de nos Sandfelchen et Balchen, de notre Asperi marœnoides plus particulièrement. M. Laiibli, pêcheur à Ennattingen, au bord du lac de Constance, dit avoir remarqué, en 1887, des Corégones différents des espèces ordinaires de ce lac, qui venaient frayer, non loin du bord, de suite après le Sandfelchen et qu’il suppose devoir être d’espèce

1 Rapports du département fédéral de l’industrie et de Pagriculture, troisième division : Forêts, chasse et pêche.

2 Je dois les données sur l’importation à Lucerne à M. le Dr O. Suid-

t r-Langenstein.

importée, peut-être des Marœnes. J’ai dit plus haut, à propos de la BalcJie de Lucerne, deux mots d’un poisson capturé fin novembre 1888 dans le lac des Quatre-Cantons, qui, avec une taille de Om,56 et rappelant en même temps le C. Ma/rama et la forme propre au lac de Lucerne de notre C. Schinzii , pourrait être peut-être un descendant direct ou indirect du premier.

Je ne connais pas, en dehors de ces cas encore douteux, de captures certaines de la Marœne importée dans les lacs ci-dessus, soit au nord des Alpes, oh elle se confondra probablement assez vite avec les formes les plus voisines, soit au sud, dans le Tessin. Je ne doute pas cependant qu’elle ait plus de chance de réussite dans notre pays que le White-Fish de l’Amérique.

Corégone importé cl’ Amérique sous le nom de White-Fish

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