‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 96 sur 144 · WHITE-FISH · texte numérisé non relu

WHITE-FISH

COREGONÜS ALBUS ? V

Corps moyennement allongé et comprimé , assez convexe en avant \ pédicule caudal plutôt court , quoique relativement pas très élevé . Tète plutôt ramassée, haute et convexe; museau assez grand, en entier ou en majeure partie au-dessous de l’ceil, arrondi et plus ou moins feulement busqué en avant. Gorge plus ou moins pincée sur les branchiostèges. Bouche inférieure ou préinférieure. Inter maxillaire assez élevé, un peu incliné en arrière et en dessous. Maxillaire un peu arqué, médiocrement large , arrivant sous le bord de l’œil ou à peu près. Opercule moyen, assez souvent plus ou moins strié ou dentelé sur le bord. Œil moyen. Écailles relativement grandes. Caudale en croissant, notablement plus courte que la tête , très profondément échancrée, à lobes subarrondis à l’extrémité. Dorsale plutôt courte, bien déclive et

1 Ce n’est pas au véritable Cor. albus (Lesueur), mais bien probablement au Cor. Williamsoni (Girard), que la plupart des individus issus des œufs importés semblent devoir être rapportés ; cependant, la variabilité de plusieurs peut faire supposer un mélange de deux espèces voisines, du Williamsoni et du Quadrilateralis (Richardson).

(COREGONUS ALBUS?)

acuminée . Nageoires paires moyennes ou assez longues . Adipeuse assez grande. — Verdâtre pâle ou gris olivâtre , en dessus ; nageoires peu ou pas mâchurées. — (Taille df adultes 0m,ô0 — 80 et plus.)

Brchsp. I, 22-26 = 1 : 6-6,30. — IV, 17-20. — Brchsteg. 8-9.

D. 4/10-11, A. 4/9-10, V. 2/9-10, P. 1/15-16, C. 19 maj.

Squ. 76 - — — 85 l. — Vert. 60 (37-38 costales).

Coregonus Williamsonni ? Girard , Proced. Acad. Nat. Sc. Philad. 1856, p. 136. — Günther , Catal. of Fishes, VI, p. 187 ( partim ). — Jordan et Gilbert , Fishes of North America, 1882, p. 297.

» quadrilatérale ? ( Richardson ) Cuv. et Val. XXI, p. 51 2(jpart.).

— Günther. Catal. VI, p. 176, fig. (j part.).

» albus ( Lesueur ), ( false ), Rapp. du Dép. féd. du comm. et agriculture, 1882-87.

La diagnose ci-dessus, que j’ai relevée sur quelques individus de un à quatre ans (entre 15 et 45 centimètres), élevés à Genève, dépeint à grands traits le poisson issu des œufs reçus d’Amérique par la Confédération suisse, sous la désignation de White-Fish commune à beaucoup de Corégones, et sous le faux nom de Cor. albus (Lesueur), au moins pour ceux qui ont été envoyés à l’établissement de pisciculture de Genève.

Bien que les descriptions des Corégones du Nouveau-Monde qui nous ont été fournies jusqu’ici soient généralement trop peu circonstanciées et trop peu comparables entre elles pour permettre toujours de trancher entre espèces voisines, on peut cependant, grâce aux données de Jordan et Gilbert '2 sur les branchiospines des espèces du nord de l’Amérique, déclarer

1 Le nombre des écailles, relevé ici sur quelques sujets de 1 à 4 ans, semble varier passablement suivant les auteurs, en dehors de ces limites; Jordan et Gilbert donnent : pour leur Williamsoni 8 — 74 à 88 — 7, pour leur Quadrilateralis 9 — 80 à 90—8; Cuv. et Val. donnent pour le Quadrilateralis 19/93; Günther, pour le même, 10—86 à 90 — 12.

‘2 Synopsis of the Fishes of North America. Washington 1882, p. 296.

sans hésitation que le Corégone importé sous les noms de White-Fish et C. albus n’a rien de commun avec le Cor. albus de Lesueur, Otsego Lake Bass ou Common White-Fish, soit O. clupeiformis de Mitchill et de Jordan et Gilbert, qui, avec une chair plus délicate, des formes plus élevées et un museau obliquement tronqué, présente, selon Jordan et Gilbert, des branchiospines relativement longues et nombreuses.

Ce n’est pas davantage le Corégone américain que, sous le nom de C. albus , Cuv. et Valenciennes ont rapproché de l’espèce de Lesueur. Les types de Valenciennes qu’il m’a été donné d’examiner au Muséum de Paris se distinguent, en effet, à la fois : de V Albus de Lesueur par des branchiospines courtes et peu nombreuses, et de notre White-Fish importé, par un museau beaucoup moins convexe, plus prolongé et plus charnu, museau qui en ferait plutôt un C . Couesï (Milner), Chief Mountain White-Fish.

Le Corégone qui, depuis six ans, a été introduit dans le Léman et beaucoup de nos lacs suisses, semble tenir plus ou moins, suivant l’âge et les individus, du C. quadrilateralis (Richard.) et du C. Wïlliamsoni (Girard), tous deux à museau busqué et qui, sur bien des points, paraissent assez voisins. Il répond â plusieurs égards à la description du Wïlliamsoni, jRocky Mountain White-Fish par Jordan et Gilbert; cependant, il paraît avoir davantage d’écailles en ligne transverse, et il accuse eu même temps certains caractères censés spécifiques du Menomonea White-Fish, C. quadrilateralis. Les écailles de la ligne latérale sont, en effet, chez lui plus petites et de forme plus triangulaire que leurs voisines, rappelant ainsi plus ou moins un des traits distinctifs relevés par Cuv. et Valenciennes chez ce dernier, de même que son opercule, assez anguleux, souvent plus ou moins strié, voire même parfois dentelé sur le bord, serait, selon Günther, celui de cette seconde espèce.

Dans un petit article sur quelques-uns des poissons importés en Suisse1, j’ai cru précédemment devoir rapprocher plutôt notre White-Fish du Quadrilateralis , en renvoyant à la figure

1 Les poissons d’Amérique en Suisse; Diana, Vme année, n° 24, et VIme ann. n° 1 ; Berne, 1888.

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de la tête de cette espèce fournie par G-ünther (Catal. VI, p. 176), pour donner une idée de la forme busquée du museau chez quelques Corégones américains. Ayant depuis lors eu l’occasion d’étudier deux sujets plus âgés et de plus grande taille, je crois aujourd’hui devoir rapprocher plutôt les élèves faits à Genève du C. Williammni qui affecte des formes de la tête généralement plus ramassées ; tout en me demandant cependant encore si les différences que j’ai remarquées dans les formes plus ou moins élancées du corps et plus ou moins busquées du museau chez de jeunes individus, doivent s’expliquer par la seule variabilité de l’espèce; si les deux Corégones ( Wïlliamsoni et Quadrilateralis) ne sont pas spécifiquement plus voisins qu’on ne croit, ou s’il n’y a pas eu peut-être mélange dans les envois.

Quel que soit le nom qu’on lui attribue, notre Corégone américain ne s’en distingue pas moins constamment à première vue de nos espèces indigènes à branchiospiues peu nombreuses : par un museau, dès le bas âge , très busqué, ainsi que par la forme en croissant de sa caudale, très profondément échancrée et à lobes subarrondis à V extrémité, forme très caractéristique, bien que les auteurs précités n’en aient point fait mention ; sans parler do la pâleur de sa livrée, particulièrement de ses nageoires, ni de la fréquente compression plus ou moins accusée de sa gorge aux branchiostèges.

Ce poisson, abondant surtout dans les lacs et grands cours d’eau dépendant des Montagnes Rocheuses au nord de l’Amérique, est censé atteindre de bien plus grandes dimensions que nos espèces indigènes, voire même, comme la Maræne, un poids de cinq à six kilos et plus. Sa croissance paraît passablement plus rapide que celle de nos plus grands Corégones dans le pays : des individus élevés en aquarium, à Genève, mesurèrent jusqu’à 0m,15 de longueur totale à un an, Ora,25 à deux ans, Om,37 à trois ans, 0ra,45 à quatre ans. Sa chair, quoique assez bonne, passe cependant pour bien moins délicate que celle de VOtsegoy C . albus (Lesueur) = Clupeiformis (Mitch.) des grands lacs.

Il fraie, dit-on, en novembre, non loin des rives, au plus sous dix à vingt mètres d’eau, selon les localités et les circonstances, sur les herbes, les pierres ou le sable. Les indications à cet égard ne me paraissent pas suffisamment circonstanciées, étant donné

la confusion des espèces. L’essai d’importation de ce poisson dans nos lacs, pourvus déjà d’excellentes espèces du même genre, paraît jusqu’ici assez peu justifié.

Le White-Fish , importé d’Amérique à l’état d’œufs embryonnés, a été introduit dans les eaux suisses par divers établissements de pisciculture. D’après les renseignements que je dois à la direction des Eaux et Forêts du Département fédéral de l’Agriculture, les alevins auraient été distribués comme suit, entre 1883 et 1886, dans les lacs suivants : 25,000, lac de Constance; 320,600, lac de Zurich; 206,000, lac de Lucerne ; 43,700, lacs de Sempacli et de Baldegg ; 292,800 en majorité dans le lac de Zoug, en partie dans celui d 'Egeri où il n’y avait point jusqu’alors (1886) de Corégones; 160,000 dans les lacs de Thoune et Brienz; 600 (en 1883) dans le petit lac de la Lenzerheide , à 1490 mètres sur mer. dans les Grisons, et 35,000, la même année, dans le lac de Saint-Moritz, à 1765 m. s/m., dans l’Engadine, deux lacs où il n’y avait pas de Corégones auparavant; 30,500 (1883-1886) au lac de Joux , dans le Jura, petit bassin où ne se trouvaient pas non plus de Corégones jusqu’alors; 81,860 dans le lac Majeur , dans le Tessin au sud des Alpes, où les Corégones manquaient également; enfin 198,000 dans le Léman . A ces importations suisses, il faut encore ajouter 920,000 White-Fishes introduits dans nos eaux limitrophes au lac de Constance par la Société allemande de pisciculture \

Il est difficile jusqu’ici de dire le résultat en différentes conditions de ces 2,314,060 alevins mis en eau libre; cependant, il n’est pas venu à ma connaissance que la reproduction de cette espèce américaine ait été constatée d’une manière certaine dans aucun de nos lacs.

Une demoiselle anglaise aurait vu, dit-on, sur les bords du lac de Saint-Moritz, en Engadine, il y a deux ou trois ans, des bandes de petits poissons qu’elle croit devoir être de jeunes Corégones ; rien n’est venu confirmer jusqu’ici cette supposition, et il est possible que les censés descendants du White-Fish fus-

1 6000 alevins du dit Albus, produit de la pisciculture de M. Lugrin, à Grémat, dans l’Ain (France), ont été aussi introduits, au commencement de mai 188S, dans le lac d’Annecy, en Savoie, où manquaient les Corégones.

THYMALLUS.

sent de jeunes Truites. Dans le n° 4 des Berichte des Schiveiz » Fischer tiver tins ^ 1880, on annonce qu’un Blanquet de forme particulière et pesant 2 kilos (peut-être Whiie-Fishl) a été pris dans la partie postérieure du lac de Zurich. M. Laübli, pêcheur à Ermattingen, au lac de Constance, aurait remarqué, en 1887, des Corégones différents de ceux connus dans ce lac, qui seraient venus frayer près du bord, de suite après le Sandfelchen, et suppose, avons-nous dit, que ce pourrait être des descendants d’une des espèces importées, White-Fish ou Marœne .

Un anonyme écrivait, le 14 septembre 1888, au Journal de Genève , qu’il avait acheté, le 11 du même mois à la halle de Rive, à Genève, un Corégone de 600 grammes venu avec des Féras de Thonon, qu’il croyait devoir rapporter h l’espèce américaine importée dans le Léman, à cause de sa tète et de sa caudale très développées. Ce poisson présentait une saveur fade et grasse bien inférieure à celle de la Féra. N’ayant pas vu le sujet en question, je ne saurais émettre d’opinion à son égard.

Le Dr Suidter m’a envoyé de Lucerne un Corégone assez grand capturé à la fin de novembre 1888 dans le lac des Quatre- Cantons et que l’on supposait également descendre de l 'Allas ou du Marœna ; j’ai dit plus haut que cet individu n’avait rien de commun avec l’espèce américaine. Enfin, on aurait repris, dit-on, au commencement de septembre 1888, dans le lac d’Annecy (Savoie), un ou deux jeunes Corégones du poidsde 120 grammes environ, élèves de VAlbus introduits, quatre mois auparavant, par M. Lugrin de Gremaz (Ain), dans ce lac voisin de nos frontières et où il n’y avait jusqu’alors pas de poissons de ce genre.

Voir, A la fin du volume, un tableau des époques et conditions de l'rai des Corégones.

Genre 2. OMBRE

THYMALLUS, Cuvier.

Bouche en travers , peu fendue. De petites dents sur les deux mâchoires et V intermaxillaire, sur les palatins, sur

le borner, ainsi que sur les pharyngiens supérieurs et inférieurs; point sur la langue. Maxillaire supérieur ne dépassant pas l’œil, avec un os supplémentaire à la face externe. Tête conique. Corps fusiforme, couvert d’ écailles cycloïdes moyennes ou assez grandes, avec des stries concentriques. Dorsale grande, naissant très en avant du milieu du corps et des ventrales, plus large que haute. Caudale assez échancrée. Pseudobranchies bien développées. Appendices pyloriques assez nombreux.

Ce genre compte un petit nombre d’espèces assez voisines, en Europe, en Asie et dans l’Amérique du Nord. Une seule, représentée par de nombreuses variétés, se rencontre sur notre continent.

Les Ombres habitent de préférence les eaux fraîches et courantes. Leurs œufs, relativement assez gros, tiennent le milieu entre ceux des Corégones et ceux des Saumons ou des Truites.

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