LE SAUMON Lachs — Salm
Salmo Salar, Linné.
Corps fusiforme , assez allongé et effilé en arrière. Tète conique, relativement petite. Museau plus ou moins acuminé, parfois un peu prolongé. Mâchoires quasi-égales. Maxillaire supérieur médiocrement élargi en arrière, arrivant sous Væïl ou le dépassant un peu. T "orner à tête ou palette antérieure hexagonale ou ovale, assez étroite et sans dents ; le corps de cet os, depuis le col, long et assez mince , généralement plus large au milieu que la palette antérieure, avec des dents sur un rang, ou parfois en quinconce et tombant assez vite avec Vâge d! arrière en avant. Préopercule volontiers plus ou moins anguleux, présentant un bord inférieur assez délimité, plutôt long. Écailles subovales, assez petites et nombreuses. Nageoires relativement courtes; caudale plus ou moins échancrée. — Les côtés de la tête et du corps plus ou moins brillamment argentés, avec des
SALMO SALA R.
taches noires plus ou moins nombreuses , parfois des mamies rougeâtres. — (Taille moyenne d’adultes et de vieux : 0l\60 — lm,20 à lm,60.)
D. 3-5/9-11, A. 3— 4/7— S, Y. 2/8-9, P. 1 '12-13, C. 19 maj.
Squ. 115 — — — - 130. — Vert. 59-60.
io — 2o *
Brchst'eg. 11 — 12. — App. pylor. (53). 58—68 (77).
Salmo Salar, Linné, Syst. Nat. I, édit. 12, p. 509. — Bloch, Fische Deutschl. I, p. 128, Taf. 20, et III, p. 146, Taf. 98. — Turton , Brit. Fauna, p. 103. — Hartmann, Helv. Ichthyol. p. 87. — Gloger, Schlesiens Wirb. Fauna, p. 72. — Jlolandre , Faune de la Moselle, p. 255. — Ekstr'ôm, Fische von Moi* ko, p. 186. — Yarrell , Brit. Fish. illust. p. 155. — Àÿixssiz, Poissons d’eau douce, tab. I et II. — Schinz , Fauna Helv., p. 159. — Sclys- Longchamps, Faune belge, p, 221. — Günther , Fische des Neekars, p. 111 =(335). — Nilsson, Skand. Fisk, p. 370. — Ileckel et Kner, Süsswasserfische, p. 273, fig. 152. — Fritsch , Fische Bôhmens, p. 204. — Günther , Catal. of Fisches, VI, p. 11. — Blanchard, Poissons de France, p. 44S, tig. 116-119. — Moreau , Poissons de France, III, p. 525. — Mêla, Vert. Fenniea, p. 339. — Jordan et Gilbert, Fishes of north America, p. 312. — Moebius et Heinche , Fische der Ostsee, p. 124. » nobilis, Pallas , Zoogr. Ross, Asiat. III, p. 342.
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» Sebago, S. Gloveri, Girard , Proc. Ac. Nat. Sc. Philad., 1853, p. 380, 1854, p. 85.
Trutta Salar, Siebold , Süsswasserfische, p. 292.
Noms vulgaires : ad. Salrn (été): Lachs ou Làchs (automne); Rheinlachs ; Laielisalm, Laichlachs ; Wintersalm, Winterlaclis ; Hacken cf* Lu dern ou Liederen 9 ? false, J^achs for elle ; juv. Salmliug ou Salbliny. — France : j. Saumoneau, ad. Saumon. — Allemagne : j. Sàlmling ; méd. St Jacobs-Salm ; ad. Lachs. — Angleterre: j. Paar, Smolt ; méd. Grilse ; ad. Salmon; Kelt, peu après la ponte.
(Le Saumon variant passablement en différents bassins, je ne m’occuperai, dans cette description, que du Saumon de Hollande ou du Rhin qui, seul, arrive dans nos eaux.)
1 Sur la base des ventrales.
Corps fusiforme, élancé, relativement peu élevé et médiocrement comprimé. La hauteur maximale devant la dorsale, vis-à-vis du poisson sans la caudale, souvent comme 1 : 4.75— 5,20, chez des adultes de taille moyenne et au-dessus (plus rarement jusqu’à 5,85 chez des individus très amaigris ou effilés, certains mâles bécards en particulier); l’épaisseur d’ordinaire à peu près moitié de la hauteur. — Pédicule caudal un peu étranglé en arrière et relativement allongé, mesurant d’ordinaire, chez des sujets de taille moyenne, du dernier rayon anal au premier caudal, notablement plus, soit que la base, soit que la hauteur de la nageoire dorsale; volontiers 1 l/$ à plus de 2 fois la dernière.
Tête conique, acuminée, assez large en arrière et plutôt courte, soit un peu moins longue, par le côté, que la hauteur du corps ou à peu près égale à celle-ci, chez l’adulte ; un peu plus forte chez des sujets très effilés ou bécards; en général un peu plus grande chez les mâles que chez les femelles. — Museau généralement conique, mais plus ou moins arrondi à l’extrémité, avec des mâchoires quasi-égales et un peu arquées, l’inférieure portant un crochet terminal plus ou moins développé, chez les mâles; parfois notablement prolongé, par allongement des intermaxillaires, chez certains vieux mâles porteurs d’un crochet mandibulaire beaucoup plus fort rentrant dans une cavité ad lioc entre les intermaxillaires (voy. PL IV, fig. 16). — Bouche souvent entre-bâillée sur le côté, par le fait d’une courbure plus accentuée des mâchoires, chez l’adulte. — Maxillaire supérieur un peu arqué, plus ou moins élargi dans sa moitié postérieure, arrivant sous l’œil chez les jeunes, dépassant celui-ci de l/i à 3/5 du diamètre oculaire chez des adultes. — Opercule et sous-opercule intimement unis, largement arrondis et volontiers plus ou moins striés sur les bords, chez l’adulte. — Préopercule souvent un peu échancré ou sinueux au bord postérieur, avec un angle plus ou moins arrondi, mais généralement assez accusé, et un bord inférieur relativement assez long. — Œil rond et plutôt petit, soit, à la longueur latérale de la tête, comme 1 : 7 à 10 chez des adultes, même = 1 : 12 chez de vieux mâles bécards, ou = 1 : 3,70 à 4,50 chez des jeunes. —
SALMO SALÀR.
Espace préorbitaire volontiers plus grand chez les mâles féconds que chez les femelles, mesurant d’ordinaire 2 Va à 3 V2 diamètres de l’œil, chez des adultes moyens de 2 à 10 kilos, même 5 Va à 6 diamètres chez de vieux mâles bécards, ou, par contre, à peu près de même dimension que l’œil, chez de très jeunes sujets. — Interorbitaire égal au préorbitaire, ou de */8 à Vs plris fort, chez des adultes et des vieux.
Branchiospines souvent au nombre de 19 à 22 sur le premier arc, les plus grandes, vis-à-vis de celui-ci, comme 1 : 9 — 13. D’ordinaire, 14 à 17 épines sur le quatrième arc.
Bayons branchiostèges ordinairement au nombre de 11
Dents coniques, médiocrement hautes, droites ou un peu inclinées en arrière et en dedans, en une rangée et en nombre assez variable, vu leur caducité, sur la mâchoire supérieure (intermaxillaire et maxillaire), sur la mâchoire inférieure et sur les palatins. — D’autres dents, au moins aussi fortes que les maxillaires antérieures, mais plus inclinées en arrière, de chaque côté sur la langue en avant, volontiers au nombre de quatre à droite et à gauche (plus rarement jusqu’à six), chez des jeunes, souvent de une ou deux seulement chez des adultes. — Des dents, aussi très caduques avec l’âge, sur le vomer, en arrière de la tête de cet os. — D’autres, enfin, petites et groupées ou en cardes, sur les pharyngiens supérieurs et inférieurs. — (J’ai compté, chez des jeunes, jusqu’à 24—26 dents sur un côté de la mâchoire supérieure, les antérieures ou intermaxillaires généralement les plus grandes, 16-22 sur la mâchoire inférieure et 14-17 sur les palatins. Beaucoup d’adultes, entre 2 et 10 kilos, m’ont présenté, par contre, des mâchoires déjà à moitié dégarnies : souvent seulement 13-18 dents sur la mâchoire supérieure, 7-11 sur l’inférieure et 6-11 sur les palatins. C’est avec étonnement que j’ai trouvé une dentition quasicomplète, sur ces os, chez un vieux mâle bécard de lm,18 de long, qui n’avait plus qu’une seule dent vomérienne et une de chaque côté de la langue.)
Vomer composé d’une tête, chevron ou palette antérieure, et
d’un corps généralement assez allongé, en arriéré de celleci ; la palette antérieure, pentagonale, hexagonale ou ovale, ordinairement plus longue que large chez l’adulte, un peu plus courte et plus carrée chez les jeunes; le corps de l’os plat, en fuseau ou en feuille de saule, avec une largeur maximale, près du milieu chez l’adulte, plus en avant chez le jeune, d’ordinaire un peu plus forte que celle de la palette antérieure, et une longueur volontiers quatre à cinq fois celle de cette dernière. Une sorte de col, au bas de la palette, est plus ou moins relevé en un bourrelet qui se prolonge sur la ligne médiane du corps de l’os et y forme une carène étroite, peu saillante, beaucoup moins accentuée que chez la Truite et de plus en plus effacée avec l’âge. — Pas de dents sur le chevron ou la palette antérieure; les premières, assez fortes et les plus durables, sont implantées sur le col de l’os; d’autres, inclinées en arrière et tombant très vite avec l’âge d’arrière en avant, sont disposées, en dessous de ces premières, sur la carène médiane de plus en plus déprimée. Ces dents, sur un rang chez l’adulte, avant leur chute, plus ou moins en quinconce chez des jeunes, assez souvent sur deux rangs plus ou moins irréguliers dans le bas âge (voy. PL III, fig. 7) L — Des saumons de 1 à 1 l/a kilo n’ont souvent déjà plus que 3 à 5 dents sur le corps de l’os en avant (voy. PI. III, tig. 3 et 4); des individus de 4 à 5 kilos n’en ont parfois plus qu’une en avant sur le col, en dessous de la palette (voy. PI. III, fig. 1 et 2); des vieux n’en ont d’ordinaire plus du tout. On trouve même quelquefois des sujets relativement jeunes, de 2 kilos au plus, déjà complètement édentés quant au vomer.
1 Heckel et Kner (Süsswasserfische, p. 273) signalent, comme caractère distinctif de leur genre Salma , la présence de dents seulement sur la plaque antérieure du vomer. Il faudrait en conclure que ces auteurs ont compris le col ou le bourrelet du col de cet os dans la palette antérieure, et qu’ils n’ont pas eu en mains de très jeunes individus. Même observation pour Grüntlier (Fische des Neckars, p. 335). Au reste, la plupart des auteurs, comme Valenciennes, Blanchard et autres, ont fait de ce côté de nombreuses confusions, soit qu’ils aient été trompés par l’examen de quelques sujets du Fario, soit qu’ils n’aient pas eu des Saumons de divers âges sous les yeux.
SAL.MO SALAR.
Nageoires généralement plutôt courtes : caudale enchâssée dans un renflement terminal du pédicule, pouvant être par le fait très différemment appréciée, selon qu’elle est mesurée depuis l’étranglement qui fait suite au dit renflement en avant, ou sur son plus grand rayon seulement ; d’une longueur, sur son plus grand rayon, à la longueur totale du poisson, généralement comme 1 : 8,50 — 7,50 — 6,60, selon l’âge plus ou moins avancé ; les rayons médians, avec cela, égalant, selon les cas, entre le tiers et la moitié des plus grands externes. Cette nageoire plus ou moins échancrée ou en croissant , selon l’âge moins ou plus avancé, presque droite chez des vieux; avec lobes subarrondis chez les jeunes, acuminés chez l’adulte, parfois même recourbés en crochet aux extrémités, chez de vieux mâles, bécards principalement. — Dorsale ayant son origine en avaitt du milieu du poisson sans la caudale, souvent d’une quantité égale à un tiers ou presque moitié de la longueur latérale de la tête, chez des adultes, ou de un cinquième seulement de celle-ci chez des jeunes; plus longue que haute chez l’adulte, souvent presque égale dans ses deux dimensions dans le jeune âge, quasidroite sur la tranche et médiocrement déclive ; sa longueur basilaire, chez l’adulte, volontiers de 7» à 1/b plus forte que sa hauteur au plus grand rayon ; cette dernière à peu près égale à la moitié de la longueur latérale de la tête ou un peu plus, parfois près de deux* tiers chez des jeunes. — Anale plus haute que longue, volontiers de l/l0 à V8 chez l’adulte, même de près de Va chez certains jeunes; cette hauteur souvent de Vio à V, moindre que celle de la dorsale, chez les premiers, parfois presque égale chez les seconds; médiocrement déclive, quasi-droite ou un peu concave sur la tranche. — Ventrales naissant à peu près sous le milieu de la dorsale, petites et subtriangulaires, généralement un peu plus courtes que la hauteur de la dorsale, même que celle de l’anale chez des adultes, et demeurant, rabattues, d’autant plus distantes de l’anus que l’individu est plus âgé, souvent de plus que leur longueur chez l’adulte, parfois même de près de une fois et un tiers à une fois et demie leur longueur chez de vieux sujets. — Pectorales subacuminées et petites
aussi, bien qu’un peu plus grandes que les ventrales; mesurant généralement entre la hauteur et la base de la dorsale, chez l’adulte, parfois égales à la dernière chez des jeunes. — Adipeuse un peu recourbée et plutôt courte, de dimensions, du reste, un peu différentes chez des Saumons de diverses provenances.
Écailles plutôt petites, subarrondies sur les parties antérieures du corps, plus grandes et plus allongées dans le sens horizontal sur les parties latérales moyennes et postérieures. Une squame médiane sur la ligue latérale, un peu au-dessus du milieu de la hauteur du corps, généralement ovale ou de forme carré-long à angles arrondis, avec un nœud un peu reculé vers le bord libre, des stries concentriques médiocrement fines plus ou moins effacées et un tubule allongé relativement effilé, un peu rétréci et courbé vers le bout, chez l’adulte (voy. PL IV, tig. 14); cette écaille médiane d’une surface généralement un peu plus forte que celle de la pupille, soit entre 3/4 et */8 de celle de l’œil, chez des adultes de taille moyenne, entre V3 et 1/2 de la surface de l’œil chez des sujets plus vieux, par contre 1/3 ou V* seulement de celle de la pupille chez de très jeunes 'individus. Les squames moyennes, en dessus et en dessous de la ligne latérale, ainsi que les latérales sur les parties postérieures du corps, à peu près de mêmes formes et dimensions.
La peau s’épaissit et se recouvre d’ordinaire, chez les vieux mâles en livrée de noces, d’un enduit muqueux qui noie et dissimule plus ou moins les écailles.
Coloration des faces supérieures, chez l’adulte : d’un gris ardoisé ou brunâtre, ou d’un vert bleuâtre rapidement atténué sur le haut des bancs; les côtés du corps et de la tête plus ou moins brillamment argentés, parfois nuancés de rose ou de bleuâtre en temps de frai ; le ventre d’un blanc nacré ou d’un blanc jaunâtre, ou même souvent rougeâtre chez les mâles en livrée de noces. Quelques taches noires, arrondies et assez grandes, éparses sur la tête et les pièces operculaires ; d’autres plus petites, subarrondies, carrées ou en X sur le dos et les bancs, principalement au-dessus de la ligne latérale, volontiers comme un peu distribuées en
SALMO SALAR.
séries longitudinales ; souvent aussi quelques taches rousses ou rouges mélangées avec les précédentes, principalement chez les jeunes ou chez les adultes en livrée de noces, après un certain séjour en eaux douces. Dorsale grise ou noirâtre, volontiers un peu maculée dans le bas. Caudale noire ou noirâtre. Pectorales plus ou moins mâchurées, noires ou d’un noir bleu. Ventrales et anale grisâtres ou blanches, volontiers lin peu rougeâtres vers la base dans la livrée de noces. — Les mâles généralement plus brillamment colorés que les femelles. — Les jeunes, dans leur première année, portent de nombreuses bandes verticales foncées sur les côtés du corps ; plus tard, en seconde ou troisième année, ces bandes, moins nombreuses et comme voilées, présentent l’aspect de grandes taches bleuâtres indécises sur un fond argenté souvent nuancé de rougeâtre, et s’effacent peu après, pour laisser paraître la livrée de l’adulte.
La chair du Saumon, généralement rosée ou rougeâtre, pâlit peu à peu sous l’influence d’un séjour prolongé en eau douce, surtout à l’approche du temps des amours.
Dimensions : le Saumon, qui jeûne durant toute la saison des amours, mange, au contraire, beaucoup et croît en proportion durant son séjour dans la mer. Quelques mois d’habitat en eau salée suffisent à augmenter sa taille de bien des centimètres et son poids de bien des livres. Il peut atteindre jusqu’à lm,50 à lm,60 de longueur totale, avec un poids de 25 à 30 kilos (exceptionnellement 70-90 livres). Cependant, la plupart des individus capturés dans le Rhin suisse restent dans une moyenne de 6 à 12 kilos, avec une taille de 0m,90 à lm,10; quelques-uns pèsent jusqu’à 15 ou plus rarement 20 kilos. On cite comme exceptionnel un sujet de 50 livres pris à Bâle, eu 1830. Parmi les individus du Rhin que j’ai examinés: un Saumon de 0m,640 a pesé environ
2 kilos; un de Om,760 à peu près 4 kilos; un de 0m,950 environ 6 kilos, et un de lm,0 2 à peu près 9 kilos. Calculant suite dire de quelques observateurs, le premier pouvait avoir 2 à
3 ans, le second 3 à 4 ans, le troisième 4 à 5 ans et le quatrième 5 à 6 ans. On ne prend guère, à la remonte, déjeunes saumoneaux dans nos eaux; la plupart n’arrivent pas
jusqu’à nous, et ceux de 1 l/2 à 3 kilos, dits généralement S 1 Jakobs-Salmen, Saumons de Saint-Jaques, sont déjà relativement rares dans le Rhin, à Bâle. Les petits nés dans nos cours d’eau sont redescendus pour la plupart à la mer avec une taille de 8 à 12 centimètres. ✓ '
Mâles présentant une tête un peu plus forte et un museau plus allongé que les femelles, avec un crochet mandibulaire terminal plus ou moins développé. La mâchoire inférieure, parfois très courbée et très crochue, fermant incomplètement la bouche sur les côtés. La tranche de la nageoire caudale plus droite, parfois un peu recourbée en dedans aux extrémités, chez de vieux sujets. Les écailles volontiers plus noyées dans la peau, ainsi que plus couvertes d’un enduit muqueux, et la livrée généralement plus colorée, en temps de frai.
Jeunes ornés, dans leur première année, de grandes taches ovales ou bandes verticales noirâtres qui diminuent peu à peu en nombre et en intensité; ressemblant en cela aux jeunes de beaucoup de Salmonidés, des Truites entre autres; avec des formes plutôt moins allongées que l’adulte, une tête relativement grosse, un museau plus court et plus obtus, un œil relativement bien plus grand et des écailles proportionnellement plus petites, des nageoires souvent un peu plus hautes, une caudale en particulier plus échancrée, à lobes moins acuminés. Leur dentition généralement aussi plus complète. — Le corps du vomer plus large dans le haut, avec une palette antérieure moins allongée et plus anguleuse, et des dents, sur le corps de Los, en zigzags, en quinconce ou plus ou moins sur deux rangs. J’ai trouvé, chez de très jeunes individus, de quelques mois, des dents vomériennes tantôt alternantes et plus ou moins divergentes, tantôt en partie parallèles et dirigées en arrière (voy. PL III, tig. 7).
Les Anglais ont donné au jeune Saumon des noms différents adoptés aujourd’hui dans la langue française; ils appellent Pacvr un individu de premier âge, à bandes latérales encore nombreuses, volontiers douze à dix-huit ; Smolt, un sujet de second âge, chez lequel les bandes diminuent et s’effacent, et GrÜse , un saumon de troisième âge, de-
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venu fécond déjà, sans avoir encore tout à fait l’aspect de l’adulte.
Vertèbres au nombre de 59 ou 60, dont ordinairement 32 à 33 costales. — Appendices pyloriques en quantités très variables, souvent 58 à 68, de 53 à 77 selon Günther (Catal. of Fishes). — Vessie aérienne grande, simple et reliée à l’ œsophage. — Des pseudobranchies pectinées bien développées, derrière le postorbitaire. — Ovaires et testicules doubles ; les œufs mûrs tombent dans la cavité viscérale.
Le Saumon varie, quant aux formes et à la livrée, non seulement avec l’âge et d’un sexe à l’autre, mais encore dans des conditions d’habitat différentes et jusque dans le même milieu. Tous les pêcheurs distinguent dans nos cours d’eau le Laichsalm ou Saumon bon pour frayer, du Wintersalm ou Saumon d’hiver, qui remonte plus tard et dont les organes de la génération ne sont pas suffisamment développés pour lui permettre de concourir à la reproduction de l’espèce la même année.
Le Wintersalm, qui nous arrive depuis novembre seulement et en hiver, est généralement d’assez belle taille et toujours bien plus gras ou plus replet, avec une chair bien plus rouge, que le Laichsalm plus précoce. Ayant moins dépensé de sa graisse acquise pour le développement de ses organes de reproduction, il est à juste titre plus recherché et plus apprécié.
Bien des auteurs ont spécifiquement distingué, sous le nom de Salmo hamatus , des Saumons qui présentent un développement extraordinaire du museau et du crochet mandibulaire. On sait maintenant que ces individus, dits Bâtards, ne sont que des mâles, le plus souvent déjà assez vieux, du Saumon ordinaire, affichant d’une manière très exagérée le prolongement des os de la face et la courbure de la mâchoire inférieure qui, à un degré bien moindre, différencie d’ordinaire les mâles des femelles.
J’ai eu, entre autres, l’occasion d’examiner un superbe bécard qui, vers le 20 octobre 1882, fut capturé à la Poissine, dans l’Arnon, petite rivière se jetant dans le lac de Neuchâtel non loin de Onnens-Bonvillars. Il mesurait lm,18 de longueur
totale, avec un poids de 11 V2 kilos; sa chair était flasque et molle, sa robe était très pâle en dessus, ses flancs portaient quelques taches noirâtres entremêlées de nombreuses macules rousses arrondies ; les deux extrémités de sa caudale étaient franchement. recourbées en crochet en dedans. La tête avait atteint chez lui des proportions extraordinaires, mesurant Ora,285 de long, alors que le tronc n’avait que Om,235 de hauteur maximale. La face, déprimée devant l’œil, se relevait en avant pour former une sorte de bec, et la mâchoire inférieure, assez droite sur la majeure partie de sa longueur, se recourbait à angle droit vers le bout, en un solide crochet osseux de 0m,055 armé d’une sorte de dent cornée à la face interne. Ledit crochet rentrait, en avant de la tête du vomer, dans un espace libre entre les deux intermaxillaires prolongés et venait faire saillie sous la peau du nez. Il avait avec cela, comme je l’ai dit, une dentition quasicomplète, sauf sur le vomer qui ne présentait qu’une seule dent. Son œil était relativement très petit (0m,025), alors que l’espace' préorbitaire mesurait environ la moitié de la longueur totale de la tête. (Voy. PI. IV, fig. 16.)
On admet généralement que le Saumon ne saurait vivre longtemps sans retourner à la mer et ne peut multiplier dans le& eaux calmes des lacs. Le Saumon mûr qui remonte les rivières, en quête d’une place de frai, traverse d’ordinaire nos lacs sans guère s’y arrêter ; et le Saumon d’hiver retardé quitte également, les eaux tranquilles où il a pu s’égarer, pour venir frayer r après dix à douze mois, dans les courants. Beaucoup d’essais d’empoissonnement par le Saumon ont été faits en divers lacs qui ont rarement donné des résultats très satisfaisants h Les importations faites dans le Léman sont tout particulièrement intéressantes, par le fait que ce grand lac est non seulement tributaire de la Mediterranée où il n’y a pas de Saumon, mais aussi complètement isolé par la perte du Rhône à Bellegarde.
En 1852 et 1853, MM. Mayor et Duchosal élevèrent à Sousterre, près Genève, plusieurs centaines d’alevins du Saumon du Rhin qui leur échappèrent dans le Rhône, presque au débouché
1 A part quelques réussites en Norvège obtenues avec le Saumon du. nord (Nordsalm) qui semble différer passablement de celui du Rhin.
SALMO SÀLAil.
du lac, au printemps de 1855. Selon le prof. Chavannes, environ 7,000 alevins du meme Saumon furent lâchés dans un petit tributaire de la tête du lac (Bay de Novillo), entre 1S57 et 1860, et 4,600 dans la petite rivière la Dullive, près Nyon, en 1863. M. Lugrin, pisciculteur à Gremaz, près Genève, m’a affirmé avoir versé aussi près de 100,000 alevins du Saumon du Rhin dans le Rhône, près de Genève, en 1882. Enfin, bien des milliers d’alevins de Saumons purs et de bâtards de celui-ci avec notre Truite ont été lâchés encore, durant ces dernières années, dans les tributaires du Léman ou directement dans le lac, par des établissements de pisciculture vaudois et genevois, aux deux extrémités de celui-ci.
De tout cela, il ne serait pas resté grand’ chose, et, malgré quelques captures à différentes époques de soi-disant descendants de tailles diverses de ces Saumons importés, on ne peut pas dire que l’acclimatation du ‘Saumon dans le Léman soit un fait acquis. Chavannes a signalé, dans le bassin, la capture de plusieurs prétendus Saumons de 300 grammes à 1 kilo, entre 1859 et 1869 1 2 ; une femelle de 2 kilos, pleine d’œufs et censément poursuivie par un mâle de Truite, aurait même été prise dans la rivière la Veveyse. Lunel -, qui rapporte le dire de Chavannes, ajoute en note qu’un desdits jeunes Saumons, attentivement examiné par lui avec ce dernier, fut reconnu pour simple Truite. Depuis lors bien des censés Saumons, d’âge et de poids différents, ont été capturés, dont la détermination spécifique me paraît sujette à caution; étant donné que la Truite stérile, dite bleue ou argentée, dont le nombre paraît s’être accru surtout dans le Léman depuis les dernières vingt à trente années, rappelle extérieurement beaucoup le Saumon, comme, nous le verrons plus loin, et que souvent elle doit avoir été prise pour celui-ci. Le plus gros Saumon pêché dans le Léman, dont j’ai eu connaissance, serait un individu de 6 kilos capturé, selon M. Lugrin, à Morges en 1882.
J’ai dit que je parlerai plus bas de la Truite argentée à faciès
1 Bulletin de la Soc. zool. impériale d’acclimatation, 2me série, t. VI> 6 juin 1869, p. 364, et séance du 2 juillet 1869.
2 Poissons du bassin du Léman, 1874, p. 128, 129 et note.
trompeur qui, dans le Léman, pourrait bien devoir, au moins en partie, son origine à quelque croisement du Saumon et de notre Truite ordinaire; je me bornerai donc à dire ici quelques mots des individus rapportés au Saumon dont j’ai pu apprécier les caractères : a. un jeune (Gh'ilse) du poids de 1 kilo, pris à Évian, en octobre 1873, qui m’a été aimablement donné empaillé par le Dr Mayor ; 6. un sujet de 3 */2 kilos environ, pris aussi dans le lac, la même année (1873) et dont la tête desséchée m’a. été également fournie par M. Mayor ; c. un sujet de 2 l/2 kilos capturé, en mars 1882, dans PÀubonne, tributaire du Léman, envoyé au prof. Th. Studer et conservé à Berne.
Le premier (a) avait des formes assez élancées, un pédicule caudal plutôt allongé comme le Saumon, autant qu’on peut en juger sur un empaillage, et une tête égale à la hauteur du corps, environ comme 1 : 4,70, vis-à-vis du poisson sans la caudale, avec im vomer rappelant à la fois celui du jeune Saumon et celui de la Truite argentée. Cet os présentait chez lui une palette antérieure subconique hexagonale plutôt courte et un corps relativement assez allongé ; deux dents recourbées en arrière étaient implantées sur le col de l’os et huit en quinconce étaient groupées par places sur une arête médiane passablement écrasée ; les espaces dépourvus de dents et la position de la dernière de celles-ci semblaient indiquer une caducité prochaine plus ou moins complète. (Voy. PI. III, fig. 6.) Il avait avec cela : des nageoires de moyennes dimensions, la caudale assez échancrée ; un maxillaire supérieur peu élargi en arrière, dépassant le bord postérieur de l’œil de 2/5 du diamètre oculaire; 22 dents, dont 4 intermaxillaires, à la mâchoire supérieure, d’un côté, 9 à la mâchoire inférieure sur une des branches, 8 palatines d’un côté, 3 linguales à gauche, 2 à droite, et un préopercule assez largement arrondi, avec bord inférieur plutôt court mal délimité, bien que le bord postérieur fut légèrement raplati vers le bas.
Le second (6), beaucoup plus grand, était passablement caractérisé, quoique représenté par une tête seulement, Cette tête, de 0ra,153 de long, présentait un museau assez allongé, avec un bec ou crochet bien accentué à la mâchoire inférieure qui trahissait le sexe mâle. Le maxillaire supérieur très arqué, mais peu renflé en arrière, dépassait l’œil de y3 diamètre de celui-
SALMO SALAR.
ci environ. L’opercule, plutôt haut, était un peu strié au bord postérieur ; le préopercule, assez échancré en arrière, présentait un bord inférieur assez incliné et plutôt court. La mâchoire supérieure portait 16 dents de moyennes dimensions, dont 4 intermaxillaires, d’un côté ; la mâchoire inférieure présentait un double rang de dents : des externes plus grandes et plus espacées au nombre de 8 d’un côté, et d’autres plus petites et plus serrées, évidemment destinées au remplacement, comme cela se voit aussi souvent chez la Truite, sur une ligne interne ; les palatins portaient 12 dents d’un côté, 7 de l’autre; la langue en comptait 6 assez fortes et courbées en arrière, à gauche et à droite.
Le vomer était long, étroit, plat en arrière, ainsi que très mince et souple dans sa moitié postérieure, comme chez le Saumon. La palette antérieure était pentagonale ou à peu près hexagonale comme chez ce dernier, bien qu’un peu plus large et épaisse ; le corps de l’os allongé ne présentait plus de carène médiane que dans sa partie antérieure, seule encore armée de dents : deux sur le col, sous le bord inférieur de la palette (dont une récemment tombée) et quatre en quinconce et divergentes en dessous, sur le premier tiers dudit corps de l’os. (Yoy. PL III, fig. 5.) Ce vomer seul eut suffi à trahir des affinités bien plus grandes avec le Saumon qu’avec la Truite du Léman. (Comparez PI. III, fig. 5 et 9.)
Le troisième (c), décrit sur le frais par le prof. Th. Studer, présentait un singulier mélange des caractères de la Truite et du Saumon. Il était plus élancé et plus comprimé que la Truite du Léman généralement assez ramassée, la hauteur de son corps devant la dorsale étant, vis-à-vis de la longueur totale du poisson, comme 1 : 5,50; sa tête était par contre proportionnellement plus forte que celle du Saumon, passablement plus longue que la hauteur du corps, soit, vis-à-vis de la longueur totale, comme 1 : 4,60. Le maxillaire supérieur dépassait chez lui l’œil d’un centimètre environ. Le corps du vomer portait, sur une ligne, des dents alternant à droite et à gauche. Les nageoires présentaient des proportions moyennes , mais la caudale était encore franchement échancrée comme chez le Saumon, bien que l’individu fut un mâle de 5 livres mesurant 0m,690 et por-
tour déjà d’un crochet mandibulaire assez développé, alors que le mâle de la Truite présente d’ordinaire à cette taille la tranche caudale déjà droite ou rectiligne. La livrée était grisâtre nuancée de parties sombres en dessus, d’un blanc argenté sur lés flancs et le ventre ; les nageoires étaient toutes d’un gris foncé, la dorsale seulement blanchâtre à la base. Il avait 28 l/2 écailles au-dessus de la ligne latérale, vers la plus grande hauteur, et 36 V2 au-dessous, jusqu’au milieu du ventre. Il portait 68 appendices pvloriques, nombre un peu supérieur à celui des Truites du Léman en général.
En examinant la tête de cet intéressant sujet, j’ai été frappé de lui voir un préopercule d’un côté anguleux, avec bord inférieur comme chez le Saumon, de l’autre largement arrondi, comme chez la Truite.
Ce qu’il y a de plus étonnant dans les données du prof. Studer sur ce curieux poisson qu’il tient pour bâtard, c’est qu’il portait, le 10 mars, des laites mûres, à une époque ou la Truite du Léman a généralement fini de frayer depuis deux mois au moins et à laquelle le Saumon retardé (Wintersalm), demeuré en eau douce faute de développement suffisant des organes de reproduction, présente rarement semblable maturité. Il y avait donc, sur ce point aussi, anomalie complète dans les fonctions et le développement.
Il est bien difficile de se prononcer maintenant d’une manière péremptoire sur l’origine de ces trois salmonidés hétérogènes du Léman. La confusion de leurs caractères extérieurs ne permet guère de décider si l’on doit les prendre pour des individus grandis et plus ou moins modifiés en eau douce des alevins introduits à diverses époques dans le lac, pour des descendants de ceux-ci peu à peu transformés, ou pour des produits mixtes de la Truite et du Saumon, soit survivants des bâtards à diverses reprises artificiellement introduits, soit résultant de croisements naturels dans les affluents du Léman.
La présence de laites mûres et d’un crochet mandibulaire chez (c) empêchant tout rapprochement avec la Truite argentée (stérile), qui rappelle extérieurement un peu le Saumon, il est probable qu’il faut attribuer à ce dernier une large part dans l’origine de l’individu empaillé au musée de Berne. Faute d’avoir pu examiner le vomer, je ne sais s’il faut y voir un indi-
SALMO S AL AK.
yidu dégénéré du Saumon, ou plutôt, par le fait de la présence des dents alternantes signalées sur cet os, un produit bâtard, comme le suppose le prof. Studer.
Même hésitation en face du sujet plus petit (a) dont le vomer (PI. III, l'ig. G.), quoique rappelant un peu celui de la Truite stérile (Fl. 1 II, tig. 17, 1S, 19, 20 et 22), se rapproche pourtant assez de celui des Saumons adulte et jeune (PL 111, tig. 1 et 7), par sa palette antérieure subconique hexagonale, pour que Ton y voie aussi l’intervention certaine de ce dernier, qu’il soit bâtard ou plutôt descendant d’un Saumon modifié en eau douce.
Chez (b) enfin, l’étude de la tête, particulièrement du vomer, trahit une telle prédominance du Saumon qu’il me paraît très probable que cet individu devait être un représentant de celuici accusant, par suite de son développement en eau douce, certains rapprochements avec la Truite du Léman emprisonnée dans les mêmes conditions. (Comparez, PI. III, la tig. 5 avec la tig. 1, vomer du Saumon du Rhin adulte, et la tig. 9, vomer de la Truite du Léman adulte).
Les pêcheurs de quelques-uns de nos plus grands courants, du Rhin, de la Reuss, de la Limmat et de l’Aar même jusqu’à Thoune, veulent reconnaître des bâtards de la Truite et du Saumon dans certains Saumons qu’ils nomment d’ordinaire Lachs forelle et qui se distingueraient par des formes assez élancées, une livrée ornée de nombreuses taches noirâtres et la présence fréquente de macules rouges mélangées avec les noires. Il est connu que le Saumon, qui se croise assez souvent avec la Truite de mer (Meerforelle), produit aussi parfois des bâtards par croisement libre avec la Truite d’eau douce, cette dernière fournissant généralement le mâle; il n'y a donc rien d’inadmissible dans la supposition des pêcheurs en question. Cependant, n’ayant pu réussir à me procurer de ces prétendues Lachsforellen capturées dans nos eaux, je me demande si ces soi-disant bâtards rencontrés à différentes époques, même en mai, ne seraient pas peut-être des représentants du Saumon d’hiver WiMerlachs ou Wintersalm , dont j’ai dit plus haut qu’il reste souvent un an et plus dans nos grands cours d’eau, ou simplement une des nombreuses variétés de notre Truite \
1 Un individu de 25 centimètres, fourni récemment au Musée de Berne
Nous voyous arriver sur nos marchés, particulièrement à Genève, non seulement des Truites d’eau douce de différentes parties du pays et des Truites de mer ; mais encore des Saumons de diverses formes et provenances. Citons, en passant, parmi ces derniers :
1° Des Saumons de VElbe généralement reçus sous le nom de SilberlacJis , incontestablement de même espèce que ceux du Rhin, bien qu’un peu moins élancés ou plus larges, avec des écailles assez fortes, très argentées sur les Hancs l.
On vendait, m’a-t-on dit, à Berne, en février 1886, sous le même nom de Silberlachs, des poissons de 7 à 15 livres, censément pris dans PAar, près de cette ville. Il m’a été impossible de savoir s’il s’agissait de Saumons de l’Elbe que l’on prétendait indigènes pour en favoriser la vente, ou si c’était peut-être encore des individus du Wintersalm attendant dans l’Aar la maturité de leurs organes de reproduction.
2° Des Saumons de la Loire et de la Gironde également de même espèce que celui du Rhin, avec un livrée très argentée et une chair bien rouge généralement très appréciée.
3° Des Saumons de Norvège généralement reçus sous le nom de Nordsalm, passablement différents des précédents et répondant assez complètement à la description du Salmo cambriens (Donovan) par Günther, dans son Catal. of Fishes (VI, p. 34).
Ces Saumons du nord affectent des formes moyennes entre celles du Saumon et celles de la Truite de mer; se différenciant à première toc du Saumon du Rhin : par des formes plus trapues et élevées, un pédicule caudal plus court, une tête plus massive, plus convexe et moins acurninée, des écailles généralement un peu plus petites et plus arrondies, sur les parties postérieures du corps principalement, et une livrée, à même époque, beaucoup plus sombre.
comme bâtard par un pêcheur de la localité, m’a paru une simple petite Truite à livrée pâle, piquetée en dessus et ornée de points rouges sur les Hancs, avec une tête plutôt allongée; son vomer portait quatre dents en travers du chevron et plusieurs autres, sur deux rangs, en arrière de celles-ci.
1 On m’a assuré que les mâles de ce dit Silberlachs de l’Elbe ont rarement un crochet mandibulaire aussi prononcé que ceux du Saumon du Rhin.
SALMO SALAR.
Les dents sont en général chez eux plutôt petites et très caduques. Le vomer est un peu plus ramassé; la palette antérieure, d’un ovale court ou subtriangulaire à angles émoussés, est dépourvue de dents, mais suivie en arrière, après un étranglement, d’un col élargi sur lequel se trouvent volontiers deux dents, rùne à droite l’autre à gauche, bien séparées (parfois une seulement) ; le corps de l’os, droit et plat, mais moins allongé que chez notre Saumon et relativement plus large, est très vite dépourvu de ses dents et ne présente le plus souvent de carène médiane que tout à fait en avant, chez l’adulte,
Les individus mâles et femelles, de0m,80 àOm,90, que j’ai examinés, avaient, en juillet : les faces supérieures d’un gris ardoisé foncé; les lianes grisâtres plus ou moins argentés, comme quadrillés par la pigmentation noirâtre des écailles, avec de grandes macules noirâtres et parfois quelques points rougeâtres; les côtés de la tête d’un brun foncé; les rayons branchiostèges noirâtres; toutes les nageoires fortement lavées de noir, sauf l’anale souvent un peu moins mâchurée en arrière.
4° J’ai trouvé enfin, çà et là sur nos marchés, des poissons provenant des côtes de la mer Baltique ou des embouchures de l’Elbe ou de l’Oder, qui, soit par leurs diverses proportions extérieures, soit par les formes transitoires de leur vomer, m’ont paru trahir de fréquents croisements entre Saumons et Truites de mer, dans les eaux de l’Allemagne du nord.
Le Saumon ( S . Salar) est propre à l’océan Atlantique et aux diverses mers qui en dépendent, à l’exception de la Méditerranée et de ses dépendances, entre le 43mc degré de latitude nord, au sud-ouest de la France, et les côtes de la mer Glaciale, vers le 70me degré. Éminemment voyageur, il fréquente tour à tour les eaux salées de l’océan, des mers du Nord, Baltique et Blanche, ou les eaux douces de la plupart des grands cours d’eau de l’Europe, voire même de l’Asie septentrionale et de l’Amérique du Nord \ Il remonte tous les ans par le Rhin jusqu’à nous, et, de la mer du Nord, vient régulièrement frayer dans nos principales rivières.
1 Où il descendrait, paraît-il, jusqu’au 41rae degré de latitude nord.
Il 11e se trouve, en Suisse, que dans les cours d’eau dépendant du Rhin eu dessous de la chute. C’est certainement dans le Rhin lui-même que ce poisson se trouve en plus grande quantité; cependant, il remonte aussi dans la plupart des tributaires de ce fleuve, voire même jusqu’au pied des Alpes, au centre du pays, après avoir franchi les rapides de Laufenbourg et sauté mille obstacles sur sa route.
La chute du Rhin à Schaft'house étant pour lui une barrière insurmontable, il fait défaut à toutes les parties orientales du pays desservies par le cours supérieur de ce fleuve. Il manque naturellement aussi, abstraction faite des essais d’importation dont j’ai parlé plus haut, dans tout le bassin du Léman et du Rhône.; non pas du fait de la perte infranchissable de ce fleuve à Bellegarde, mais avant tout parce qu’il n’existe pas dans la Méditerranée, comme nous l’avons eût l. On ne trouve pas davantage et pour la même dernière raison le Saumon, ni dans le Tessin au sud des Alpes, ni dans i’Inn en Engadine.
Il s’engage plus ou moins dans plusieurs de nos tributaires directs du Rhin, comme la Birse, l’Aar, la Glatt, la Tôss, la Thour et autres; mais c’est surtout par l’ intermédiaire del’Aar et de ses principaux affluents, comme la Liminat, la Reuss, l’Emme et la Sarine, qu’il se répand le plus loin dans nos divers cours d’eau, traversant sans presque s’y arrêter, en plus ou moins grand nombre suivant les années, les grands lacs de Zurich et de Wallenstadt, des Quatre-Cantons, de Thoune et de Brienz, pour monter plus haut encore dans les eaux vives descendant de nos montagnes. La correction des eaux de l’Aar et rétablissement du canal de Hageneck semblent avoir facilité au Saumon l’accès de nos grands lacs jurassiques de Bienne et de Neuchâtel, où ce poisson très rare autrefois arrive aujourd’hui bien plus souvent.
1 Ogérien (ITist. nat. du Jura, III, p. 307) dit qu’il passe de temps à autre de jeunes Saumous du Rhin dans le Doubs, par le canal Rhône au Rhin; mais Olivier (Faune du Doubs, 1883, p. 63) nous apprend que ces prétendus Saumons remontés par le canal ne sont que des individus mélangés de Saumons et de Truites provenant de l’établissement de pisciculture de M. Guerrin, près Besançon, et lâchés dans le Doubs il y a une vingtaine d’années.
SALMO S AL AH .
Il ne semble pas que l’on ait rencontré souvent le Saumon dans nos lacs de seconde et troisième grandeur, comme ceux de Zoug, Egeri, Sarnen, Sempach, etc.; par contre, la présence de ce poisson a été constatée dans divers cours d’eau de premier et second ordre, avec ou sans lacs sur leur parcours, jusqu’à des niveaux plus élevés : dans la Tliour, tributaire direct et sans lac du Rhin, au-dessus de Bischofzell, où l’on prend souvent des sujets de 8 à 10 kilos, parfois de 14 kilos, et jusque dans le bas Toggenburg (S'-Gall), à 600 mètres au moins au-dessus de la mer; dans le cours supérieur de PÀar jusqu’au delà du lac de Tkoune, dans celui de Brienz et même un peu au delà, à un niveau de G25 mètres environ, (l’écluse d’Untersee, entre les deux lacs, semble, depuis quelques années, entraver passablement le passage de ce poisson d’un lac à l’autre) ; dans la Sarine, affluent sans lac de l’Àar, jusque passablement au-dessus de Fribourg, entre 650 et 700m s/m. ou l’on prend encore des individus de 10 à 12 kilos; dans la grande Emme, également affluent sans lac de PAar, jusqu’à Biberist \ à 450m s/m environ ; dans la petite Emme, joignant la Reuss un peu au-dessous du lac de Lucerne, jusqu’à Schüpfeu, à 740m s/m à peu près ; dans la Reuss elle-même, principal tributaire de l’Aar, au delà du lac des Quatre-Cantons, jusqu’au-dessus d’Àmstegg, à 600m s/m au moins, (bien plus haut encore, si l’on en croit le dire du naturaliste Nager, qui signalait la capture exceptionnelle, en 1833, d’une Lachsforélle d’assez grande taille dans la vallée d’Urseren, à 1,440“ environ) dans l’Àa, affluent direct du même lac des Quatre-Cantons, jusqu’à Engelberg, à l,000m environ, selon Tschudi1 2 3. Par la Limmat, enfin, dernier grand affluent de l’Aar, le Saumon arrive aussi au lac de Zurich qu’il traverse
1 D’après une communication du prof. F. Lang, le Saumon, maintenant arrêté à Biberist par un large barrage, aurait été un peu plus haut, à Gerlafingen, jusque dans ces dernières années.
2 On s’explique difficilement la présence, à cette hauteur, du Saumon qui semble demeurer ailleurs bien plus bas, surtout quand il s’agit d’une rivîeTe aussi accidentée que la Reuss dans son cours supérieur; la soidisant Lachsforélle était-elle Truite ou Saumon, c’est ce qu’il est impossible de préciser aujourd’hui.
8 Thierleben der Alpenwelt, 2me trad. française, 1870, p. 73.
volontiers clans toute sa longueur, pour gagner celui de Wallenstadt par le canal de la Linth et se montrer soit au delà du lac, dans la Seez, plus loin que Sargans du côté de Mais, à 500m s/m environ, soit dans la Linth elle-même, presque jusqu’au Panteubrücke, selon Tschudi, à près de 975m. De 1811 à 1814, dans les premières années qui ont suivi la correction de la Linth par la construction du canal, les Saumons, non encore au courant de la situation, se sont accumulés en grand nombre dans le petit tronçon de Linth qui restait à l’extrémité du lac de Zurich et y ont été capturés en quantité.
Les pêcheries de Bâle à Laufenbourg ont beaucoup contribué, parait-il, à diminuer depuis quelques années la proportion des Saumons qui annuellement remontaient dans les divers cours d’eau ci-dessus indiqués, en différents cantons.
Les Saumons qui, suivant leur taille, ont pour la plupart quitté la mer en mai, juin, juillet ou août, et remonté le Rhin en troupes plus ou moins nombreuses, arrivent généralement à Bâle en juillet, août, septembre ou octobre, pour venir frayer dans les principaux tributaires de ce fleuve, d’ordinaire entre mi-novembre et mi-décembre, un peu plus tôt ou plus tard selon les années et les conditions de température ou de niveau ; les mâles étant volontiers plus précoces que les femelles. La plupart des adultes qui ont satisfait aux besoins de la reproduction nous ont quitté entre fin décembre et fin janvier.
Nos principaux cours d’eau ne sont cependant pas pour cela complètement dépourvus de Saumons passé cette époque ; car, sans parler du frai qui leur a été confié, on y trouve encore certains individus qui, ayant quitté plus tard la mer, ne parviennent à nous qu’entre novembre et mars, et qui, faute d’un séjour assez prolongé en eau douce, nous arrivent avec des organes de reproduction, ovaires et laites, insuffisamment développés. Quelques-uns de ces Saumons retardés, distingués généralement sous le nom de Winiersalmen de leurs frères mûrs dits LaicJisalmen, regagnent peut-être les eaux salées en même temps que ces derniers; toutefois, il semble qu’il en reste toujours plus ou moins, selon les années, qui attendent pour frayer jusqu’à l’automne suivant. Ces derniers demeureraient par conséquent douze à quinze mois dans nos eaux, alors que les autres n’y
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passeraient guère que la moitié de l’année, parfois même deux ou trois mois seulement.
Le Saumon, qui s’est abondamment nourri en mer, ne mange rien ou presque rien durant tout son voyage de noces en eau douce, vivant sur sa graisse acquise, jusqu’au moment où il est rentré en mer, après avoir donné satisfaction aux besoins de la reproduction. Le Dr Miescher-Ruesch, qui a publié d’intéressantes recherches sur la vie du Saumon en eau douce 1 , démontre clairement que le développement des laites et des ovaires se fait entièrement aux dépens de la musculature de plus en plus amaigrie.
L’époque du frai arrivée, en novembre et décembre principalement, parfois déjà en octobre ou encore en janvier suivant les circonstances, les sexes se rapprochent et, après de nombreux ébats, souvent même après de terribles combats entre individus du même sexe jaloux, la ponte s’opère en plein courant, sur des places déterminées, dans de grands sillons, parfois de 30 à 50 centimètres de profondeur, que la femelle creuse avec son ventre dans le lit de la rivière, qu’elle balayé soigneusement de sa queue et dans lesquels, le frai une fois fécondé, elle ramène, diton, de la même manière du sable et du gravier pour abriter son précieux dépôt. Il arrive assez souvent que la ponte s’opère dans des cours d’eau si peu profonds que c’est à peine si le dos du Saumon est entièrement couvert.
Les œufs fécondés du Saumon, d’abord d’un blanc opalin assez transparent, un peu plus tard de couleur rosée, mesurent d’ordinaire 5 à 6mm de diamètre et paraissent varier assez en nombre avec les individus, bien que l’on en compte d’ordinaire autant de milliers que l’individu qui les porte pèse de livres ; de telle sorte qu’une femelle de 5 kilos en porterait au moins 10,000, de plus pesantes jusqu’à 20 à 25,000. La durée de leur développement, dépendant de la température de l’eau et par conséquent de l’altitude et de l'époque plus ou moins hâtive ou tardive de la ponte, varie volontiers de 80 à 90 jours dans
1 Statistische und biologisclie Beitràge zur Kenntniss vom Lebeà des Rheinlachses im Süsswasser (Internationale Fisckerei-Austellung zu Berlin, 1880. Schweiz, p. 155 à 232.
des conditions ordinaires, de 50 à 160 même dans des eaux variant de 7 ou 8 à 2 degrés.
Après avoir résorbé leur vésicule, au bout de six à dix semaines selon les conditions, et après être demeuré dans les environs immédiats de leur lieu d’éclosion jusqu’aux premières chaleurs du printemps, les petits alevins regagnent peu à peu les plus grands cours d’eau et entreprennent en été leur voyage vers la mer, dans laquelle beaucoup arrivent en automne, environ un an après leur mise au monde, à l’état de Paa?\ avec une taille moyenne de S à 12 centimètres, quelques-uns seulement après deux ans, comme Smolt, avec une taille de 15 à 30 centimètres. Croissant très rapidement dans l’eau salée, où ils trouvent une nourriture abondante, ils reprendront comme Ghilse, dans leur seconde ou leur troisième année d’existence, alors qu’ils sont devenus assez forts et aptes à la reproduction, avec un poids déjà de 1 Va h 2 kilos, le même chemin qui les avait amenés à la mer h J’ai dit plus haut qu’il était rare de rencontrer à la remonte, dans nos eaux suisses, des Saumons de moins de deux à trois kilos. La rapidité de la croissance du Saumon en mer, comparée à celle de la Truite dans les eaux douces, est vraiment extraordinaire ; quelques expériences faites en Angleterre sembleraient prouver qu’un séjour de deux à trois mois en eau salée suffit souvent à augmenter son poids de deux ou trois, parfois même de cinq kilos.
La nourriture du Saumon paraît consister principalement en proies de dimensions assez réduites, en mollusques, annelés, articulés divers et crustacés ; cependant, il happe aussi de petits poissons. Heureusement qu’il mange peu ou pas lorsqu’il remonte en troupes nombreuses pour venir frayer dans no^ cours d’eau, car, avec l’appétit dont il fait preuve en mer, il aurait bientôt fait de dépeupler nos rivières.
La pêche de cet excellent poisson qui, ne mangeant pas en voyage de noces, ne mord par conséquent pas alors au hameçon, se fait différemment dans diverses conditions. On le prend
1 II paraîtrait que le jeune mâle est déjà souvent fécond à deux ans, tandis que la femelle ne le devient guère avant trois ans et un séjour plus prolongé en mer.
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chez nous à la remonte de bien des manières : avec des filets fixes ou flottants, dits Wciage, en particulier avec un grand filet dit Loup ou Wolf; avec différents engins disposés entre des barrages ou auxquels amènent des claies et auxquels parfois une femelle est attachée pour attirer les mâles, avec des nasses et des corbeilles de formes diverses, Reussen, JBaren, Korlen; avec des trappes à ressort, des lacets, des grappins, Schorpfen , avec des piques et des tridents ou des harpons, Geeren , employés soit de jour, soit de nuit avec l’aide de flambeaux; au moyen des armes à feu et même, malgré la défense, avec diverses matières étourdissantes ou des amorces empoisonnées.
La chair du Saumon, dont nous avons dit qu’elle perd peu à peu de sa fermeté, de sa couleur rosée et de sa délicatesse à l’approche du moment du frai, passe à raison pour excellente, en dehors de l’époque de reproduction et des premières semaines qui suivent, alors que ce poisson épuisé, efflanqué et flasque, regagne la mer pour se refaire (d’ordinaire entre octobre et janvier). L’estime dont jouit généralement cette chair succulente et le prix élevé auquel elle se vend de nos jours (selon l’abondance relative, trois à sept francs le kilo), ainsi que la propriété qu’elle a de se conserver facilement et de pouvoir voyager sans danger fraîche ou fumée, font de la pêche de ce poisson une industrie très productive, et, comme chacun le sait, un objet de commerce très étendu, principalement pour les riverains du Rhin, entre. Bâle, Laufenbourg et Schaffhouse, ainsi que pour ceux des premières parties du cours de l’Àar, en ce qui concerne la Suisse.
Bien que la pêche du Saumon ait fait depuis des siècles l’objet de différentes prescriptions en divers pays, l’incessance des poursuites dirigées contre ce poisson, même contre les jeunes Paan descendant à la mer gros comme un doigt, jusqu’à il y a quelques années encore, a nécessité dans ces derniers temps, soit une réglementation plus sévère de la pèche dans les divers États intéressés, soit une convention protectrice entre ceux-ci. Pour réparer les brèches faites continuellement dans les rangs de l’espèce, tant au nord que dans les cours d’eau de l’Europe centrale, des établissements de pisciculture officiels doivent aussi tous les ans produire, par fécondation
artificielle, des centaines de milliers d’alevins de Saumon à mettre à Peau dans les fleuves et rivières. On a ainsi introduit en quelques années, dans les eaux suisses, plusieurs millions d’alevins du Saumon du Rhin (& Salar ) et de ses bâtards avec la Truite \ et quelques milliers de Saumons du nord de l’Amérique, du Sdlrno Sebago (Girard), qui n’est autre qu’une variété du Salar, et dont je crois devoir dire deux mots en note cidessous \
On a fabriqué artificiellement, comme nous l’avons vu, des milliers de bâtards de la Truite et du Saumon qui présentent des formes intermédiaires, qui paraissent pouvoir se reproduire plus ou moins dans de bonnes conditions et qui semblent n’exiger plus, comme le Saumon, la nécessité du retour à la mer.
1 D’après les documents qui m’ont été aimablement, fournis par le Département fédéral de l’agriculture (section forestière), il aurait été versé, depuis 32 ans, dans les eaux suisses, par divers établissements de pisciculture en différents cantons (abstraction faite des importations privées beaucoup plus restreintes et dont il est diflicilo de tenir compte), un total de 12,302,825 alevins de Saumon du Rhin et de 3,784,896 bâtards de celui-ci avec la Truite suisse. Le nombre des établissements de pisciculture croissant chaque année, la proportion des alevins produits a été aussi toujours en augmentant ; ainsi, sur les cbitfres ci-dessus, 1,048,218 Saumons et 1,082,500 bâtards avaient été lâchés en vingt ans, de 1857 à 1876, tandis que 11,254,607 Saumons et 2,702,396 bâtards ont été versés dans les mômes eaux publiques en douze ans, de 1877 à 1888. — 20,000 alevins du Saumon d’Amérique (S. Sebago) ont été introduits dans les eaux zurichoises en 1SS3. — Le gouvernement italien a lâché aussi, il y a 4 ou 5 ans, quelques milliers de Salmo Salar dans les eaux de la rivière le Tcssin, qui prend sa source en Suisse dans le canton du môme nom, au sud des Alpes.
2 Salmo Sebago (Girard). d’Amérique (Common Atlantic Salmon).
Salmo Sebago, S. Gloverij, Gunther , Catal. of Fishes, YI, p. 153. —
Salmo Salak, Jordan et Gilbert , Fishes of North. America, p. 312.
Le Saumon qui de l’Atlantique remonte dans les fleuves et rivières de l’Amérique Septentrionale, qui a été baptisé S. Sebago par Girard et qui, sous ce nom, a été introduit dans divers cours d’eau, non seulement de Suisse, mais encore de divers pays d’Europe, n’est, comme je l’ai dit, qu’une forme de notre Saumon, du Salmo Salar de Linné, dont aucun caractère spécifique ne permet de le distinguer. Il semble, selon Jordan et Gilbert, s’établir plus facilement dans les lacs, en Amérique, le lac Sebago en particulier, et est souvent alors distingué sous le nom de Land-loclced Salmon.
SALMO LACUSTllIS.
D’après certaines observations, le croisement réussirait d’autant mieux que le mâle reproducteur aurait été fourni par l’espèce de la Truite.
Quoique ne mangeant guère en eau douce, le Saumon héberge cependant, au nombre de ses parasites helminthes \ quelques-unes des mêmes espèces que nous retrouvons chez nos poissons indigènes.