‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 5)Chapitre 37 sur 91 · LA MARMOTTE Das Murmelthier · texte numérisé non relu

LA MARMOTTE Das Murmelthier

Arctomys Marmota, Linné

D'un gris fauve mélangé de iwirâtre en dessus; d'un fauve rùussûtre en dessous. Queue égale au tiers ou au quart du corps, en plumet, bien fournie et noirâtre sur la moitié extrême. Oreille petite et cachée sous lepoU. Longueur totale moyenne 650"^.

Mus Marmota, Linné, S. N. XII, p. 81, n. 7.

ÂRCTOiTYS Marmota, Schreb, Saeugeth. III, p. 722, n. I. Marmota alpina, Blumenbach, Handb. X, p. 85, n. I.

En tout 22 dents ; les indsives d'un jaune de plus en plus foncé et rembruni avec Tâge, par devant.

M&choire supérieure: la première molaire la plus petite, presque ronde et conique au centre ; les quatre suivantes triangulaires, étroites et disposées transversalement sur Taxe dentaire. Ces dernières pourvues, au côté interne, d'un tubercule relevé s'étendant jusqu'au bord externe et formant deux crêtes séparées par un vaste sillon; la cinquième munie en arrière d'un talon déprimé.

Cette forme, assez analogue à celle qui se voit chez rÉcureuil, est plus particulière aux jeunes et aux individus d'âge moyen ; mais, chez les vieux, ces quatre molaires supérieures s'aplatissent beaucoup en déversant de plus en plus en dehors, et finissent par présenter la forme d'un pied dont le talon serait tourné en dedans, et dont les doigts, au nombre de trois, viendraient s'étaler sur le bord extérieur.

Mftchoire inférieure : molaires presque égales, à peu près carrées, munies de tubercules saillants sur le pourtour et devenant, conmie les précédentes, plus plates avec l'âge.

Pieds trapus et velus; la plante nue chez les adultes et légèrement pubescente près du talon chez les jeunes. Le pied postérieur beaucoup plus court que la tête.

Oreille très petite, acuminée, bien velue et presque entièrement cachée sous le poil, mesurant environ le cinquième ou le sixième de la longueur de la tête.

Queue plutôt courte, couverte de poils divergeant en forme de plumet, noirâtre sur la moitié extrême et atteignant au tiers ou au quart des dimensions du corps.

Museau assez large, d'un brun roussâtre et orné d'une moustache dont les plus grands poils arrivent jusqu'à l'oreille. Les narines en virgules, très ouvertes par devant et fendues sur les côtés du nez.

Pelage médiocrement fourré et long en dessus, mais toujours assez rude.

Faces supérieures d'un gris fauve ou rougeâtre et mélangées de noirâtre sur le dos.

Faces inférieures d'un fauve plus ou moins roussâtre.

Jeunes plus giis ou plus noirâtres, avec le poil légèrement ondulé.

Cette espèce varie, non-seulement dans les teintes générales grises ou rousses, mais encore dans Textension variable que prend la couleur noirâtre sur les parties dorsales. Il m'a semblé que les Marmottes de TËngadine se distinguaient constamment de celles de TOberland par un pelage plus clair et présentaient de très faibles traces de noir sur le dos *, tandis que celles des Alpes bernoises étaient, par contre, dans ces parties, toujours couvertes par une bande ou un manteau foncé.

Longueur totale 0",600 à 0"»,750

» de la tête 0,105 0,l30

» de roreille(au bord externe) 0,017 0,025

* du pied autérieur (avec les ongles) 0,060 0,063

• du pied postérieur (avec les ongles) 0,082 0,087

» de la queue (de Tanus au bout des poils) 0,180 0,195

Les Marmottes n'habitent maintenant, en Europe, que les chaînes de montagnes élevées, comme les Carpathes, les Alpes et les Pyrénées.

Elles sont presque partout abondantes en Suisse, depuis 1500 mètres et jusqu'au-dessus de 3000 mètres sur les oasis entre les neiges et les glaces. Elles vivent en colonies établissant leurs quartiers, ou dans les pentes gazonnées, ou entre les pierres des éboulis. Elles se creusent, suivant les conditions, une demeure d'hiver plus basse et une d'été plus élevée, ou bien se contentent de la même galerie modifiée et réparée pour les deux saisons. Ces terriers horizontaux sont d'une profondeur variable de 4 à 12 pieds. C'est un boyau qui, d'abord unique, se divise bientôt en deux branches et deux cellules dont l'une, plus petite, sert de dépôt pour les immondices, et l'autre, beaucoup plus grande, de dortoir pour les parents et de berceau pour les enfants. La nourriture de ces animaux consiste surtout en herbes, en racines et en graines; mais ils mangent volontiers, en captivité, des fruits, du pain et même de la viande. La Marmotte se sert beaucoup de ses pattes antérieures en guise de mains pour manger, comme les Écureuils, assise sur le train de derrière.

' M. J. Sarraz, naturaliste, bon observateur et habile chasseur engadinois, a le premier attiré mon attention sur ce fait

Elle entasse, en automne, beaucoup de foin dans son habitation pour préparer son lit ; elle le coupe à une certaine longueur, le laisse sécher et le porte ensuite entre ses incisives, passant un à up dans ses dents avec la patte les derniers fétus destinés à compléter sa charge. L'usure du poil que le dos de ces animaux montre souvent à cette époque, provient du frottement que subissent, à chaque voyage dans la galerie, les parties supérieures d'un corps alors gros et gras. L'idée déjà émise par Pline pour expliquer cette usure, et citée par Buffon, que les Marmottes se couchent sur le dos pour se faire charger d'herbes sur le ventre et se laisser tirer ensuite dans la galerie, comme un char, est tout à fait erronée ; et, quoique plusieurs auteurs se soient plu à répéter cette fable merveilleuse, l'observation directe n'enseigne rien de pareil.

A l'approche du froid, à la fin de septembre, ou seulement en octobre suivant les localités, ces Rongeurs bien dodus se réunissent, en nombre variable de cinq à quinze, dans un même trou ', en murent l'entrée avec de la terre et des pierres, et vont se rouler sur eux-mêmes, les uns près des autres, dans le foin, pour passer ainsi l'hiver plongés dans un profond sommeil. Cet état léthargique est tel qu'on peut alors s'emparer de ces animaux et les manier sans les réveiller. La plupart des fonctions sont excessivement ralenties dans leur activité, de sorte que la température du corps arrive à un très bas niveau. M. Sacc' assure que, même alors, la Marmotte engourdie se lève quelquefois pour aller vider sa vessie trop remplie, dans un coin choisi pour cet usage.

Au printemps, la vie reparaît, les amours commencent bientôt et l'on rouvre les portes de la maison. L'accouplement a lieu généralement dans la fin d'avril ou la première moitié de mai ; la femelle, pourvue de dix mamelles, porte cinq semaines environ et met au monde, une fois par an, de quatre à cinq petits.

Le cri le plus habituel des Marmottes consiste en un sifflement puissant, qu'elles émettent la langue apppuyée contre les dents ; néanmoins, elles font entendre aussi des grognements qui deviennent très violents lorsqu'elles sont irritées.

* Les Marmottes adultes peuvent alors varier en poids de 12 à 18 livres.

* Sur la Marmotte des Alpes, par M. Sacc. Rev. de zool., août 185)^.

Ces petits quadrupèdes dorment la nuit dans leurs trous, ne sortant guère avant le lever du soleil et menant tout le jour une vie de paresseux; leur caractère, en apparence indolent, est cependant très acariâtre ; ils se mettent volontiers en colère et, quoique très méfiants, déployent de temps à autre un brillant courage ^

On se plaît à attribuer aux Marmottes l'habitude de placer des sentinelles pour la sûreté commune ; mais de nombreuses observations m'ont appris qu'il y a souvent plus d'imagination que de réalité dans cette idée assez généralement reçue *.

La Marmotte ne court pas très vite, mais elle est leste pour grimper dans les rocs et sauter de pierre en pierre. Sa viande a un goût fort et désagréable, lorsqu'elle n'est pas fumée. Sa graisse passe dans nos montagnes pour un remède à tous les maux.

Cette espèce, reléguée maintenant très haut dans les Alpes, a vécu autrefois dans la plaine et au fond des vallées de notre

' Une TÎeflle Marmotte que j'ai conservée longtemps vivante dans un endos, se précipita, un jour, sur un gros Chat qui avait violé son réduit, et lui passa ai bien et si souvent ses longues incisives sous la peau, que le pauvre Carnassier, tremblant et tout blessé, dut être retiré par force des pattes du Boogeor, qui ne cessait de se précipiter avec rage sur lui. Le même individu aimait passionnément qu'on le gratt&t sous le menton ; mais cette gracieuseté une fois accordée, il fidlait continuer ou quitter la place pour ne pas s'exposer au courouz de la béte, furieuse dès que l'on cessait ce genre de caresse. Cette Marmotte se creusa un terrier et y charria tout le foin que je lui donnai; mais elle ne dormit point de tout l'hiver, et cette circonstance lui porta tellement sur les ner6, que son caractère en devint tout à fait insupportable.

* Lorsque ces animaux prennent leurs ébats au grand jour et qu'un être insolite approche de la colonie, le premier individu qui aperçoit le danger se dresse sur les pattes de derrière et pousse un sifflement de terreur ; tout le petit monde lèvera alors la tète, et, privé de cette confiance au signal propre au Chamois, chacun voudra par lui-même reconnaître l'ennemi ; ceux qui verront le péril siffleront en se sauvant, ou se retireront silencieusement snivant qu'ils sont jeanes ou vieux; mais ceux qui n'auront rien discerné demeureront souvent L'opinion d'un avertissement auquel tous obéiraient peut paraître vraie quand la colonie pâture sur une pente gazonnée où chacun peut de suite vérifier par ses yeux et fuir au premier mot; mais elle m'a toigours semblé fausse dans le cas où ces animaux se trouvent dans les éboulis.

1 7t FAUNE DBS VERTÉBRÉS.

pays, comme l'attestent de nombreux ossements trouvés ça et là dans les graviers de Tépoque glaciaire, dans le diluvium ' et jusque dans les débris de stations humaines à Veiner, près de Genève '.

Eamille des CASTOBIDÉS

CASTORID.i:

Le Castor (C. Fiber\ complètement étranger à notre faune actuelle, éteint même en Europe dans bien des pays, a vécu autrefois sur notre sol. Non-seulement Ton en retrouve de nombreux débris dans les tourbes et les restes des Palafittes'; mais encore plusieurs villages suisses portent des noms qui rappellent Tabondance de cette espèce dans leur voisinage. Sans remonter aussi loin, les ouvrages de plusieurs naturalistes anciens * nous apprennent que ces animaux habitaient assez communément, jusque dans la seconde moitié du 17°'* siècle, les bonis de nos rivières, de nos fleuves et de quelques-uns de nos lacs.Wagner", entre autres, en 1680, dit qu'ils bâtissaient alors leurs demeures sur les rives de la Limmat, de TÂar, delà Reuss et de la BhrseS

* Heer, 0. Die Urweit der Schweiz, lft65, p. 642. Rûtimeyer, Herkanft d. Thierwelt, 1867.

* Favre, A. Station de rhomme de Tàge de la pierre à Veirier, près de Genève. Archiv. d. Se. Phys. et Nat. 15 mars 1868, p. 252.

F. Thioly, L*époque du Renne au pied du mont Salève. Revue savoisienne, 25 mars 1S68. — Les ossements de la caverne de Veiner; lettre do prof. Rfltimeyer à M. Thioly. Rev. sav. 25 avril 1868.

* L. RQtimeyer, Untersuchung der Thierreste ans den PfidillMUiten der Schweiz, p. 58, 1860. ^ Pfahlbauten, p. 24, 1861.

^ Gessner, Hist. anim. Lib. I de quad. vivip. 1561. Joh. Jonstonus, Hist. Nat. de Quad. librL 1657. Joh. Leop. Cysat, Beschreibung des berttmhmbten Lucemer oder 4 Waldst&teu Secs, 1661.

* Joh. Jac. Wagner, Historia naturalis Helvetiœ coriosa, 1680, p. 172.

* L'Almanach Helvétique signale la présence de Castors dans le canton de Luceme jusqu^en 1804, et dans le Valais jusqu'en 1820; mais ces données me semblent plus que douteu:>es.

FamiUe IL MYOXIDES

MYOXID.E

Les Myoxidés représentent, parmi les Rongeurs clavicules, un type qui offre des rapports soit avec les Sciuridés, par les mœurs et les formes extérieures, soit avec les Muridés, par la structure du crâne. Cependant, ils ont aussi des caractères propres qui leur sont communs, et qui permettent d'en faire une petite famille à part.

Le crâne de ces animaux est allongé; les frontaux, étroits et comprimés, ne possèdent pas d'apophyses latérales ; les os pariétaux sont larges, les nasaux longs et effilés (Voy. PL VI, fig. 8).

Ils ont toujours 20 dents : 4 incisives jaunes par devant et 1 6 molaires ; ces dernières sont semi-composées et radiculées, ovales, arrondies ou carrées, garnies de tubercules sur le bord et pénétrées par de nombreux replis de la lame d'émail unique (Voy. PI. VI, fig. 9). La formule générale sera donc : *

1 2 T =20 dents.

Le pelage est souple. Les membres sont de moyenne dimension. Les pieds sont pourvus de tubercules sousarticulaires et de fortes pelotes plantaires; les doigts,

plutôt courts, sont au nombre de cinq derrière et de quatre devant, plus un gros tubercule en guise de pouce; les ongles sont comprimés et recourbés. La tête est acuminée par devant ; le museau est orné d'une forte moustache. Les oreilles sont moyennes et couvertes de poils ras. La queue, toujours assez longue, offre des formes très variées. Les yeux sont grands.

Ces animaux sont tous bons grimpeurs, mais ne peuvent cependant pas rivaliser d'agilité avec les Écureuils. Ils ont une existence nocturne, reposant le jour et se mettant le soir en quête de leur nourriture. Ils s'établissent sur les arbres ou dans les bâtiments, et y dorment durant Thiver d'un sommeil peu profond. Les Myoxidés habitent tout l'ancien monde, et sont représentés par des genres peu nombreux et très voisins.

Le seul genre Myoxus se rencontre en Suisse et en Europe.

Genre LOIR

MYOXUS, Scliieber

Crâne allongé et jiaty large dans la partie postérieure et rétréci du côté de la face. Frontaux comprimés et sans apophyses latérales. Heds moyens; doigts plutôt courts et ongles crochus. Queue plus ou moins distique et de forme variable.

Le cr&ne des Loirs est allongé et droit ; la boite osseuse est large et arrondie, la face longue et comparativement

étroite. Les os pariétaux sont grands , les frontaux sont comprimés et sans apophyses latérales, les nasaux effilés (Voy. PL VI, fig. 8).

Les molaires, au nombre de 4 sur 4 de chaque côté, déversent à droite et à gauche en dehors, et sont traversées par des lignes saillantes en nombre variable. La première de ces dents est toujours la plus petite, les deux médianes sont les plus fortes; leur couronne s'évase depuis la base des racines.

Les raies saillantes, transverses et déprimées avec l'âge, pourraient faire croire que les molaires sont réellement composées ; cependant cette apparence est fausse, car les sortes d'Ilots entourés de lignes doubles qui semblent former autant d'éléments distincts ne proviennent que de la dépression graduelle par usure des replis superficiels d'une lame d'émail unique (Voy. PI. VT, fig. 9). Ces raies atteignent, chez l'adulte, à un nombre fixe suivant les espèces, mais disparaissent plus ou moins che% les très vieux sujets.

Les pieds sont moyens et pourvus, sur la face plantaire, de pelotes énormes; les doigts, plutôt courts, sont armés d'ongles recourbés et acérés.

Les oreilles sont saillantes, ovales et couvertes de poils ras.

La queue est longue, plus ou moins distique et de formes diverses.

Le museau est acuminé, orné d'une forte moustache et nu entre les narines toujours petites, ainsi que sur le pourtour immédiat de celles-ci seulement.

Les yeux sont grands.

Les Loirs sont crépusculaires et vivent dans les bois, les broussailles, les jardins et jusque dans nos demeures. Ils se nourrissent surtout de fruits, mais s'attaquent aussi

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volontiers à de petits animaux. Dorant l'hiver, ils donnent, d'un sommeil souvent interrompu, dans quelque réduit obscur et bien calfeutré.

Us amassent, comme les Écureuils, des provisions, et construisent, comme eux aussi, des nids en forme de boule.

Les femelles, pourvues de huit mamelles, mettent bas, une ou deux fois l'an, de 2 à 8 petits.

L'Europe compte quatre espèces de ce genre; trois d'entre elles se trouvent en Suisse. Le M. Bryas, très voisin du Lérot, est le seul qui n'ait point encore été observé sur notre territoire.

Ce genre peut être subdivisé en trois sous-genres, d'après les formes différentes de la queue et l'apparence variable de la couronne des molaires.

SOUS-GEXRE 1. LOIR

Glis, Bimnenb.

Les Loirs proprement dits sont les plus grands du genre.

La queue est, chez eux, distique et pourvue sur toute la longueur de poils assez longs, égaux et divergents.

La surface des molaires est très compliquée. Le nombre des raies trans verses augmente, d'avant en arrière, de 6 à 8 ou 9 chez l'adulte (Voy. PI. VI, fig. 9).

Ces animaux vivent dans les bois et parfois dans les habitations de l'homme.

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