LE LIÈVRE BLANC Der Schnkehase
Lefus va&iabilis, Pallaa
D'un gris brunâtre au Uam en dessus ; blanc en dessous, sauf à la poitrine, en été. Queue grise ou blanche sur la face dorsale et mesurant environ la moitié de VoreiUe. Le pied postérieur mesurant une fois et demie la longueur de VoreUle. Oreille noire à Vextrémité et plus courte que la tête. Dernière molaire in férieure profondément siUontiée et divisée en deux angles au coté interne. Os nasaux comparativemetU courts. Fente post-palatine droite et bien ouverte. Longueur totale moifenne = 59(}r^.
* M. Eug. Gayot a obtenu fitcilement la reproduction du Lièvre commun, dans une ci^iitiyité très resserrée. Yoy. Lièvres, Lapin» et Léporides^ Comp* tes rendus de TAcadémie, 1868, ou Rev. zool. 1868, n. 12, p. 456.
* Rûtimeyer, L. Pfahlbauten, 18G1, p. 24.
S52 FAUNE DBS VERTÉBRÉS.
Lepus variabius, PaUas, Nov. spec. 61 ir. p. i .
» ALPiNus, Penn, Syn. of Quadr. p. 249.
» ALBUS, Brisson, Quadr. p. 95, n. 2.
» BOREAUS, Nilsaon, 111. Fig. Skand. Faun. 1820, III, tab. 19.
» CANESCENS, Ntlss. 111. Fig. III, tab. 22.
» HiBERNicus, Yarr, Proced. Zool. Soc. 1833, p. 88.
» NiQERy Brisa, Quadr. p. 95, n. 3.
En tout 28 dents.
Cr&ne un peu moins comprimé que celui du Lièvre commun et légèrement déprimé au niveau des frontaux. Nasaux larges et courts, ne mesurant le plus souvent qu'une longueur égale à la distance qui les sépare du milieu des pariétaux. L'espace vide situé en arrière des voûtes palatines, ou la fente post-palatine, droit et d'une largeur à peu près égale à deux fois l'épaisseur des molaires.
Mâchoire supérieure : Tun des replis antérieurs de la lame d'émail formant un second angle saillant sur le c6té interne de la première molaire ; la sixième dent très petite et arrondie.
Mâchoire inférieure : la cinquième molaire plus grande que chez l'espèce précédente, mieux divisée en deux segments et plus parfaitement sillonnée au côté interne.
Oreille moyenne, noire à l'extrémité sur une étendue presque égale des deux côtés, toujours loin de mesurer la longueur de la tête et, rabattue en avant, n'atteignant pas jusqu'au bout du museau.
Membres postérieurs très élancés; toutes les faces plantaires très velues ; les doigts grands et minces ; le pied de derrière mesurant une fois et demie la longueur de roreille.
Queue très courte, bien velue et égale à peu près, sans le poil, à la moitié de l'oreille; blanche sur les deux faces en hiver, grisâtre en dessus durant l'été.
Museau comparativement court, large et arrondL
Pelage très long, bien fourni, et composé, comme chez l'espèce précédente, d'une laine fourrée traversée par de grands poils jaunâtres, noirâtres ou blancs ; la laine grise ou blanche suivant la saison.
Faces supérieures : en été, d'un gris mélangé de jaunâtre et de
brunâtre, sans trait clair aux côtés des yeux ; le bout de Toreille noir ; le dessus de la queue grisâtre.
En hiver, blanches, Textrémité de Toreille demeurant noire ; le dessus de la queue blanc.
Faces inférieures : durant toute Tannée blanches ou blanchâtres, à l'exception d'une bande fauve ou roussâtre étendue, durant Tété, au travers du cou et de la poitrine.
La livrée blanche ou d'hiver, arrive plus ou moins vite suivant les années ; cependant c'est, en général, pendant le mois de septembre qu'elle commence à se montrer. Ce n'est pas, le plus souvent, une mue complète, mais une forte croissance de poils nouveaux en même temps qu'une décoloration des anciens.
La livrée foncée ou d'été, apparaît dès la fin de mars ; c'est alors une mue complète où la grande majorité des poils blancs tombent et sont remplacés par d'autres colorés. Le Lièvre blanc semble, dans cet état de transition, comme saupoudré de gris.
Jeunes d'un gris brun jaunâtre en dessus et blanchâtres en dessous; avec ou sans tache frontale blanche, et pourvus souvent, dans le bas âge, d'un fort collier gris brun, ainsi que d'une bande transversale d'un gris jaunâtre, au bas du ventre.
Confinée, en Suisse, dans la région alpine, et soumise ainsi à des contrastes atmosphériques souvent très brusques, cette espèce présente régulièrement dans notre pays les deux livrées bien tranchées. Cependant, dans d'autres contrées et avec un habitat différent, l'opposition entre les deux robes est moins frappante et moins régulière. Ainsi, dans quelques localités tempérées de l'Lrlande, le Lièvre variable ne devient souvent pas blanc pendant l'hiver et reste gris; tandis que, plus au nord, dans des pays plus continuellement fi'oids, le même animal ne prend pas, en été, un manteau entièrement brunâtre et demeure firéquemment blanc.
Les Lepus aljnmis, Lep, canescens et bien d'autres, ne semblent reposer que sur des variétés climatériques du Lepus variabilis.
25i FAUNE DES VERTÉBRÉS.
Longueur totale 0",555à0*,690
delatôte 0,100 0,110
de Toreille (depuis le crâne) . 0,090 0,100
du membre ant. (depuis le coude, avec les ongles). 0,170 0, 185
du pied postérieur (avec les ongles) 0, 145 0, 165
de la queue (de l'anus au bout des poils) 0,075 0,090
de la queue (sans le poil) 0,043 0,048
Le Lièvre blanc fait, en quelque sorte, la transition entre le Lièvre commun et le Lapin, tant par ses diverses proportions et leurs rapports que par quelques particularités de ses mœurs. La plupart des animaux de cette espèce que j'ai pu examiner dans les Alpes, pesaient plutôt moins que des Lièvres de la plaine du même âge ; cependant Tschudi signale qu'on a tué, dans les Grisons, de vieux bouquins du poids de douze à quinze livres ". Le Lepus variabUis habite, en Europe, les diverses contrées septentrionales et les principales chaînes élevées, comme les Alpes, le Caucase et les Pyrénées. Il se trouve partout en Suisse, depuis 1300 mètres environ, sauf dans le Jura, où je n'ai pas connaissance qu'il ait jamais été rencontré.
Durant la belle saison, il remonte avec les neiges jusqu^audessus même de 3200 mètres ; là, il se tient blotti tout le jour, ou simplement entre les pierres, ou sous quelque sapin rabrougri, ou encore parmi les buissons de mirtils ou de rhododendrons ; il se confie dans la couleur grise de sa robe pour passer inaperçu aux yeux perçants de l'Aigle qui, avec le Renard^ lui fait continuellement la guerre. Dès que la neige commence à tomber en automne, son pelage s'haimonise avec la nature; il est d'abord comme couvert de flocons, puis devient entièrement blanc, à l'exception du bout des oreilles, dès que la nature a revêtu son manteau d'hiver. C'est alors qu'il descend jusque dans les pentes inférieures et boisées, parfois même jusque dans les vallées.
Les mœurs de cette seconde espèce sont assez semblables à celles de la précédente ; cependant, comme je l'ai dit, son genre
* Ce chiffre extrême me parait tout à fait exceptionnel; il est possible, toutefois, que ce Lièvre, moins continuellement pourchassé dans les Alpea que son congénère de la plaine, arrive ainsi à on âge plus avancé, et par là peut-être k on poids plus élevé.
de vie présente quelques faibles analogies avec celui des Lapins, n ne se creuse pas de terriers, mais il se gîte volontiers dans des trous assez profonds \ dans des fentes de rochers ou sous des racines; de même, il vit moins solitaire et se réunit parfois en petites compagnies durant la mauvaise saison.
n se nourrit de diverses plantes alpestres et va piller quelquefois le foin entassé dans les chalets. Les femelles mettent bas, sous quelque buisson, deux ou trois fois Tan, de deux à cinq petits.
La chair de cette espèce est moins délicate que celle du Lièvre de la plaine. Nos chasseurs distinguent deux Lièvres blancs : un premier plus grand, habitant les forêts, et un second plus petit, demeurant toigours dans les régions supérieures et découvertes. «Tai tué et examiné moi-même des Lièvres dans ces deux conditions et n'ai jamais pu découvrir chez eux aucune différence régulièrement appréciable.
Des débris fossiles du Lièvre blanc de nos Alpes ont été trouvés dans les restes de la station humame de Vcirier, près Genève *.
Le Lepus timidus se trouve souvent en contact, dans les Alpes, avec le Lepus variabUis des régions supérieures ; aussi voiton de temps à autre, dans la montagne, des produits hybrides de ces deux espèces. Ces derniers ont une robe irrégulièrement mékngée de la livrée propre à leurs deux parents, avec des proportions moyennes. Les oreilles et la queue sont, chez eux, constamment un peu plus plus courtes que chez le Lièvre commun. Tschudi cite quelques cas de semblables croisements ; j'ai eu moi-même Toccasion d'examiner de tels métis dans TOberland et le Valais. Le prof. Théobald me raconte en avoir reçu plusieurs de TOberhalbstein et avoir même conservé Tun d'eux vivant pendant assez longtemps. Enfin, T. C!onrad de Baldenstein en décrit un siget
' Tsehadi raconte qu'il se glisse même au besoin dans des trous de Marmottes.
* Favre, A. Station de l'homme à Veirier. Archiv. Phys. Nat. 15 mars 1868, p. 252. — Ossements de Veirier, RQtimeyer in Tliioly. Rev. sav. 25 anil 1868.
Î56 FAUNE DBS VBRTÉBRÉ8.
dans les publications de la Société d'histoire naturelle des Grisons K
Quoique je ne considère point encore le Lapin sauvage comme appartenant réellement à la faune suisse actuelle, j'en donnerai ici une courte diagnose, ainsi que je Tai fait pour quelques espèces perdues ou douteuses.
L'on a obtenu, en captivité, dans ces dernières années, d'intéressants croisements entre Lièvre et Lapin. M. Eug. Gayot assure que les premiers produits de cet accouplement, nommés Léporides, sont généralement féconds *.
LE LAPm DE GARENNE Das Kaninohbn
LxFUB CuiracuLus, Linné *
D'un gris tiqueté de jaunâtre et de brun en dessm ; Uanc en dessous. Queue noire en dessus et presque de la longueur de ToreîUe. OreiUe d'un gris brun à T extrémité, noire sur le bord etpius courte que la tête. Membres comparativement courts. Fetite postpalatine peu large et resserrée en arrière. Longueur totale moyenne = 460".
Lepus Cukiculus, Linn. S. N. XII, p. 77, n. 2.
En tout 28 dents.
La fente post-palatine ouverte en avant sur une largeur ne
* Zoologische Mittheilangen von Henm Haaptm. Thomas Conrado m BaldensteiD. Der Bastardhase. Jahresbericht der Nattirforschenden Gesell- Bchaft Graabandens. VIII Jahrgang. Vereinsjahr 1861-1862.
* Eug. Gayot, Rev. Zool. 18<i8, n. 12, p. 456.
' Gray a cru devoir distinguer sous le nom de L. vermieula le La|Hii dlrlande.
dépassant guère celle des molaires médianes, et rétrécie en arrière.
L'oreille plus courte que la tête et rabattue en avant, n'arrivant pas jusqu'au museau; noire sur le bord et d'un gris brun à l'extrémité.
Les membres comparativement plus courts que chez les Lièvres.
La queue mesurant à peu près la longueur de l'oreille ; noire en dessus et blanche en dessous.
Les faces supérieures d'un gris tiqueté ou mélangé de jaunâtre et de brun; les parties antérieures du corps plus rousses, et les côtés ainsi que le devant du cou plutôt fauves et plus clairs.
Les faces inférieures blanches ou blanchâtres, à l'exception de la partie antérieure du cou généralement d'un gris rouss&tre.
Longueur totale = 460 à 500—, de la tête = 85 à 90—, de l'oreille = 76 à 83", du pied postérieur = 93 à 100".
Le Lapin sauvage mène un genre de vie assez différent de celui du Lièvre qu'il n'égale jamais en grosseur. H se creuse des terriers profonds et vit en nombreuse société, de préférence dans les bois. C'est de là qu'il vient la nuit dévaster les jardins et les champs. Son allure aussi n'est pas la même que celle du Lièvre ; il s'éloigne rarement beaucoup de sa demeure, marchant par saccades et courant en zigzags sitôt qu'il est effrayé. Le Lapin se nourrit d'herbes, de racines et d'écorces diverses. L'on rencontre bien souvent des Lièvres et des Lapins dans une même localité ; mais il a été cependant observé que ces deux animaux ne se supportent pas facilement et que le plus petit pourchasse d'ordinaire le plus gros. Les femelles, très fécondes, mettent au monde, quatre à huit fois l'an, de deux à huit Lapereaux; ces derniers beaucoup mieux protégés que les petits Lièvres dans leur demeure souterraine, naissent nus et aveugles, tandis que les premiers viennent au monde, comme je l'ai dit, voyants et velus.
Cette espèce sauvage a été importée il y a une dizaine d'années environ sur le sol suisse, dans la forêt de Haardt, près de Bftle ; elle y pullule maintenant si bien que l'on ne peut plus réussir à s'en débarrasser.
Les diverses races du Lapin domestique, connues sous les noms
de Clapier, Riche, Angora, etc., présentent des proportions assez différentes de celles que nous avons attribuées au Lapin sauvage, n est difficile de dire, dans Tétat de nos connaissances actuelles, si ces formes variées descendent toutes de ce dernier. M. Gayot * distingue parmi les Lapins sauvages deux formes qui pourraient bien, suivant lui, constituer deux espèces différentes. Il appelle Tune le Lapin de garenne et l'autre le Lapin btiissonier, et semble penser que le second serait plutôt la souche de nos races domestiques.
Cette espèce, qui est répandue maintenant dans une grande partie de TËurope, depuis les côtes de la Méditerranée jusqu'au nord de rAUemagne, passe généralement pour avoir été importée du midi au travers des Alpes. Cependant, grâce a la découverte qui a été faite dernièrement dans les environs de Veirier, près Genève, d'ossements fossiles, que le prof. L. RUtimeyer regarde comme appartenant au dit Lepus cunictdus *, l'existence de cette espèce au nord de cette chaîne, à une époque assez reculée, me semble à peu près constatée.
* Lièv, Lap, Léporides. Rev. zool. 12, 1868, p. 459.
' Favre, A. Station de l*hoinme à Veirier. Archiv. 1 hys. Nat. 15 mars 1^08, p. 252. — Thioly, F. L'époque du Renne au pied du mont Salève. Rov. savois. 25 mars 18G8.
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Les figures qui ont rapport à POrdre des RONGEURS, ainsi que leur explication, se trouvent sur la planche VI, et à la page 148.
Ordre IV. CABNIVORES
CARNIVORA
Les Carnivores constituent un ordre très riche, dont les nombreux représentants sont parfaitement caractérisés. Ils ont tous, en effet, quatre membres onguiculés bien armés et sans pouce opposable. Leur développement est zono-placentaire, et leur cerveau présente constamment des circonvolutions plus ou moins accentuées. Malgré des formes extérieures et une taille très différentes, ils possèdent régulièrement les trois sortes de dents distinctes. Les molaires sont simples et plus ou moins tranchantes ; les canines sont, la plupart du temps, bien saillantes; les incisives, enfin, sont généralement au nombre de six en haut et en bas.
Ce sont principalement la structure des dents, le nombre des molaires, les formes variées du crâne et la disposition des pieds qui permettent de diviser ou de grouper de diverses manières les représentants de cet ordre. Le chiffre annuel des portées est, d'ordinaire, assez réduit; celui des petits naissants à chacune d'elles change beaucoup avec les genres.
Quoique le nom même de Carnivore semble attribuer à ces Mammifères une nourriture tout particulièrement animale, nous aurons cependant l'occasion de voir que bon
S62 FAUNE DES YERTÉBRÉS.
nombre d'entre eux s'attaquent aussi volontiers à des Insectes et même à des substances végétales. Avec ces modes d'alimentation différents nous verrons varier naturellement les mœurs, les instincts et le genre de vie. Quelques Carnivores sont diurnes, la plupart sont crépusculaires ou nocturnes. Une profonde léthargie hivernale ne parait avoir été départie à aucun d'eux; la mue d'automne leur fournit une fourrure assez épaisse pour les préserver contre les froids de la mauvaise saison. Beaucoup vivent par paires ; d'antres se réunissent pour la chasse en troupes nombreuses. Il existe des Carnivores sur toute la terre; cependant ceux d'Australie doivent être rangés parmi les Marsupiaux.
Après avoir relégué dans un ordre à part les Carnassiers amphibies, sous le nom de Finny^ia, quelques zoologistes ont cru pouvoir encore diviser les espèces terrestres en sous-ordres différents. Ds ont distingué des Carnivores digitigrades et des Carnivores plantigrades, suivant que ces animaux marchent sur les doigts seulement on sur la plante entière. L'on a voulu séparer nettement les premiers des seconds, en s'appuyant sur diverses modifications nécessitées par une alimentation et un genre de vie dififérents et résultant d'allures opposées, n est vrai que les Carnassiers plantigrades comptent d'ordinaire cinq doigts au lieu de quatre aux pieds de derrière; que les dents tuberculeuses sont, chez eux, la plupart du temps prépondérantes ; qu'enfin les seconde et cinquième incisives inférieures sont reculées par la base ; mais il y a trop d'exceptions à ces règles pour qu'elles puissent subsister en tant que générales. Dans un seul groupe homogène et naturel, l'on trouvera, par exemple, indifféremment des espèces digitigrades et plantigrades, quoique pourvues toutes deux
des mêmes traits distinctifs que nous venons de signaler.
Je préfère donc réduire, avec plusieurs auteurs*, l'importance de ces premiers caractères et me borner à citer ici les noms des familles, en les ordonnant suivant l'arrangement qui me semble le plus logique. L'on divisera l'ensemble des Carnivores en :
Félidés (Chat), Canidés (Loup), Hyénidés (Hyène), Ursidés (Ours), VrvERRiDÉs (Genette), Mustélidés (Bdette).
L'Europe actuelle renferme cinq de ces familles; les Hyénidés seuls lui font défaut.
La Suisse ne possède plus maintenant que des Félidés , des Câiodés, des Ursidés et des Mustélidés. Les représentants des deux autres familles ne lui ont cependant pas manqué dans les époques qui ont précédé la nôtre ' . Sur 24 ou 25 espèces vivant actuellement à l'état sauvage dans notre continent, le sol helvétique peut en revendiquer 12 certaines et bien distinctes, abstraction faite toujours des animaux domestiques.
Les grands Carnassiers ont peu à peu disparu de notre pays, et les quelques espèces qui s'y trouvent encore de
* Bien des anteon, dans notre siècle, ont traité de cet ordre à différents points de me ; Pinel, Tenuninck, Bell, Blainyille, Wiegmann, Waterhoose, Owen, Swertzow et d'autres, ont successivement publiés d'intéressants mémoires sur le siget. Je citerai, en particulier, quelques ouvrages qui m'ont été plus spécialement utiles dans ce travail: Kkyseruno et Blasius, Die Wirbelthiere Europa's, 1840. — Schinz, H., Synopsis Mamnudium, 1844. --Gervais, Histoire naturelle des Mammifères, 1854.— Blasius, Naturgeschichteder Sftugethiere Deutschlands, 1857— HARTiNO,'Leerboek van de Grondbeginselen der Dierkunde, 18G3. — Grat, Revision of the Gênera and species of Mustelidie, etc. Proceedings of the Zool. Society, 1865, etc.
* Dnrant l'époque quaternaire même, des Hyénidés vivaient tout près de noB frontières. Des restes fossiles de la Hyœna Spelaa, Goldf. ont été trouvés, non loin de B&Ie, dans le grand-duciié de Baden. Heer, 0. Urwelt, 1666, p. 543.
264 FAUNE DBS VERTÉBRÉS.
nos joars comptent an plus quelques rares individus, que les progrès de la civilisation ont refoulés peu à peu dans les forêts de nos montagnes. Les formes plus petites hantent les bois des plaines et des vallées ; quelques-unes même habitent avec nous jusque dans nos maisons.
L'on peut observer dans l'ordre des Carnivores des mœurs très variées. Souvent, chez des animaux de conformation et de groupes fort différents, nous remarquerons des habitudes analogues; tandis que nous rencontrerons, au contraire, dans une même famille, des genres de vie entièrement opposés. Tantôt nous verrons certains Canidés et Mustélidés se creuser des terriers, ou des Félidés et des Ursidés monter adroitement sur les arbres ; tantôt, et parmi les seuls Mustélidés, par exemple, nous aurons l'occasion de signaler des fouisseurs, d'agUes grimpeurs et de parfaits nageurs.
Plus un Carnassier est plantigrade et, par le fait, moins prompt à la course, plus sa nourriture est souvent mélangée de substances végétales. Plus, par contre, il est habile à courir ou à grimper, plus il se nourrira exclusivement de proies vivantes. Pour la grande majorité l'époque de l'accouplement tombe dans le cours de l'hiver, du mois de novembre à la fin d'avril. Les petits, en nombre variable avec les genres et les espèces, naissent toujours aveugles; les uns enfouis dans des tanières ou des terriers, les autres dans de simples dépressions du sol, sous des buissons, dans des fissures naturelles ou dans des trous d'arbres. La plupart des mères ont l'habitude de transporter leurs petits pendus à la gueule à la moindre menace de danger. Les m&les, chez les espèces qui, comme les Loups, vivent souvent en troupe, se livrent parfois, à l'époque du rut, des combats terribles et sanglants.
La force, l'adresse et la rase sont le propre des Carnivores. Soit pour atteindre une proie, soit pour échapper à un ennemi, tous ont leurs moyens spéciaux. La poursuite, la surprise et Tattente patiente unies à une intelligence assez développée, sont employées tour à tour.
Quelquefois c'est un Loup qui bat la campagne plusieurs nuits durant. Plus souvent c'est un Renard ou un Blaireau qui se met en quête et rôde à la faveur de l'obscurité ; tandis que le premier se glisse subrepticement dans un poulailler, le second lentement vient gruger les pommes qui sont tombées dans notre jardin. AiUeurs c'est une Marte qui, blottie immobile dans un vieux nid de Corneille, suit attentivement de l'œil tous les mouvements d'un Oiseau ou d'un Écureuil qu'elle voit s'ébattre non loin d'elle ; ailleurs encore, sur la rivière, c'est une Loutre qui se laisse descendre, comme un morceau de bois, au fil de l'onde pour surprendre la Truite qui vient sauter à la surface. J'aurai, du reste, à revenir, à propos de chaque espèce, sur le détail des mœurs et du genre de vie ; disons plutôt quelques mots sur les principaux traits distinctifs invoqués dans cet ordre.
Une considération de première importance gtt d'abord dans Vétude de la dentition. J'ai dit que les Carnivores possèdent les trois sortes de dents * ; j'ajouterai ici que le nombre, les formes et les développements comparés de chacune d'elles sont généralement corollaires de plusieurs autres caractères parallèles. Nous avons vu, plus haut, qu'une position différente des secondes incisives ' sur chaque côté de la mâchoire inférieure, était le pro-
* Chez qnelqaes espèces étrangères, de la fiunille des VÏTerridés, le petit développement des canines, ainsi que la disposition et la forme des molaires rappellent, jusqu'à on certain point, la dentition de certains Insectivores.
* On peut indififéremment nommer secondes incisives on deuxième et
pre de certains groupes ; nous verrons plus loin que la taille et rapparence de chacune de ces dents peuvent aussi être souvent très utiles à observer (Voyez PL Vm, fig. 5 et 9). Les canines subissent également quelques modifications dans leurs proportions, mais ce sont principalement les molaires qui doivent attirer jiotre attention. Elles se présentent, en effet, sous trois formes, en nombre variable et avec des développements divers dans chaque subdivision de cet ordre.
Les premières qui font suite à la canine, dites prémclairts, sont généralement plus ou moins coniques ou tranchantes ; il en est de très petites qui sont parfois caduques. Après elles se montre, sur chaque m&choire, une dent plus forte et redoutable, dite carnassière^ et d'autant plus aiguë, que Tanimal qui la porte se nourrit plus exclusivement de proies vivantes. En arrière de celle-ci, enfin, sur Tun des maxillaires quelquefois, le plus souvent sur les deux, se trouvent une ou plusieurs molaires de taille et d'aspects très différents, nommées tuberculeuses. Le nombre de ces dernières, leur position, leur forme plus ou moins déprimée et leur extension comparée à celle de la carnassière, sont dans des rapports constants avec l'alimentation particulière de chaque espèce (Voyez PL VlH, fig. 3, 4, 6, 7, 8 et 10).
Les formes de la tête varient à leur tour beaucoup chez les Carnivores ; il en est de bombées et arrondies dans leur ensemble, d'autres sont comprimées ou déprimées. Nous verrons des museaux larges et courts, ou étroits et allongés, aussi bien que des bottes céphaliques petites et étroites ou larges et renflées. D sera donc toi^ours nécessaire de comparer les développements opposés de la }Hnte crânienne et de la face^ et d'étudier la profondeur et hi position de l'étranglement qui sépare ces deux parties. Dans quelques crftnes nous distinguerons vers la région supérieure et postérieure une crête médiane ' très relevée, dans d'autres, au contraire, cette saillie longitudinale sera plus ou moins
cinquième ces dents de la mftchoire inférieure, suivant que Ton entend parler de la dentition d'nn seol côté du maxillaire, on de la rangée entière de ces dents.
' Je nomme souvent occipUiy-pœrièUût cette cr6te osseuse qui oovt à la partie supérieure du cr&ne, depuis Toccipital jusqu'aux frontaux an travers des pariétaux.
déprimée ou presque entièrement effacée. En outre des formes et des dimensions différentes des frontaux, des nasaux, des intermaxillaires des maxillaires et des zygomatiques, nous aurons encore souvent à tenir compte des rapports qui peuvent exister entre ces divers os (Voyez PL VIII, fig. 3, 4 et 6).
Nous avons signalé, plus haut, comment Ton a attribué à certains Carnivores les noms de plantigrades et de digitigrades, suivant que leur pied postérieur repose jusqu'au talon sur le sol, ou que les doigts, variables en nombre de quatre à cinq, appuyent seuls sur la terre. J'ajouterai maintenant, à cette observation première, qu'il en est quelques autres qu'il est encore utile de faire sur la structure des extrémités, sur le nombre et la situation des pelotes sous-articulaires, sur l'apparence des doigts isolés ou réunis par une membrane et sur la position du pouce ; aussi bien que sur l'agencement et la nature des ongles plus ou moins allongés, pointus et recourbés. Les représentants de cet ordre qui se nourrissent plus particulièrement de proies vivantes, offrent une disposition particulière des griffes qui permet à ces dernières de rester toujours acérées et les a fait appeler rétradHes. Ce mécanisme, qui se voit au plus haut degré chez les Félidés, consiste en un mouvement de bascule de la phalange onguéale qui peut se relever en arrière et ainsi, sous l'influence de puissants ligaments soumis à la volonté de l'animal, retirer ou projeter ces armes redoutables.
Après ces premiers caractères en viennent d'autres tirés, comme pour les ordres précédents, des formes et des proportions diverses des oreUles, de la queue, des membres, du tronc, du pelage, de la coloration \ etc.
* Je crois devoir rappeler, encore ici, que les dimensions de Toreille sont régulièrement mesurées de la base au sommet, le long du bord externe ; que celles des pieds comprennent aussi les ongles; que celles de la queue sont constamment prises depuis l'anus; que j'entends, enfin, toqjours par corps la tète et le tronc.
f 68 FAUNE DBS VERTEBRES.
FamiUe L FÉLIDÉS
FELIDiE
La tète des Félidés est ramassée, large et arrondie ; la partie faciale du crâne et les deux m&choires sont toajoors fortes et comparativement courtes. Les dents sont peu nombreuses ; il n'existe qu'une seule petite tuberculeuse, en haut.
Les molaires sont au nombre de 4 sur 3 de chaque côté, pointues, tranchantes et en grande partie comprimées; la première et la dernière, en haut, sont très petites et facilement caduques ; la carnassière est constamment la dernière sur le maxillaire inférieur. Les Félidés sont digitigrades; leurs membres sont forts, et leurs doigts au nombre de cinq devant et de quatre derrière. Les ongles sont puissants et la plupart du temps rétractiles. Les oreilles sont moyennes ou courtes. La queue est variable dans sa longueur. Les yeux sont grands ; la langue est très rugueuse.
Ces animaux ont un tronc allongé, des formes gracieuses, des mouvements lestes et une souplesse étonnante. Ce sont les plus terribles et les plus exclusivement carnassiers de tous nos Carnivores. Ils vivent par paires dans les prairies ou les forêts ; plusieurs d'entre eux sont d'habiles grimpeurs.
Les Félidés habitent un peu tous les climats ; cependant.
ils abondent surtout dans les régions chaudes des divers continents, à l'exception de l'Australie.
Cette famille ne renferme que le seul genre Fdis.
Genre CHAT
FEUS, Linné
Crâne ramassé et voûté ; frontaux très larges. -^ molaires; une seule petite tuberculeuse ^ en haut. OreïÛes plutôt courtes. Membres forts ; cinq doigts devant et quatre derrière ; ongles rétractiles.
Le crâne des Chats est, comme je l'ai dit, ramassé et arrondi ; les mâchoires sont toujours courtes et vigoureuses, tandis que la boite crânienne est plus ou moins comprimée. L'œil, très grand, est presque entièrement enveloppé, en arrière, par des apophyses latérales assez longues, des frontaux et des zygomatiques ; les frontaux sont très larges et les nasaux très courts (Voy. PL VIII, fig. 3).
Les six incisives inférieures et supérieures sont généralement petites et toutes bien alignées; les canines sont fortes, très aiguës et souvent striées longitudinalement.
A la mâchoire supérieure, la première prémolaire est très petite, souvent caduque et formée d'une seule pointe ; la seconde, comprimée et plus haute, présente plusieurs lobes tranchants, dont le médian est le plus élevé. La troisième, de beaucoup la plus grande et dite carnassière, est trilobée, très élevée et très tranchante; enfin, la der-
nière, post-molaire ou tuberculeose, est très petite, transverse, émoussée, généralement plus large que longue et peu stable.
Sur la mâchoire inférieure se trouvent d'abord deux prémolaires trilobées et acérées, dont la seconde la plus haute; puis la carnassière, toujours la dernière, la plus forte, trUobée ou bilobée (Voy. PL VIII, fig. 3). La formule sera :
*•'•* * « ' *-*V=30dents.
Les oreilles sont plutôt courtes, pointues ou triangulaires.
Les membres sont vigoureux, plus ou moins allongés et pourvus d^ongles très puissants et rétractiles ; les antérieurs toiyours plus forts que les postérieurs.
La queue, constamment bien velue sur toute sa longueur, présente des dimensions diverses.
Le museau est ramassé, aplati et orné de fortes moustaches.
Le pelage est en général bien fourré.
Les Chats habitent les prairies et les forêts, comme les montagnes et les plaines, depuis une latitude nord assez avancée, jusque sous les tropiques. Ds ne s'accouplent d'ordinaire qu'une fois par an, vers la fin de l'hiver, et mettent au monde de 2 à 6 petits.
Ce genre peut être divisé en plusieurs sous-genres.
L'Europe ne compte plus actuellement que deux espèces vivantes, qui toutes deux se trouvent en Suisse; le Lynx et le Chat sauvage appartenant à deux groupes différents.