‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 5)Chapitre 71 sur 91 · LA LOUTRE Die Fischotter · texte numérisé non relu

LA LOUTRE Die Fischotter

LUTBA VULOA1I8, Erxl.

D'un brun roussâtre et lustré en dessus; d'un brun plus clair et plus grisâtre en dessous. Queue conique et à peu près égale à la moitié du corps. Oreille mesurant à peine la septième partie de la tête. Pieds palmés jusçpé*aux ongles. Première prémolaire supé- Heure située en dedans et au pied de la canine. Longueur totale moyenne = 1210"^.

MusTELA LuTRA, lÀTiné, S. N. XII, p. 66, n. 2. ViVERRA LuTRA, Linné, Faun. Suec. 2, p. S, 12. LuTRA RoENSis, OgUbtfy Proceed. Zool. Soc. II, 110, 1834. » vuLGARis, Ef\d. Mamm. p. 448, n. 12.

340 FAUNB DBS fERTÉBUBS.

En tout 36 dents.

Mâchoire supérieure : les incisives externes aiguës, recourbées et beaucoup plus fortes que les médianes. Les canines très puissantes et coniques. La première prémolaire petite, pointue et située, en dedans de la ligne dentaire, au pied de la canine. La carnassière munie sur le bord externe de deux lobes tranchants et acérés, et présentant, au cAté interne, un vaste talon déprimé. La tuberculeuse très large, peu étranglée, d'un développement à peu près égal à celui de la carnassière et pourvue, en dedans comme en dehors, de deux tubercules plus ou moins aigus.

Mâchoire inférieure : la première prémolaire légèrement coudiée en avant et à peu près égale aux trois quarts de la suivante ; la troisième très aiguisée et aussi haute que la carnassière. Cette dernière, aplatie en arrière et trilobée dans sa moitié antérieure, par le fait de l'existence d'un fort lobe interne parallèle au médian. La tuberculeuse arrondie, plus petite que le talon de la carnassière, déprimée et comme traversée par un repli de TémaiL

Toutes ces dents très aiguës et tranchantes chez les jeunes et même chez certains adultes, suivant les conditions dans lesquelles ils vivent ; mais souvent très émoussées chez les vieux, ou même parfois chez des sujets jeunes encore, lorsqu'ils habitent dans des localités où les bords des rivières sont exclusivement rocailleux. Il me semble naturel de penser que ces animaux usent leurs dents, aussi bien que leurs griffes, en creusant dans les berges et en arrachant avec la gueule, ainsi qu'ils le font volontiers, soit les racines, soit le sable et les pierres.

Crâne très plat, très large en arrière et court en avant. Les frontaux étroits, fortement étranglés vers le milieu et munis d'apophyses latérales peu sensibles. La crête occipito-pariétale large et fortement déprimée.

Oreille très petite, arrondie et presque complètement cachée sous le poil ; mesurant à peine la septième partie de la tête.

Membres courts et forts. Pieds entièrement dénudés en dessous et pourvus d'une membrane natatoire enveloppant les

cinq doigts jusqu'aux ongles ; ces derniers larges à la base, rarement aigus et le plus souvent rognés.

Queue conique, mesurant environ la moitié de la longueur du corps, large et légèrement déprimée à la base, cylindrique et acuminée à Textrémité, couverte, enfin, de poils égaux et plutôt courts.

Museau arrondi et nu en dessus des narines sur un assez grand espace, formant dans le pelage environnant trois pointes bien distinctes. La lèvre supérieure» grande et épaisse, ornée de moustaches claires et rigides; une forte touffe pileuse plus foncée en arrière du coin de la bouche.

Pelage très fourré, assez égal et lustré. Le duvet très serré, fin et de couleur claire ; les plus grands poils, ou la jarre, foncés et brillants. Le poil restant sec sous Teau chez les adultes, mais se mouillant très promptement chez les petits ; ceux-ci craignant beaucoup cet élément jusqu'à rftge où la peau sécrète, chez eux, une substance grasse et protectrice.

Faces supérieures d'un brun un peu roussfttre, brillantes et plus ou moins foncées.

Faces inférieures d'une teinte plus claire, mélangées de gris et de rouss&tre; les joues et la gorge jaunâtres, souvent même blanchâtres chez de très vieux sujets.

Jeunes d'une livrée assez variable. J'en ai vu de plus grisâtres et de plus bruns que leurs parents.

Longaear totale l",160àl",280

de la tête 0,130 0,150

de ToreOIe (au bord externe) 0,018 0,022

da membre antérieur (depuis le coude) 0,156 0,170

du pied postérieur (avec les ongles)^ 0,115 0,123

de la queue (de Tanus au bout des poils) 0,390 0,450

La Loutre habite l'Europe entière et une partie de l'Asie ; elle se trouve depuis le sud, en Italie, jusqu'au nord, en Sibérie et en Laponie. On la rencontre presque partout en Suisse; cependant, sans être rare, elle n'est nulle part très abondante. Les bords de diverses petites rivières des Grisons en récèlent encore de nombreux exemplaires; de même, l'on en voit aussi dans le canton de Luceme, au bord du Rhin, dans les environs de

Sit FAUNI DBS YERTEBIUBS.

Bftle et le long de TAar, près de Berne. Schinz cite que cette pèce venait pécher dans la Limmat, jusqu'entre les murs de la ville de Zurich, «rajouterai que j'ai eu l'occasion d'examiner plusieurs beaux sigets tués durant ces dernières années, les uns sur le Rh6ne, près de Genève, les autres au bord de quelques ruisseaux du canton de Vaud. La Loutre remonte très haut dans les Alpes, le long des cours d'eau, et établit souvent ses quartiers de pèche jusqu'à une élévation de 2000 à 2500 mètres, sur les rives des petits lacs poissonneux. Cest ainsi qu'elle vient, depuis la Reuss, passer la belle saison auprès du lac de l'Oberalp, à 2022 mètres de hauteur, et qu'elle arrive, en suivant Flnn, jusque dans la Haute-Engadine, au-dessus de 2000 mètres.

Cet animal habite au bord des eaux, sous les racines ou entre les pierres, dans des trous qu'il arrange lui-même. U pèche volontiers en plein jour ; cependant c'est surtout la nuit qu'il déploie toute son activité, nageant et plongeant avec une prestesse étonnante, rusant même de toute manière pour attraper quelque Poisson qu'il n'a pu atteindre en le poursuivant. Sa voracité rend partout son voisinage très nuisible, car il va même chasser jusque dans la campagne, quand la nourriture lui manque dans les eaux. Il semble que l'époque de l'accouplement ne soit pas très réguhère pour cette espèce ; l'on trouve, en effet, souvent de 2 à 4 petits, déjà au premier printemps, et j'en ai vu, en Argovie, de très jeunes encore qui avaient été pris, au bord de l'Aar, vers la fin d'août.

Ces derniers, que j'ai eu le loisir d'observer assez longtemps, avaient un caractère vif et hargneux. Ils craignaient énormément l'eau, et si, malgré leurs cris, on les plongeait dans un bassin, ils en ressortaient bien vite complètement trempés, contrairement aux adultes, et d'une telle colère, qu'ils se précipitaient alors indistinctement sur tous les spectateurs de ce bain forcé, hommes ou bêtes.

Des débris fossiles de la Loutre ont été trouvés dans les tourbes et les restes des Palaôttes *.

* RQttmeyer, L. Untersuchungen, 1860, p. 8-82. — Pfrhlbtaten, 1861, p. 21. — Herkunft d. Thierwelt, 1867.

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