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PHY80ST0MES

Des fiunilles de ce groupe qui habitent les eaux douces de l'Europe, deux seulement, celles des Umbridés et des CypnnodontidéSy nous font entièrement défaut ; les autres comprennent plus des trois quarts des Poissons de notre pays. Nous avons des représentants de l'ordre dans les

CyPRINIDÉS, AcANTHOPSIDÉS, ClUPÉIDÉS, SAI.MONIDÉS, ËSOCIDÉS, SiLURIDÉS et MURAENIDÉS.

L'ordre des Physostomes a été très diversement subdivisé par différents auteurs, suivant que ceux-ci ont attaché plus ou moins dlmportance & tel ou tel caractère. Un des modes d'arrangement, proposé déjà par Cuvier dans ses Malacoptérygiens et remis en vigueur par J. ^Millier \ consistait à séparer ces Poissons en abdominales et apodes^ selon qu'ils portent des ventrales sur l'abdomen ou sont, au contraire, privés de ces membres postérieurs. Dans des classifications plus récentes, quelques ichthyologistes, GOnther ' et Garus ', entre autres, n'ont pas cru devoir attacher autant d'importance au fait de l'absence des nageoires ventrales et ont préféré ne conserver qu'une série non interrompue de familles plus ou moins naturelles ' .

' Ueber den Baa nnd die Orenzen der GanotdeOf and ûber das natâr* fiche System der Fische, 1S46.

* CaUl. of the Fishes in the British Moseom, 1859-1870, vol. Y-YIII.

• Handbnch der Zoologie, yoI. I, 7f» H&lfte, 1868-75.

^ Bien qne je suive ici, faute de mieux, cette dernière méthode, je crois cependant que Cuvier avait raison de chercher à subdiviser ce vaste ensemble de fMrmea hétérogènes. Peut-être même, si j'avus eu on champ d'étude moins restreint, annûs-je proposé de partager encore les Malacopterygii abdommak$ de Cuvier : en BrocchoéUmUa (de Ppo^xo^ gorge et c^&u; dent) et StomodonUê (de orcfui bouche et o^cu; dent), selon qu'ils ont les dents snr les pharyngiens lealement ou sur divers os de la bouche. La forme et la disposition des dent^ dans nn rapport constant avec l'alimentation et le gttin de ne, doivent, en elfet, tradaire, jusqu'à un certain point, aussi les affinités natarelles que les mœurs des poissons.

.Famille LCYPRINIDÉS

CYPRINIDiE '

Les Cyprinidés, avec des formes variées, portent généralement des écailles cycloïdes, soit à surface unie et sans denticules ; le plus grand nombre ont le corps recouvert de squames plus ou moins imbriquées, tous ont la tète entièrement nue. L'intermaxillaire compose à lui seul, chez eux, le bord de la mâchoire supérieure. La bouche est dépourvue de dents ; par contre, les os pharyngiens inférieurs très développés, en forme de faux, et disposés à peu près parallèlement aux arcs branchiaux, sont armés de fortes dents, d'aspects divers, rarement en nombre très élevé*, disposées, suivant les cas, sur un ou plusieurs rangs et travaillant contre une sorte de meule disposée à la base du crâne. Les nageoires sont au nombre de sept et non enveloppées par la peau du corps. Il n'y a toujours qu'une seule dorsale et pas d'adipeuse; les ventrales sont, comme nous l'avons dit, constamment abdominales. Les ouïes sont largement fendues jusqu'à la gorge ; la membrane branchiostège est généralement soutenue par trois rayons aplatis. La vessie natatoire est bien développée, presque libre, étranglée en deux parties et généralement reliée à Tœsophage par un conduit plus ou moins prolongé, partant de sa partie postérieure. L'estomac se continue, sans cul-de-sac, avec Tin-

* Famille de Oyprimdae de OQnther (CaUl. of Fishet , VII), à Tezception des Homàhpimina et CobiUdina de cet antetir.

' Les genres CkUoiiomuê, Maxtmtoma^ SderoffmUkm et Oarpicâeêj qoi font exception à cette règle qnasi-génértle, comptent josqn^à 40-60 dents.

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testin; celai-ci est généralement assez long. Il n'y a pas d'appendices pylorlques. Les testicules et les ovaires sont généralement doubles * .

Cette riche famille compte un très grand nombre de représentants dans les eaux douces de l'ancien monde et du nord de l'Amérique ^ ; elle entre pour une majeure partie dans le total des Poissons d'eau douce de notre continent et renferme environ la moitié des espèces propres à la Suisse; soit vingt et une espèces bien distinctes , avec diverses races locales et quelques formes bâtardes, distribuées dans quatorze genres dififérents.

Les Cyprinidés, très répandus dans nos rivières, nos fleuves et nos lacs, ont des mœurs et des allures très différentes. Il en est qui exécutent régulièrement des migrations plus ou moins lointaines, d'autres sont relativement sédentaires. Beaucoup sont omnivores, quelques-uns sont plus exclusivement herbivores ou insectivores. Les mâles sont souvent un peu plus petits que les femelles, à âge égal.

Les dents pharyngiennes, qui varient dans la forme et la disposition, comme la meule contre laquelle elles agissent, selon la nature des aliments qu'elles doivent lacérer ou triturer, et qui sont, par le fait, en relation constante avec le genre de vie de ranimai, peuvent être, comme nous le verrons, d'un très grand secours dans la détermination des genres et des espèces. (Voy.

* Ce8 derniers sont munis d'une enveloppe en continuité avec les oyîductes, bientôt réunis en un canal commun, et paraissent, par le fait, soif ant Fépoque et le degré de maturité des œufs, ou franchement séparés on plus on moins réunis par le bas et conune profondément bilobés seulenent.

' En 1868, le D' GOnther (CaUl. of Fishes) reconnaissait environ 620 espèces de Cyprinidés, réparties dans 95 genres; abstraction faite de Homalopterina et des Cobttidna.

ri. IV et plus part. fig. 1, n, o et p.) Toutefois, il est bon de tenir toujours compte des différences d'aspect que peut présenter une dent, selon qu'elle est fratche ou usée. En effet, plus ou moins vite déformés par le frottement, ces organes ont besoin de fréquents renouvellements. De Siebold ^ semble penser que le chanîi^ement ou la mue dentaire ne s'opère que durant le temps des amours; mais, j'ai trouvé souvent des dents en voie de remplacement en dehors de cette époque V En général, la base de la (lent usée devient le siège d'une inflammation locale qui hâte la chute de l'organe et concourt à la formation du pied osseux de la dent nouvelle ; pendant ce temps, la couronne future croît ('t se développe dans la gencive charnue, sur la face externe de l'os pharyngien pour les plus grandes dents, sur le côté intérieiu* pour les petites, quand il y a deux ou trois rangs, et petit à petit elle est poussée vers le piédestal sur lequel elle doit monter et se souder '. (Voyez, pour plus amples détails, à la dentition àxi Leuciscus rtdilus), (Voyez aussi pi. IV, fig. 5et 6.> L'étude comparée des meules de nos divers Cyprinides m'a permis de reconnaître, jusqu'à un certain point, le mode d'agir des dents sur cette plaque d'aspects différents et de consistances très variées. J'ai reconnu, à la structure de la meule, ainsi qu'à la forme et à la disposition des impressions dentaires : des dents franchement molaires ou broyantes (tnolareif).

* SOflswauerfische, p. 82.

* Jarine (Note sur les drats et la mastication des Poissons appelés Cyprins. Mém. Soc. Pbjs. et S. N., Genève, I, l** part. 1821, p. 19-24. pi. I, fig. 4-6.) dit qu'il a toi^oars troavé des dents en formation che< les Poissons qa*il a examinés. Selon loi, la dent noaveUe se développe dans une petite vésicule rempUe d'une matière gélatineuse et la couronne est formée d'une substance émailleuse au dehors et osseuse en dedans. Cet auteur a eu le tort de méconnaître une usure assea rapide des dents pharyngiennes, car cette déformation par le frottement est évidente pour qui a examiné les dents d'une espèce à différents âges et à diverses époques.

' Jurîne (1. c. p. 23) émet l'hypothèse que les Cyprins sont peot-èCre propres à ruminer. Le grand développement de l'appareil masticateur de l'arrière-bouche, ches ces Poissons, pourr|ût appuyer, jusqu'à un certain point, cette supposition ; tontefois, la forme de l'estossac ne parait guère devoir peraeHre on s^onr prolongé des aliments dans cette partie antérieure du tube digestif.

CYPRIN IDÉS. 16t

broyant contre une meule très dure et à peine marquée d'impressions dentaires, comme chez nos représentants des genres Cyprintês et Tinca; des dents partageantes (dividentes) divisant ou éraillant les aliments sur ime meule relativement molle et plus ou moins fissurée, ou sillonnée, comme chez nos Barbus et Gobio ; des dents tranchantes (sécantes) coupant ou hachant sur une meule aplatie, plus ou moins dure, comme chez nos Rhodetis et Chondrostoma ; des dents écrasantes (contiisores) foulant contre une meule plus ou moins allongée, mais peu saillante, avec des impressions peu profondes, comme chez nos Abramis et Slicca; des dents rongeantes (rodentes) frottant contre une meule plus ou moins allongée, dure, saillante et mamelonée, conune dans le genre Leuciscus ; des dents sciantes {serrantes) travaillant contre une meule volontiers subovale, dure, assez épaisse et marquée de sillons alternants ou entrecroisés, comme chez nos Abburnus et Scardinius; enfin, des dents déchirantes {lacérantes) agissant contre une meule dure et épaisse, plus ou moins creusée au milieu et volontiers cordiforme avec un large talon, comme dans nos genres SquaVms, Phoxinus et Spirlinus. Il m'a semblé que les mouvements, ou les modes d'action des dents, bien que parfois presque semblables pour des aliments de natures différentes, devaient cependant être pris en aussi sérieuse considération que les formes même de ces oi^anes, formes souvent bien différentes aussi en vue d'un même résultat. C'est pourquoi j'ai cru devoir donner des noms à certains ensembles de dentitions paraissant avoir un but commun ; tout en conservant, à côté de ceux-ci, les qualificatifs rappellant, comme ceux proposés par Heckel \ la structure même de la dent.

Remarquons, en passant, que Heckel, et la plupart des ichthyologistes après celui-ci, ont figuré les pharyngiens des

* Ueber einige neae oder nicht gehta'g unterschiedene Cypripien^ oebst einer systematischen Darstellong der europ&ischen Gattmigen dleser Grappe ; Ann. Wien. Mus. der Natarg. I, 1835. — Abbildungen und BetehreiboDgen der Fische Syriens nebst einer neaen Classification und Cbarakteristik simmtlicher Gattnngen der Cyprinen ; Rnssegger's Reisen, I, Tli. 2, 1843.

PAUNE DES VERTÉBRÉS.

Cyprinides dans le sens inverse de celui de mes figures. Ces auteurs ont, pour leurs images des dentitions, renversé le poisson sur le dos: il m'a paru plus rationnel de représenter l'appareil masticateur dans sa position véritable, le poisson étant vu de face, dans sa position naturelle, soit sur le ventre.

La plupart de nos Cyprinides portent, comme d'autres Physostomes, à l'avant des nageoires ventrales, contre le côté externe du premier grand rayon, un petit rayon osseux plus ou moins développé. Ce dit rayon antérieur externe, qui n'a rien (le commun avec l'épine ventrale des Acanthoptérygiens, m'a paru constamment dépourvu d'articulations, formé d'une seule tige pleine, plus ou moins courbé ou tordu, et toujours dépour\ii h la base de fourche articulaire, comme s'il n'avait d'autre but que d'appuyer et de fortifier par le côté la nageoire abdominale ( Voy. pi. II, fig. 20, 87 et 39). Les autres rayons plus ou moins rigides et osseux qui appuyent généralement, en avant. les nageoires dorsale et anale, ainsi que les plus petite rayons décroissants qui appuyent aussi les latéraux de la caudale, ne sont pas davantage des épines ou des pseudo-épines, comme l'ont supposé quelques ichthyologistes; en effet, les plus grands ])résentent d'ordinaire des articulations plus ou moins apparentes, au moins vers le sommet, et les deux tiges accolées qui composent les plus petits sont mal soudées et largement distantes dans le bas, conune dans l'état rudimentaire de beaucoup de rayons articulés' (Voy. pi. II, fig. 22 à 27 comparées aux fig. 4,0, 11, 13 et 14).

Sur vingt-un genres européens, notre pays en peut compter, comme je l'ai dit, quatorze solidement établis*. Je détruis, dans

* Il ne sera pent-^*tre pas inutile, en abordant cette première ftimille (les Phymsiomi, de rappeler qae, dans les formules subséquente» de« naf^eoiret, les chiffres à gauche de la barre oblique représentent, non plus des épines ou des pseudo-épines, mais seulement des rayons rimples, soit non dirisés. Le mot timple n*a pas d^autre signification que non rameuz, car il est appliqué ici, à défaut d'autre, à des rayons la plupart du temps articulés et composés de deux tiges accolées, mais non divisés.

' Il nous manque : les CaroMiu» (Nilss.), Europe moy. et sept., AmUh- ;>yf^ (Heckel), Dalmatie, Pf?^ii« (Agass.), Europe moy. et orient., Asp%m$

CYPRINIDCS. 1 G3

<^ compte, les genres Carpio et Leucos de Heckel, Telestes de Bonaparte, Abramidapsis et Bliccopsis de Siebold. Le premier et les deux derniers ne sont basés que sur des formes bâtardes qui ne méritent, par conséquent, pas une distinction ;rénérique ; le second et le troisième reposent sur des caractères de trop petite importance, pour que je ne les réunisse pas, les Leucos aux Leuciscus et les Telestes aux Sqtialius. Par contre, je sépare, sous le nom de Spirlinus, dans un genre nouveau, le C^prinus bipunctatus qui s'éloigne, sur différents points, d'un côté des Abramisparmi lesquels Gûnther Fa rangé, de Tautre des Ahhnrmts auxquels Heckel Ta réuni. La plupart des nouvelles coupes génériques proposées par Fitzinger ^ ne me paraissent pas plus heureuses que celles que je viens de supprimer. Cet auteur se base, en effet, souvent sur des caractères de si petite valeur qu'ils suffisent à peine à faire distinguer nettement deux espèces, et qu'ils renvoyent même parfois dans deux genres différents deux formes assez voisines pour être très discutables au point de vue de la distinction spécifique *.

Le D' Gûnther établit, dans sa première division des Cyprinidœ *, soit dans la famille telle que je la comprends ici, douze tribus basées principalement sur la disposition des dents, sur la présence ou Tabsence de barbillons, sur la forme arrondie ou pincée du ventre, sur l'extension et la courbe de la ligne latérale, et sur les longueurs comparées ainsi que sur les rapports de position des nageoires dorsale, anale et ventrales. Bien que ces groupements fassent ressortir çà et là quelques affinités naturelles, je ne crois pas que les caractères qui y sont préposés

<Aga8s.), Earope moy. et sept., Leucaspius (Heck. Ko.), Autriche, Idua <H(^kel), Europe moy. et sept., et PhoxinéUus (Heckel), Dalmatie ; je serai toutefois obligé de dire, en passant, quelques mots des genres Cara»f^m et /dus.

* IHe OattuDgen der enropftîschen Cyprinen nach ihren âusseren Merkwâlen, Ton D' Leop. Jos. Fitzinger (Sitzb. der K. Acad. der Wissensch. lAbth. JuU, 1873.

* Entre antres : (l. c, p. 6, 18, 19, 20 et 21) genre Ruiibllub (Leuc, P^) et genre Okfub {Leue, Virgo)^ on genre Ciphalus {Sq. dobtda) et fS^n CBraAioptTB {Sq. caveékmuê).

* Caul. of Fishes, VII, p. S.

FAUNE DBS VERTEBRES.

aient toujours une importance suffisante pour permettre la for* nuition de tribus différentes. Sans prendre d'exemples en dehors des genres qui vivent autour de nous, nous verrons, entre autres, bien vite : que les barbillons existent ou manquent chez des espt^ ces, comme la Carpe et le Carassin, cependant très voisines; que les dents sont sur un ou sur deux rangs chez des PoissoDs. conune la Brème et la Blicke, très semblables entre eux ; que la ligne latérale varie souvent en extension jusque chez une même espèce, le Véron par exemple ; enfin, que la position relative des nageoires varie passablement jusque dans un seul genre. Souvent ces traits distinctifis poussent à des rapprochements que contredisent d'autres considérations ; plus souvent encore des transitions insensibles amènent de Tun à Fautre. Ces divers caractères peuvent être appliqués aux genres, mais non à des tribus. Heckel * a proposé de subdiviser le vaste ensemble des Q/prinidœen trois groupes principaux : en PachychiU, pour>'us de lèvres charnues plus ou moins épaisses, et comprenant tous nos Cyprinides à l'exception des Chondrostomes ; puis &k Temuttrhili, armés de lè\Tes minces et protégées par un étui cartila<d' neux, comme ces derniers nos Chondrostomes; enfin, en Catogtom i. porteurs de dents pharyngiennes très nombreuses. Bien que Blerker ait fait souvent un utile usage des caractères tirés des lèvres, dans son Consp. syst. Cyprinornin ', je ne crois pas cependant que ce trait particulier ait assez d'importance pour pouvoir, eu vue de rétablissement de sous-familles, primer toiyours sur plusieurs autres, souvent avec lui en flagrante contradiction \

Nos Cyprinides suisses, la plupart du temps séparés par de nombreuses espèces étrangères qui les relient plus ou moins, peuvent paraître, il est vrai, devoir former, au premier abord, divers groupes rationnels; mais, cette apparence ne tenant

I SîUtwanerfitche, p. 51 à 53.

' Natnnrk. Tu^Mh. voor NederlaodMh Indiê, Deel XX, 1859-1860, p. 4J1.

* Qa*il me tnffiae, parmi de nombreux ezemplee, de citer tealement le Rkodem qai rappelle en même temps les Oarpet oa let Caraeitee, par le» formes extérieores du corps et de la bouche, dans les PacfcyrMi, et les CbondrostoBMs, dans les TfawioeUZi, par la Hmctnre ea lame trancbaate des dents et la forme raplatie de la meule.

CYPRINIDÉS. 165

^uère qu'à la pauvreté relative de notre faune, je crois devoir ranger simplement à la suite les uns des autres, dans un ordre aussi naturel que possible, nos quelques genres indigènes.

Les Cyprinidés, très répandus dans des conditions diverses, varient beaucoup, jusque dans une même espèce, avec les milieux ^t les circonstances. Les formes générales et les rapports de proportions varient constamment avec Tftge, Tépoque et la richesse de Talimentation. L'apparence et les dimensions de la tête, ainsi que la position plus ou moins inférieiu*e, horizontale, oblique ou supérieure de la bouche se modifient également, les premières avec Tflge et la limite de taille peimise par le milieu, la s^econde avec le moyen que le poisson est forcé d'employer le plus souvent pour prendre, suivant les circonstances, sa nourriture au-dessus de lui à la surface, ou entre deux eaux, ou au-dessous de lui sur le fond ^ La grandeur de l'œil, l'allongement relatif du museau et la largeur du front changent à leur tour avec l'ftge, et demeurent dans des rapports différents, selon les conditions fiivorisant ou ralentissant le développement. Les nageoires, qui varient un peu avec l'flge, prennent aussi plus ou moins d'extension, selon les conditions d'habitat et l'état ou la nature des eaux. Enfin, la livrée varie également beaucoup avec l'alimentation, la température, la lumière, l'époque, le sexe et l'âge. Si l'on joint à ces premières Cftuses de divergences secondées par la sélection naturelle, plusieurs autres exemples de variabilité individuelle ou accidentelle, qu'il est souvent difficile de s'expliquer, on se convaincra bientôt que la détermination exacte de l'espèce, ou la décision péremptoire entre cette dernière et la variété, est souvent fort embarrassante, et qu'il faut être toujours fort circonspect dans cette matière.

Ayant eu, dans ce travail, l'occasion d'étudier plusieurs espèces soumises à des conditions assez différentes, réprésentées, par exemple, à la fois dans la plaine ou les vallées et très haut sur les montagnes, ou au nord et au sud des Alpes, je me suis souvent trouvé en face de variantes plus ou moins profondes, auxquelles je ne savais trop d'abord quelle importance attacher. Toutes les

* Voy. Variabilité de Vespèce à propos âc quelques poigsons, par V. Fatio ; Ardiiv, Se. phys. et tiat. Genève, fév. 1877.

fois que j'ai constaté, entre deux formes, des transitions suffisantes, j'ai réuni ces variétés sous un nom commun, avec un numéro d'ordre spécial unique. Quand, par contre, il m'a semblé manquer un degré à l'échelle, bien que je fusse très porté à croire à l'identité de la souche, j'ai décrit séparément, mais sous le même numéro répété, les deux fonnes, comme races locale> ou snhêpecieif; cela afin de faire ressortir les résultats actuels des différences d'habitat, sans attribuer aux deux formes une importance spécifique, et en attendant que d'autres observateurs relèvent peut-être les traits d'unions qui m'ont manqué.

Bon nombre de Cyprinides étant doués de l'instinct de sociabilité, et diverses espèces se trouvant fréquemment réunies, par une conformité de goûts, dans les mêmes conditions, on ne doit pas s'étonner de trouver dans cette famille, plus peut-être que dans d'autres, des mélanges et des produits hybrides d'espèces entre-croisées ou de genres différents. Que deux espèces viennent à frayer sur le même point d'un rivage, dans le voisinage immédiat Tune de l'autre, comme cela se voit facilement, et il n*y aura rien de surprenant à ce que la laitance du mAle de l'unt" féconde en même temps les œufs de l'autre. On connaît, eu effet, déjà plusieurs formes bAtardes ainsi créées. Certaines localités paraissent plus propices à ces mélanges que d'autres ; notre pays m'a semblé, jusqu'ici, plutôt pauvre sous ce rapport.

Les hybrides œnffénères^ soit entre espèces d'un même genre* sont plus difficiles à reconnaître que les produits de deux genres différents ou digmeres, par le fait de l'analogie des principaux caractères, de la moindre importance des traits distinctiCs combinés et, par là, de l'apparence moins frappante des traces du mélange. Je suis convaincu que Ton range, sans le savoir, plusieurs de ces premiers parmi les variétés de certaines espèces.

.Vfin d'éviter le double écueil de créer des groupes générique> |K)ur des formes mixtes dont il n'est pas même prouvé qu'elle» puissent toujours multiplier , et pour ne pas embrouiller, par Taildition de caractères indécis, des caractéristiques génériques bien établies, je rapprocherai simplement les quelques hybrides dont j'ai à parler de l'espèce-mère à laquelle ils ressemblent le plus, en les rangeant sous le titre de forme bâtarde ou Hybride entre telle ou telle espèce. Toutefois, pour ne pas donner à ces

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formes bâtardes et par là indécises un des noms qui leur ont été jusqu'ici successivement attribués, noms qui tous ont le tort d'afficher ou l'importance d'un genre ou le degré de constance d'une espèce , je composerai, pour désigner ces hybrides, des mots qui rappellent : d'un côté le ou les genres auxquels ils se rattachent, de l'autre les espèces-mères qui leur ont donné naissance. Ces noms composés seront appelés à remplacer les caractéristiques génériques, et ce sera à la description des sujets hybrides de montrer les relations, de prouver le mélange et de faire ressortir les caractères intermédiaires.

Le premier qualificatif sera formé : ou par le nom du genre auquel appartiennent les espèces souches accompagné du mot fiothus (bâtard), lorsqu'il s'agira d'un hybride congénère, ou d*un composé des noms des deux genres réunis, celui dont le métis se rapproche le plus étant le second, alors qu'il s'agira d'un hybride digénère. Le second qualificatif sera formé, à son tour, des noms spécifiques des deux espèces-mères, que l'origine soit simple ou double au point de vue générique. Les parties composantes des deux qualificatifs seront réunies par un tiret, pour accuser à première vue l'origine mixte du poisson en (luestion. A côté de l'avantage que je trouve dans ce mode de dénomination des formes bâtardes en général, eu égard à la position de celles-ci dans la classification, je vois encore la facilité d'indiquer, parle nom même, au moyen de l'interversion possible des termes de chaque qualificatif, lequel des genres ou laquelle des espèces-mères a prédominé dans le mélange.

De même que j'ai distingué jusqu'ici les espèces succinctement décrites, comme étrangères, par l'absence de numéro d'ordre, je distinguerai aussi les hybrides qui n'ont point encore été trouvés en Suisse, par le défaut de numéro en tète ; tandis que les hybrides dont la présence a été constatée porteront à la fois les deux numéros des espèces-mères.

Après cela, j'ai cherché à trouver quelques nouveaux cai*ac* tères qui pussent m'aider pour l'établissement des genres, des espèces et des variétés, dans les formes de quelques pièces solides faciles à examiner, dans la meule pharyngienne, dans le maxillaire supérieur et dans les sous-orbitaires. Ces trois points de comparaison, non seulement m'ont facilité souvent

le rapprochement de diverses formes d'une môme espèce soumises à la variabilité dans d'autres caractères, mais encon* m'ont montré, tantôt de nouvelles relations entre espèces du même genre, ou des affinités entre groupes différents, tantôt des preuves évidentes de Tidentité des espèces souches de certains hybrides. N'ayant pas eu l'occasion d'examiner à c<' point de vue beaucoup d'espèces qui nous font défaut dans plusieurs genres, je ne ferai pas usage jusqu'ici de ces traits caractéristiques dans mes diagnoses génériques; toutefois Je ne manquerai pas de les rappeler à la fin de la description de mes genres, pour attirer l'attention des ichthyologistes et pousser ceux-ci à peser à l'avenir l'importance de chacun au point de Mie générique (Voy. pi. II les différents maxillaires, et pi. IV les meules comparées, avec les dents).

Enfin, constatant que plusieurs espèces ont été établies sur des différences d'âge et de sexe, j'ai cherché, chez nos poissons, quelques traits extérieurs qui permissent de distinguer, soit les jeunes des adultes, soit les mftles des femelles. J'ai déjà signalé, en deux mots, quelques divergeances de proportions qui dépendent de l'âge ; je ne citerai plus, en passant, à propos de la différentiation des sexes, que l'un des traits principaux que nous serons appelés h relever dans nos descriptions. En dehors de certaines différences tout à fait temporaires, dans la livrée de noces (coloration et tubercules épidermiques), on ne connaissait guère jusqu'ici de particularité du mâle, chez nos Cjrprinides ', que le gonflement erotique du grand rayon simple des nageoires ventrales chez la Tinm rnlgaris qui, sur ce point encore, fait exception dans la famille. Or, j'ai constaté, comme nous le verrons, chez beaucoup de nos espèces, un développement analogue, quoique plus ou moins accentué, du ou des premiers rayons des nageoires pectorales chez les mftles ; dévelo|>pement ignoré qui, pour être plus accusé à Tépoque du rut. n'en est pas moins presque toujours plus ou moins apparent '.

' Canestrini (Archiv. far Xaturg. 1871, I, p. 222) a ftigualê ono rnfliire du second rayon des pectorales, chez le Cobitis /o^mVi.

• Voyez : S tir le dévelop. diff. ûett nag, pectoraltê danê U$ âtmr t»e.rti*. par V. Fatio, Archir. Se. phtf$.et iia/., Genève, jant, 1875.

CYPRINDS. 169

Genre 1. CARPE.

CYPRINUS, Linné

Dents pharyngiennes trapues, à couronne subarrondie, ptus ou moins aplatie et sillonnée, et disposées^ au nombre de dnq, en trois rangs sur chaque os : trois grosses en rang postérieur ^ plus deux petites, Vune deimnt Vautre, en avant de ceUes-ci. Bouche antérieure^ plutôt étroite, garnie de lèvres a^sez épaisses et pourvue de deux barbillons de chaque côté. Museau large et arrondi. Corps obhng, médiocrement comprimé ; dos un peu voûté et tediforme ; rentre subarrondi, soit non pincé en arête. ÉcaiU^s gramleSj assez épaisses et volontiers un peu granuleuses sur le bord lih'e; ligne latérale complète^ presque droite et passant près du milieu du tronc. Nageoire dorsale à base très étendue, avec un premier grand rayon osseux dentelé, et commençant au-dessus des ventrales ; atiale à base courte^ égalemettt avec un premier grand rayon dentelé et naissafU un peu en avant de V extrémité de la dorsale. Caudate petite ou moyenne et à lobes quasi-égaux.

Dentés molareSj 1.1.3 — 3.1.1, complanati \

Ce genre, propre aux régions tempérées d'Europe et d'Asie, ne compte jusqu'ici qu'un très petit nombre d'espè-

' Dans ces formules génériques de dentition, les chiffres à gauche et à droite de la barre horizontale représentent le nombre des dents sur les os pharyngiens gauche et droit; les points séparent, de chaque côté, les différents rangs sur lesquels se trouvent ces dents, de l'avant à l'arrière ou des bords au centre.

Pour indiquer plus facilement la position relative des deux os, avec un total de dents parfois un peu différent, par la formule elle-même, je doi3 considérer ici le poisson par derrière; tandis que, dans les figures, il est tmyonrs représenté par devant ou en face.

1 70 PAUNE OKS VERTÈBRES.

ces; toutefois, le Ct/prinus Carpio^ qui seul se trouve eu Europe, ayant été depuis longtemps domestiqué en divers pays et par là soumis à des influences très différentes, a subi un si grand nombre de modifications que ses nombreuses variétés ont donné lieu à la formation d'une grande quantité de fausses espèces.

Les Carpes vivent, il est vrai, dans toutes sortes d'eaux douces et dans des conditions très variées; toutefois, elles semblent préférer toujours les eaux à faible courant ou stagnantes et propres à la végétation. Bien que s 'attaquant au besoin à des substances animales, ce poisson a cependant un régime en grande partie végétal. Les Carpes sont, en particulier, volontiers granivores, comme l'indiquent, du reste chez elles, la forme des dents, la structure de la meule et la longueur du tube digestif.

La Carpe, mêlée avec le Carassin d'un genre voisin, a donné lieu, dans quelques pays, à la formation d'un hybride dont les caractères, tant de dentition que de formes et de proportions diverses, tiennent le milieu entre ceux des deux espèces-mères. C'est à tort, comme je l'ai dit, que l'on a attribué le nom générique de Carpio à cette forme bâtarde dont les traits distinctifs oscillent continuellement entre les deux extrêmes et ne peuvent être, par conséquent, fixement déterminés.

Notre Carpe ne porte pas de pseudobranchies '.

X'oyez, dans la description de notre unique espèce du Kt'or^* h*s caractères tirés de Tappareil masticateur, du maxillaire supérieur et Tarcade sous-orbitaire '.

' L*abscnce ou U présence des pseado-branchies peut avoir lue ceruine importance dans la distinction des ^nres de Cyprinides; je ne relèverai toutefois pas ce caractère dans la diagnose des genres chez lesqoeU je n*ai jm examiner qu'une proportion relativement petite des espèces.

' Je répète que je signale à dessein ces divers caractères spécifiques à

CYPKINUS CARPIO. 171

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