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LA CARPE COMMUNE

DkR GBMIilMB KaSPFBM. — CaBPA.

Ctprxhus Carpio, Linné.

Olivâtre, hnme ou noirâtre^ en dessus; des r^ets dorés, vadâtres ou rougeâtres sur les côtés. Jaunâtre en dessous ; tratiche {inférieure du pédicule caudal jaune ou orangée. Anale hrun-rougeàtre ou orangée; ventrales orangées ou violacées. Corps oblong^ médiocrement voûté et tectiforine sur le dos. Écailles lat. ant.Jortes, subcarrées et plus grandes que Vœil, cJiez l'adulte. Museau obtus; le barbillon injéiieur, le plus long, égal environ à un ou un et demi diamètre de Vceil. Opercule iftrié en éventail. Dorsale beaucoup plus longue que haute. Anale sabcarrée et plus haute que longue ; sa base moindre que le tiers de celle de la dorsale^ Ces deuœ nageoires avec un grand rayon fortement dentelé. Caudale mot/i^nne, à lobes quasi 'égaux (Taille moyenne d'' adultes et de vieux sujets : î)0 centimètres à 1 mètre).

Cinq sotuf-orbiiaires : le premier de forme allongée et au nu>ins aussi long que Vœil; le dernier subovale, au inoins moitié du premier. Maxillaire sup. Jort, ave^ un coude postérieur retroussé et une large palette inférieure. Pharyngiens portant une corne sup. courte, élargie au bout^ et une arête aiguë sur la bratwhe inférieure. Meule triangulaire^ épaisse et très dure. Dents trapues à couronne subovaU, aplatie et sillonnée.

Sq. 34 -(4j-ô— 5--(7^ 39. \ert. 36-37.

C>PiUKUs Carpio s lÀnnè^ Syst. Nat, éd. XII, p. 525; éd. XllI, Cur, GnieUn, 1, lU, pAAiL— Blochy Fische DeutBchlaiids, I, p. 9i, Tab. 16.

la 8uite de chaque description de genre, pour attirer sur eux l'attention des ichthyologistes, et pousser dans l'avenir à une étude comparée de Pimportance de chacun, au point de vue générique. * Cyprinus cirrosus de Schseffer, Epist. de Stud. IchthyoL, 1760.

I 79 FAUNE DES TERTÉBRÊS.

CtTiUNi'S C'AHPin, Lorep., V, p. 5M. - Palltu, Zoogr. ltoM.-A*., 111. p. M9

— tUaoumomki, Hitt. NiL du Jorat, lT8tt, I, p. 130. - Cuiier. Kègne Anim., Il, p. 191. — Jnrine, Hist. PoUt. du Unun : Soc. Ph}-*., III, 304, pi. 9. — Harlman», Helvet. Ichtbjot.. p. ITt. — SteinniûUer, N. Alpins, II, p. 341. — Fl«mini,iy. Bnt. An,, p. 185.— S'Utton, Skaad. Fauna, IV, p.J84. — Bonaparte, Faun. lui., I»i-4I, 111; FaK. XVIII, pi. tM. lig. 3. Cat. Met-, p. M, n* 140. - Kennhuf, Ynche des Bodentees, p 33. — Holandrg. Faune de la Moselle, p. 910. — -ScAiiii. Faun. Helvet, p. 153. et Europ. Fauna, II. p. SOT. ~ Cut. ef Vol., HUL Nat., XVI, p. 3:t. — De Seiy, Faune Belge. 1841, p. 100. — De FUippi, Cenni, p. 3B9. — Yarrtll, BHt Fibh , 3* edit. I. p. 349. - Gûnther. Ftsche des N<%Lan, p X>

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«ix <'VPIilNOKin, Blùcii, Fiwhe Ueutsthl., III. 178. et awtonu... M'iMs. Bloch, Fische Deutschl., III, p. ITB.

• roNIM'Ci's, Laeepéde, V, p. 538.

^PCitLAHis. lacep . V, p. 538.

MAt-HOLKi'inuTi s, llttrlmann, Helvet Ichtiijol., p. 189.

H1.UINA, Bonap., Faun. liai, et Cit. Met., p. 18. n- 141 — /*- Sdy. Faune Belge, p. 195. — Ciii'. et Vol., XVI. p. 63.— HecM et Kner, S&sswa*serrisclie. p 09, lig. 30.

• AN(jL'i>Ti>, c. THEHHU.is, Htcket, Dtspositio %\iX. bm. Cj|ihn ,

m-NuAiiK I ^. Ilakel, Ann. Wieu. Mu»., I, p. 311. Tab. 19. fig 1

— Cur et Vat.. \VI, p. 85.— A>iiaj>., Cat. Met, 38, if 141. — llurktt rt Kner, SiiMweriwrnw^he, p. 60. llg. 33 el 3*. — Jej(lrJ£t, Fische der ilan-h, p 31.

l:iATi i. Bonap , Faun. lui. De Setiji (pari.). Faune Belge, p. IBT.

— Cur. et lai., xri. p. r>l. — Bonaparte. Cat ilel. p. 3U. n* 140.

NoitiiUkNSii. Ciir. et Tal., XVI, p. 00, p). 450. — Bouaparle. t'ai

Met., p. 36, n- 145.

niniiMi r». Iliehanit. l'roc. /oui Soc.. I834>, p 371 (mc. Cnnikn.,

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' Gaoïber, CaUl. or^iklipi, VII, p. 27, donne d'antrM «ynonymei At Tarii'téi esotiquM.

GYPRINUS CARPIO. 173

Noms vulgaires, suisses : (S. F.).. Carpe et var. Reine des Carpes, Carpe à miroir et Carpe à cuir. — (S. A.) Karpf, Karpfe, Karpfen; (jeunes, à Constance, sec. Hartm. Sezling et Sproll.), var. Spiegclkarpfen et Lederkarpfen. — (T.), Càrpan et Càrpin,

Corps moyennement allongé, assez épais ou médiocrement comprimé, passablement atténué devant la caudale, plus ou moins convexe ou voûté en dessus et relativement droit ou moins convexe en dessous. Le dos plus ou moins tectiforme ; le ventre plutôt large et aplati, soit non pincé. Le profil inférieur un peu relevé obliquement le long de Tanale.

La hauteur maximale, d'ordinaire vers Torigine de la dorsale, à la longueur totale, comme 1 : S Va — 4, selon Tige et les individus, chez la majorité des Carpes de moyennes dimensions dans notre pays ; chez quelques sujets plus élevés ou plus élancés 3 V4 ou 4 "/i- Cette même élévation, h la longueur sans la caudale, comme 1 : 3 — 3 "A dans la forme moyenne ' . La hauteur minimale, devant la caudale, à l'élévation la plus grande, comme 1 : 2 ^^—2 ^!^. L'épaisseur la plus forte, suivant les individus jeunes ou vieux et mflles ou femelles, derrière l'angle de l'opercule ou plus en arrière vers les trois quarts des pectorales, égale environ à la Va de la hauteur maximale chez des sujets de taille moyenne, ou près des Va chez des vieux. — Une section verticale médiane, par le fait, ovoïde plus ou moins large et un peu conique dans le haut.

L'ouverture anale située à peu près aux Vs de la longueur totale, ou un peu plus en avant, chez les mflles principalement.

T^te de moyenne dimension et subconique vue par le côté, avec un museau plus ou moins large et obtus. Le profil supérieui* presque droit ou légèrement convexe, et passablement incliné, soit continuant à peu près la pente de la nuque, ou faisant avec celle-ci, selon la forme plus ou moins voûtée des individus, un angle aussi plus ou moins accentué ; le profil

* Beckel et Kner (Sûsswasserfische, p. 58 et 61) donnent, pour ce der- BKr rapport, 1 : 2 V> ^ ^ '/>} chez le Cyp. acwmnaius^ et 1 : 3 Vt-4, chez ^ ^. humgaiHcm; deux formes, l'une plus élevée, l'antre plus allongée, ^quelles ila ont attribué, à tort, je crois, une valeur spécifique.

174 PAtirte DES VERTESnES.

inférieur faiblement convexe ou presque horizontal, avec un menton d'ordinaire peu ou médiocrement proéminent.

La lonpieur céphalique latérale, & la loofnieur totale dtl'animal, comme 1 : 4 '/i— 5 chez des adultes (parfois 4 ' , chez (les jeunes) et mesurant les •/» ou les Vi de la hauteur du corps, chez des adultes (jusqu'à Vi< environ chez des jeunes). La lonfcueur de la tête, en dessus, de '/, à '/, plus faible que la longueur latérale, suivant l'Age plus ou moins avancé. La hauteur à l'occiput variant, selon les styets. des Vi aux *!■, delà longueur latérale à Tangle de l'opercule. L'épaisseur, sur l'opercule, au moins égale II celle du trontcbez les jeunes, un peu moindre chez les vieux ; d'ordinaire à peu près égale aux *U ou aux •/, de la longueur latérale, chez les individus de taille moyenne, et correspondant, selon la forme plus ou moins convexe ou raplatie du front, à Télévation au niveau du centre de rifil ou un peu en arriére de l'orbite.

Peux barbillons charnus de chaque côté du museau : un premier pendant k l'angle de la bouche et mesurant d'ordinaire de 1 d 1 '/) diamètre de l'œil, volontiers plus long chez les vieux ou relativement plus court chez les jeunes; an s»^ coDd égal au tiers ou à la moitié du pnTédent et fixé audessus, vers le milieu du maxillaire fiupérieur. Ces a|>pendices du reste de dimensions passal>Iement variables. Exceptionnellement, un barbillon inférieur seulement.

Bouche terminale, ou antérieure, légèrement oblique, très protractile et relativement peu fendue, soit arrivant au plus au-<lessous des narines. Les deux mftchoires à peu pW^ de même longueur et garnies de lèvres épais.-ies. La langue peu développée, mais remplacée par un grand rideau muqueux, finement granuleux et riche en (ilets nerveux, étendu contre le palais et très épais vera l'arriore-bouche.

Narines coinposi'>es, de chaque côté, de deux orifices as,M'z grands, très rapprochés l'un de l'autre et situés environ au tiers de la distance qui sépare le bord de l'œil du bout du museau'. L'orifice antérieur arrondi et bordé d'une large

' 3e prtait c«tt« ditUncr ea mmiraot, >d cnitre ira oarinn, nr la rtoiwn séparatrice.

CYPRINUS CARPIO. 175

valvule capable de recouvrir, en se rabattant, l'orifice postérieur; ce dernier plus grand que le précédent, non bordé et de forme plus ovale.

Des pores assez apparents faisant, comme chez la plupart de nos poissons, suite à la ligne latérale mucosonerveuse, de chaque côté de la tête : une première ligne de pores, presque droite, suivant le bord supérieur de Topercule, passant au-dessus de Tœil et joignant les narines ; une seconde ligne entourant Tœil en dessous, tout le long sur les sous-orbitaires et jusque sur le museau (Voy. pi. IV, tig. 1, g, r, t et s). D'autres pores distribués en demi-cerclo sur le préopercule ; d'autres enfin sous le maxillaire inférieur.

Œil arrondi, placé assez haut et plutôt petit ; soit d'un diamètre, à la longueur latérale de la tête, comme 1 : 5 — 7 V41 suivant les individus jeunes ou vieux ; parfois même 1 : 4 chez de très petits sujets.

L'espace préorbitaire variant, avec l'âge de plus en plus avancé, de 1 V2 — ^ diamètres de l'œîl et égal, suivant les cas, à Vi ou Vs de la longueur de la tête par le côté. L'espace postorbitaire égal, le plus souvent, à la moitié de la mêmi* longueur latérale. L'espace interorbitaire à peu près égal à l'espace préorbitaire, soit mesurant environ deux diamètres oculaires chez les jeunes; mais notablement plus grand chez les vieux, soit un peu plus fort même que trois diamètres oculaires et égal alors à peu près aux '/s ^^ 1& longueur latérale de la tête.

Arcade sous-orbitaire formée de cinq os juxtaposés en demicercle et parcourus par un canalicule saillant, formant audessus de lui de petits embranchements rayonnants : le premier de ces os, le plus grand, s'étendant depuis l'œil jusqu'au maxillaire supérieur, à peu près deux fois aussi long (lue haut, subarrondi en avant, plutôt carré en arrière et au moins aussi long que le diamètre de l'œil chez l'adulte; le second, le plus petit, de forme suballongée et trapézoïdale : le troisième égal environ au double du précédent et en forme de demi-croissant; le quatrième, situé derrière l'œil, trapézoïdal, assez large et d'une surface un peu plus grande que celle du précédent ; le cinquième, enfin, de forme subarrondic»

FAUiNE DES VERTEBRES.

OU subovale, un peu plus petit que le quatrième et égal au moins à la moitié ou aux deux tiers du premier.

La voûte susorbitaire plutôt petite et médiocrement proéminente (Voy. pi. rV, fig. 1, c, df e, y, s et u). Maxillaire supérieur médiocrement large et convexe en avant dans la moitié supérieure; décrivant, vers le milieu en arrière, un coude relativement faible, subarrondi et un peu recourbé vers le haut. Entin, développé dans sa branche inférieure en une très large palette fortement tordue en dedans et en avant (Voy. pi. II, fig. 18).

()|)ercule grand, trapézoïdal, de un tiers à deux cinquièmes plus haut que large et fortement strié en éventail, à partir de Pangle antéro-supérieur. Les côtés supérieur et inférieur c|uasi rectilignes : le premier faiblement incliné ; le second, de un cinquième à un quart plus long, passablement obliqut» et formant, avec le bord postérieur légèrement convexe, un angle notablement plus ouvert que Tangle droit, mais plus ou moins largement arrondi.

Sous-opercule assez large et en demi-croissant.

Interopercule formant un coin assez fort entre les pièces précédentes et le préopercule, et passablement apparent audessous de ce dernier.

Préopercule largement arrondi (Voy. pi. IV, fig. 1).

La membrane branchiostège soutenue d'ordinaire par trois rayons aplatis et développée en large bande le long du sousopercule et de Topercule, jusqu'au sommet de Tarcade scapulaire. (J'ai trouvé une fois quatre rayons branchiostèges des deux côtés, chez une Carpe du lac Léman.) Os pharyngiens plutôt forts; Taile médiocrement longue, assez large au milieu, un peu anguleuse en face de la dent tuberculeuse, graduellement arrondie du côté de la corne 8up«''rieure et prolongée en tranche légèrement concave, vers le bas, contre le côté externe de la branche inférieure. La corne sup. arrondie, plutôt courte, assez haute et un peu développée en palette vers le bout. La branche inférieure de moyenne longueur, large à la base, pointue à rextrémité et présentant une arôte assez aiguô au côté postérieur (Voy. pi. IV, fig. 2 et fig. l,w).

CYPRINUS CARPIO. 177

Dents pharyngiennes au nombre de cinq sur chaque 6s : trois grosses sui* un rang intérieur ou postérieur, plus deux petites, Tune devant l'autre, soit sur deux rangs extérieurs, en face de la grande médiane. Dans le rang postérieur, la dent supérieure à pied contourné et étranglé, avec une couronne ovale , aplatie et plus ou moins sillonnée ; la médiane plus trapue et plus grosse, avec une couronne, large, aplatie, sillonnée transversalement et d'une surface à peu près double de celle de la précédente ; la dernière, en bas, un peu écartée et assez grosse bien que relativement courte, avec une couronne arrondie et subconique, soit tuberculeuse. La petite dent, en second rang, présentant une couronne arrondie, plate, plus ou moins sillonnée et d'une surface au plus égale au quart de la médiane postérieure ; la petite dent antérieure ou latérale à couronne également aplatie et, à son tour, au plus égale en surface au tiers de la précédente en second rang (Voy. pi. IV, fig. 2).

Meule grande, dure, épaisse, facilement isolable, de forme triangulaire avec des angles quasi-égaux ; Tangle postérieur légèrement retroussé en crochet ; le côté antérieur, soit la base du triangle, un peu convexe au milieu. La face inférieure, ou de frottement, un peu relevée au milieu en colline longitudinale et légèrement creusée ou sillonnée par des impressions dentaires sur les côtés (Voy. pi. IV, fig. 3, la meule de face, 4, la meule de profil et 1, o, la meule en place).

Dorsale longue, relativement peu élevée, prenant naissance audessus de la base des ventrales, à une distance du museau le plus souvent, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 2 Va — 2 Vi, suivant la forme et l'âge des individus, et s'étendant en arrière à peu près jusqu'en face du bout de la base de l'anale ou légèrement moins loin, soit sur un espace, à la longueur totale, d'ordinaire comme 1 : 8 — 3 '/«• La hauteur maximale, au grand dentelé ou au prender divisé, égale, selon l'ftge et la forme plus ou moins élevée des individus, à V» ou Va de l'élévation du corps, soit mesurant entre le tiers et les deux cinquièmes de l'étendue basilaire. La tranche d'ordinaire d'abord un peu descendante, jusqu'au quatrième ou au cinquième divisé, puis presque parallèle

au dos jusqu'aux derniers rayons passablement couchés en arrière.

Vingt à vingt-six rayons : trois ou plus rarement quatre simples et dix-sept k vingt-deux divisés. Le premier simple toujours très petit, mais plus ou moins réduit suivant qu*il y a trois ou quatre simples, et rarement égal à la moitié du suivant ; celui-ci égal au quart ou un peu plus, mais rarement au tiers du troisième. Ce dernier, égal au premier divisé ou volontiers un peu plus court, osseux et très rigide dans presque toute la longueur, bien qu'en bonne partie articulé et plus souple vers le sommet ' ; enfin armé, à la fan* postérieure, de chaque côté d'une rainure médiane embrassant la membrane natatoire, de denticules ou crochets assez forts, tournés en bas, le plus souvent au nombre de 11 à 14. commençant rarement avant le quart inférieur du rayon et. de ce point, croissant graduellement en dimension jusqu<* vers les deux tiers environ de l'élévation. Le dernier di\isi'' mesurant entre les deux tiers et la moitié du plus grand. Anale subcarrée, courte quant à sa base, d'une hauteur à peu près égale à celle de la dorsale ou même légèrement plus forte, et prenant naissance, selon les si^ets, au-dessous du cinquième, du sixième ou du septième divisé de la dorsale, ai partir du dernier. L'étendue basilaire variant entre la Vj et les Vi k peu près de la hauteur du plus grand rayon. La tranche oblique et droite en majeure partie, mais le plus souvent tronquée en avant, de manière à décrire, au niveau du premier divisé, un angle d'autant plus saillant que la différence de longueur de ce rayon et du grand osseux e>t plus accentuée.

Généralement huit rayons : trois simples et cinq divise*^ : parfois en apparence six divisés, par séparation plus complète des deux parties du dernier. Les deux premiers rayons simples décroissant k peu près comme à la dorsale ; le troisième osseux et rigide, mais en lionne partie articulé et armé, conune U* «zrand dorsal, à droite et à gauche en arrière, de forts crochets recourbés vers le corps, au nombre le plus fréquent

Cette partie extrême souple est assez souvent arrachée.

GYPKINUS CARPIO. t 79

de quinze à dix-huit. Le dernier divisé largement bifurqué jusqu'à la base, de manière à paraître assez souvent en former deux, et mesurant, suivant les individus, de la moitié aux trois quarts du plus grand.

Ventrales implantées directement au-dessous de Porigine de la dorsale et demeurant, rabattues en arrière, à une distance de Tanus variant, suivant les individus, du tiers à la moitié de leur longueur. Cette longueur du plus grand rayon, bien qu'assez variable, d'ordinaire cependant sensiblement plus forte que la hauteur de Tanale et, selon les sujets, égale à peu près à la Vi ou aux '/& de la hauteur du corps. La tranche légèrement convexe et médiocrement décroissante en an*ière. Un grand rayon simple et articulé, appuyé en avant par un petit rayon latéral externe, osseux, sans articulations, recourbé dans la moitié inférieure, d'une seule pièce, sans fourche articulaire, bien qu'un peu renflé à la base, et mesurant environ le cinquième du grand simple. Après ceux-ci, huit, plus rarement sept ou neuf rayons divisés, parmi lesquels le premier volontiers un peu plus haut que le grand simple et le plus grand de tous ou de même longueur que le suivant ; le dernier, selon les individus, égal aux deux tiers ou aux trois cinquièmes, ou seulement à la moitié du plus grand.

Pectorales un peu plus grandes que les précédentes, bien que, selon les individus, d'une longueur passablement variable; naissant au-dessous de l'angle de l'opercule et demeurant, rabattues, à une distance de l'origine des ventrales susceptibles de varier constamment de V» ^ Vs de leur longueur, selon les sujets jeunes, m&les ou femelles pleines \ La tranche de ces nageoires beaucoup plus arrondie que celle des précédentes, par le fait du nombre plus élevé des rayons, de la position différente du plus grand et de la plus grande décroissance des postérieurs.

Un premier grand rayon simple et articulé, généralement un peu plus court que le suivant et égal à peu près au

* Il est évident que l'état de grossesse des femelles, en développant les ptrois latérales du tronc, augmente en même temps la distance qui sépare les deox nageoires en question.

rinquiènie rameux ; plua quinze h dix-sept divisés, exceptionnetlement quatorze, le troisième d'ordinaire le plus Iodk. le dernier, volontiers non rameux comme le précédent, iii(>surant, suivant les cas, de '/. à '/, du plus grand.

Caudale assez lai^e, mais moyennement allongée et assez profondément écbancrée, avec des lobes quasi-égaux plus ou moins arrondis k Textrémité ; la longueur du plus grand rayon, à la longueur totale de l'animal, comme 1:4 */, — ti. suivant les individus jeunes ou vieux et, selon les cas, égal à peu près à la longueur latérale ou à la longueur sujm'"rieure de la tête.

Dix-neuf grands rayons articulés, dont dix-sept divisés, appuyés en haut et en bas par quatre à cinq rayons beaucoup plus petits, rapidement décroissants et généralement articulés, au moins au sommet '. Le grand latéral simple de chaque côté sensiblement plus court que les premiers divist's ; les médians mesurant d'ordinaire des '/> k la Vi des plus grands.

Kcailles grandes, assez épaisses et plus ou moins quadrilatérales ou peut^:onales, du moins chez les Carpes de forme ordinaire. Celles de la partie latérale antérieure du corps (au-dessus du bout ou de la moitié des pectorales), les plus grandes, plutAt carrées ou légèrement plus hautes que longue», se recouvrant aux deux tiers environ et d'une surface notablement plus forte que celle de l'œil, soit d'un diamètre de Vt ^ '/] plus grand que celui de l'orbite chez un a^jet de taille moyenne de la forme ordinaire. Ces squames relativement plqs petites chez des sujets plus jeunes ou, au contraire, plus grandes chez des individus plus vieux ; parfois même de <limensions tout à fait disproportionnées chez certaines variété^i. Celles de la partie latérale postérieure (au-dessous du bout de la dorsale) plus arroudles ou subovales, soit un peu plus longues que hautes et, quoique beaucoup plus peti* tps, presque aussi grandes en apparence grftce à un moindri' recouvrement. Les dorsales antérieures et les pectorales

' Je répète CDCore «ine j'atlarhe peu d'importaoce au nombre deipeiiu rajroDs décroiiMUilR de ta caudale.

CYPRINUS GARPIO. 181

moyennes plus petites et surtout de forme subcarrée bien plus allongée que les latérales médianes ; les secondes plus faibles que les premières. La surface entière de ces divefôes squames marquée de stries concentriques ^s fines, dispo- . sées autour d'un nœud, chez toutes quasi central. Le bord fixe multibolé ou plus ou moins découpé, avec des sillons et souvent des rayons partant de la partie moyenne pour gagner, en nombre variable, le nœud central. La partie découverte de Técaille marquée, à son tour, de rayons ^n éventail assez nombreux (volontiers 15 à 22, parfois plus, pour les latérales moyennes) formant sur le bord libre, généralement arrondi, de petits festons relativement peu accentués; entre ces rayons de la face découverte, les stries concentriques plus grossières, plus distantes, comme soulevées ou chagrinées, et recouvertes plus ou moins par une granulation pygmentaire noirfttre de Tépiderme (Voy.pl. III, fig. 7).

Dans la forme ordinaire, cinq à six écailles au-dessus de la ligne latérale, vers la plus grande hauteur du corps ', et cinq à six, ou plus rarement sept, en dessous, jusqu'à la base des ventrales".

Chez certaines variétés, les écailles moins nombreuses, irrégulières, souvent distantes les unes des autres et beaucoup plus grandes.

Ligne latérale partant de l'angle supérieur de l'opercule pour gagner le centre de la caudale, en suivant une ligne très légèrement concave ou presque droite, à peu près au milieu de la hauteur du tronc ; un peu plus haut ou un peu plus bas, suivant Tftge, le sexe et Tétat des individus.

Les squames, au nombre de 34 à 39, composant cette ligne, chez la Carpe normalement écailleuse, de forme à peu près semblable à celle de leurs voisines, et parcourues par un tubule h voûte fermée, plutôt étroit, droit ou légèrement courbé, naissant un peu en arrière du nœud du côté du bord fixe, occupant, suivant la position antérieure ou postérieure de récaille sur le corps, du tiers h la moitié de la longueur

' Selon Canestrini (Prospet. crit., p. 20) jusqa^à sept. * Selon Canestrini (1. c.) itarfois quatre seulement.

(le récaille et s'ouvrant toujours assez loin du bord libn* (Voy. pi. III, fig. 8).

Coloration des faces supérieures, selon les conditions de milieu, olivâtre, d'ui; vert noirâtre, d'un vert bleuâtre, d'un brun verdâtre ou d'un brun rougeâtre; toutes teintes plus ou moins étendues et fondues sur les iiancs. Les faces latéralrs moins sombres et ornées, à des degrés divers, de reflets cui\Tés, plus bronzés ou plus verts sur les côtés de la tête, plus dorés ou plus rouges sur les flancs. Le bord de chaque écaille marqué en outre d'un pointillé noirâtre formant sur le corps comme autant de mailles foncées. Les faces inférieures, soit la gorge, la poitrine et le ventre, blanchâtres ou jaunâtres; la tranche inférieure du pédicule caudal, franchement jaune ou orangée à partir de l'anale.

Nageoire dorsale d'un gris verdâtre, noirâtre ou olivfttn» et parfois mouchetée de blanchâtre ; anale d'un brun rougeâtre ou grisâtre avec les rayons orangés ; ventrales rougeâtres comme l'anale, ou d'un gris noirâtre plus ou moins violacé; pectorales enfumées et, suivant les cas, faiblement orangées ou légèrement violacées; caudale olivâtre ou noin\tre et plus ou moins mélangée de tons rougeâtres ou\ioIac4'*>. Iris doré et plus ou moins mâchuré. Lèvres d'onlinain^ jaunâtres. Le barbillon inférieur jaunâtre ou un peu rougeâtre; le supérieur volontiers plus sombre ou plus olivâtre.

Dimensions très différentes, au même âge, suivant les conditions plus ou moins favorables; la croissance, bien que gén«>ralenient rapide, pouvant être beaucoup hâtée ou retardée par les circonstances. Les mêmes individus, selon qu'ils auront été abandonnés ou poussés, atteindront, par exemple, à six ans, au poids variable de 2, de 4, voire même de 5 kilogranmies ou de dix livres. Il est vrai qu'après ce tempi», la croissance est d'ordinaire plus lente et que, passé une certaine taille, le corps augmente avec les années, relativement bien plus en hauteur et en épaisseur qu'en longueur. Ku d'autres termes, l'augmentation du poids n'est pas, à divc^rs Ages, dans un rapport constant avec l'allongement du cor}». Tne des Carpes du lac Léman que j'ai dernièrement examinées, pesant 7 livres et Vo ^'^ *^ kilog. et 625 grammes^ mesurait une longueur totale de. M centimètres. Le Muht'^

CYrRlKUS CARPIO. 183

de Genève conserve une Carpe du pays qui mesure 79 centimètres et pesa 5 kilogrammes et 750 grammes. M. Lunel * signale un autre échantillon qui fut pris, il y a quelques années, près delà Porte-du-Scex, h l'extrémité orientale du lac Léman, et qui pesait 9 kilogr., soit 18 livres. Perrot et Droz ' donnent des maxima de 7 kilogr. pour les lacs de NeuchAtel et Bienne, et de 12 kilogr., soit 24 livres pour celui de Morat. Selon Hartmann ^ la Carpe atteindrait rarement au poids de 10 et 15 livres, soit 5 à 7 V2 kilogr., dans le lac de Constance. SteinmttUer* cite le chifii*e de 18 à 20 'ivres, soit 9 à 10 kilogr., comme très élevé, pour le lac de Wallenstadt. Pavesi^ signale la capture d'un individu de ^ kilogr. dans le lac de Lugano, au sud des Alpes, et Laviz- ^ari donne, comme poids maximum, 12 kilogr. 570 grammes, ^ propos du même lac. Un pêcheur digne de foi. Ed. Fuhrer, ^e Scherzligen, m'a assuré que l'on prend assez souvent des ^'nrpes de 20 livres, soit 10 kilogr., dans le petit lac de ^umsoldingen près de.Thune ; tandis que ce poisson est loin \i'atteindre à ces dimensions dans le lac de Thoune lui-même. Les lacs de Zurich et de Lucerne ne m'ont pas paru, d'après le dire de plusieurs pêcheurs, dépasser facilement, au point de vue de leurs Carpes, les maxima ci-dessus indiqués. Un poids de 20 à 25 livres et une taille de 80 à 90 centimètres me semblent, en somme, déjà fort élevés pour nos diverses eaux suisses, en majorité froides et souvent assez pauvres. Suivant Heckel et Kner, ce poisson bien nourri atteindrait généralement, en Allemagne, au poids de 35 à 40 livres, avec une taille de 3 à 4 pieds. Enfin, d'après Raphaël Molin ', la Carpe arriverait d'ordinaire au poids de 5 à 6 kilogr., en France, de 20 kilogr. en Prusse, voire même de 33 kilogr. dans l'Oder près de Francfort \ et atteindrait

' Poiaions da Léman, p. 73.

* Notes maniucrites. InformationB sar les lacs de Neuchàtel, Bienne et Morst; 1811.

. ' Helvet. Ichthyol., p. 176.

* Nene Âlpina, 11 ; Uebor die Fische im Walensee, p. 342.

* Pcsd e Pesea, p. 25.

' Die rationelle Zucfat der Sâsswasserfische, 1864, p. 62.

^ La captare sar laquelle repose cette citation a été signalée déjà par

même, eu Suisse, au poids énorme de 45 kilogr., soit 90 livres, dans le lac de Zug tout particulièrement.

Bien que la Carpe soit, il est vrai, douée d'une grandi* longévité et puisse par conséquent atteindre, avec TAge, à un poids élevé , la dernière donnée de Molin me paraît cependant sinon entièrement dénuée de fondement, du moins fort hasardée. En effet, la citation par cet auteur de Carpes de 45 kilogr. (90 livres) dans le lac de Zug (en Suisse) me paraît reposer bien plus sur des fables, comme on en a tant débité en divers lieux *, que sur des faits consciencieusement constatés. D'après des renseignements très précis que je dois k Tobligeance du D' Ferd. Kaiser qui, depuis bien des années, s'occupe de la pèche dans le lac de Zug, il semblerait que des individus de 10 kilogr. soient déjà considérés, dans la localité, comme de très grandes raretés. M. Kaiser n'a entendu parler d'aucune capture qui, même en faisant une large part à l'exagération, ait pu donner lieu à la citation de Molin.

MAles généralement plus petits, à âge égal, que les femelles, et ornés, à l'époque du rut, de petites granulations blanchâtres sur la tête, comme sur les joues et l'opercule, parfois même, selon de Siebold, jusque sur la face interne des nageoires pectorales. Du reste, relativement peu de différences sexuelles extérieures, à côté de ce développement cutané temporairt* que nous retrouverons à des degrés divers chez beaucoup de nos Cyprinides. Parfois une certaine disproportion dans l'extension des nageoires paires, mais rarement un gonflement bien accentué des rayons antérieurs des nageoires pectorales, comme chez la majorité de nos espèces dans cette famille.

Jeunes présentant une tète relativement plus forte que les adul-

Bloch qiii raconte qif à Bischoffiibaosen, près de Francfort inr TOder, on prit, en 1711, une Carpe du poids do 70 lifres, laquelle annUt mesuré deux aunes et demie de long et une de large. Les dimensions, la largeur surtout, me paraissent devoir être un peu exagérées.

' Ainsi : Cysat (Der Vier-Waldstâttersee, etc., 1661) raconte, d'après Morigia, que Ton voit dans le lac Miy^i^r ^^ Carpes, grosses comme des cochons, qui rompent les filets par leur poids énorme.

CYPRIKUS CARPJO. 185

tes, un œil passablement plus grand, un front plos étroit et une caudale plus longue et pltis acuminée, avec une livrée d'ordinaire moins brillante.

Vertèbres au nombre de 36 à 87.

Vessie à air grande et étranglée vers le milieu ; la partie antérieure, large, subcylindrique et légèrement bilobée en avant; la partie postérieure subconique et plus ou moins pointue en arrière.

Estomac allongé; tube digestif grand et plusieurs fois replié, soit égal à environ deux fois la longueur du poisson ; péritoine incolore.

Ovaire double ou très profondément bilobé; testicules doubles. Pas de branchies accessoires.

La Carpe varie énormément et de toutes manières, gi*âce aux différences de milieu dans lesquels elle se trouve, soit à Tétat libre, soit en captivité ou à l'état de culture. Il suffit, en effet, de jeter un coup d'œil sur la synonymie si compliquée de cette espèce, pour se faire une idée de la multiplicité des formes que peut affecter la Carpe, dans diverses conditions et sous Tinfluence de la domestication. Nous avons vu, dans la description, combien la forme typique varie, à divers âges et en divefô lieux, dans la coloration, l'écaillure et les diverses proportions des membres ou du corps. Quelques-unes de ces variantes, s' accentuant plus ou moins dans certaines conditions et devenant plus ou moins héréditaires, ont fait croire souvent à des espèces différentes et ont reçu des noms particuliers ; les unes affectent surtout les téguments, les autres agissent principalenient sur les formes de T animal et les divere rapports de proportions. Disons, en passant, qu'en outre de modifications plus ou moins importantes dans l'écaillure et les formes du poisson, les différences dans la natm*e des eaux et de l'alimentation entraînent aussi souvent après elles des modifications correspondantes dans la coloration; l'on trouve, par exemple, jusque dans la forme ordinaire ou typique, des Carpes presque noires, des Carpes d'un gris bleuâtre, des Cai-pes vertes ou olivâtres, des Carpes d'un brun rougefttre ou quasi rouges, des Carpes dorées, des Carpes plutôt argentées, enfin, des Carpes quasi

t8B FAUNE DES VERTÉBRÉS.

albines ou presque blanches. Les quantités très différentes de* lumière qui pénètrent les eaux selon que celles-ci sont troubles, transparentes, stagnantes, ou courantes, contribuent, tout aussi bien que la température du milieu, ou la richesse et la nature dc*s aliments, à assombrir, à éclaircir ou à embellir la livrée. Quelques jeunes Carpes de 25 à 35 centimètres, à li\Tée olivâtre et dorée, que j'enfermai pendant quelque temps, sans nourritun\ dans un vase opaque et couvert, perdirent bientôt tous leurs beaux reflets dorés, pour devenir d'un blanc argenté sur les flancs; puis, peu à peu toute trace de pigmentation noin\tre disparut aussi du bord de leurs écailles.

Deux mots maintenant de quelques-unes des variétés de la Carpe qui, pour accuser ceitains caractères considérés sowent h tort comme spécifiques, ont reçu de divers auteurs des noms particuliers.

La Carpe à miroir (Spiegelkarpfen) qui a reçu successive^ ment les noms de Cy]). rex Cyprinornm (Bloch), Cyp. spernl'iriê (Lacep.) et Cyp. ^nacrolepidotus (Hartmann), n'est pas autre chose que le Cyprhws Carpio de Linné pounu accidentellement d'écaillés beaucoup plus grandes, moins nombreuses^ plus irrégulièrement distribuées que de coutume et laissant, le plus souvent, la peau à découvert en diverses places. Il est bieu probable que cette anomalie des téguments est due à une chute des écailles, par suite d'arrachement accidentel ou plutôt de maladie de la peau, et à un développement extraordinaire des siluames de remplacement. Sont-ce quelquefois les écailles anciennes qui s'étendent pour prendre la place des absentes, ou bien ne sont-ce pas plutôt des squames nouvelles qui, dans des circonstances anormales, ou sous une influence morbide, prennent une extension beaucoup plus grande que d'ordinaire. Le fait est que ces écailles, souvent ornées de reflets irisés et atteignant facilement aux dimensions de l'opercule, voin^ même à quatre fois les proportions normales, présentent encore plusieurs des traita caractéristiques de l'écaillure de la Carpe typique. J'ai vu plusieurs échantillons de cette forme provenant, soit du lac Léman près de Villeneuve, soit du lac de Constance. Toutefois, il m'a paru que a^tte variété est beaucoup plus fréquente dans des conditions de culture; j'en ai reconnu.

CYPRINU8 CARPIO. 187

par exemple, une très forte proportion dans des étangs près de Relfort, en France.

La Carpe à cuir ( Lederkarpfen ), nommée Cyp. nudus (Bloch), Cyp. coriaceiis (Lacep.) et Cf/p. alepidotus (Gmell.) n'est également qu'une Carpe ordinaire chez laquelle, par suite d'une maladie cpidennique, les écailles se sont atrophiées et (mt laissé plus ou moins complètement à nu la peau de plus en plus épaisse et coriace, comme du cuir poli. Cette variété que Ton peut fabriquer et reproduire artificiellement n'est, à vrai dire, qu'un degré différent de l'anomalie qui a causé la précédente. Bien que Ton trouve çà et là un individu ainsi dénudé parmi les Carpes de notre pays, cette forme, à l'état parfait, m*a paru cependant moins fréquente que la précédente.

La Carpe de Hongrie, Cyp. hiingaricus (Heckel), Cyp. pri^ mus (Mars.)", Cyp. Carpiovar. lactistris (Fitz.)', que Heckel croyait propre aux lacs de Hongrie, a été successivement observée, en dehors de ce pays, dans le Dnieper, le Dniester, le Danube et la Marsch. J'ai trouvé aussi, à plusieurs reprises, dans notre pays, voire même à Genève, des Carpes allongées qui rappelaient parfaitement cette soi-disant espèce de Hongrie. Les formes allongées et subcylindriques du corps, qui doivent tout particulièrement caractériser cette Carpe, ne me paraissent que le résultat de l'exagération, dans certaines conditions, d'une tendance qui fait varier dans le même sens, non seulement bien des Carpes , mais encore, comme nous le verrons, beaucoup d'autres poissons. Les rapports de proportions que j'ai relevés, quant au tronc et à la tête, sur des Carpes ordinaires de provenances suisses et d'âges différents, suffisent à montrer combien ce caractère est de petite importance spécifique. Enfin, le Cyp. hungaricus cadrant parfaitement, à beaucoup d'autres points de vue d'une valeur plus incontestable, avec le Cyp. Carpio, je ne puis considérer ces deux formes que comme deux races libres ou variétés d'une même espèce. Cette race allongée se présente du reste aussi sous la forme de Carpe à cuir *.

* Manîgli, Danub. pannon. mysic. 1744, Tab. 19. ' Fitxmger, Prodrom. Faun. Austr. 1882.

' Voy. Jeitteles, Fiache der Manch, I, p. 23.

<«8 PAUNK DES VERTEBRES.

La Carpe bossue, Cifp. elatus (Banap.), ne diffère, à son tour, de la Carpe ordinaire que par des forraes au contraire plus élevéeâ et comprimées que la moyenne. Mous avons vu également, dans la description, comment Ton trouve, dans notre pays, des individus beaucoup plus voûtés que d'autres et, par le fait, assez semblables k cette soi-disant espèce d'Italie. La description que donne de Sclys de son Cyprin élevé, et plus particulièrement les dimensions plus petites des barbillons chez U- Vyp. elatus de Belgique que chez le Ctfp. tlatiis d'Italie, m'ont enttagé à voir, dans une partie au moins, des individus ainsi dénommés par l'auteur de la Faune belge, dés formes bfttarde> voisines de la Carpe de Kollar dont je dirai deux mots plus loin.

La Carpe reine, Ct/p. rp.ffina (Bonap.), im peu plus allongée ou moins voûtée que la moyenne, mais en même temps passablement comprimée, tient parfaitement le milieu entre tes deux variétés précédentes. Cette forme italienne relie, pour ainsi ilire, les Cyp. bungarkus et C. elatus.

La Carpe anguleuse, Cyp. aciiminatus, C. aiufulatua «I C. theniialîs (Heckel) paraît, à première vue, bien caractérisée 4't passablement difféiente du Cyp. Carpio de notre pays. La hanteur du corps est, chez elle, relativement h la longueur sans lu caudale, notablement plus forte, soit comme l : 2 '/, à 2 V, : iv dos, bien que fortement ascendant, est plus rectiligne en avant ; la tête est, à la fois, plus allongée, plus pointue, moîn^ liante et subconcave en dessus; l'anale, rabattue, se rapproche davantage de la caudale ; la longueur des ventrales égale la liauleur de l'anale; les pectorales atu-ignent k la base des ventrales: entiQ, la caudale est plus longue et plus pointue. Mais, >i l'on y fait bien attention, plusieurs de ces différences prétendui-s spécifiques, le rapport de la hauteur à la longueur du <'uri)S. la grandeur de la tête, l'extension de l'anale du côté de fai caudale, ou des pectorales vers les ventrales, et les dimen- .«ions plus fortes de la caudale, sont toutes le résultat de U forme plus ramassée ou plus courte du tronc ; l'on est en droit lie se demander pourquoi l'on attribuerait plus d'iraportance au raccourcissement du corps chez le Cyp. aruminaius, qu'à l'allongement chez le Cyp. liungarinie. I.a grande variabilité (|ue nous montre, sous ce rapport, la Dorade ou le poisson

CYPRINUS GARPIO. 180

rouge de la Chine {Car. atiraftisX que beaucoup de gens con*^ servent dans des bocaux, peut, à elle seule, nous faire corn* prendre comment ces rapports de dimensions varient constamment sous les influences de conditions et de nutrition. Le trait (listinctif qui me paraîtrait avoir le plus de valeur, sMl était constant, réside dans Tégalité de longueur des ventrales et des plus <qiinds rayons de Tanale ; toutefois, encore sur ce point, nos Carpes suisses varient passablement. J'ai rencontré des individus chez lesquels le dos était plus rectiligne que chez d'autres; nous avons vu, par les différents rapports de la largeur de la tête à la hauteur vers Toeil, que le front est plus ou moins convexe ou concave; enfin, j'ai montré aussi comment, suivant Tâge, les lobes de la caudale sont en même temps plus ou moins allongés et acuminés. Tous les autres caractères relevés par Heckel et Kner se retrouvent identiques chez plusieurs autres Carpes de formes assez différentes '. Il me semble que cette soi-disant espèce du Danube et des Neusiedler et Plattensee, doit être^ comme les précédentes, rangée dans la synonymie de notre Ct/p. Carpio^ à titre de variété ou de race locale.

Notre Carpe offre, en outre, divers cas de monstruosités : le plus fréquent de ceux-ci consiste en un fort écrasement du museau donnant aux individus ainsi déformés un aspect bizarre qui les a fait nommer Carpes dauphins ou Mopskarpjen '.

Si je ne tenais à rester dans les limites restreintes de mon plan d'étude, je pourrais encore citer ici toute une série de formes orientales qui ont reçu des noms divers '. Qu'il me suffise

' La fignre que donnent ces auteurs de leur Cyp. aeuminatus semblerait indiquer une forme de la dorsale bien différente de celle de notre Ot^p, Cbipio, soit plutôt arrondie, comme ches le Carassin ; toutefois, il faut croire que c'est le fait d'une erreur du dessinatenr; car, après avoir donné à cette nageoire des dimensions qui cadrent du reste avec la moyenne de celles relevées par nous sur la Carpe ordinaire, ces auteurs ^joutent : Im Vdmgen iêt sit toie hei C. Carpio besehaffen,

* Yojez : Ueber das Yorkommen monstrdser Kopfbildungen bei dcn Karpfen; von Fr. Steindachner, Verhandl.der zool.-bot. Gesell. Wien» im, p. 485, Taf. XII.

* Çyprniiis ru5ro-/iiseii8, C. tii^ro^aurati», C, vinéU-violacem^ C. atro^ rireitj, C Jlammanê, C, acuminaiuêy C. sculponeatus et C. hyhiscoideM^ Richardson, Ichthyol. of China, p. 287-290. Ojp.flavipimiset C. vittalu>y

de signaler, parmi celles-ci, une curieuse variété chez laquelle les nageoires très allongées ont pris des proportions tout à fiait anormales et que Richardson a nommé Cyprinus hybUcoiéUv,

Enfin, Ton connaît encore deux formes : Tune stérile, Tautre bâtarde de notre Carpe, en divers pays.

La première, la Carpe stérile, connue en France sous le nom de Carpean^ se reconnaît à ses formes ramassées, à son dos rliamu, à ses lèvres épaisses et surtoqt à la forme plus comprimée de son ventre près de Tanus. Le prof, de Siebold, qui a attiré T attention des naturalistes sur cette forme, dès longtemps connue des pécheurs, fait remarquer qu'elle ne possède ni ovaires ni testicules, ou que tout au moins ces organes de la reproduction sont, chez elle, à un état tout à fait rudimentaire '. Les individus ainsi frappés de stérilité s'engraissent facilement et passent pour très délicats.

La seconde, la Carpe bfttarde, est nonunée en France Carreau ou Carpe blanche, et en Allemagne KarpJ-Oareiul ou Kar)}/- Karausche, Après avoir longtemps passé pour espèce particulière, sous le nom de Cyprimts KoUarii (Heckel), elle a été enfin reconnue pour un produit hybride de notre Cyprinua Ctrpio et du Carassiusvulgaris, dont elle partage les caractères, eomme nous le verrons plus loin.

La Carpe, originaire de Chine dit-on, a été importée sucl'essiveraent dans un grand nombre de contrées. On la trouve maintenant, sous diverses formes, non seulement dans le« régions tempérées de l'Europe et de l'Asie, mais encore jusqu'en Amérique et dans quelques lies, celle de Java entre autres. Bien que prospérant surtout, en Europe, dans les contrées moyennes et méridionales, cette espèce est, de nos jours, ni^pandue dans un grand nombre de pays et dans des conditions tK»s variées. Bioch semble croire que la première patrie

Cuv. et Val. XVI, p. 71 et 72. C. héoiuitopterui, C, melanotnê et C. coitirotins, Schlegel, Faun. Japon. Poiss. p. 189-191. Cyp. ekinemii H C. obe- 8ui, Basilewiky, Noo? . Méin. Soc. Nat. Mosc. X, p. 227 et 228. Girpto flatipkma^ Beeker, Atl. Ichtbyol. Cyprin, p. 47, etc. ' Sûaswmsaerfiache, p. 89.

CYPRINUS CARPIO. 191

de la Carpe, dans notre continent, doit avoir été dans les logions méridionales ; il fait remarquer que les anciens, Aristote et Pline par exemple, connaissaient déjà ce poisson, et que l'espèce prospère d'autant moins qu'elle se trouve dans de^ <^ontrées plus septentrionales. Le même auteur fait remonter Hux années 1514 et 1560 Timportation de la Carpe en Angleterre et en Danemark.

Le Cyprinus Carpio habite la plupart des eaux basses de la

Buisse; à Texception de celui de Tlnn, trop élevé, en Engadine,

tous nos bassins, tant au nord qu'au sud des Alpes, possèdent

des représentants plus ou moins nombreux de cette espèce. La

^&rpe vit également dans les fleuves et rivières à courant

tranquille, dans les lacs, dans les étangs, dans les marais, et

affecte, suivant les cas, des apparences de formes et de cou-

'^ur passablement différentes ; bien que se trouvant souvent

«iûs des eaux limpides et pures, elle semble préférer cependant

es eaux plus riches, à fond vaseux et propres à la végétation.

^ucoup de gens élèvent ce poisson dans de petites pièces

^«u nommées carpières; toutefois, on ne fait pas, en Suisse.

^^^ éducation et un commerce réguliers de cette espèce comme

^^ *raoce et en Allemagne. La ville de St-Gall conserve, il est

^^/' depuis longtemps, des Carpes dans des bassins particuliers,

^^^ oll^ ne fait pas de ce produit une exploitation constante,

*Ds 1q genre de celle qui se pratique en d'autres pays.

^^Ureuse de ses aises et du calme, et plutôt frilleuse de sa

nature, la Carpe craint d'ordinaire de s'engager dans les petites

nvieres k courant trop accidenté ou trop froides de nos monta-

^^ > ^ussi ne la rencontre-t-on guère chez nous au-dessus de

'•^ïïiètres. L'abondance comparée de l'espèce varie beaucoup

*^^ lu température des eaux et la nature du fond. Quoique d'un

^*^ctèw éminemment sédentaire, la Carpe émigré et se déplace

<^<^U^ant souvent, à la suite de changements survenus dans

^'OQ^Îtions de son habitat, sur tel ou tel point. Ainâi, cette

P^%, commune dans le lac des Quatre-Cantons, à 437 mètres

^^'^essus de la mer, est déjà relativement rare dans le lac de

^^nien, pourtant si voisin et d'une élévation à peine supérieure :

^"C ne se trouve plus, au dire des pêcheurs, dans le lac de Lun-

^^^, non loin de là, à 659 mètres. Pour les mêmes raisons, la

FAUNE DBS VERTEBRES.

Carpe est rare à 565 mètres, dans le lac de Brienz ob TAar arrive directement des glaciers ; tandis qu'elle est relativement conmiune dans le lac de Thoune qui, bien que touchant presqu'à ce premier et d'un niveau à peu près semblable, reçoit cependant les eaux de T Aar déjà moins crues, plus riches et moins froides, et alors qu'elle abonde et prospère, à deux pas de là, dans le petit lac «rHamsoldigen qui, quoique plus élevé, à 643 mètres, est formé d*eaux pluviales plus facilement réchauffées et plus plantureuses. La Carpe émigré ou change de localité, ai-je dit, sous rin- Huence des modifications apportées dans les places qui lui convenaient, soitpour la ponte, soit au point de vue de son alimentation. Ainsi, par exemple, cette espèce semble diminuer notablement dans le lac de Thoune, depuis que les barrages établis dans TAar, à InterUken, ont dérangé beaucoup de ses frayères, en changeant un peu le niveau des eaux ^ C'est probablement aussi à la suite de quelques modifications touchant à leurs goûts ou à leurs appétits que, dans le lac de Zug, les vieilles Carpes qui. il y a quelques années encore, se plaisaient tout particulièrement le long de la rive voisine de la ville de Zug ont, suivant le D** Kaiser, abandonné cette ancienne résidence pour transporter leur pénates de l'autre côté du lac, dans les environs de Buonas. L'alimentation de ce Cyprin est presque exclusivement végé* taie. La Carpe se nourrit principalement de plantes aquatiques, (le graines, de conferves et de vase riche en principes organi- (lues divers; toutefois, elle s'attaque aussi assez volontiers, suivant les circonstances, aux vers et aux insectes. On assure qu'elle mange beaucoup plus et plus souvent depuis février ju^- (lu'à la fraye qu'en tout autre saison. Elle s'attache, comme je Tai dit, à certaines localités et ne s'en écarte guère, aussi longtemps que les conditions lui conviennent. Elle se promène volontiers en troupes plus ou moins nombreuses, suivant lentement le fond, ou se balançant majestueusement entre deux eaux, tant que rien ne Teffraye; mais, à la moindre alerte, changeant

* Ces mêmes barrages, en augmentant le coorant entre les deux U<^ de Thoune et de Brienz, ont diminué, chez quelques espèces voyageuse», la proportion des individus qui remontaient dans ce dernier, on pasMîent. annuellement de Tun à Tautre.

CYPRINUS CARPIO. 193

subitement d'allure et prompte comme réclair, elle s'enfonce hardiment dans la boue ou dans Tépaisseur des herbes environnantes. Durant la mauvaise saison, notre poisson, plus ou moins engourdi, demeure d'ordinaire caché dans la vase du fond et attend là, le plus souvent immobile, qu'un nouveau printemps vienne le rappeler à une vie plus active. Nous avons vu que, grftce à un état de domestication assez général, la Carpe varie beaucoup, qu'eUe produit souvent des bfttards, en se mélangeant avec des espèces voisines, et qu'elle est siyette, dans les deux sexes, à une stérilité assez fréquente.

L'époque des amours varie, d'ordinaire, suivant les localités et les conditions, du commencement de mai à la fin de juin ; toutefois, il n'est pas rare d'observer des pontes de la Carpe jusque dans le courant de juillet et d'août. De la Blanchëre raconte que M. Bienner a trouvé, au quinze décembre, dans le lac de Constance, des Carpes dont les œufs et la laitance étaient complètement mûrs ' ; y aurait-il, dans certains cas, une seconde ponte chez cette espèce, ou bien sont-ce toujours des pontes retardées par une cause ou par une autre*. Cette espèce recherche, en général, pour frayer, des eaux tranquilles et plantiffeuses. Les femelles déposent leurs œufs sur les plantes aquatiques et de préférence non loin de la surface. Les amours de la Carpe sont très bruyants. Lunel raconte, à ce propos, les scènes intéressantes auxquelles il assista, dans une carpière des environs de Genève '. Les mâles, surexcités à un haut degré, se livrent, au moment de la fraye, aux plus violentes évolutions ; tantôt ce sont des courses furibondes dans des positions variés, tantôt ce sont des bonds prodigieux h la surface *. Les

* Koav. Dict. des pèches, p. 158.

* Des obserrations à peu près analogaes m'ont été rapportées, en divers lieux, à propos de quelques autres espèces de Gyprinides ; il est difficile, toutefois, de peser l'importance de ces cas en apparence exceptionnels et de saToir à quelle cause attribuer ces différences.

' Hist. nat. des Poissons du bassin du Léman, p. 84.

* C'est évidemment des bonds que la Carpe fait en cette circonstance qu*est venue l'expression de sauts de Carpe attribuée aux bonds exécutés horizontalement par certains sauteurs et baladins. Quelquefois la Carpe bondit, comme; d'autres Poissons, au-dessus de la surface en se lançant

femelles, plus lourdes que leurs fringants amants, recherchent pendant ce temps et avec plus de calme la place propice ou elles veulent déposer leur précieux fardeau ; cet emplacement une fois trouvé, se tenant immobiles sur les plantes submergées, elles laissent doucement couler leurs œufs. Il n'est pas rare que deux ou trois mâles s'occupent en même temps d'une seule femelle ; et, à peine pondus, les œufs sont bient6t fécondés par le premier des prétendants qui, d'un bond, peut s'élancer sui* la place convoitée. Après bien des contorsions variées traduisant probablement un grand état de jouissance, le mâle quitte aussi la place, et Ton reconnaît alors, à l'apparence un peu troublée et laiteuse de l'eau en cet endroit, que la fécondation vient d'éti*e opérée au milieu de toutes ces simagrées.

Les œufs de la Carpe sont petits, d'une teinte verdâtre et toujoiu-s en nombre très élevé, bien que plus ou moins nombreux suivant l'âge plus ou moins avancé des pondeuses. Block a compté 237,000 œufs chez une femelle de 500 grammes, et 621,600 chez une autre de 4 kilog. Schneider donne jusqu'à 700,000 œufs à une femelle de 5 kilog. Sept à huit joiu*s d'incubation solaire suffisent d'ordinaire à faire éclore ces miriades d'œufs. Le développement et l'accroissement sont assez rapides. A trois ans, une jeune Carpe est capable de reproduction et atteint une taille et un poids assez respectables, bien que très différents, suivant le milieu plus ou moins favorable dans lequel elle a été appelée à grandir. Livrée à elle-même, dans des conditions moyennes, elle pèsera alors aux environs d'une livre, un peu plus ou un peu moins de 500 grammes, avec une taiUe de 25 à 35 centimètres ; bien nourrie et poussée elle pourra, suivant quelques auteurs, à la même époque peser jusqu'à quatre ou cinq livres. On conçoit facilement qu'avec une multiplication aussi rapide, on soit obligé d'enlever, chaque année, des bassins d'élevage un très grand nombre d'alevins, pour éviter un dangereux encombrement. Chacun sait que ce poisson résiste à plusieurs heures de séjour hors de l'eau, et que l'on peut ainsi

obliquement et de tontes ses forces en avant; cependant, le plus souvent, pour les grands sauts en hauteur, elle se plie en deux à la surface et saute eu se détendant brusquement comme un ressort en frappant de la queue.

CYPRINUS CARPIO. 195

le faire voyager simplement enveloppé dans des herbes, de la mousse ou un linge humide ; la large bordure membraneuse de ses ouïes empêche un trop prompt dessèchement des branchies.

L'on attribue généralement à la Carpe une grande longévité ; beaucoup de gens se figurent même qu'elle peut vivre plusieurs centaines d'années. Toutefois, il est bien difficile de déterminer exactement Tftge d'un animal qui, par milles raisons, échappe souvent à l'observation. On raconte qu'il y a, à Charlottenbourg, des Carpes si vieilles qu'elles ont de la mousse sur la tète. On donne d'ordinaire plus de deux cents ans d'existence aux Carpes de Pont-Chartrain ; celles de Chantilly dateraient, dit-on, du l^nd Condé, et celles de Fontainebleau remonteraient même à François I*'. Mais, on sait aussi que des mousses parasites se développent facilement, soit sur la tête des Carpes qui habitent les étangs, soit sur la plupart des poissons malades ou qui vivent en captivité. Blanchard fait également remarquer, avec jostesse, qu'à chaque révolution, en France, les résidences royales ont été saccagées, et que le peuple souverain a fort probablement mangé les belles Carpes des monarques. Heckel et Kner attribuent 12 à 15 années de vie à la Carpe libre ; tout en admettant, il est vrai, que ce poisson peut atteindre, sous la protection de la domesticité, à un ftge beaucoup plus avancé. En tout cas, on ne possède aucune preuve palpable qu'une Carpe ait pu arriver à l'âge de cent ans.

La Carpe paraît douée d'une ouïe excellente. On cite de nombreux exemples de Carpes répondant à l'appel du propriétaire de leurs bassins. J'ai moi-même observé que des poissons de cette espèce que je tenais dans ma chambre, pour les étudier, tressautaient bruyamment chaque fois que je rentrais brusquement ou qu'un bruit insolite venait à rompre le silence de mon cabinet. Ces poissons, renfermés dans un vase opaque et couvert, ne pouvaient cependant pas voir mes mouvements ^ .

' La vesde à air, en correspondance, par les osselets, avec l'organe de randitm, doit se ressentir da moindre ébranlement da miliea ambiant et, par le fait, augmenter d'autant plus la sensibilité de l'oreille qu'elle est plus développée. La même délicatesse de l'ouïe pourrait être olrâervée, je crois, chez la plupart de nos Cyprinidés, s'ils étaient, par la domestication, aussi constamment soumis à Tobserration que la Carpe.

Soit en mangeant, soit en lâchant des bulles d'air, la Carpe produit souvent, par le battement des lèvres, un bruit sec qui s'entend d'assez loin.

La chair de cette espèce n'a rien de désagréable, on ne saurait guère lui reprocher que ses nombreuses arêtes ; toutefois, avantageusement remplacée, dans notre pays, par celle d'autres poissons, des Truites et des Corégones par exemple, elle est moins prisée en Suisse que dans beaucoup de contrées, en France et en Allemagne. Plusieurs de nos marchés voient arriver, il est vrai, d'assez grandes quantités de Carpes de toutes tailles ; mais ce sont toujours les petites bourses qui en font la plus grande consommation. Les Carpes qui ont vécu dans des eaux pures sont toujours bien préférables à celles qui ont grandi dans les marais ou dans des étangs vaseux ; il est bon d'ordinaire de faire dégorger ces dernières dans de l'eau fraîche pendant sept ou huit jours. En un mot, la Carpe est peut-être le meilleur de nos Cyprinidés et peut fournir, quand elle est bien préparée, un met à la fois sain, assez agréable et peu coûteux.

La pèche de la Carpe se fait, suivant les circonstances, au filet, à la truble, à la ligne, au harpon ou au trident, ou même avec des nasses. Le hameçon peut être indifTéremment amorcé avec une graine, une fève ou un pois cuit, avec une boulette de pain ou avec du fromage ; les vers et les insectes paraissent beaucoup moins tentants que ces premiers appftts '. Dans quelques localités, on tue à coups de fusil les plus grands individus, quand ils s'approchent de la surface. La Carpe, aussi rusée qu'adroite, échappe souvent au filet, tantôt en s'enfonçant dans la vase pour laisser passer celui-ci par-dessus elle, tantôt en sautant en l'air par-dessus le bord ; c'est dans le but de parer à ce second inconvénient que les pêcheurs déployent souvent des filets successifs, afin de reprendre dans le second le poissoa échappé au premier. On emploie volontiers, dans les eaux de Xeuchfttel, une sorte d'épervier, dans le langage du pays le Cape, qui est plombé et se déploie en rond au moment oii il est

' On compose ansti certains mélangei pour frotter et rendre pin» attrayantes les amorces (Voy. de la Blanchère ; Nonv. Dict. des Pèche», p. 155).

GYPRINUS CARPIO. 197

lancé. On fait également usage, près des rives ou dans les marais, d'une sorte de truble dont le manche est vertical au cercle du filet, que Ton nomme Couvre-Carpe et que l'on descend sur le poisson occupé à frayer, ou rendu immobile par la vue de pots à feu.

Durant sa premiëi'e année de vie, notre poisson sert de pflture à tous les carnassiers aquatiques, qui semblent ainsi chargés de prévenir une trop grande multiplication d'une espèce aussi prolifique. Plus tard, lorsqu'il a acquis de la taille et de la force, il n'a plus guère à craindre, parmi ces premiers ennemis, que la Loutre et le Brochet. Mais la Carpe est sujette à diverses maladies ; citons, entre autres, l'effet des eaux trop chaudes ou trop impures qui dévelopent, sur son corps, tantôt de petites vessies qui saillissent entre les écailles, tantôt une abondante végétation de petits cryptogames qui font tomber ses écailles et rongent ses nageoires. Enfin, comme la plupart des poissons, la Carpe est affectée de nombreux parasites : Helminthes \ Sangsues ' et Crustacés ', tant internes qu'externes.

^ On a reconna, jusqu'ici, chez la Carpe, les espèces parasites suivantes : Doryîaimua stetgnaUlia (Dujard.) ; dans les intestins. — Trichina effprinomm (Dies.); enkysté dans le péritoine. — EcMnorhyndius cîavcfcepê (Zeder) ; dans les intestins. Echin, globulosus (Rud.) ; dans les intestins. — Diphstomwn cuUcola (Nordm.) ; à la surface du corps, dans la caTÎté bucale, les muscles et l'œil, dans un kyste. — Disiomum gklbipontm (Rud.) ; dans les intestins. — Tetracoiyle Upica (Dies.) ; entre les tuniques de l'intestin, dans des kystes enfermés dans des capsules. — GyrodattyluB degans (Nordm.); sur les branchies. Gyrod, Di/^ardi' Miamcs (Dies.); sur les branchies. Oyrod, anchoraius (Duj.); sur les branchies. — Dactylogyrus auriculatus (Nordm.) ; sur les branchies. Dadyl.moUis (Wald.); sur les branchies. — Caryophyllaem muiahilis (Rud.) ; dans les intestins.

* Oj^rtobranehns DroicheU (Dies.) ; sur les nageoires.

' Argvik» foHaotuB (Jnrine); sur l'extérieur. — Ergasiliua Sieholdii (Nordm.); sur les branchies. — Lemeocera cyprinacea (Blainv.) ; à Texiérieor.

CABÀSSo-CypfiiNUs vuixso-Cabpio, Dobis.

Li Caeeiau *. — Dis Kasf-Karauschb ^

D'un vert olivâtre plus ou moins foncé, en dessus; plus pâle et plus jaunâtre, parfois grisâtre, sur les côtés; jaunâtre en dessous. Nageoires en général sombres ou noirâtres, hs inférieures parfois nuancées de bleuâtre, de tiolet ou d'orange. Corps comprimé, assez élevé et notablement voûté sur la nuque et le dos. Tète subconique, à front bonibé ou élevé, brisant plus ou moins sur la ligne dorsale. Museau large^ arrotidi et à lèvres minces. D* ordinaire deux barbillons très petits, parfois pas de barbillons. Opercule rugeux ou marqué de stries ragoûtnantes. Écailles grandes. Dorsale, anale et ventrales à pt'U près comme chez la Carpe; les deux premières avec un graud ragon antérieur, selon les individus, fortement ou finement dentelé. Caudale médiocrefnent échancrée. (Taille mogenue dUululU'S : 200 à 400^.)

Dents pharyngiennes d'ordinaire au nofnbre de cinq dt* chaque côté : le plus souvent quatre grosses dents sur un rang postérieur, parmi lesquelles les trois supérieures avec une couronne en forme de calice obhng, plus une petite dent seule m seroiul rang en avapit ; parfois, d'un côté, quatre grosses dent^ seulement^ comme chez le Carassin; d'autrefois six dents^ d*un rôté ou des deux côtés, soit quatre grosses et deux petites; d'auirvjois, ei\fin, trois grosses dents seulenwnt, sur un rang de chaque côté.

Dénies molares 1. 4 — 4. 1, vel 1. 4 — 4. calgcifornècs rel 1.1. 4—4, vtl 1. 1. 4—4. 1.1, vel 3—3.

I). 4/17-îO, A. 3/5--6, V. î/8, P. VÏ5-I7, C. J9--20

7—6 bq. 34 - ^^- 38.

^ Aussi : la Carpe de KcMar, la Carpe blanche on la Caroitêche blamehe.

• Aussi ; Karpf-frareisl.

HYBIIIDB. t99

Cypbincs Kollarii, Heckely Ueber einige neue Cyprinen; Ann. Wien. Mqs. I, 1835, p. 223, tab. XIX, fig. 3. — Nordmann, Faune Pont. Demid. Voy. Russ. mërid. III, 1840, p. 478, pi. XXI, fig. I. — Cuv, et Val. XVI, p. 7«, pi. 458. — Schinz, Europ. Fauna, II, p. 299. — Blanchard, Poissons de France, p. 331, fig. 66. — Cyprinus striatus, HoUmdre^ Faune de la Moselle, p. 242. — De Sei}fSy Faune belge, p. 198. pi. 9. — Schœffer, Moselfauna, p. 298. — Cyprinus elatus? De Selys, Faune belge, p. 107. — ^ARpio KoLLARii, Hcckel^ Verzeichn. der Fische des Donaugebiets, p. 29. ^ Htdui et Kner^ Sûsswasserfische, p. 64, fig. 27 et 28. — Kessîer^ ^«n. Soc. Nat. Moscou, 1859, p. 534. — Dybovosky, Cyprinoiden Livlands, ^Wl, p. 55 et 61. *- Siebold^ Sûsswasserfische, p. 91, fig. 2. — Carpio ^lEBOLDii, Jdckel, Fische Bayerna; Âbhdlg. des zool.-min. Ver* in Regensb., Weft 9, 1864.

Je n'ai pas constaté, jusqu'ici, la présence de cet hybride

<*n Suisse, aussi n'en aurais-je pas parié, si des liens intimes ne

l^ ^attachaient à notre Caq)e et si le prof, de Siebold ne l'avait,

par erreur je crois, cité comme devant habiter les étangs de

^^^^ pays K

^^ nombreuses observations et comparaisons ont prouvé,

'«ans Ces dernières années, que l'opinion des pêcheurs, si sou-

^cnt trompeuse, était cependant juste, quand elle faisait de ce

*^ïssoiî, connu en France sous le nom de Carreau et en Allema-

p ^ Soiis celui de KarpJ-Oareisl, un simple produit bâtard de

^^ïT)e et du Carassin. Pour peu que l'on prenne, en effet, en

^sîd^ation les formes et les proportions, constamment inter-

^^^î^ires, des barbillons, de la tête, du corps et des nageoires,

' ^^i que la forme et le nombre ou la disposition toujours varia-

^ <t€s dents de ce Cyprin, il devient difficile de ne pas y voir

^ï^élange confus des principaux caractères du Cyprinus

rpio et du Carassius milgaris. Toutefois, les auteurs qui ont

Plus travaillé à démontrer l'origine mixte de ce poisson,

^^^^tvsky* et de Siebold* par exemple, ont eu le tort de

^^ï^tenir au rang de genre particulier une forme qui peut à

y^^ porter le titre d'espèce. Comme je l'ai dit plus haut, le

Jl^^ïircî Carpio de Heckel ne peut pas se soutenir. Bien que le

****e«M rappelle, le plus souvent, la Carpe, à l'extérieur, il

^ ^Qsswasserfische; Tabellarische Uebersicht, p. 396. « ^^pnnoiden Livlands. p. 55.

^^svaaserfische, p. 91.

suffit cependant de remarquer le développement différent des barbillons et la variabilité [de la formule dentaire chez divers individus, pour constater que cet hybride tient cependant aussi quelquefois plus du Carassin que de la Carpe dans quelques-uns de ses caractères importants. Certains Carreaux pourraient donc, à juste titre, être plutôt appelés : Cyprino-Carasmis Carpio vxilgaris.

Le Cyprinus striatus de Holandre et de de Selys, qui parait n^étre aussi, conune le Cyprinus KoHarii, qu'un produit mixte des deux mêmes espèces-mères, se distinguerait cependant souvent de celui-ci, à première vue, par une livrée plus claire et par une forme du front un peu plus bombée. Mais, comment ne rencontrerait-on pas nécessairement une grande variabilité chez un poisson qui résulte du croisement de deux espèces aussi variables dans les formes que la Carpe et le Carassin ; il serait étonnant que les diverses races élevées ou allongées de ces deux Cyprinidés, combinées de différentes manières, donnassent toujours un résultat identique. C'est encore ad même bfttard que je crois devoir rapporter tout, ou partie, des individus décrits par de Selys, sous le nom de Cyprinus elatus; divers rapports de formes et les dimensions très réduites des barbiUons me portent à appuyer fortement Topinion de l'auteur même de la Faune belge, quand il dit (p. 198), en parlant de son Cyp. elatus : Cette espèce a de grands rapports avec le C. Kollarii (Heckel), etc.

Le Carassin faisant défaut aux eaux de la Suisse, il semble peu probable que cet hybride se développe dans notre pays ; à moins qu'il n'ait été importé dans quelques localités où je l'ignore.

Le Carreau se montre généralement dans les étangs et les marais où la Carpe et le Carassin vivent ensemble ; on a signalé sa présence en France, en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Autriche, en Pologne et jusqu'en Crimée.

Jâckel a cru devoir donner plus spécialement le nom de Carpio Sieboldu au produit hybride de la Carpe sous la forme dite à miroir {Cyp. Carpio, var. specularis\ avec le Carassin. Ce bâtard, signalé par le prof, de Siebold (SUsswasserfische, p. 9G), ne présenterait, le plus souvent, que trois grosses dents, sur un seul rang, de chaque côté.

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