‹ Faune des vertébrés de la SuisseChapitre 32 sur 77 · LE SPIRLIN · texte numérisé non relu

LE SPIRLIN

DiK Alandbltckk

SpJRIISUS BIPUNCTATUS, Blocli

Verdâtre ou olivâtre en dessus; d'un hlanv argenlè sur h'^ côtes et en dessous; d'ordinaire des points noirâtres de chaque côte de la liffne latérale. Nageoires pâles ou un peu mâchurév;^: les injérieures parfois orangées à la base. Corps médiocreimnl allongé, comprimé et assez élevé. Bouche oblique; tnenton pm proéminent et mâchoires égales, la bouche fermée. Œil assez grand. ÉcailUs lat. médianes plutôt grandes, minces, volonticrf un peu plus hautes que longues, avec nœud reculé vers le bord fixe et recouvrant au plus la moitié de Vœil chez TadulU. Dorsale naissant sensiblement en arrière de la base des i>##trales et jJus haute que la longueur des pectorales. Amh naissant presque au-dessous du dernier rayon de la dorsah, assez haute, méd. décroissante et un peu moins longue que la hauteur de la dorsale, fjybes caudaux subégaut. (TailU' d'adultes: 115 à i >0 m i II i mitres.)

Quatre ou cinq sous orbitaires : le premier peniagonal an plus égal au tiers de Vœil; le dernier souvent plus long que U premier. Maxillaire sup. avec grand coude post. un pen Vf^ troussé et convexe en dessous. Pharyngiens médiocrewrut épais, sans renflement lat. sur la branche inf. Meule conli-

liperlan de Seine, dans les environs de Paris.

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Jcrme et tribolée. Dents recourbées en ongle crochu avec bords lisses, soit rarement pectinées,

D. 3/7-8, A. 3/(12)14—17, V. 2/7-8, P. l/i3-U, C. «» maj.

Squ. 44 — — - — 51. \eit. 38—40. 3 — 5

Cyprinds bipunctatus, Bloch^ Fiache Deutsch., I, p. 50, Taf. 8, fig. I . — Linné, S. Nat, éd. XllI. I, p. 1433. ^ Schrank, Fauna Boïca, I, p. 336. — Jurincy Mém. Soc. Phys. et Hist. Nat., III, part. 1, p. 226, pi. 14. — Hartmann, Helvet. Ichthyol., p. 219. — SteinmûUer, Neue Alpina, II, p. 343. — Nenning^ Fisclie des Bodensees, p. 30. — HolandrCy Faune de la Moselle, p. 251 .

Aspius BIPUNCTATUS, Agossiz, Mém. Soc. S. N. Neuch., I, p. 38. — Schinz, Fauna helvet., p. 155 ; Europ. Fauna, II, p. 329. — Selys- Lonchamps, Faune belge, p. 215. — Nordmann, Demid. Voy. Russ. Ménd., III, p. 496.

» PASCiATUS (?), Nordmann, Faune pontique, p. 497, tab. 23.

Gardonus pigulus, Bonaparte, Cat. Met., p. 30, n» 197.

Leiciscus bipunctatus, Cuv. et Val:, XVII, p. 259.

» Baldneri, Cuv, et Val., XVII, p. 26i, pi. 497.

Abramis bipunctatus, Gûnthery Fische des Xeckars, p. 83 ; Catal. of. Brit. Mus., VII. p. 307.

Alburnus bipunctatus, Bonaparte, Cat. Met., p. 33. — Heckel et Kner, Sûsswasserfische, p. 135, fig. 70. — Fritsch, Fische Bohmens, p. 5. — D}^Hnwki, Cyp. Livlands, p. 161. — Siebohl, SiissM-asserlîsche, p. 163. — Jeitteles, Fische der March, p. 7. — JàckeL Fische Bayerns, p. 61. — Blanchard, Poissons de France, p. 371, fig. 82. — De la Fontaine, Faune du Luxembourg, p. 42. •» Lunel, Poissons du Léman, p. 61, pi. VI, fig. 3. » MAruLATUS(?K Kessler, Bull, de Moscou, 1859, XXXII, p. 535.

Noms vulgaires suisses : S. F. Platet (Genève) ; Baroche (Vaud) ; Barré et Platton (Neuchàtel et Fribourg). S. A. Bambeli Bàfnmeli, Schneider, Bringli, Alantblecke, parfois aus>i Laugéle, comme TAblette (Thurgovie, Zurich, Wallenstadt) ; Bachbttmel et Bachbumbeli (Zug, Linth) ; Bambele, Aertzeli^, Ischerli platte* (Luceme, Thoune); Blingge, Weisspach (Rhin, Bâie).

^ Le Sf^rlin est soavent confondu, sous ce nom, avec le Blagcon (Te- Utks).

* Nom donné aox Ablettes, et eu particulier au Spirlio, par opposition à hcàerli runde sonrent appliqué au Véron et au Blageon.

Coq)s assez élevé, comprimé et relativement peu allongé. Le profil supérieur graduellement voûté depuis Tocciput jusqu'à la dorsale ou, plus souvent, jusqu'un peu en avant de celleci; de ce point abaissé en ligne oblique à peu près droite jusqu'à la caudale. Le profil inférieur plus ou moins arrondi, de la gorge aux ventrales, selon les individus femelles adultes, mâles ou jeunes ; à partir de là presque droit jusqu'à Tanus ; enfin, oblique et un peu concave entre ce dernier et la caudale. Le dos tectiforme, mais assez large en avant et sans ligne dénudée ; le ventre pincé en arête étroite et nue au sommet, entre les ventrales et l'anus.

La hauteur maximale, volontiers au-dessus des ventrales, à la hauteur totale, comme 1 : 3 '/i — ^ Vj — ^i selon les individus femelles, màles ou jeunes *, et, à la longueur sans la caudale, comme 1 : 3 — 3 •/« — (4) *. L'élévation minimale, devant la caudale, à la hauteur la plus grande, comme 1 : 2 Vs — 3. L'épaisseur la plus forte, plus ou moins reculée en arrière de la tète entre les pectorales, selon l'âge plus ou moins avancé, généralement un peu plus forte que Vs de la hauteur maximale. Une section verticale, par là, de forme ovale, sensiblement plus allongée que chez notre Ablette.

L'anus ouvert très près de l'anale, presque au milieu de la longueur totale ou très légèrement en avant. Tète de moyenne dimension, de forme subconique par le côté et arrondie en avant. Les profils supérieur et inférieur assez semblables, le premier formant sur la courbe de la nuque un angle rentrant peu accentué.

La longueur céphalique latérale, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 5—5 Vs» ^t, à la longueur sans la caudale, comme 1 : 4 — 4 Vi- Ce grand axe de la tète à peu près égal à la hauteur du tronc chez les jeunes, mats souvent Vi— Vé moindre que celle-ci chez l'adulte. La longueur

* GQotber (Fiache des Neckan, p. 88) donne, comme exception, 1 : 5 't chez an jeune.

* Dybowtki, (Cyp. LWlands, p. 163) donne poor ce denier rapport = 1 : 4-4 V'io.

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céphalique supérieure à ia longueur latérale, comme 1 : 1 Vs — l Vs, selon les individus jeunes ou vieux. L'élévation vers l'occiput presque égale aux '/s de la hauteur du tronc, bien que, suivant les sujets, de Vt ^ Vi moindre que le grand axe céphalique ; ce dernier rapport plus fréquent chez les mftles. L'épaisseur sur l'opercule mesurant environ la Va ^^ 1^ longueur, jusqu'au bord postérieur de cette pièce et, selon les Individus, égale à la hauteur devant l'orbite ou sur le premier tiers de celui-ci.

Museau plutôt court, assez large et subarrondi, bien que plus ou moins obtus. La bouche quasi-terminale un peu oblique et fendue jusqu'au-dessous des orifices nasaux. La mâchoire inférieure à peu près de même longueur que la supérieure, mais la dépassant légèrement lorsque la bouche est ouverte. Le menton, ou plutôt l'articulation du maxillaire inférieur, relativement peu proéminente. La symphyse du dit maxillaire inférieur à peine saillante, soit ne formant jamais un crochet aussi accentué que chez les représentants du genre Ablette qui suit ; le bord de la mâchoire supérieure, par le fait, peu ou pas échancré en son milieu. Lèvres assez minces et un peu protractiles. Langue plutôt large.

Narines doubles relativement grandes et situées environ au tiers de la distance qui sépare l'œil du bout du museau. Comme d'ordinaire, l'orifice antérieur, arrondi et bordé d'une valvule susceptible de recouvrir l'orifice postérieur plus grand et de forme plus ovale.

Des pores et des canalicules médiocrement apparents, les uns sur la tète, au-dessus de l'œil et jusque sur le museau ; les autres le long des sous-orbitaires et jusqu'au-dessous des narines. Quelques autres pores sous le maxillaire inférieur. Œil plutôt grand, bien que toujours assez distant du profil frontal, soit d'un diamètre, à la longueur de la tète, comme 1 : 2 Vi — 3 Vs, selon les individus jeunes ou vieux.

L'espace préorbitaire généralement plus petit que l'œil, et cela d'autant plus que le poisson est plus jeune ; en moyenne, à la longueur céphalique, comme 1 : 4, chez des adultes.

L'espace postorbitaire, par contre, d'un tiers environ

plus fort que l'œil, soit, à la longueur de la tète, comme 1: 2 — 2 Vi» chez des adultes.

L'espace interorbitaire volontiers légèrement plus large que rœil, chez Tadulte, parfois de Vi chez de vieux sujets ; par contre, notablement plus étroit dans le jeune âge. C^ dernier espace, par le fait, à la longueur latérale de la tète comme 1 : 3 — 3 V», chez les adultes.

Arcade sous-orbitaire composée le plus souvent de quatre os ou pièces mobiles. Le premier, subcarré ou pentagonal, d'une surface à peu près égale au quart de celle de l'œil chez l'adulte. Le second, un peu moins long mais beaucoup plu^ étroit, parvenant au plus jusqu'au-dessous du milieu de l'œil. Le troisième beaucoup plus long, passablement plus large que le précédent, en forme de croissant, remontant un peu plus haut que la moitié de l'œil par derrière, et toiyoor^ sensiblement plus développé que chez nos Ablettes. Le quatrième notablement plus long que le premier, bien que plus étroit et de forme subtriangulaire. Cette dernière pièce souvent accidentée ou un peu trilobée sur le bord, comme si elle devait quelquefois se partager en trois.

La voûte susorbitaire médiocrement développée et légèrement proéminente en avant.

Maxillaire supérieur un peu pincé vers le tiers supérieur, sensiblement concave dans le milieu au bord antérieur et développé en arrière sur le centre en un grand coude triangulaire un peu retroussé, convexe en dessous et légèrement creusé en dessus. La branche inférieure assez allongée et tordue à Textrémité en une palette de moyenne dimension ( Voy. pi. II. tig. 33).

Opercule de grandeur moyenne, subtrapézoldal et d'un tiers environ plus haut que large. Le côté supérieur, droit ou légèrement creusé sur le centre, égal à peu près à la moitié de rinférieur; celui-ci, un peu convexe, formant avec le bord postérieur un angle légèrement plus ouvert que Tangle droit. Le côté postérieur volontiers un peu concave. Sous-opercule en demi-croissant et assez large en avant. Interopercule faisant un coin assez apparent entre les pièces précédentes et le préopercule, et demeurant visible comme une bande étroite au-dessous de ce dernier.

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Préopercule formant par ses deux côtés un angle subarrondi quasi-droit.

La bordure branchiostège bien développée.

Pharyngiens assez forts, soit moins grêles que chez la grande majorité de nos Ablettes. L'aile plutôt peu saillante, presque droite sur la tranche, anguleuse au sommet et formant, en face de la troisième dent, un coude généralement assez aigu. La corne supérieure assez haute, comprimée, fortement recourbée en avant et un peu retroussée à Textrémité. La branche inférieure médiocrement allongée, légèrement tordue et plutôt mince, soit sans renflement latéral (Voy. pi. IV, fig. 28).

Dents pharyngiennes au nombre de six à sept de chaque côté et distribuées sur deux lignes parallèles : généralement un rang antérieur de deux petites dents de chaque côté et, le plus souvent, quatre grandes en arrière de celles-ci sur l'os droit et cinq sur le gauche ; exceptionnellement quatre grandes des deux côtés ou cinq à droite comme k gauche \

Les grandes dents médiocrement allongées, subconiques et plutôt fortes, avec une couronne un peu pincée en serpe et recourbée en ongle crochu au sommet. La troisième, à partir d'en haut, volontiers la plus élevée; la dernière, en bas, généralement la plus courte. La tranche supérieure des deux ou trois principales souvent sensiblement creusée, mais d'ordinaire avec des bords unis. (La forme légèrement dentelée ou pectinée de ces dents chez le Spirlin, selon quelques auteurs, m'a paru très rare dans notre pays.) Les petites dents antérieures au plus égales aux deux tiers de leurs voisines, subconiques comme elles, mais moins comprimées et moins recourbées (Voy. pi. IV, fig. 28). (Ces petites dents me paraissent moins promptement remplacées chez les vieux

' Plusieurs des auteurs qui ont, à l'imitation de Heckel et Kner, rangé le Spirlin avec les Ablettes, n'ont pas fait attention à cette différence preMiae constante dans le nombre des dents du pharyngien droit. Le prof, de Siebold (SQsswasserfiscbe, Zus&tze, p. 418) a déjà relevé le fait; mais, cette remarque n'étant pas appuyée pour lui par l'observation des antres divergences caractéristiques que j'ai signalées au ^enre, cet auteur n'a pas cru devoir lui donner one importance générique.

sujets que chez de plus jeunes individus ; elles faisaient, en particulier, complètement défaut chez quelques Spirlins de très grande taille, 145 à 150*", provenant de la Limmtt et chez lesquels la couronne des grandes dents était à la base colorée en brun ou en noir par un dépôt cémentaire.)

Meule de moyenne dimension, dure, facilement isolable, cordiforme et trilobée; par là complètement différente de celle de nos Ablettes. Une partie antérieure, de beaucoup la plus forte, triangulaire et creusée sur le centre entre deux renflements latéraux convergeant en cône en avant, avec quelques impressions dentaires dirigées obliquement vers la pointe ; en arrière de celle-ci, une portion postérieure, égale environ au quart de la précédente et engagée, comme un large coin, entre les deux lobes écartés du triangle antérieur (Voy. pi. IV, fig. 29 et 30).

Dorsale prenant naissance un peu plus près de T origine de la caudale que du bout du museau, soit sensiblement en arrière de la base des ventrales. La hauteur au plus grand rayon égale, suivant les individus mAles, femelles ou jeunes, à '/^ Vs ou même Vi àe l'élévation la plus grande du corps. Cette hauteur de la dorsale le plus souvent un peu plus courte que la longueur de la tête; mais cependant quelquefois, selon les individus, égale k celle-ci ou même, bien que rarement, un peu plus forte. L'étendue basilaire égale, à son tour, à la forte moitié ou aux Vi de la hauteur du plus grand rayon. Quant à la forme : médiocrement acuminée, passablement décroissante en arrière et légèrement convexe ou presque droite sur la tranche.

Neuf à onze rayons (souvent dix) : trois simples (exceptionnellement deux) et sept à huit rameux. Le premier simple, quand il y en a trois, très court et h peine visible andessus de récaillure; le second d'ordinaire un peu plus court que la moitié du suivant, parfois cependant un peu plus fort, soit égal à peu près aux trois cinquièmes de cduici. Le troisième simple dans la majorité des cas le plu^ grand de tous, plus rarement égal seulement au premier rameux ; celui-ci d'ordinaire un peu plus court que le grand

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simple, exceptionnellement légèrement plus long\ Le dernier divisé volontiers un peu plus court que la moitié du grand rameux.

Anale naissant généralement au-dessous du dernier rayon de la dorsale (plus rarement au-dessous de T avant-dernier) et, rabattue en arrière, laissant entre son extrémité et Torigine de la caudale un espace au moins égal à son dernier rayon. La base de cette nageoire toiyours beaucoup plus forte que celle de la dorsale, soit volontiers à peu près égale à la hauteur de cette dernière ou un peu moindre (parfois de Vs ^ Vi moindre). La hauteur d'ordinaire notablement plus courte que rétendue basilaire, parfois même de Vs ou Vi ; exceptionnellement de même dimension. Quant à la forme : assez allongée, acuminée aux deux bouts, médiocrement réduite en arrière et presque droite ou un peu concave sur la tranche.

Dix-sept à vingt rayons : trois simples et quatorze à dixsept divisés * (Jeitteles ' donne un minimum de douze rameux que je n*ai pas encore trouvé chez nous; de même, notre nmximum de dix-sept me paraît relativement assez rare). Le premier simple variant entre le tiers et la moitié du second ; celui-ci égal au tiers ou aux deux cinquièmes du troisième. C!e dernier à peu près égal au premier rameux, volontiers le plus grand de tous. Le dernier divisé, enfin, mesurant environ la moitié du plus grand, un peu plus ou un peu moins suivant les individus et le nombre des rayons.

Ventrales implantées sensiblement en avant de Taplomb de la dorsale, de telle sorte que leur dernier rayon est encore ua peu en avant du premier dorsal, soit, selon les individus, à pea près à égale distance de la base des pectorales et de Tanale, ou légèrement plus en arrière. Avec cela, atteignant rabattues jusqu'à la base de Tanale, ou demeurant au contraire plus ou moins distantes de Tanus, selon les siy'ets et leur état, bien que sans influence constante du sexe et de

* Ghes des grands sigets de la Limmat.

* Le minimum sortout fréquent chez les grands sujets de la Limmat.

* Fische der Mareh, H, p. 7.

Tâge. La longueur, au plus grand rayon, à peu près égale à la hauteur de T anale. Quant k la forme : subanguleoses au sommet, sensiblement convexes ou arrondies sur la tranche et relativement peu réduites en arrière.

Neuf ou plus rarement dix rayons : deux simples et sept k huit divisés. Le premier simple non articulé, peu apparent, appliqué en avant contre la face extérieure du suivant et égal environ à V« ou '/» de celui-ci ; le second d'ordinaire très légèrement plus court que le premier divisé. Les premier et second rameux souvent égaux. Le dernier rayon à peu près égal aux deux tiers du plus grand et souvent non partagé.

Pectorales rabattues s'étendant, selon les individus mâles ou femelles, plus ou moins loin du côté des ventrales; parvenant quelquefois jusque sur la base de celles-ci, chez les premiers, ou en demeurant au contraire passablement distantes, chez les secondes, parfois de un quart de leur longueur environ (cela avec des exceptions amenées par l'âge, les conditions et l'état des individus). Ces nageoires, par le fait, sensiblement plus longues que les ventrales, de Vt â '/§ *^ P^ près, et d'ordinaire légèrement plus courtes que la hauteur de la dorsale. Quant à la fonne : comme les ventrales, arrondies sur la tranche, mais plus acuminées et surtout plus réduites en arrière, par le fait de la brièveté relative (les derniers rayons.

Quatorze à quinze rayons : un simple un peu plus court que le premier rameux et volontiers un peu plus épais et plus pigmenté chez les mâles que chez les femelles, au moment du rut surtout'; puis treize à quatorze divisés, dont le second généralement le plus long '. Le dernier égal à peu près à un quart du plus grand.

Caudale assez grande et profondément échancrée. Les deux lobes subaigus et d'ordinaire légèrement convexes sur le bord: l'inférieur parfois égal au supérieur, d'autrefois un peu plus

' Ce rayon simple, en se courbant un peu sous l'inâoence du gonflement, parait souvent un pea plus court chez les mâles en noces que chez les femelles.

' Le minimum souvent chez de grands si^ets de la Limmat.

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long, chez les vieux m&les surtout. La longueur, vers les plus grands rayons, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 4 Vs — 5; par le fait, à peu près égale à la hauteur du corps ou un peu moindre, selon les individus mâles ou femelles, et d'ordinaire sensiblement plus grande que la longueur latérale de la tête, souvent de Vio ^ Vs-

Dix-neuf principaux rayons, dix-sept divisés et deux non divisés, appuyés par six à sept, parfois neuf petits rayons décroissants de chaque côté. Les rayons médians mesurant environ les V» des plus longs, l^^illes assez grandes, peu solides, très minces et passablement transparentes. Les latérales moyennes, comparées à Tœil, recouvrant, selon les individus jeunes ou vieux, seulement la pupille et rétmit cercle jaunâtre qui Tentoure, ou un fort tiers au moins de la surface de Torbite. Ces squames médianes se recouvrant à moitié environ et d'ordinaire un peu plus hautes que longues, sauf chez certains vieux sujets chez lesquels elles s'allongent un peu en forme de cône arrondi du côté du bord découvert *. Le pourtour libre d'une semblable écaille le plus souvent largement arrondi ; parfois cependant légèrement échancré vers le milieu ou, au contraire, prolongé un peu en coin arrondi et l^èrement pincé sur les côtés. Le bord fixe plus droit, un peu anguleux en haut et en bas à l'extrémité d'une légère carène oblique et convexe ou bilobé sur le centre. Le nœud plus voisin de ce dernier que du bord libre et entouré de fines stries concentriques. De légers sillons, en nombre très variable (souvent 6-15), rayonnant depuis le nœud à peu près jusque sur le bord libre où ils correspondent à autant de petits festons plus ou moins apparents. Les écailles abdominales, un peu au-dessous de la ligne latérale, souvent un peu plus grandes que les latérales moyennes. Les squames latérales antérieures et postérieures, par contre, sensiblement plus petites que les médianes ; les premières de forme plus ovale ou plus élevée, les secondes, au contraire, plus allongées et plus coniques. Les dorsales antérieures plus petites encore, plutôt subar-

* En paittcolier chez les grands sujets de la Limmat.

FAUMi; DtS VKHTEBRES.

roDdies. bieu qu'assez irrégulières, avec un nœud toiyours très reculé. Les pectorales égales presque au double <!(»> dorsales.

Généralement huit à dix écailles au-dessus de la lijEtDe latérale, vers la plus grande hauteur, et trois à cinq en dessous, jusqu'aux ventrales*.

Ligne latérale complète et suivant une courbe cx>nc«ve volontiers un peu accidentée, du sommet de Topercule au centre de la caudale. La dite ligne passant souvent un peu plus bas chez les mâles que chez les femelles; soit parfois entre le tiers et le quart inférieur de la hauteur la plus grande, chez les premiei*s, et volontiers au tiers de la dite élévation ou même au-dessus chez les secondes.

Quarante-quatre à cinquante-une écailles tubulées as^-/. généralement, les antérieures et médianes surtout, plus ou moins profondément échancrées au milieu du bord libre (Voy. pi. III, fig. 28). Le tubule des squames moyennes subcylindrique, h peu près droit, assez large et demeurant le plus souvent presque également distant des deux bords de récaille ; parfois, cependant, surtout chez de vieux sujet>. prolongé presque jusqu'au bord libre et un peu coudé vers l'extrémité. L'ouverture cachée de ce conduit mucifère asM/ largement béante ; celle de la partie découverte tantôt bien ouverte aussi, tantôt plus ou moins close ou réduite à un très petit trou. Les écailles antérieures de cette ligne, comme leurs voisines, plus petites et plus hautes, avec un tubule relativement court et large; celles de la partie po>t(^ rieui*e de forme plus arrondie ou plus allongée, volontiei> moins échancrées et portant un tube plus étroit et plu9 ioo^'.

Toute Técaillure, du reste, assez irrégulière chez ce poi>son, surtout chez les vieux sujets.

(Les grands individus de la Limmat m'ont offert, eo particulier, quant aux tubules de la ligne latérale, une as^e/ grande variabilité de structure : tantôt ces tubules trm\ersaient toute l'écaillé, tantôt ils étaient on évasés ou recourbés à l'extrémité découverte, tantôt encore ils se trouvaient

' Je trouve le minimum 8 sur 3 chez de grands sujets de (a Liitt«iat.

SPIBLINUS BIPUNCTATUS. iO^

MU nombre de deux sur une même écaille, soudés du côté du nœud et divergeant vers le bord libre.) Coloration des faces supérieures d'un vert olivâtre plus ou ]noins rembruni suivant les saisons et les conditions; souvent, dans le bas âge surtout, un trait.noiràtre le long de la ligne dorsale. Cette première teinte verdâtre limitée, au haut des flancs, par une ligne droite plus claire, volon^ tiers dorée et plus ou moins apparente. Entre cette dernière et la ligne latérale, une bande beaucoup plus large et également plus ou moins marquée, selon Tépoque et les individus, d'un noirâtre violacé ou bleuâtre, et étendue, sur les côtés du poisson, depuis l'œil ou l'opercule jusqu'à la caudale. Cette dernière bande, formée par un pointillé serré, accentuée sui-tout au temps des amoui*s oii elle prend parfois de brillants reflets rosés ; par contre, souvent complètement absente cfaez be^iucoup d'individus en dehors de ce moment. Les flancs, dans leurs parties moyennes et inférieures, ainsi que les faces ventrales, d'un blanc argenté, avec de petites taches noirâtres tout le long, au-dessus et au-dessous de la ligne tubulée latérale. En outre de ces taches caractéristiques de l'espèce régulièrement distribuées de chaque côté du canal mucifère sur chaque écaille de la ligne latérale, d'autres taches de même couleur noire, volontiers un peu plus grandes et triangulaires répandues en majorité au-dessus de la dite ligne, quelques-unes au-dessous, tantôt h des places et intervalles iiTéguliers, tantôt en lignes horizontales, plus ou moins constantes et parallèles. Ces deniières macules visibles surtout chez les adultes, chez les mâles et au moment des amoui'S. (Les bandes et taches latérale:^ apparaissent souvent après la mort sur des individus qui n*en montraient pas de leur vivant.) Les côtés de la tète argentés et dorés, souvent un trait noi? râtre disposé obliquement de la base des pectorales à l'angle supérieur de l'opercule.

Iris blanc argenté ou légèrement doré et plus ou moins mflcbui-é de noir violacé, dans le haut surtout.

Les nageoires transparentes ou d'un bleuâtre, pâle dans le premier âge, plus tard légèrement jaunâtres. La dorsale

ht

iOi

et la caudale, ainsi qu'un peu les pectorales et Tanale dans leur partie antérieure, plus ou moins mftchurées ou pointillées de noirâtre, chez Tadulte. Les nageoires inférieures colorées à la base d'un orangé rougefttre plus ou moins étendu et brillant, suivant T&ge et la saison ; souvent même un trait de même couleur orangée au bas de la dorsale, chez les adultes en noces.

Dimensions relativement petites dans la famille, mais susceptibles de varier assez cependant avec les localités. Les plus grands individus que j'aie vu dans notre pays provenaient de la Limmat, près de Bade, et mesuraient : l'un, un mftle, 145", l'autre, une femelle, 148"" de longueur totale, soit à peu près 5 pouces et demi. La majorité des adultes que j*ai récoltés ailleurs en Suisse, dans le Rhin, l'Aar, la Reuss et le Rhône ou leurs tributaires, ne mesuraient pas au delà de 115 à 135'"', avec un poids moyen de quinze grammes environ. Selon Heckel et Kner cette espèce ne dépasserait guère 4 pouces (= lO?"") en Autriche. De Selys attribue la même longueur à un grand échantillon de Belgique. Blanchard pense que la plus belle taille du Spirlin en France ne s'élève pas au-dessus de 100 à 120"". Enfin Gûnther donne, à son tour, 5 à 6 pouces comme maximum de longueur à ce poisson dans le Neckar.

Mâles, et souvent les vieilles femelles, ornés à Tépoque des amours de petits tubercules coniques sur la tête, sur les faces dorsales et sur les rayons de quelques nageoires. de> pectorales et de la caudale surtout. Chez les premiers, des pectorales souvent un peu plus longues que chez le> secondes, avec un premier rayon un peu plus épais et plus piginenté, au moment du rut surtout. Les mâles en notées également décorés de teintes plus vives et de bandes latérales plus accentuées.

Jeunes plus élancés que les adultes, avec un œil relativement plus grand et une livrée moins brillante : les macules des flancs, en particulier, souvent restreintes à la partie antérieure du corps et les nageoires presque incolores. Le dos, plus pâle et un peu transparent, laissant voir d'abord od semis de petits points noirâtres, bientôt remplacé par une ligne médiane noire plus ou moins accusée.

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Vertèbres au nombre de 38 à 40. (D'accord ici avec GUnther •, je suis en complète contradiction avec Hartmann, Valenciennes, Lunel et quelques autres qui paraissent s'en être remis, sur ce point, au dire de Blocb et donnent, avec cet auteur, un maximum de 33 vertèbres à cette espèce.)

Vessie aérienne de moyenne dimension, étranglée vers le tiei*s antérieur, ou un peu en arrière, un peu élargie et bilobée en avant et volontiers un peu arquée, comme cbez les Brèmes, dans la partie postérieure. (Heckel et Kner ^ signalent une différence dans les rapports de proportions de deux parties de la vessie entre les deux sexes, chez cette espèce. La partie postérieure m'a paru quelquefois moins arquée ou plus acuminée cbez les femelles que cbez les mâles ; mais les dimensions comparées des deux portions m'ont semblé varier constamment cbez les femelles du Spirlin et dépendre ici, comme cbez d'autres Cyprinides, de l'état du développement des ovaires qui, quand ils sont très gros, pressent sur la partie postérieure et distendent par là d'autant plus la partie antérieure.)

Tube digestif relativement court, soit formant deux petits replis et mesurant au plus la longueur du poisson, souvent même passablement plus court.

Ovaires doubles', mais, dans leur grand développement, fortement serrés ou imprimés l'un contre l'autre et largement unis par le bas. Testicules doubles.

Un rang de petites pseudobrancbies pectinées derrière le préopercule.

Cette espèce varie passablement, tant au point de vue des différentes dimensions, qu'eu égard à la coloration. Nous avons constaté, à des âges divers et dans des circonstances différentes, des inégalités souvent frappantes, soit dans les rapports de pro-

* Fîsche des Neckara, p. 85.

* SOtswasserfische. p. 136.

' Coutrairemeiit au dire de Bloch et de plusieurs auteur* qui se sont fié à ce dernier, les œuh de cette espèce sont relativement gros et médiocremeut nombreux.

portions du corps et des membres, soit dans le uombrc et la fonne des écailles, ou dans le nombre des rayons ; nous avons dit également que la livrée change beaucoup avec les époques. L'on voit, entre autres, assez souvent, même au printemps, des mâles adultes entièrement argentés et sans taches ni bandes sur les flancs ; tandis que d'autres présentent, à la même époque et à un haut degré, les ornementations caractéristiques de l'espèce. Il m'a semblé, à ce sujet, que les individus qui vivent dans des eaux profondes ou peu transparentes sont, en général moins ornementés ou moins brillamment colorés que ceux qui habitent des eaux moins profondes ou plus pures. La plupart du temps, les Spirlins que je trouvais immaculés dans les premières conditions prenaient assez vite les bandes et les taches dan?? une eau plus translucide. Souvent aussi l'on voit apparaître, comme je Tai dit, après la mort, les lignes et macules qui faisaient auparavant défaut.

Quelques naturalistes, à l'imitation de Linné et de Bloch, ont attribué à ce poisson im trait rouge sur les flancs, tout le lonjr de la ligne latérale. Toutefois, n'ayant jamais remarqué cette particularité chez les représentants de cette espèce dans notre pays, je me demande si ces auteurs n'ont pas, à ce propos, confondu le Spirlin avec le Blageon (Squalius (Telestes) Agassizii), chez lequel, dans la livrée de noces, la ligne latérale est en effet volontiei*s brillamment colorée en rouge, avec de petites macules noirâtres rappelant un peu celles de notre Spirlimis hipHuetatua.

Une multiplication anormale des taches triangulaires noirâtres disposées en lignes parallèles sur les flancs de certains Spiriins en noces a, à son tour, trompé aussi quelques ichthyologistes. C'est, en particulier, à des sujets de cette espèce ainsi ornementés qu'il faut rapporter le Leîiciscus Baldneri de Valencennes * . De même, VAlhiirnus maculattts de Kessier * et l'^l^pitt.»? fdsdatus de Nordmann ' paraissent ne reposer que sur la rencontre, dans quelques parties orientales de notre continent, de certaines variétés ainsi maculées de notre Spirlinus bipumtatitii. Nous avons vu, dans le courant de la description, conunent les

* Cuv. et Val., Hist. Nat., XVII, p. 2G2.

* Bull, de Moscou, 1859, p. ft35.

^ Faune pontique, p. 497, tab. 23.

SPIKLINUS BIPUNGTATCS. i07

nombres des dents et des rayons des nageoires, qui devTaient en particulier caractériser ces prétendues espèces, peuvent varier chez beaucoup des Spirlins, du reste en tout semblables. Il est vrai que Nordmann dit avoir compté tantôt 3,5-5,3, tantôt 4,5-5,4 dents chez son Aspius fasciatits, nombres que je n'ai jamais trouvé chez nous ; mais, il est permis de se demander s'il n'y a pas ici quelque variabilité accidentelle ou quelque erreur, quand Kessler lui-même * semble identifier son Alb. tnaculatus ti\ecVAlb,Jasriatuê de Nordmann, et quand Steindachner ' nous montre ensuite Tidentité spécifique diiAlburnnis hipufwtatus ave*' Tespèce de Kessler, par l'examen qu'il fit de huit exemplaires de la dite prétendue espèce déposés au Musée de Vienne par Jeitteles ', qui décrivit successivement ce poisson sous les noms

iV AWnrnoides marnlatus et iV Alhurnns fasciatus (Nordmann)

Ortaius grands et vieux sujets de la Limmat, en Suisse, dont j'ai eu l'occasion de signaler déjà chemin faisant quelques particularités, sembleraient aussi, à première vue, devoir mériter une dénomination spéciale (SpMins barrés) si, par plusieurs caractères indubitables, ils ne se rattachaient évidemment à notre Spirlin ordinaire. J'ai fait, en effet, remarquer chez ces sujets de grande taille et marquées de plusieui*s barres noires latérales très apparentes, une absence assez fréquente des petites dents en second rang, des dimensions souvent relativement plus fortes du premier rayon divisé à la dorsale, d'ordinaire le minimum de rayons rameux à Tanale ainsi qu'aux pectorales et une forme plus allongée et plus conique des écailles. Je crois, toutefois, devoir attribuer à Tftge ces quelques divergences.

Enfin, j'ai décrit déjà l'apparition \ dans certaines conditions, sur diverses parties du corps et des membres du Spirlin, de petites taches noires et saillantes dues à la présence d'un para-

^ AnszOjci* HU8 ilem Berichte ûbcr eine an die nordwestl. K(tstrn des Sckarzen Mecre>, etc., UDlernooimetie Keise. Bull. soc. imp. de Moscou, IBôO, I». 535.

' liomerkunMen ilber verschicdene Fische des Donaugebictes. Vcrhandl. der xool. bnt. Gebell. m Wieii, 18G3, p. 489.

' Zoulogisc'he Mittheiluogen, iind Prod. Faunnp Verteb. Ungarise superioris. Verhandl. der zool. bot. Ge^ll. in Wi«-n, XI nnd XII.

* Le mrlanisme noueux. Arcbivos des sciences phvs. 1 1 naturelles ; janvier î'^iri.

AOH FAUNE (leS VERTÉBRÉS.

site externe voisin du Diplmtmnum cutkola de Nordmann. J'ai trouvé, en effet, dans la petite rivière TAire près de Grenève, presque tous les Spirlins et les Vérons (Phoxinus Imvis) plus ou moins couverts de macules semblables à celles qui ont fait décrire, comme variété de ce dernier, sous le nom de Phoxinus kevis afris noiis sparsus, le ^*éron de certains cours d'eau du Luxembourg par le D** Warnimont *. Ces petits nœuds noirs irrégulièrement distribués sur le tronc, la tête, les nageoires et jusque dans la bouche donnaient au premier aspect un faciès assez particulier aux Spirlins de cette rivière.

Le Spirlin est assez répandu dans TEurope centrale et habite la grande majorité de nos eaux suisses ; toutefois, il fait défaut au Tessin, comme à Tltalie, et ne s'élève guère dans les rivières et les lacs de nos montagnes. Presque tous nos lacs inférieurs et la plupart de nos courants grands et petits, ainsi que beaucoup de ruisseaux et même de marais, au nord des Alpes, à l'ouest surtout, possèdent ce poisson en plus ou moins grande abondance. Je ne Tai toutefois pas encore rencontré plus haut que 700 mètres au-dessus de la mer. Quoique se trouvant çà et là, confondu avec le Véron, sous le nom de Bachhumel dans le lac de Zoug et ses affluents, le Spirlin ne se trouve cependant pas sur la liste consciencieuse des poissons du lac d'Egeri, à 727 mètres, qui m'a été fournie par le D' Kaiser de Zoug. Bien que remontant en grand nombre l' Aar jusque dans le lac de Thun, il ne se montrerait aussi, selon les pêcheurs, que très rarement daus celui de Brienz peut-être déjà trop froid pour lui. Nenning décrit parfaitement cette espèce, sous le nom de Cyprinus bipunotatm, dans ses Poissons du Bodensee ; toutefois, pas plus que Hartmann, avant cet auteur, ni que Rapp, Heckel et de Siebold après lui, je n'ai réussi jusqu'ici à me la procurer du lac de Constance. Le Spirlin ne se trouve pas non plus sur un catalogue des Poissons du Rhin à Coire qui a été publié en 1874*. Ce n'est pas dire cependant que cette espèce doive être refusée aux

* Ânn. de la Soc. des S. N. du Luxembourg, 1867, p. 242. ' Naturgeschichtliche Beitrâge zur Kentniss der Umgebuugeo von Chur, 1874. Fische von D^Brugger, p. 149 et 150.

SPIRLINUS BIPUNGTATUS. 409

parties est de notre pays, car du Rhin, au-dessous de la chute, il remonte assez loin dans la Thur et ses ai&ueots \ et du lac de Wallenstadt il arrive, par la Lintb, au canton de Claris.

Schinz, dans sa Fatma helvetim, en 1837, ne signalait son Aspius bipunctatits que dans la Sihl, la Limmat et le lac de Neuchfttel; j'ai reconnu la présence de ce poisson dans les lacs Léman, de Neuchfttel, Bienne, Morat, Thun, Lucerne, Samen, Sempach, Zug, Zurich et Wallenstadt, ainsi que dans plusieurs affluents petits et grands du Rhône, de TArve, du Rhin, de TAar, de la Sarine, de la Reuss, de TEmme, de la Limmat, de la Sihl, de la Linth et de la Thur.

Le Spirlin habite, comme on le voit, les lacs et les rivières ; toutefois, bien plus que nos Ablettes, it semble aimer les eaux courantes et rechercher de préférence les petites rivières. Pour la plupart de nos lacs, ce n'est même guère qu'aux embouchures des affluents qu'on le trouve un peu abondamment. On le rencontre souvent en très grande quantité dans de petits ruisseaux et des étangs où l'Ablette ne se hasarde que rarement. Bien qu'on le trouve quelquefois dans les eaux à fond herbeux, il semble préférer les courants à fond pierreux ou graveleux.

Ce petit poisson vit volontiers en sociétés plus ou moins nombreuses de ses semblables ou, selon les localités, en compagnie avec le Véron ou le Blageon. Il nage le plus souvent entre deux eaux, et ne voyage pas d'ordinaire autant au ras de la surface que nos Ablettes. On le voit rarement rider avec son dos la surface de nos eaux, comme le font si volontiers ces dernières. Il se tient souvent à d'assez grandes profondeurs, non seulement durant la mauvaise saison qui chasse tous les poissons vers le fond, mais encore au printemps et en été, soit pour frayer, soit pour chercher sa subsistance. La nourriture du Spirlin est beaucoup plus animale que végétale ; ce petit Cyprin absorbe un grand nombre d'insectes, de vers et de petit mollusques.

La saison des amours varie généralement entre les derniers jours d'avril et les premiers de juillet, selon les années et les localités; l'époque de frai la plus fréquente est cependant

^ Voyez en particolier : Unsere Fîscherei, von D' Wartmann. Bcricht Qber die Thatigkeit der St-Oallischen naturw. Gesell., 1867-68, p. 158.

410 FAUNE Di» V£KT£BRÊS.

d'ordinaire vers le milieu de mai. Les femelles gagnent alors le fond des eaux courantes, tant dans les fleuves que dans les plus petites rivières, pour y déposer leurs œufe ; cela en plusieurs fois et plus volontiers sur les pierres.

La plupart des auteurs, à Timitation de Bloch, s'accordent pour attribuer à cette espèce des œufs excessivement petits et en nombre très élevé. Toutefois, il me semble que ce premier observateur doit avoir commis une erreur et que celle-ci a été complaisamment répétée par les ichthyologistes subséquents. En effet : j'ai trouvé, bien au contraire, dans les ovaires bien développés de plusieurs femelles, des œufe relativement très gros et proportionnellement beaucoup plus forts que ceux d'autres poissons plus grands qui ne passent pas pour avoir des œufis très petits. Par exemple, j'ai compté, dans deux femelles adultes pêchées dans le Rbin au milieu de mai, 18G0 et 1915 œufs mesurant 2 millimètres de diamètre et mêlés à un nombre passablement supérieur de germes beaucoup moins développés^ mais déjà en majorité de demi-millimètre environ. Il est probable que les dits gros œufs de deux millimètres qui occupaient bien plus de la moitié de la capacité des ovaires bien que distribués en arrière comme en avant, étaient destinés à soitir dans un premier acte de la ponte et à faire place à d'autres jusque là plus petits. La ponte doit donc se faire comme je l'ai dit, eu diverses reprises, le total des œufs est loin d'être exceptionnellement élevé ; enfin, les germes prêts h pondre sont relativement très gros pour le poisson.

Huit à dix jours après la fécondation des œufs *, on peut voir déjà bon nombre de petits alevins frétillant entre les pierres sur le lieu de la ponte. Ces nouveaux nés servent de pâture facile à un grand nombre de poissons ; voire même au Véron qui« malgré sa petite taille est volontiers carnassier et toujours doué d'un appétit féroce. Au reste, ce ne sont pas les jeunes seulement qui servent de proie aux carnivores aquatiques, l'espèce à tout âge doit payer aussi une riche tribu à la force brutale.

La chair du Spirlin, sans avoir de mauvais goût, n'a cependant rien de délicat ; aussi, bien qu'il morde facilement à l'hameçon

* Selon Lunel ; Poissons du Léman.

ALRtRNUS. ilt

amorcé d'une proie vivante et que l'on puisse le prendre quelquefois en assez grande quantité d'un seul coup de filet, ce joli petit poisson arrive rarement sur nos marchés. On n'en fait nulle part une pèche spéciale. Les personnes qui le prennent le mangent elles-mêmes en friture, ou le plus souvent s'en servent comme amorce. On emploie les écailles argentées du Spirlin, comme celles des Ablettes, pour la fabrication des fausses pertes ; mais elles sont beaucoup moins pures de couleur.

Le Spirlin est aifecté quelquefois d'une curieuse maladie qui se traduit par la formation de bulles ou vésicules gazeuses plus ou moins grandes, tantôt à lextérieur sur les pièces operculaires et les nageoires, tantôt à l'intérieur, dans l'arrière' bouche ou derrièi-e l'œil ; dans ces demiei's cas, Panimal a la gueule forcément ouverte ou les yeux fortement projetés au dehors de leur orbite'. J'ai parlé plus haut d'une autre maladie que j'ai nommée Atélanisme noueux et qui consiste dans la présence sur le corps et les membres, ainsi que dans la bouche, de taches noires et saillantes dues à la présence d'un parasite voisin du Diplastomum rutirola enkysté au centre d'un amas anormal de cellules pigmentaires. Enfin, notre poisson nounît aussi, comme tant d'autres, quelques espèces de vers parasites'.

Genre 9. ABLETTE

ALBIRNUS, Kondelet.

Dents j/tan/nflienues sur deux rangs et généralement au noinbre «le sept, de chaque côté ; deux petites et chiq grandes tissez longues, jjlus ou fnoins recourbées au sommet et fran-

' Des T)()i*a(ioj et des Axolotls conservas dans les mêmes conditions qne tes Spiriins en qnestion, furent affectas de la mémo maladie. J^ai reronna les mêmes bulles morbides chez des Vérons et des Ablettes en liberté. I>eiix jeunes malades que j'avais séparé dans un bocal furent guéris par de fré(|uents rhangements d*eau.

' On a trouvé jusqu'ici chez le Spirlin les: Tœnia iontlosa (Batsch.) dans les intestins: — CarffophyUaeus mutabilis (Rud.) dans les intestins, ci — Hofo^tominn ruttcolu (\ordm.) à rexlérieur.

chement pectinées sur In tranche. Bouche sans barbiUoHS, oblique et à nienton saiUant ; la mâchoire inférieure dépassant un peu la supérieure et pourvue à la symphyse d'un petit crochet correspondant à une eaxavation de celte dernière. (Eil grand. Tête subconique, plus ou moins tronquée en avant. Corps fusiforme, plus ou moins élancé et un peu comprimé. Dos suhatrondi transversalement ou légèrement tediforme et sans ligne dénudée. Ventre pincé en arête nue en arrière des ventrales. Écailles moyennes ^ peu solides, minces, généralement un peu plus hautes que longues et faiblement entaillées au bord fixe. Ligne latérale complète. Dorsale à base courte^ naissant bien en arrive des ventrales. Anale à base longue, naissant au-dessous des derniers rayons de la dorsale ouy sdon les cas, un peu en avant ou en anière de ceux-ci. Caudale profondément échancrée.

Dentés serrantes 2, 5 — 5, 2, pectinati.

Les Ablettes vivent d'ordinaire eu sociétés et sillonnent volontiers la surface des eaux en bandes nombreuses durant la belle saison. Bien que s'attaquant^ comme la plupart des C} prinides, à diverses substances végétales et animales, ces poissons, de taille plutôt petite, paraissent cependant de préférence insectivores.

Ce genre, riche en espèces, est très répandu dans les eaux douces de l'Europe et de TÂsie occidentale. Sur une quinzaine d'espèces reconnues par Gttnther en 1 868 * , trois seulement : les Alburnus lucidus, Alb. alboretta et AV^. ntf/i/o peu vent être considérées comme vraiment européeo-

* Caul. of Fibhet.

ALBURNUS 413

nés. La dernière, de Bavière, d^ Autriche et de Crimée, fait complètement défaut aux eaux de notre pays.

Bien que la distinction spécifique établie entre nos AUmmus lucidus et Alb. alboreUa soit maintenant généralement acceptée, je ne puis m'empècher de conserver quelques doutes à cet égard et, quoique décrivant séparément ces deux Ablettes, je crois devoir indiquer, par une simi-' litude de chiffres d'ordre, Thypothèse que la seconde pourrait bien n'être qu'une forme méridionale de la première. Si je n'ai, il est vrai, pas encore trouvé, dans les nombreuses variétés de notre Ablette, au nord des Alpes, des formes parallèles de celle qui la représente au sud, j'ai cependant rencontré parmi les variétés de cette dernière des individus qui rappelaient beaucoup notre Atb. Lucidus.

Le représentant le plus répandu de ce genre, VAlb. lucidus, a donné naissance, avec le Squcdius cephaluSj à une forme bâtarde, connue sous le nom à'Alb. ddabratus. Jftckel attribue également à une union de Cette Ablette avec le Scardinius erythrophtàlmuSy la création du poisson qu'il a nommé Alburnus JRosenhauerù J'ai dit plus haut, à propos de la Blicke, que de Siebold a appelé Bliccqpsis alburniformis un poisson dans lequel il a crû reconnaître un produit bâtard de nos Blkca bjôrkna et Alburnus lucidus.

A côté des caractères extérieurs relevés dans la diagnose générique, les Ablettes que j'ai eu Toccasion d'étudier présentent encore en commun les caractères anatomiques suivants, qui demandent à être étudiés par la suite sur d'autres espèces.

Nos représentants du genre ont des pseudobranchies pectinées et passablement développées. Le maxillaire supérieur porte chez eux un coude en hachette un peu creusé en dessus et en dessous. Les pharyngiens ont Taile courte, avec une branche inférieure généralement allongée et plus ou moins renflée sur le

côté. La meule est dure, subovale et marquée de sillons entrecroisés. L'arcade sous-orbitaire est d'ordinaire composée de six pièces : une antérieure subcarrée et grande, quoique beaucoup plus petite, que Tœil, et cinq autres en chaîne ti*ès étroite.

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