l'ablette commune
Die Laube ^
Albuasus lucidus, Heckel.
D' une couleur verte, olivâtre ou bleue d'acier franrltetneut limitée au haut des flancs eu dessus ; hlayw argenté sur les côtés et en dessous. Nageoires peu colorées ou légèrement mûch urées. Corps élancé et plus ou moins comprimé. Museau plus ou moins tronqué obliquement. Bouche oblique. Mâchoire inférieure dépassant plus ou moivs la supérieure. Oeil grand. Écailles latérales moyennes minces, notablement plus hautes que longues, à stries très déliées, à rayons peu apparents, et recouvrant au plus V» de Vœil chez Vadulte. Dorsale naissant plutôt plus lyrès de V anale que des ventrales et d'ordinaire notablement moins haute que la longueur de V anale. Anale unissant dessous les derniers rayons de la dorsale, moins haute que celle-ci et assez décroissante, avec une Imse au moins égale à la longueur des pectorales. Lobes caudaux subégaiix. (Longueur totale moyenne d'adultes 140 à 190'*'*.)
Généralement six sotts-orbitaires : premier subcarré recouvrant à peu près un tiers de Vœil chez Vad. ; dernier très petit. Maxillaire supérieur avec tm coude postérieur en harhette; un peu concave en dessus et en dessous; branche inférieure épaisse Pharyngiens généralemefit grêles, à aile courte, avec léger renflement latéral au-dessous de celle-ci. Meule dur*', jïetite et suIpovale, avec impressions dentaires entrecroisées. Dents pharyn-
^ Aussi souvent : Siïberling ou Uckehi, en Allemajtue.
ALBURNUS LUCIDUS. 415
ffiennes à couronne allongée, nn peu recourbées au sommet et plus ou moins pectinées,
I). i-3;7-9. A. 3/15-18, V. i/7-8, P. 1/14-18, C. 19 miy.
Squ. 45. ---T— 54(58). \eit. 41-44.
Cypkino Ai.m knls, Linné, Syst. Nat., I, p. 531 ; éd. XllI, I, p. 1434. — Btoch^ Fische Deutschl., 1, p. 54, tab. 8, fig. 4. — Schranck, Fauiia Boïca. 1, 337. — Cuvier^ Reg. anim., il, 195. — J urine ^ Mém. Soc. Phys. et 11. N., p. ii9, pi. 14. — Hartmann, Helvet. Ichthyol., p. 200. — Nenning, Fische des Bodensee>, p. i9. — Yenins, Maniiat, p. 414. — Paltas, Zoogr. Ross.-As., 111. p. 321.
— Uoiandre, Faune de la Moelle., p. tà9. •— (h'i>nov., Syst. ; éd. Gray, p. 184.
» Leucisc'US, SteinhiùlUr, Neue Âlpina, 11, p. 31i. LtKiMis Af.DUHNUï>, Ftemming^ Bril. An., p. 138. — Cuv. et Val., XYll. p 27i — YatreU, Brit, Fislies, I, p. 368, tb édil., p. 419. — Happ, Fische des Bodensees, p. 9.
• OCHRODON, Cuv. et Val., XVII, p. 249.
• iaeiKNOiDES, Cuv. et Val,^ XYll, p. 25U.
A»i»n> Ai.HURMs, AyoHviz^ Méin. Soc. S. X. Keuchàtel, p. 38. — Bonaparte^ Fauna ttalica, 111, 3, pi. 116. fig. 5. — Schim, Faiina Hei>et., p. 155 ; Kurop. Fauna, 11, p. 328, part. » ALBiiKNOiDES, De Selys, Faune belge, p. 214. p ik;hkolk>n, Fitziuyei\ Prod. Faun. Austr. Abkavin alkuknl's, SUstton, Skand. Fauna, IV, p. 337. — (iûnther, Fische
des Neckars, p. M).
Ai.Bi'KNt> i.rriDt'S, Heekei et Kner, Susswasserlische, p. 131, lig. 87 et 08.
— FrilBch, Fische Bohtnens, p. 5. — Dybowtky, Cyp. Livlands, p. 165. — Siebold, Siisswasseiiische, p. 154. — JeiUeleB, Fische dei- Mai'ch, II, p. 0. — Jackcl, Fische Buyerns, p. 00. — Blanchat'd. Poissons de Fi-ance, p. 36i, fig. 77, 78 et 79. — Gûnthei\ Catal. of Fishes, VU, p. 312. — Lunet, Poissons du Léman, p. 53, pi. VI, fig. 2. — /M ta Fontaine^ Faune du Luxembourg, Poi>s., p. 40.
• OBTi'SLS, Alb. .\(a'Ti'S, Hecket, Fische Syriens, 40.
» fj^crsTKis, Heckel et Kner, Siisswasserfische, p. I3i.
MiKANDiCLLA, Blanchard, Poissons de France, p. 309, lig. 80. » BRFViCEPs, Heckel et Kner, Siisswasoerfische, p. 134, tlg. 69. » Fabraki, Blanchard, Poissons de France, p. 370, fig. 81.
Ai«i*ii'> iaUmrnuê) albohella. De Filippi (subspecies meridionalis.^) Vuy. plus loin, n* Il 6iK, p. 4i0.
Noms vulgaires, en Suisse : S. F. Sardine, Randion (Genève) ; Blancket, Blanchaille^ Naze^ Bezeula et Mirandelle (côtes vaudoise et savoyarde du Léman); Able, Laube (Neuchàteljj AbMé^ LaugeU (Morat). ^S.K. lâcher y M^tngér (Bienne et Zug) ; Lauelen{Bàie)] Lau ou Luonzeli ad.^ Wingere'}, (Lucerne); Ischer, IscherH et Hlaûling (Thun); Laupelif iMugeli^ Laugelen^ Laubelen^ parfois Agrus (Zurich et Wallenstadt) ; LaugeU Laugele^ Laugeli^ Logenen, Seelen, Gra^slingy Zierfisch et A gone ou A goner * (Thnrgo.ieet lac de Constance).
Corps fusiforme, assez allongé et étroit, bien que plus ou moins élevé et graduellement comprimé d'avant en arrière. Le profil supérieur d'ordinaire légèrement convexe de Tocciput à la dorsale, ou parfois un peu voûté sur la nuque seulement, et presque rectiligne de la dite nageoire à la caudale ; chez certains sujets plus élevés, plus convexe sur toute sa longueur. Le profil inférieur suivant une courbe douce et régulière de Tanglc du maxillaire à Tanale, puis oblique et presque rectiligne ou un peu concave en arrière de ce point. Le dos subarrondi transversalement ou légèrement tectiforme bien que relativement assez large en avant ; le ventre pincé en arête étroite et nue, soit dépourvue d'écaillés au sommet, entre les ventrales et Tanale.
La hauteur maximale, suivant les sujets, entre la dorsale et les ventrales ou vers ces dernières ou au contraire plus en avant, k la longueur totale du poisson, comme 1 : 4 Vs — 6 *, selon les individus femelles ou mâles et suivant Tâge plus ou moins avancé, parfois 6 V4 chez déjeunes individus ^ Cette même hauteur, à la longueur du poisson sans la caudale, comme 1 : 3 ' 10 à 4 Vs- L'élévation mini-
' Ce nom de Agone ou Agoner que j'ai entendu appliquer aux Ablettes à Rorschach, rappnlle d'une manière curieuse les noms Agôn ou Agom appliqués, dans le Tessin au sud des Alpes, à la Cli^pea ahsa.
* Heckel et Kner donnent 4 '/« comme un des principaux caractères de leur Alb. breviceps.
* Les limites de ce rapport données par Heckel et Kner doivent avoir été relevées presque exclusivement sur des femelles^ car autrement elles accuseraient une assez grande différence entre les Ablettes d'Autriche et celles de la Suisse.
ALBURNUS LUCIDUS. il 7
maie, selon les si^ets mâles ou femelles, à la hauteur la plus grande, comme 1 : 2 V4 ^ 2 Vs- L'épaisseur la plus forte, située plus ou moins en avant au-dessus des pectorales, un peu plus faible que la Vi de la hauteur maximale ou égale à cette moitié et, suivant les cas, égale à l'épaisseur sur Topercule, un peu plus forte ou plus faible. Une section verticale du tronc, par le fait, de forme elliptique moyennement allongée.
L'anus ouvert le plus souvent très légèrement en arrière du milieu de la longueur totale du poisson ; un peu plus reculé chez certains sujets plus voûtés. Tête plutôt petite, bien que de proportions variant avec le sexe et l'âge, et présentant, vue par le côté, la forme d'un cône tronqué obliquement près du sommet. Le profil supérieur à peu près droit et faiblement incliné ; le profil inférieur convexe et plus ou moins brusquement relevé en avant, de telle manière que l'ouverture de la bouche se trouve le plus souvent au-dessus du centre de l'œil, bien que quelquefois aussi un peu au-dessous de celui-ci * .
La longueur céphalique latérale, volontiers légèrement moindre que la hauteur du tronc, chez les adultes, par contre souvent un peu plus forte chez les jeunes et, comparée à la longueur totale du poisson, comme 1 : 5 Va^ chez beaucoup de femelles adultes et de jeunes, à 6 V„ chez beaucoup d'adultes, de mâles surtout * ; la même longueur, au poisson sans la caudale, comme 1 : 4 ^'4 à 5. La longueur de la tête en dessus, à la longueur par le côté, le plus souvent comme 1 : 1 '/« ou 1 Vs* L'élévation à l'occiput, suivant les individus, légèrement moindre ou un peu plus forte que les Vs
* La forme moins tronquée et pins acuminée de la tête résultant de cette disposition moins relevée de la fente buccale m'a paru se montrer sortOQt chez des si^ets plus voiHés que j^avais d'abord distingués sous le 00m d^Attmmua arqwUus. Les deux déviations extrêmes dans les formes de la tête pourraient être dénommées par opposition, AU), wir, oxycephala e^ Alb, var, colobocephala,
* Heckel et Kner donnent comme caractère principal de leur Alb. hreciopi =1:6 * s.
de la hauteur du corps, souvent même égale aux Vt àe celleci chez les jeunes ; selon Pftge de V4 ^ Vs moindre que la longueur céphalique latérale. L'épaisseur sur Topereule très légèrement plus faible que la moitié de la longueur céphalique latérale et correspondant, suivant les sujets, à la hauteur vers le bord antérieur de Torbite ou, plus en arrière, vers le tiers de TœiL
Museau anguleux et plus ou moins retroussé, avec un menton plus ou moins proéminent — Bouche oblique, plus ou moins tombante, assez protractile et fendue à peu près jusqu'au-dessous des narines. La mâchoire inférieure dépassant plus ou moins la supérieure et pourvue à la symphyse. dans les deux sexes, d'un petit crochet terminal correspondant à une légère excavation de la mâchoire supérieure. — Narines plutôt petites et doubles : Torifice antérieur le plus petit, arrondi et bordé d'une valvule susceptible de recouvrir le postérieur plus grand et plus ovale ; la cloison séparatrice située à peu près au tiers de la distance comprise entre le bord de l'orbite et le bout du museau. — Lèvres assez minces. — Langue plutôt étroite. — Quelques pores et canalicules assez apparents, de l'occiput aux narines, au-dessus de l'œil, sur les sous-orbitaires au-dessous de celui-ci et le long du préopercule et du maxillaire inférieur.
Œil grand bien qu'assez distant du profil frontal et d'un diamètre, à la longueur céphalique latérale, comme 1:3 — 3'/, selon les sujets jeunes ou vieux (parfois môme 2 V4 chez de petits individus).
L'espace préorbitaire de V? ^ V* plus faible que le diamètre oculaire chez les adultes, chez les jeunes de Vt ^ Vs plus petit.
L'espace postorbitaire toijgours beaucoup plus grand que l'œil, un peu moindre que le double du préorbitaire et généralement un peu plus faible aussi que la moitié de la longueur céphalique latérale.
L'espace interorbitaire à peu près égal au diamètre de l'orbite ou légèrement plus fort chez les adultes, mais sensiblement plus faible chez les jeunes, le front tendant d'ordi-
ALB'JRNl'S LUCIDUS. 419
naire à s'élargir avec Tflge chez nos Cyprinides, en même temps que le museau s'allonge par rapport à rœil. Arcade sous-orbitaire composée généralement de six petits os juxtaposés : le premier large, court et subcarré ou subarrondi, occupant tout Tespace compris entre Tœil et la ma^ choire, et susceptible de recouvrir, chez F adulte, du quart au tiers de la surface de Torbite, chez les jeunes la pupille seulement ; le second un peu plus court et très étroit, soit carré long ; le troisième en croissant étroit, à peu près une fois et demie aussi long que le précédent ; le quatrième, derrière rœil, presque aussi long, mais plus étroit encore ; enfin les cinquième et sixième très petits.
La voûte susorbitaire étroite et peu saillante. Maxillaire supérieur arqué, mais presque rectiligne ou très légèrement convexe en avant et développé, en arrière vers son milieu, en un grand coude en forme de hachette, soit à la fois bien creusé en dessus et un peu concave en dessous. La branche inférieure plutôt large et relativement assez longue, quoique plus ou moins prolongée suivant la forme plus ou moins oblique de la bouche, et un peu renflée ainsi que légèrement tordue à Textrémité. (Voy. pi. n, fig. 34.) Opercule subtrapézoldal et, suivant les individus mâles ou femelles, comme selon la forme effilée ou élevée des siigets, de V« seulement ou de 7, ou presque de V« plus haut que large. Le côté supérieur, presque droit ou faiblement creusé, égal environ à la moitié de l'inférieur à son tour droit ou un peu convexe. Ce dernier formant avec le bord postérieur, d'ordinaire un peu concave, un angle, selon les individus, un peu plus ouvert ou au contraire plus aigu que l'angle droit.
Sous-opercule large et en demi-croissant.
Interopercule formant un très petit triangle entre la pièce précédente et le préopercule.
Préopercule légèrement oblique au côté postérieur et formant, par le fait, un angle plutôt obtus et largement arrondi.
La bordure branchiostège passablement développée. Pharyngiens le plus souvent très grêles. L'aile courte, médiocrement développée, plus ou moins brusquement coudée
4âô FAUNE DES VERTÉBRÉS.
vers le haut et bien anguleuse dans le bas à peu près en face de la troisième grande dent. La corne supérieure médiocrement allongée, faiblement arquée et fortement recourbée en avant. La branche inférieure relativement longue et effilée avec un renflement latéral plus ou moins accusé au-dessous de Paile.
(Chez certains sujets élevés du Rhin, les os un peu plus forts, la branche inférieure en particulier un peu plus épaisse.) (Voy. pi. IV, fig. 31 et 34.) Dents pharyngiennes généralement au nombre de sept et sur deux rangs parallèles de chaque côté : cinq grandes sur un rang postérieur et deux petites sur une ligne parallèle antérieure (exceptionnellement 4 grandes d'un côté ou 1 petite seulement). Les plus grandes plutôt grêles, à couronne allongée, un peu recourbées à l'extrémité et finement dentelées ou pectinées sur les côtés de la tranche. La troisième d'ordinaire la plus longue. La dernière en bas, la plus petite et souvent plus distante des autres sur l'os droit que sur le gauche*.
Les petites dents implantées au pied des seconde et troisième précédentes, assez étroites et légèrement recourbées au sonmiet ; l'inférieure, tantôt la plus longue et tantôt la plus courte des deux, égale suivant les cas à la Va ou aux V» de la plus grande postérieure. (Chez certains sujets à dos élevé et bouche peu oblique, provenant du Rhin à Bftle, les dents principales un peu plus trapues, toutes à égale distance, plus fortement pectinées et surtout bien plus crochues au sommet. Cette différence jointe à quelques autres traits différentiels m'a fait croire d'abord à un produit hybride, puis m'a poussé à décrire séparément cette forme au premier abord assez caractéristique ; toutefois, des recherches et des comparaisons plus approfondies m'ont enfin démontré qu'il n'y avait là qu'une variété locale.) (Voy. pi. IV, fig. 31 et 34.) Meule relativement petite, dure, épaisse, facilement isolable et
* Soavent l'espace inégal sur l'os gauche ; quelquefois aussi l'interralle égal sur les deux os, cela principalement chez certains sigets à dos élevé.
ALBURNUS LUCIDUS. 4SI
d'ordinaire de forme subelliptique ou ovale, subarrondie en avant, recourbée un peu en crochet vers Textrémité postérieure et marquée de nombreuses impressions dentaires obliques entre-croisées.
(La forme un peu plus ramassée et moins largement arrondie en avant de la meule des siyets élevés du Rhin dont j'ai parlé ci-dessus, m'a fait penser d'abord à un mélange avec le Spirlinus bipunctatus; mais la faiblesse relative du crochet ou lobe postérieur, jointe à la parfaite identité du maxillaire supérieur de cette forme avec cet os chez nos Ablettes ordinaires m'a encore fait repousser cette hypothèse), (Voy. pi. IV, fig. 32, 33, 35 et 36.) Dorsale dépassant de quelques rayons, en avant, le milieu de la longueur totale du poisson, soit naissant, selon les individus, plus ou moins en arrière du centre de celui-ci sans la caudale (souvent d'une quantité à peu près égale à la Vi ou aux Vs de la tête) et généralement un peu plus près de l'anale que des ventrales. La hauteur, au plus grand rayon, variant, suivant la forme des sujets et l'âge plus ou moins avancé, de V» ^ V» de l'élévation du corps ; le plus souvent égale à peu près aux Vs de celle-ci, chez les adultes ordinaires. Ce rayon dorsal maximal dépassant en longueur l'espace compris entre l'angle postérieur de l'opercule et le bord antérieur de l'œil, cela souvent d'une quantité un peu plus forte chez les siqets effilés et les mftles que chez les femelles, mais sans règle constante à cet égard. La longueur basilaire un peu plus grande que la moitié de la hauteur de cette nageoire, rarement égale aux deux tiers de celle-ci ; en moyenne, à peu près égale à l'espace postorbitaire, soit volontiers un peu plus forte chez les mflles et un peu plus faible chez les femelles, mais encore sans règle constante ^ Quant à la forme : anguleuse, médiocrement décroissante et à peu près rectiligne ou très légèrement convexe sur la tranche.
Neuf à douze rayons : deux à trois non divisés et sept ii neuf rameux (sans compter pour deux, comme quelques au-
* Ches certaines femelles de forme élevée proTenant du Rhin, cette base était en particulier plus grande que l'espace postorbitaire.
teurs, le dernier partagé jusqu'au bas). Le premier simple d'ordinaire tout à fait rudimentaire, on caché sous les téguments, parfois même absent. Le suivant mesurant, entre le tiers et la moitié du troisième ; celui-ci, ou grand simple, très légèrement plus long ou de même grandeur que le premier divisé lui-même le plus fort des rameux. Le dernier divisé variant, suivant les individus, entre un peu plus du tiers et la moitié du plus grand.
Anale naissant le plus souvent au-dessous du dernier rayon de la dorsale, quelquefois un peu plus en avant, parfois même au-dessous du milieu de cette nageoire et, rabattue, laissant entre elle et les premiers rayons de la caudale un espace susceptible de varier, avec les individus, de la hauteur de son sixième à celle de son second rameux. La longueur basilaire d'ordinaire sensiblement plus grande que la hauteur de la dorsale et souvent plus forte relativement à la tête chez les mftles que chez les femelles ; ainsi : volontiers plus grande
* que l'espace compris entre le bord de l'opercule et les narines, parfois même égale à la tête, chez les mftles, mais atteignant plus rarement au bord des narines, restant même parfois au niveau du bord antérieur de l'orbite, chez beaucoup de femelles. (Cette différence sexuelle, souvent très frappante, souffre cependant quelques exceptions, conune les précédentes ; en particulier, dans certaines femelles à forme élevée et museau pointu, provenant du Rhin, chez lesquelles la longueur de l'anale égalait presque celle de la tête.) La hauteur au plus grand rayon variant, suivant les individus, entre les Vs ^t les 7» de l'étendue basilaire et égale à peu près aux V4 de l'élévation de la dorsale. Quant à la forme : anguleuse au sommet, passablement décroissante et un peu concave sur la tranche.
Le plus souvent, dix-huit à vingt et un rayons : trois simples et quinze à dix-huit divisés. (Le maximum de 20 rayons rameux attribué par plusieurs auteurs, Heckel et Kner, de Sicbold, Jeitteles et autres aux Ablettes d'Allemagne, me paraît rare chez nous ; par contre, le minimum 15, au-dessous des minima de ces ichthyologistes, m'a semblé assez fréquent dans nos eaux.)
ALBURNUS LUCIDUS. 4Î3
Le premier simple égal environ au tiers du second; celui-ci un peu plus fort que le tiers du troisième; ce dernier à peu près égal au premier divisé ou un peu plus court. Les deux premiers rameux les plus grands à peu près égaux ; le dernier de tous un peu plus fort que le tiers du phis grand, rarement égal à la moitié.
Ventrales implantées toiyours bien en avant de Taplomb de la dorsale et de la moitié du poisson sans la caudale, de manière à atteindre rabattues, à peu près jusqu^au-dessous du centre de la dorsale et à parvenir ainsi plus ou moins près de Tanus, soit demeurant séparée de ce dernier par un espace égal, suivant les individus, à '/s ou à V5 seulement de leur longueur, ou arrivant quelquefois jusque sur cette ouverture, chez des jeunes surtout. La longueur, au plus grand rayon, un peu plus forte que la hauteur de Tanale, mais toujours un peu moindre que Télévation de la dorsale. Quant à la forme : subacuminées au sommet, arrondies sur la tranche et relativement peu réduites en arrière.
Neuf à dix rayons : deux simples soit non divisés et sept à huit divisés \ Le premier simple sublatéral, non articulé et égal environ à V5 du suivant ; celui-ci non rameux (bien qu'articulé et composé, comme toujours, de deux tiges acolées) h peu près égal au premier divisé, le plus grand. Le dernier, souvent non rameux ou divisé seulement au sommet, mesurant d'ordinaire entre la Vi et les '/, du plus grand.
Pectorales rabattues laissant, entre leur extrémité et l'origine des ventrales, tun espace en moyenne égal à V4 de leur longueur, parfois à Vs chez certains mftles ou à Vf chez certaines femelles. Avec cela, de V5 & V« environ plus grandes que les ventrales (parfois de V7 seulement), soit presque égales à la longueur basilaire de l'anale et par le fait d'ordinaire un
^ JeitUles (Fische der March, 6) compte 1 à 2 rayons simples, parce qa'fl êj<mie an premier grand simple le dernier des divisés, en effet, son- Ttnt simple snr tonte sa longnenr, mais qu'il ne faut cependant pas mettre au litae nîvean que le premier. D parait n'aYoir pas observé la constance dn premier petit rayon simple snblatéral.
4M FACNE DES VERTÉBRÉS.
peu plus longues que la hauteur de la dorsale, plus rarement égales seulement à celle-ci \ Quant à la forme : assez pointues au sommet et arrondies sur la tranche.
Qiùnze à dix-neuf rayons : un premier simple et quatorze à dix-huit, le plus souvent quinze divisés. Le premier simple volontiers un peu plus fort ou plus épais chez les mflles que chez les femelles, à T époque des amours surtout ; dans ce cas, un peu arqué et, par le fait, relativement plus court chez les premiers que chez les secondes. Le premier divisé, suivant les cas, un peu plus grand que le précédent ou de même longuem*. Le dernier d'ordinaire non ramifié variant, selon le nombre des rayons, entre V» ^^ Va du plus grand.
Caudale de moyenne grandeur et assez profondément échancrée, avec deux lobes assez acuminés, à peu près rectilignes sur la tranche et rarement parfaitement égaux (rinférieur souvent de deux à trois millimètres plus long que le supérieur chez les adultes *). La longueur de cette nageoire au sommet du plus grand lobe, à la longueur totale du poisson, comme l : 4 V2 ou 4 V3 chez les mâles, à 4 "/s o^ ^ chez les femelles et les jeunes (avec des exceptions); par le fait mesurant toujours plus que la longueur de la tête, et souvent plus chez les mâles et les sujets effilés que chez les femelles et les sujets élevés.
Dix-neuf principaux rayons, dix-sept divisés et deux non divisés, flanqués en haut et en bas de cinq à sept petits décroissants. Les rayons médians à peu près égaux aux Vs des plus grands.
Écailles peu solides, de dimension moyenne, très minces et pour la plupart, sur les flancs, passablement plus hautes que longues, ainsi que se recouvrant à moitié environ. Une écaille latérale des plus grandes, d'une surface à peu près égale à Vs de la surface de Toeil ou légèrement plus chez les adultes, à peu près égale seulement à la pupille chez les
^ En particulier chez certaines femeUes de la forme élevée da Rhin. ' La figure de Heckel et Kner le représente au contraire un peu plos court.
ALBURNUS LUGIDU8. 4t5
jeunes. Les squames des ilaûcs subovales dans le sens vertical, £aiUement convexes ou comme légèrement bilobées au bord fixe, largement arrondies au bord libre et leplussouvent de Vs à V4 plus hautes que longues (plus rarement de V» ^ Ve seulement chez ca'tains siyets élevés, à museau pointu). La surface de chaque écaille latérale marquée de stries concentriques très déliées, distribuées autour d'un nœud généralemeht un peu plus voisin du bord fixe que du bord libre. Partant de ce centre, de légers sillons rayonnants formant, sur le bord découvert, des festons larges mais peu profonds, comme les sillons en nombre assez variable. La majorité des sillons et des festons sur la partie moyenne du bord libre, toutefois, assez souvent, quelques-uns aussi plus vagues et plus irréguliers, en face des premiers, sur le bord fixe, parfois même un peu sur tout le pourtour de Técaille. Le nombre des sillons variant, par le fait, très souvent sur diverses écailles latérales d'un même individu, de 5 à 1 5. Les squames latérales antérieures et postérieures un peu plus petites que les médianes, les premières de plus en plus subarrondies, les secondes plus allongées et plus coniques au bord libre. Celles du dos en avant plus petites encore et plus courtes. Les pectorales petites aussi et de formes assez irrégulières. (Voy. pi. m, fig. 29 et 30.)
Chez certains individus à forme élevée et à tète pointue, dont j'ai déjà plusieurs fois padé, les écailles m'ont paru en majorité plus arrondies et un peu plus épaisses, avec des stries moins déliées et des rayons passablement plus apparents.
Généralement sept à huit, plus rarement neuf écailles au-dessus de la ligne latérale, vers la plus grande hauteur, et trois à quatre en dessous, jusqu'aux nageoires ventrales.
Ligne latérale décrivant, jusqu'au centre de la caudale, une courbe assez régulière et souvent un peu plus concave chez les femelles que chez les mâles, soit passant, suivant les individus, légèrement au-dessus ou au-dessous du tiers inférieur de la hauteur maximale.
Quarante-cinq à cinquante-quatre (exceptionnellement
4Î6 FAUNB DBS VERTÉBRÉS.
58 0 écailles sur la ligne latérale. Les médianes assez semblables à leurs voisines supérieures ou très légèrement bilobées sur le bord libre, avec un tubule subcylindrique plutôt étroit, mesurant environ la moitié de la longueur de Técaille, à peu près également distant des deux bords et souvent légèrement arqué ou coudé à Textrémité, de manière que Torifice postérieur d'une écaille tombe, suivant les cas, un peu au-dessous ou au-dessus de Touverture antérieure de la siûvante (le plus souvent au-dessous). Les squames antérieures, plus petites et subovales, portant un tubule plus large et volontiers plus firanchement coudé (vers le haut le plus souvent). Les postérieures plus petites aussi, mais moins élevées et plus coniques, avec un tubule plus effilé et souvent plus droit. (Voy. pi. III, fig. 31 et 33.) Coloration des faces dorsales d'un vert olivâtre brillant et à reflets métalliques tirant plus ou moins, selon les conditions et les individus, sur le jaune doré, sur le fauve, sur le brun, sur le vert émeraude ou sur le bleu d'acier, toutes teintes plus ou moins assombries par un semis de très petits points noirâtres. Les côtes du corps et de la tète, ainsi que les faces inférieures, d'un beau blanc argenté, un peu irisé et franchement limité, au haut des flancs, par une petite bande dorée plus ou moins apparente. Parfois quelques tiès petits points noirâtres distribués çà et là sur les flancs et les côtés de la tète. .(La coloration verte des faces dorsales passe souvent au bleu après la mort ; elle tourne, suivant les cas, au brun roussâtre ou au bleu dans l'alcool.)
Les nageoires dorsale et caudale d'un gris verdâtre, transparent et très pâle et plus ou moins enfumées ou légèrement pointillées de noirâtre. Les ventrales et l'anale d'ordinaire d'un blanc bleuâtre très pâle et transparentes. Les pectorales comme ces dernières, ou légèrement jaunâtres
' Blanchard (PoisBons de France, p. S69) compte jusqu'à 57 et 58 écailles snr la ligne latérale de PAblette da lac Léman qu'il distingae à tort spécifiquement sous le nom de Mirandètta. Ces chiilres «i^-'i**^ me paraissent exceptionnels, même dans le Léman.
ALBUBNU8 LUC1DU8. i27
avec leur premier rayon souvent pigmenté de noirâtre, dans la livrée de noces et chez les mâles principalement.
Plus rarement : Tanale et les ventrales ou les pectorales teintées de jaune orangé à la base ^
Iris d'un blanc ai^enté plus ou moins mâchuré de noirâtre dans le haut.
Dimensions susceptibles de varier passablement avec les conditions plus ou moins favorables. Bien que la majorité des adultes mesurent, dans notre pays, entre 135 et 160 millimètres (5 à 6 pouces), avec un poids de 17 à 21 grammes environ, il n'est pas rare cependant de rencontrer çà et là, dans nos divers lacs, des Ablettes de 170 à 190 millimètres de longueur totale, avec un poids de 28 à 35 grammes, soit mesurant à peu près les 7 pouces attribués par Gttnther comme rare maximum à cette espèce dans les eaux du. Neckar. Lunel a trouvé même, dans le Rhône à Genève, un AbL lucidus qui mesurait jusqu'à 210 millimètres (7 pouces et 10 lignes), soit à peu près le double des dimensions les plus répandues. Heckel et Kner donnent pour T Allemagne, comme Nenning pour le lac de Constance, une moyenne de 4 à 5 pouces, avec un maximum de 7. Blanchard attribue à son Ablette commune, en France, une taille ordinaire de 120 à 140 millimètres, avec un maximum de 150, soit de 4 V» à 5 Vi pouces à peu près. •
Mâles adultes généralement plus petits que les femelles et, à répoque du rut, ornés souvent sur la tête, les joues, le dos et les côtés du corps de petits tubercules coniques qui les rendent plus ou moins rugueux au toucher. Les mêmes se distinguent aussi d'ordinaire des femelles, au temps des amours surtout, par une plus grande épaisseur et par une pigmentation noirâtre plus accentuée du premier rayon des
^ Lanel (loc. cit., p. 56) dit avoir troavé dans les eaux du Léman une Ablette chez laquelle la base des pectorales était d'an beau janne
oraDgé.
Jeittales (loc. cit., p. 7) raconte avoir examiné une Ablette chez laquelle les tuboles de la ligne latérale étaient colorés de petits points d'un rouge de sang.
428 FAUNE DBS VERTÉBRÉS.
nageoires pectorales. En effet, ce rayon montre alors, chez eux, depuis le milieu ou le tiers environ de sa hauteur, un assez brusque épaississement et une légère courbure en arrière, en même temps que les articulations devienneot de plus en plus saillantes.
A côt^ de ces caractères sexuels dépendant en partie des saisons, je pourrais relever encore ici quelques autres différences que j'ai déjà signalées chemin faisant, mais qui, bien que souvent très frappantes à première vue. ne sont cependant pas assez constantes pour pouvoir servir toiyours et partout à distinguer les sexes. Ainsi : nous avons vu que les mftles, avec des formes générales plus élancées ou moins voûtées que les femelles, ont souvent la tète un peu plus courte et que, par le fait, la base des nageoires dorsale et anale, ainsi que la longueur des pectorales et de la caudale sont volontiers un peu plus fortes, chez eux. relativement à la longueur céphalique.
Jeunes plus élancés que les adultes, avec la tête et les ni^eoire.s souvent relativement un peu plus longues. Le profil céphalique supérieur un peu plus convexe en avant; Tœil plus grand et, par le fait, le museau plus court et l'espace interorbitaire plus étroit. Les faces supérieures souvent, dans le bas Âge, d'un gris verdfttre et parsemées de petites taches dorées avec un point d'un vert émeraude au centre.
\>rtèbres au nombre de 41 à 44. — Vessie aérienne assez grande et étranglée entre la moitié et le tiers antérieur. La partie postérieure faiblement cintrée et médiocrement accumioée ; la partie antérieure un peu renflée ou légèrement bilobée en avant, et protégée par une enveloppe membraneuse assez épaisse. — Tube digestif formant deux replis et mesurant à peu près la longeur totale du poisson, ou un peu moins. — Ovaires et testicules doubles.
Une rangée de pseudobranchies pectinées passablement développées, derrière le préopercule.
L'Ablette commune varie assez dans différentes conditions, quant aux formes et aux diverses proportions, pour avoir donné
ALBURNUS LUCIDUS. 499
lieu à la création de plusieurs fausses espèces. Il semble cependant que toutes ces variantes puissent se grouper autour de deux tendances principales, poussant Tune à Télévation, Tautre à rallongement du corps et constituant, dans leurs extrêmes, deux variétés que Ton pourrait distinguer, pour plus de clarté, et comme je Tait fait chez d'autres poissons, sous les noms de Var. f>lataet Var.ehngata; tendances entre lesquelles se trouverait le type moyen de Tespèce. La plupart des autres traits signalés comme distinctifs, dans le détail pour ainsi dire anatomique de certains individus, ou bien sont des corollaires de ces premières déviations dues souvent au mode de vivre, ou bien n'ont pas acquis assez de constance pour mériter jusqu'ici Fimportance de caractères spécifiques ; plusieurs se retrouvent à des degrés d'accentuation différents dans les deux formes.
Je rappellerai seulement rapidement quelques points que j'ai déjà relevés dans le courant de ma description : Si Heckel et Kner n'ont pas pris leurs rapports de proportions des hauteurs et longueurs de VAlh. hieidus presque uniquement sur des femelles, cette Ablette doit accuser plus constamment en Allemagne qu'en Suisse une forme relativement élevée. En outre, les Ablettes à corps très élevé ont souvent la bouche moins oblique et le maxUlaire inférieur moins proéminent que les sujets à corps élancé ; la tète est, par le fait, chez elles, plus pointue et moins tronquée que chez les secondes. L'on pourrait, je l'ai dit, distinguer encore deux formes opposées sur ce point, sous les noms de car. oxj/cephala et var. colobocephala, si ces variantes, souvent résultantes des premières tendances générales, ne souffraient quelques exceptions et ne laissaient pas entre elles une foule de degrés transitoires reconnus. Enfin, je ne trouve dans aucun auteur allemand, pour la nageoire anale de VAlb, laciflîiSj le minimum de 15 rayons divisés que j'ai rencontré assez fréquemment chez les Ablettes de nos eaux (en particulier dans la Suisse occidentale). Ce chiffre, moindre que la moyenne de Tespèce, me paraît établir comme un certain rapprochement entre notre Alb. Uicùlus au nord des Alpes et VAlb. Alborella Au Tessin et de l'Italie au sud, car l'infériorité relative de cette nageoire sur ce point constitue un des principaux caractères distinctifs de la dite Ablette méridionale.
430 FAUNE DES VEBTÉBRÊ8.
J'ai donc remarqué, comme la plupart des ichthyologistes qui m'ont précédé, des Ablettes plus effilées et des Ablettes par contre plus élevées. Cette différence, déjà signalée par Agasaz en 1828 \ a été successivement relevée et différemment interprétée par un grand nombre d'observateurs. Holandre, en 1836', ajoute à sa description du Cyp. albttrnu^ que les pêcheurs distinguent une variété de TAblette qui est beaucoup plus large et qu'ils appellent Ablette-Brème. De Selys, en 1842', décrit sous le nom d^Aspius albumoides une forme par contre plus effilée du même petit Cyprin. Depuis lors plusieurs auteurs. Heckel et Blanchard entre autres, ont accordé à ces formes différents degrés d'importance. Dans son ouvrage sur les SUs^îvoS" 3erfiBche\ le premier ramène au rOle de variétés de son AUnirm(8 lucidtis, ses Alh. lacustris plus élevé et Aïb. albumoides plus allongé qu'il avait d'abord séparés. Huit années plus tard, le second (Blanchard) relève encore, par des noms nouveaux cette même divergence^; ses Alhurmis Faln-aei et Alb. miraudella devraient être suivant lui spécifiquement distiguées de son Alb^(rnt(8 lucidus. La grande variabilité des formes que j'ai eu l'occasion d'observer chez les Ablettes de nos différents lacs et courants m'empêche d'établir aucune ligne de démarcation constante entre les deux extrêmes élevés et allongés. Tous les caractères de détails qui devraient, suivant les uns ou les autres, appuyer des distinctions spécifiques se présentent à des degrés divers, soit dans les formes moyennes ou de transition, soit parfois jusque dans les maxima de déviation.
J'ai déjà signalé, chemin faisant, la grande variabilité, sur plusieurs autres points, de notre Alburnus luddus. J'ai montré comment les rapports de proportions des membres, de l'œil et de la tête, les formes plus ou moins retroussées du museau et plus ou moins proéminentes du maxillaire inférieur, ainsi que le nombre des écailles et des rayons des nageoires peuvent varier,
^ Beschreibang eiaer nenea Species ans dem Genus Cyprinw Lin. (Is», 1828, p. 1048).
' Faune de la Moselle, p. 250.
' Faane belge, p. 214.
^ Heckel et Kner, p. 133.
^ Blanchard, Poissons de France, p. 864 à 371, fig. 72 à St.
ALBURNUS LUCIDUS. 431
non seulement selon Tige et le sexe, mais encore selon les conditions d^ezistence, et le mode de vivre prédominant, dans chacune des formes. Une charpente un peu plus wUde des os pharyngiens, pas plus qu'une forme plus dentelée «u plus crochue des dents, ne peuvent môme servir ici à justifier des distinctions spécifiques ; on trouve trop de degrés transitoires entre les divers extrêmes. Les Alb. obtusus et Alb. actUm de HeckeP, pas plus que VAspius ochrodon de Fitzinger', ne peuvent par conséquent subsister en tant qu'espèces différentes de notre Ablette ordinaire; ils doivent rentrer à des titres divers dans le cadre des différentes tendances dont j ' ai parié phis haut.
La prétendue Mirandelle (Alh, mirandella) de Blanchard doit compter, suivant cet auteur 57 à 58 écailles sur la ligne latérale, tandis que TAblette commune n'en compterait que 28 à 29 *. Ce principal caractère disUncUf invoqué pai* Tauteur des Poissons d'eau douce de la France repose, à la fois, sur une exagération ou une insuffisance d'observations, pour la première de ces Ablettes, et sur une erreur (probablement d'impression) pour la seconde. En effet : La soi-disant Mirandelle, la forme la plus conunune de YAlbumas hundus dans le lac Léman, varie le plus souvent, quant au chiffre des écailles de la dite ligne latérale, entre 49 et 54 (le total de 58 m'a paru, je l'ai dit, devoir être plut6t exceptionnel) ; en outre, les Ablettes plus élevées de diverses provenances, de la Seine à Paris en particulier, et de quelques localités suisses, ne m'ont jamais montré moins de 45 écailles tubulées, elles en portaient souvent même jusqu'à 53 (les chiffres 28 à 29 donnés dans le texte par Blanchard doivent donc être erronés; la planche qui les accompagne représente 42 squames sur la ligne latérale, il me semble probable que Tanteur à voulu dire 48 à 49).
VAlburnus Fabraei de Blanchard S se Aipprochant assez du Spirlin, par ses formes encore plus élevées, ne présente égale-
Syriens, 56.
* Prod. FMueAwt., etCa?. et Val., XVH, p. 249.
* PoiflaoDB de France, 369 et 366.
* Blanchard, loc. cit. p. 870.
i3S FAUNE DES VERTÉBRÉS.
ment aucun trait spédtique de quelque valeur. Nous avons vu que les mâchoires sont souvent plus ou moins inégales, qae les proportions de Topercule varient énormément, que les rayons des écailles peuvent être plus ou moins apparents et que les dents sont plus ou moins allongées, sans que pour cela d'autres caractères plus importants soient sensiblement altérés. Je montrerai plus loin qu'une étude attentive m'a forcé aussi de fidre rentrer dans le cadre de mon Alb. lucidus une Ablette que j'avais d'abord regardée comme distincte sous le nom d*Alb. arquatus et qui rappelle sur plusieurs points VAlb. Fabriiei de Blanchard.
L'AUfiirmis breviceps de Heckel et Kner*, qui est voûté sur la nuque, et dont je n'ai encore rien dit, doit à son tour rentrer, je crois, à titre de variété, dans la synonymie de notre Alb. luci* dus. J'ai, en eifet, déjà souvent rencontré, chez plusieurs espèces de Cyprinides, de Leiœiscus et de Squalius par exemple, une tendance à la fbrme bossue ou var. gibhosa ; je l'ai même remarquée à des degrés divers chez plusieurs de nos Ablettes. Cette déviation ne m'a jamais paru accompagnée d'autres caractères distinctifs suffisants. Dans le cas particulier de cette Ablette du Danube, les signes ajoutés comme caractéristiques par les auteurs des Siisswasserfische me paraissent s'écarter trop peu des limites de la variabilité que j'ai établies sur nos diverses Ablettes suisses, évidemment toutes de même espèce, pour mériter ici l'importance spécifique : La plus grande hauteur du corps doit entrer chez VAlh. breviceps, décrit sur un seul échantillon, 4 Va fois dans la longueur totale ; j'ai trouvé, en Suisse, souvent 4 Vs- L& longueur de la tète doit être comprise pour VAlb, breviceps, 6 Vs de fois dans la même longueur totale; j'ai compté souvent, chez nous, 6 '/«. Enfin, la largeur de l'espace interorbitaire augmentant toujours avec Tftge, nous avons vu cet intervalle dépasser quelquefois un peu le diamètre de l'œil chez des adultes. Le sujet de Heckel en question peut avoir atteint un âge assez avancé, sans avoir beaucoup grandi (à peu près 5 pouces) ; cela en accusant toujours plus la tendance à la forme bossue assez répandue et déjà plus ou moins accusée chez bon nombre d'Ablettes.
* Sûsswasserfische, p. 134, fig. 69.
ALBURNUS LUCIDUS. 433
Je ne veux pas aller plus loin sans rappeler encore, en quelques mots, les principales déviations qui, sur plusieurs points, donnent un faciès trompeur à certaine Ablette très élevée du Rhin (à Bâle), dont j'ai à plusieurs reprises parlé dans le courant de la description. Cette Ablette, que j'avais d'abord distinguée, sous le nom A'^Alburmis arquatus^ d'autres individus de même provenance et moins élevés, bien que toujours plus hauts que la forme allongée var. élongata et colohoceplmhi, doit à son tour rentrer parmi les variétés de notre Alh. lucidns. Elle rappelle, avec plus ou moins d'exagération, plusieurs des caractères invoqués successivement comme distinctifs par divers auteurs et remémore, en particulier, plusieurs des traits censés spécifiques de l'Ablette du Rhône (à Avignon) que Blanchard a, comme je l'ai dit, appelée Alhurnus Fahraei.
Varietas elata et oxycephala.
L'Ablette que j'avais d'abord nommée Alb. arquatus, et que je décris ici comme variété, est assez fortement et à peu près régulièrement voûtée depuis le museau à la aiudale : la tête est, par le fait, chez elle, plus inclinée en avant. La bouche est faiblement oblique, tellement que le sommet de la fente bucale se trouve un peu au-dessous du centre de l'œil ; en outre, le maxillaire inférieur, bien qu'armé d'un fort crochet, est peu proéminent et ne dépasse guère la mâchoire supérieure, de telle manière que la tête et le museau sont véritablement pointus et et non tronqués obliquement. L'opercule, par le fait des proportions à la fois plus élevées et plus courtes de la tête, est aussi notablement plus haut en comparaison de sa largeur. Les os pharyngiens sont plus épais et les dents portées par ceux-ci sont plus trapues, plus franchement crochues et plus pectinées (voy. pi. IV, lig. 34) ; la meule est avec cela un peu plus arrondie, bien qu'avec les mêmes impressions (voy. pi. IV, fig. 35 et 36). La base des nageoires dorsale et anale est, même chez les femelles, passablement plus grande, par rapport à la tête, que chez la majorité des Ablettes ordinaires. Les pectorales sont un peu plus courtes par rapport à l'élévation de la dorsale. Les écailles sont moins hautes, soit plus arrondies, un peu plus épaisses et ornées «le stries concentriques et de rayons i)lus accentués (voy. pi. III,
434 FAUNt: DES VERTÉBRÉS.
fig. 38). Eiitin, la livrée m'a paru généralement d'un olivâtre plus blond, tandis que les nageoires inférieures sont assez souvent lavées de jaunâtre.
Je répète que je n'ai pas reconnu assez d'importance à ces nombreuses différences pour leur attribuer une valeur spécifique, et que la similitude avec VAlbuy^nus lucidiis, soit dans les moyennes de chiffres des écailles et des rayons des nageoires. soit dans les formes des sous-orbitaires et du maxillaire supérieur m'a empêché de voir une espèce particulière dans cette Ablette élevée et à tête pointue de provenance du Rhin.
Les foi*mes plus ramassées des pharyngiens et des dents semblaient plaider en faveur de l'idée d'un mélange, ou avec la Blirca hj'ôrkna ou avec le Spirlinns bipunctatus; toutefois, j'ai dû renoncer encore à cette supposition. Bien que la citation d'un Blivcoims alhnrniformis par de Siebold sembla appuyer l'opinion d'un hybride possible avec la première de ces espèces, la fonne des nageoires, de la dorsale surtout, et le nombre des écailles en dessous de la ligne latérale ne permettait pas ici de rapprochements suffisants. De même l'aspect très différent de la meule pharyngienne et du maxillaire supérieur chez notre Ablette arquée et chez le Spirlinns hipiatctatus semble enïeser, au premier coup d'œil, toute idée de combinaison de ces deux espèces.
En résumé : L'Ablette commune tend, dans divei-ses conditions, à varier en divers sens, soit par persistance des traits distinctifs du jeune âge, soit par exagération des caractères sexuels du mâle ou de la femelle, soit enfin, par le fait des exigences des conditions et du mode de vivre.
Il m'a pain qu'en Suisse les Ablettes qui habitent les eaux courantes et relativement un peu troubles affectent d'ordinaire une forme un peu plus élevée que celles qui se tiennent plus constamment dans les lacs et dans des eaux plus transparentes: toutefois, ce n'est probablement pas seulement au fait des eaux courantes ou tranquilles que cette différence d'élévation du coi"ps doit être toujours attribuée, car Heckel a autrefois distingué sous le nom d'Album us lacustris une Ablette qui, bien que propre aux eaux tranquilles des Neusiedler et Plattensee, présentait cependant dès le bas âge une forme relativement élc-
ALBURNUS LUCmUS. 435
vée. Il me semble probable que d'autres conditions de milieu, telles que la nature du fond des eaux ou la richesse en éléments nutritifs et la transparence relative de celles-ci, ainsi que différentes conditions météorologiques doivent également avoir une influence sur les formes de la bouche et du corps, eu modifiant plus ou moins les allures de ces petits poissons. Quelques observations que j'ai eu l'occasion de faire sur le Lenciscus rntilu^ libre, ainsi que sur des Dorades (Carassim miraUis) captives, m'ont en eflfet montré que la bouche devient de plus en plus oblique, quand l'animal est appelé à prendre surtout sa nourriture à la surface des eaux, tandis que la dite fente buccale demeure au contraire plus horizontale ou tend à devenir même subinférieure lorsque le poisson doit chercher surtout sa subsistance entre deux eaux ou sur le fond. On comprend aisément que, par suite des positions plus ou moins relevées de la tête, la ligne du dos devienne en même temps ou plus droite ou plus convexe, chez une même espèce *.
L\\ blette commune est très répandue dans les eaux douces de l'Europe, au nord des Alpes. On la rencontre tant en France, et jusque dans le midi, qu'en Suède et en Norvège au nord ; toutefois, elle est remplacée, en Italie, par une Ablette très voisine, YAUmrnus alborella qui pourrait bien n'être qu'une forme méridionale de la même espèce. Ce poisson habite, en grand nombre, tous nos grands lacs inférieurs, quelques-uns même d*un niveau un peu plus élevé, et la plupart de nos grands courants. Ou le trouve, par exemple, dans les lacs du Léman, de NeuehAtel, de Morat deBienne, deThun, de Brienz, de Lucenie, de Saraen, de Sempach, de Zoug, de Zurich, de Wallenstadt, de Constance et jusque dans ceux de Lungern et d'Egeri, à 659 et 727 mètres au-dessus de la mer, aussi bien que dans le Rhône, le Rhin, l'Aar et quelques-uns de leurs principaux tributaires. Cependant, notre Ablette oi'dinaire ne s'élève guère dans plu- :*ieurs de nos rivières un peu trop accidentées. Elle se montre encore assez abondante dans le Rhin à Coire, et dans l'Aar à
* II m'a semblé même que les nageoires dorsale et anale étaient pai fois, avec cela, plus ou moins reculées.
436 FAUNE DES VEHTÊBRÉS.
Berne ; toutefois elle ne s'écarte guère des embouchures des lacs dans plusieurs de nos courants de moindre importance. Quelques pêcheurs m'ont, en particulier, assuré qu'elle n'est pas trw abondante dans la Sarine à Fribourg. Selon Heer', cette espète aurait été importée en 1750, par le pasteur Schmidt, en même temps que la Perche, dans le lac de Spanoejç, à 1458 mètres audessus de la mer, et dans le Thalsee son voisin, au canton de Glaris. J'ai déjà parlé de cette citation à propos de la Perche: j'ai dit, plus haut, que, selon les recherches faites, à mon instigation, par le pasteur Zwicky d'Obwalden, dans le lac de Spanneg, il ne restait plus, en 1874, dans ce petit bassin élevé que le seul Véron (Phoxinus l^evis) qui n'y avait point été cité. La Perche et l'Ablette auraient disparu; la seconde de ces espèces y a-t-elle réellement jamais existé, ou bien cette ancienne donnée repose- t-elle sur une erreur?
L'Ablette ordinaire, bien connue de tout le monde, vit généralement en nombreuses sociétés. Sauf dans les eaux relativement troubles ou dans certaines conditions particulières «le milieu, et à l'exception de la saison des frimas qui chasse tou> les poissons vers la température moyenne des profondeurj>. on voit souvent les bancs serrés de nos Ablettes sillonner pn*sque à la surface, les eaux pures et transparentes de nos lacs, ou lutter, presque sans avancer et pressées les unes contre les autres, contre le courant assez rapide de nos grandes rivières. A la manière dt*s hirondelles, qui chassent souvent au ras du sol k> petits insectes qui leur servent de nourriture, les Ablettes, lt>t(^ et adroites, cherchent souvent aussi, et sans relâche, à la surface des eaux, les petits animaux qui y tombent continuellement. On les voit même sauter parfois au-dessus de réiément liquide pour happer au passage une proie encore en l'air. Ellt-s sont, par le fait, omnivores et, selon les circonstances, plus «u moins insectivort^s. J'ai trouvé, en effet, dans l'estomac de lM»aucoup une forte proportion de débris d'Éphémères, de Ih-ptèn-s. de petits Coléoptères et même d'Arachnides que le vent avait probablement abattus sur les eaux.
L'époque du frai varie, suivant les années et les localités, du
' Gemalde der Schweiz, 1840, p. Ibl.
ALBURM'S LUCIDUS. 437
cominencement de mai au milieu de juillet. L'on voit souvent aloi*s, par les beaux jours, des milliers d'Ablettes frétillant eu rangs serrée, soit se tordant et sautant en tous sens, })resque sur la rive de nos lacs. Ces petits poissons font ainsi un bi-uit singulier assez semblable à celui que produit une forte averse sur Teau, ou au crépitement que fait entendre le beurre d'une friture dans la poêle; c'est ce que nos pêcheurs traduisent volontiers par le mot fricasser : les Ablettes, en amonr, frirasffvnt le long des côtes. Souvent même, aveuglés par la frénésie amoureuse, quelques individus sautent sur tene ferme et périssent de la sorte, s'ils ne réussissent à regagner rapidement l'eau par de nouveaux bonds désordonnés. C'est dans ce temps surtout que les pêcheurs, tant poissons ou oiseaux carnassiers qu*hommes du métier, peuvent faire facilement de très riches captures.
Les œufs, de moyenne dimension et très nombreux, sont d'ordinaire déposés de nuit dans un petit fond et non loin des rive>, tantôt sur des plantes aquatiques, tantôt directement sur le gra>ier. D'après Heckel et Kner la ponte se ferait eu trois poses assez distantes, les plus vieilles femelles pondraient les preinières, les plus jeunes les dernières '. J'ai vu souvent, au commencement d'août, le long de nos quais à Genève, des banc^ nombreux de jeunes Ablettes de l'année mesurant déjà deux à trois centimètres. Comme ceux de la plupart des membres de la famille, les alevins de l'Ablette fournissent une large part k l'alimentation des espèces carnivores.
La chair de l'Ablette n'a point mauvais goût, toutefois la taille réduite de ce poisson et le nombre relativement grand de ses arêtes, font en général mépriser chez nous ce petit cyprinide.
* Lunel (l'oissons du Léman, p, TiS) attribue à la période (l'incubatioii une durée relativement longue, de 20 à 25 jours, et dit la croissance de» jciuies assez rapide. Cet auteur est, sur ces deux points, en complète contradiction avec Hartmann qui ^dans son Icbthyol. helvct. p. 207) avauce au contraire que Tincubation ne durerait que 24 heures et que la croîs* saiici* serait absez lente, liieu que n'ayant pas, il est vrai, d^observations iiirertes à opposer à ces deux données, il me semble cependant, par analo^«% que la durée d'incubation doit êtrei dans les deux cas, exagérée ou s>4*n3 divers.
Au lieu de saler et de dessécher au soleil ce petit poisson, comme on le fait dans d'autres pays, comme le font en particulier les riverains du lac de Lugano avec l'espèce voisine dite Alboreïla, nos pêcheurs de profession ne se servent guère de notre Ablette que comme amorce. Les amateurs de la pèche à la ligne font, il est vrai, volontiers ime friture d'Ablettes ; mais on ne fait pas,je le répète, chez nous, de cette espècel'objetd'un commerce spécial et l'on voit peu d'Ablettes sur nos marchés.
Peut-être est-il heureux que l'on n'attache pas, chez nous, trop de prix à ce petit poisson, dont la multiplication assure l'alimentation de beaucoup d'autres espèces plus recherchées ; toutefois, il me semble que l'on néglige, faute de connaissances, dans notre pays une source de revenus fort appréciée dans d'autres contrées. Je veux parler, après la salaison, de l'usage que l'on fait, en France surtout, de la matière argentée des écailles de l'Ablette pour la fabrication de V Essence d'orient et des fausses perles.
Beaucoup d'ichthyologistes ont parlé déjà de cette industrie et des revenus relativement assez beaux qu'elle peut donner, aussi n'aurais-je pas abordé ce sujet si je n'avais vu là une branche de commerce que l'on poiurait utiliser avec avantage dans notre pays. Il suffit de triturer, dans l'eau, les écailles des côtés du corps des Ablettes, pour en détacher la matière argentée laquelle se précipite au tond du v&se; puis, au moyen de l'ammoniaque, qui ne l'altère point, cette substance colorante est facilement dégagée de tous les autres débris organiques .et se présente alors sous forme de paillettes oblongues plus ou moins anguleuses. On n'a plus qu'à mélanger un peu de colle à l'essence d'orient ainsi obtenue pour former une pâte argentée et brillante qui, mise à l'intérieur de petits globes de veiTe, donne tout à fait a ces derniers l'apparence de véritables perles. Il faut, selon Blanchard*, environ 4,000 Ablettes pour fournir 500 grammes d'écaillés argentées et donner à peu près, 125 grammes d'essence d'Orient*. Le prix moyen des écailles.
* Poissons (le France, p. 368.
" De Siebfiltl (Siîsswasserfische, p. 157, note 1) dit qu'il faut, dans le Rhin moyen, un quintal d'Ablettes pour donner 4 livres d'écaillés, et (pie, pour obtenir une livre de matière argentée, il faut de 18 à 20.000 poissons.
ALBUli.NUS LUCIDUS. 439
(*ti France, serait de 20 à 24 francs le kilogramme, et ce pays exporterait annuellement pour plus d'un million de francs de cette substance. Bien que ces quelques chiffres puissent donner une haute idée de Tabondance de la reproduction de TAblette, il serait peut-être à craindre, comme je l'ai déjh dit, que ce commerce, s'il n'était soumis à quelques mesures de précaution, ne vienne un jour à réduire trop le nombre des Ablettes qui servent de nourriture à tant de poissons et, par là, à porter préjuilire à d'autres espèces utiles aussi et précieuses à d'autres é$iCtirds. Les Ablettes de nos lacs, qui présentent, grâce peut-être à la transparence des eaux, un éclat tout particulier, rivaliseraient cependant avantageusement avec celles d'autres provenances.
On assure que les Chinois font, depuis plusieurs siècles, usage de la matière colorante de divers poissons blancs ; toutefois, ce n'est guère qu'en 1656, suivant Réaumur, que l'on commença à employer en France cette substance argentée. Peu à peu cet art a pris plus d'extension et l'on est arrivé, de nos jours, à une telle perfection dans la fabrication des fausses perles que celles-ci sont parfois très difficiles à distinguer des véritables. Bon nombre d'ouvriers, et d'ouvrières surtout, sont occupés maintenant, non seulement en France, mais encore en Allemagne, par cette curieuse branche de l'industrie. Réaumur', le premier, en 1716, étudia sérieusement la nature de l'essence d'Orient et décrivit quelques-unes des propriétés de cette matière. Depuis lors, Beckmann*, Krûnitz', Ehrenberg*, Brûcke*, Barreswill* et d'autres ont successivement traité de ce sujet. Enfin, plus récemment, de Siebold donne le résultat complet d'une analyse chimique faite par Karl Voit\
On prend l'Ablette soit à la ligne amorcée d'un ver, d'un
* Oh9«>rTatM>n8 sur la matière colorante des fausses perles, etc. Hist de r Académie royale des sciences, A nn. 171G; Puris 1741, p. 229.
* BeîtrAge xur Gescbichto der EntdeckuDgen, II, 1788, p. S25.
* Oekoniun. technolog. Encyklop&die, Th. 108, 1806, p. r>60.
* Ueber normale Krystallbildung in lebendon Thierkôrper ; Poggendorfs, Ann. Phys. et Chimie, Bd. 28, 18H3, p. 468.
* UelHT das Tapetum der Thiere; MQller's Archiv, 1845, p. 403.
* Comptes rendus; 1861, T. 53, p. 246. ' Sfisswnsscriische, 1863, p. 158-160.
440 FAUNE DES VEHTÉBRÊS.
insecte, d'une larve ou d'une boulette de pain, soit, en beaucoup plus grandes quantités, à l'aide de diverses sortes de filets. Non seulement l'Ablette nourrit, comme d'autres Cyprinidaj, dans ses intestins et sa cavité abdominale, plusieurs espèces de parasites Helminthes * ; mais encore, elle doit à la présence assez fréquente de Filaires dans son cerveau une maladie analogue au Tournis d'autres animaux, laquelle donne à ses allures quelque chose de désordonné et qui a fait appeler Ablettes folles par les pêcheurs les sujets atteints de ce parasitisme céphalique. Les Ablettes ainsi attaquées au cerveau décrivent à la surface de l'eau, en nageant avec une extrême vitesse, des voltes et des cercles plus ou moins grands, sautant dans l'air de temps à autre, et se donnant parfois elles-mêmes la mort en venant se jeter sur le rivage.
11 his, l'alborelle *
Aldobella Alrcrnus Alborella, De Filippi.
Verdâtre ou olivâtre, en deasus; les cotés et le ventre d'un blanc argenté; souveyit avec une bande latérale grise ou noiràtre jdtis ou moins apparente. Profil supérieur du corps presque droit. Tête relativement Jorte. Mâchoire injérieure tré^ lyrovminente et bouche très oblique. Œil assez grand. Écailles latérales moyennes un peu plus hautes que longues. Dorsale égale à peu ])rh en hauteur à la longueur de V anale. Anale médiocrement allongée^ soit à base généralement un peu plus courte que la longueur des pectorales. (Longueur totale mogennc d'adultes = 90 — 140 millimètres, except. 177.)
* On a tromé jusqiiMci dans T Ablette les: Echiaorhynchus rlaraccps (Zedor); dans les intestins. Echin. taherosus (Zeder); dans les intestins. EMn. proteus (Westr.); dans les intestins et les ovaires. — Dùttom^m glohiporum (Rud.); dans les intestins. — Tœnia torulosa (Batsch); dans les intestins. — Ligula diyramnia (Crcpl.); dans la cavité abdominale. Lig. monogramma (Crepl.); dans la cavité abdominale. — CaryophylUus Miito- 2>i7t^ (Rud.); dans les intestins. — Triœnophorus nodulosus (Rud.); dans les viscères.
' Peut-être forme méridionale de l'Ablette commune.
ALBURNUS ALBORELLA. AM
Pharyngiens très grêles, avec le coude de Vaile assez augn- Uiur. Dents assez crochues à Vextrémitè et franchement 2>('<'tinèes,
D. 3/7-8, A. 3;iS-li)(17}, V. 2 8. P. 1,14-15, C. 19 in:g.
bqu. 4i ^^ 50. \eit. 37-39.
CvpRlNts ALBi'ttNrs, PoUini, Viaggio al Lagodi Garda, 1816, p. 21. AspiLS ALBORELLA, De FiUppi, Ceniû, 10. — liona]Hxrte, Cat Met., p. 33. Leitiscis ALBiîRNELLL'S, Martens, Wiegm. Archiv , 1857. pp. loi, 17i>,
Ub. 0, ftg. 6.
Albvrnl's ALBORELLA, Hccket et Knet\ Sûsswasserfische, p. 137, ftg. 71. —
Nardo, Prospet. syst., p. 73. — De BeUa, Ittiol. Veron, p. 81. —
A'i/ii, Ccnni, p. 58. — Canestrini^ Prospet. ci it . p. 40. —
Pavesi^ Pesci e Pesca, p. 35.
• ALBORELLA VAR. LATERISTRIGA, Cancslnui, Prospet. Clit., p. 43.
• FHACCiiiA, Heckelei Kuei% Sûsswasserfische, p. 138, fig. 7à(.';. » ALBi'RNELLLs, GàtUhcr, Catal. of Fishes, VU, p. 313.
Noms viHiAiRE.-* snssES : Tessin * Vairon^ Varïôn^ (en italien * Alborella ou .4fo/a.
Corps fusiforme, assez allongé, médiocrement élevé et à peu près graduellement comprimé d'avant en arrière. La moitié antérieui*e du profil supérieur présentant une courbe faiblement convexe et généralement régulière, soit rarement un peu voûtée vers la nuque comme chez TAblette ordinaire. La seconde moitié peut être encore plus droite que chez cette dernière. Le profil inférieur suivant une courbe légère, il est vrai, mais constante et plus régulièrement accentuée, dans les deux sexes, que chez VAlburnus hicidus. Dos assez large ; Ventre pincé en arête nue.
* Le nom d\ilboreUa donné par Si*hinz à son Aspius albnrnus du midi est rarement employé dans le Tessin.
Le même autour donne à tort le nom de Sirigio ou Stngione à cette Ablette; il appartient au Blageon=7V/«^/tfd.
' Ce nom, comme le fait remarquer Pavesi, a induit plusieurs natura- Ibtes en erreur, par le fait de son analogie avec le nom français Véê'on ou Vairon propre du Pharinus lach.
La hauteur maximale du corps, située généralement au niveau des ventrales ou un peu en avant, comparée à la Ionjîueur totale, comme l : 5 chez de grosses femelles, 1:5', chez de vieux mâles et 1 : 5 ^4 chez des jeunes (Canestrini Prospet p. 41, donne ^1:4 Vio — •> Vi..). Cette même élévation, à la longueur sans la caudale, le plus souvent comme 1 : 4 — 4 ^'4. La hauteur minimale, vers la caudale, à la hauteur maximale, comme 1 • 2 */9 — 2 • ',. L'épaisseur la l)lus forte, située entre le tiers et les trois quarts des pectorales, généralement légèrement plus forte que la largeur céphalique et d'ordinaire un peu plus faible que la moitié de la hauteur maximale, chez les adultes, ou égale environ à celle-ci, chez les jeunes. Une section verticale du tronc, par le fait, k peu près comme chez TAblette ordinaire, elliptique et médioci-ement allongée.
Tête relativement un peu plus forte que chez VAlbnrfWf luàdus, avec un menton légèrement plus proéminent donnant à la bouche une disposition plus oblique, au profil supérieur moins d'inclinaison et au profil inférieur une courbe plus prononcée. L'extrémité de l'ouverture bucale se trouvant ainsi d'ordinaire sensiblement au-dessus du centre de Pœil. La longueur latérale, jusqu'à l'angle de l'opercule, généralement un peu moindre que la hauteur du corps, chez les adultes ou, au contraire, légèrement plus forte, chez les jeunes, et, comparée à la longueur totale du poisson, d'ordinaire comme 1 : 5 * » — 5 *4 (même 1 : 4 Vu selon Can«>trini, probablement sur de très jeunes individus): à la longueur sans la caudale, comme 1:4 — 4 V». La longueur de la tête en dessus, à la longueur par le cAté, comme 1 : l ' ', — 1 *^». Ces rapports moins différents entre \^ sexes que chez la majorité des représentants de l'Ablette ordinaire. La hauteur à l'occiput égale aux V» ou aux ^ « de Télévation maximale du tronc et presque dans le même rapport vis-à-vis de la longueur de la tête. La largeur sur l'opercule légèrement moindre que la moitié de la longueur céphali<jue latérale. Cette épaisseur correspondant généralement à la hauteur un peu eu avant du bord antérieur de l'orbite ou, au plus, sur ce l)onl. Ce rapport comparé au
ALBURNUS ALBORELLA. 443
correspondant dans r Ablette ordinaire, montre, chezTAlborelle, une forme un peu plus élevée de la tète en avant.
Museau généralement plus épais ou plus obtus que chez VAlbiirmis bicidus. La bouche très oblique, paraissant presque s'ouvrir en dessus et fendue en arrière à peine jusqu'audessous des narines. Menton saillant et largement arrondi. Mâchoire inférieure dépassant notablement la supérieure, avec un crochet bien accentué. Langue, narines, pores, etc., comme chez l'Ablette ordinaire.
Œil de dimensions relativement un peu moindres que chez VAlb. lucidtis, soit, à la longueur latérale de la tète, comme 1 : 3 ou 3 Vio chez les jeunes, à 3 Vs chez les vieux (à 4 chez le grand sujet dont il sera parlé plus loin). L'espace préorbitaire, selon l'âge plus ou moins avancé, de Vi ^ un peu plus de \\ plus petit que le diamètre oculaire. L'espace postorbitaire l^èrement plus faible que le double du préorbitaire. L'espace interorbitaire légèrement plus fort que le diamètre de l'œil chez les adultes; sensiblement plus faible chez les jeunes.
Arcade sous-orbitaire et maxillaire supérieur à peu près comme chez l'Ablette ordinaire.
Opercule subtrapézoldal, à angles plus ou moins énioussés, et le plus souvent de im quart seulement plus haut que large. Le côté supérieur mesurant entre la moitié et les deux tiers de l'inférieur. Sous-opercule en demi-croissant relativement très large. Interopercule formant un faible triangle entre la pièce précédente et le préopercule, mais assez apparent tout le long au-dessous de ce dernier. I^réopercule presque vertical au côté postérieur et formant au bas un angle à peu près droit, soit d'ordinaire légèrement moins obtus que chez TAblette précédente, bien qu'aussi un peu arrondi.
Pharyngiens grêles et assez semblables à ceux de VAlburnns btridus, bien que présentant volontiers un coude supérieur de l'aile plus anguleux et une forme un peu plus recourbée vers le haut de l'extrémité de celle-ci. La branche inférieure mince et très allongée.
Dents pharyngiennes sur deux rangs et au nombre de sept de chaque côté : cinq grandes et deux petites. Les grandes ou
m FAUNE DES VERTÉBRÉS.
postérieures volontiers plus franchement crochues à Textrémité, ainsi que plus nettement dentelées que chez la majorité des Ablettes ordinaires; la troisième généralement la plus grande, la dernière en bas à droite un peu séparée des autres.
Meule assez dure et à peu près semblable à celle de l'Ablette précédente, bien que d'ordinaire un peu plus ramassée ou plus large vere le milieu, avec un crochet postérieur plus ou moins développé.
Doi-sale naissant, selon les individus femelles ou mâles, de V« à Vt de la longueur de la tète en arrière du milieu du poisson sans la caudale. D'une hauteur, suivant les sexes, l'âge et les saisons, susceptible de varier entre Vin et 7io environ de l'élévation maximale du corps. La base ou longueur toujours beaucoup plus forte que la Vs de la hauteur, assez souvent même égale aux '/g de celle-ci; du reste, comme chez l'Ablette précédente, à peu près égale à l'espace postorbitaire, et souvent très légèrement plus forte chez les mâles •que chez les femelles. Quant à la fonne : relativement un peu moins haute, légèrement plus longue et moins acuniinée que chez VAlhurnus lucidus, avec une tranche faiblement convexe.
Dix à onze i*ayons : deux ou trois non divisés et sept à huit rameux. Le premier simple, la plupart du temps tout à fait rudimentaire et presque imperceptible, de telle sorte qu'il semble n'y en avoir que deux ; de ces derniers, le premier mesurant entre Va et la V2 du second, celui-ci presque égal au premier divisé. Après cela, généralement, huit rameux, dont le deniier, à peu pi-ès entièrement divisé en deux, égal presque, comme chez l'Ablette ordinaire, à la moitié du grand simple.
Anale naissant à peu près sous le dernier rayon de la dorsale et, couchée, demeurant distante des grands rayons de la caudale d'une quantité égale à son plus grand rayon, chez les femelles, volontiers un peu moindre chez les mâles. La base de cette nageoire variant entre Vs et Vs de l'élévation du corps, suivant les sujets femelles ou mâles, soit d'une longueur relativement moindre que chez l'Ablette ordinaire,
ALBUHNCS ALBORELLA. H6
et à peu près égale à la hauteur de la dorsale. L'anale, selon les individus, de Vg à '/j de sa base plus longue que haute, mais présentant du reste, dans les deux sexes, à peu près les mêmes rapports comparés avec la tête que chez VAlhuruns hicidus : la longueur ou la base de cette nageoire égale, par exemple, à l'intervalle compris entre l'angle extrême de l'opercule et le bord antérieur de l'orbite chez la plupart des femelles, et mesui'ant, par contre, l'espace compris entre le même premier point et les narines, chez la majorité des mfties adultes. Les jeunes mâles, sous ce rapport, plus voisins des femelles, par le fait de proportions plus grandes de la tête et des yeux. (On voit, par là, que les comparaisons invoquées par Heckel et Kner, comme pouvant établir des caractères distinctifs entre espèces voisines, ne font le plus souvent ressortir ici que des différences sexuelles). La hauteur, au plus grand rayon, variant, suivant les individus mâles ou femelles, entre les Vs et les V4 de l'étendue basilaire, soit égale environ aux V4 ou aux V, de T élévation de la dorsale chez les adultes, parfois jusqu'aux \/^ chez certains jeunes. — Quant à la forme : assez semblable à celle de l'Ablette ordinaire, quoique généralement un peu moins étendue et un peu plus droite sur la tranche.
Seize k dix-neuf rayons : trois simples et ti*eize à seize rameux (except. 17 rameux), le plus souvent 14 ou 15 des derniers. Tous ces rayons, simples et divisés, du reste à peu près dans les mêmes rapports de dimensions que chez 1'^//;. litridus^ sauf peut-être les médians relativement un peu plus allongés.
VeDtrales de position, formes et proportions assez semblables à celles de l'Ablette ordinaire, bien qu'atteignant plus rarement, rabattues, jusqu'à l'anus dans le jeune âge.
Généralement dix rayons : deux non divisés, le premier toujours peu apparent et mesurant tantôt un peu plus, tantôt un peu moins de Vs du second ; plus huit rame ux ou divisés, le premier le plus grand.
Pectorales, suivant les sujets, de V4 ^ Va environ plus longues que les ventrales, soit généralement un peu plus grandes que la base de l'anale et que la hauteur de la dorsale, chez
416 FAUNF. DES VKHTÊBBÉS.
les femelles suitout ; avec cela, rabattues, demeurant des ventrales à une distance susceptible de varier suivant les individus de Vs à Va de leur longueur , bien que, dans la majorité des cas, relativement un peu plus longues que chez l'Ablette ordinaire. Quant au reste, assez semblables à celles de cette dernière.
Quinze h seize rayons : un non-divisé et quatorze à quinze rameux. Le non-divisé presque égal au premier rameux, d'ordinaire le plus grand de tous; le dernier divisé variant entre Vi et V» du plus grand. L'épaississement du premier rayon, chez les mâles, peut-être un peu moins accusé que chez VAlhurnits lucidus.
Caudale en tout assez semblable à celle de l'Ablette ordinaire, bien qu'avec des lobes peut-être un peu plus acuminés;le plus grand rayon de '/t à Vs environ plus long que la tête, selon les sujets femelles ou mâles.
Écailles plutôt grandes et minces, comme chez l'Ablette précédente, bien que volontiers un peu moins transparentes et d'ordinaire un peu moins élevées relativement à leur longeur. Une squame latérale moyenne égale environ à V» ou parfois à Vio du diamètre de l'œil chez l'adulte. Celles des flancs plutôt suban'ondies, soit de •/» seulement, ou moins encore, plus hautes que longues, fégèrement bilobées ou un peu trilobées et faiblement convexes au bord fixe, franchement arrondies sur le bord libre. Stries, nœud et sillons à peu près comme chez l'Ablette ordinaire. Les squames dorsales antérieures rondes et très petites, volontiers même un peu plus réduites encore que chez YAlbftrnus luridus.
Généralement sept à huit écailles au-dessus de la ligne latérale (exceptionnellement neuf), vers la plus grande hauteur du corps, et trois à quatre en dessous.
Ligne latérale décrivant une courbe concave, douce, assez régulière et passant h peu près au tiers inférieur de la hauteur maximale du corps.
Quarante-quatre à cinquante écailles tubulées sur cette ligne ' ; les médianes de proportions assez semblables à celles
^ J*ai trouvé plusieurs fois le maximum 50 chez les ÂlboreUes dn Isc
ALBIH.NUS ALBORELLA. 447
des voisines au-dessus, avec un tubule subcylindrique distant des deux bords et légèrement arqué, de manière que T extrémité postérieure du canalicule d'une squame s'ouvre, le plus souvent, au-dessous du tubule de la suivante. Les écailles antérieures légèrement plus petites, avec un diverticulum de l'extrémité postérieure du tubule. non seulement volontiers plus accentué ou plus brusquement coudé que chez VAlburnus lacidiis, mais encoi^ le plus souvent tourné en bas (Voy. pi. III, fig. H2). Les postérieures plus petites encore, avec une forme moins élevée que les médianes.
Coloration des faces supérieures verdâtre ou d'un brun-verdâtre clair, avec une ligne jaunâtre dorée, plus ou moins apparente, limitant cette première couleur au haut des flancs. Les faces latérales et ventrales d'un blanc argenté: volontiers avec une large bande latérale grisâtre plus ou moins accentuée au-dessous de la ligne dorée, bande formée de petits points noirâtres. Souvent, dans la livrée de noces surtout, de petites taches vertes ou dorées sur les côtés de la tête. Les nageoires presque incolores,'ou très légèrement grisâtres ou jaunâtres. (Canestrini signale, à l'époque du frai, chez TAlborelle en Italie, de petits points orangés à la base des nageoires). — Iris d'un blanc argenté, parfois légèrement verdâtre ou un peu doré dans le bas.
Dimensions de l'adulte d'ordinaire bien plus réduites que chez VAlhunius hu'idus, quoique assez variables encore ; soit de iS,') à IHG millimètres pour la grande majorité, avec un poids de IG grammes environ pour ce dernier chiffre. — Pavesi * signale comme une grande rareté un Alboi-elle mâle pris dans le lac de Lugano qui mesurait IfiO"". Heckel et Kuer donnent comme dimensions supérieures de T espèce fmr tvenig iihvr 4 Zoll (soit aux environs de 110""). La longueur totale du plus grand individu décrit par Canestrini s'élevait k 10(5"". J'ai rencontré moi-même, dans les Alborelles du lac de Lugano, plusieurs individus qui dépassaient ces dernières
de Lngano; par contre, j^* ai ranment rencc'iitré le minimum 44 indiq>ié par la majorité des auteurs.
» I Pesci e la Pesca, p. 33.
longueurs; celui qui mesurait les 136"" indiqués ci-dessus était une femelle. Enfin, nous verrons plus loin qu'exceptionnellement cette Ablette peut dépasser encore le maximum de Pavesi et atteindre même jusqu'à 177""*, dimension audessus de la moyenne de VAlh. Incidiis.
Mâles présentant souvent une position un peu plus reculée des nageoires dorsale et anale et, comme chez l'espèce précédente, une longueur basilaire de la seconde un peu plus grande, relativement à la tête, que chez les femelles. Le premier rayon pectoral volontiers aussi un peu plus épais.
Jeunes plus effilés que les adultes, avec une tête relativement plus forte , un œil un peu plus grand et , par le fait, un museau plus ramassé. Assez souvent, un semis de petits points noirs sur le dos, la face, les côtés du museau et le hautde Toeil. Généralement aussi la bande noirâtre sur les flancs plus accentuée que chez les adultes.
Vertèbres en nombre généralement un peu plus réduit que chez VAIhiinius IhcUIhs, soit 37 à 39. Ovaires, testicules, tube digestif, etc., à peu près comme chez l'Ablette commune.
Cette Ablette varie assez, à divers égards, pour que les caractères différentiels qui la distinguent d'ordinaire de la précédente perdent souvent beaucoup de leur valeur ; je n'aurais même pas hésité à ranger VAIh, Alhorella^ à titre de variété, dans la synonymie de VAÏh. hicidus, si l'infériorité du nombre des vertèbres ne venait corroborer, jusqu'à un certain point, plusieurs des petites dissemblances que nous avons signalées. L'Alborelle représente parfaitement au sud des Alpes, l'espèce la plus généralement répandue au nord de cette grande chaîne; j'étais même décidé à accepter deux espèces parallèles, quand la rencontre récente et fortuite, dans le lac de Lugano, d'une Alborelle exceptionnellement grande et pour ainsi dire transitoire, me ramena à l'opinion que nous n'avons peut-être affaire ici qu'avec une forme méridionale de l'Ablette ordinaire lentement modifiée au sud, comme au nord des Alpes, par des conditions d'habitat dittérentes'.
^ Voyez sur ce sujet : De la Variabilité de l'espèce à propos de quelques i^oissons, par V. P'atio. Archic, ik hi BtbUoL unie, fév. 1S77, p. 193.
ALBUBNUS ALBORELLA. 449
Heckel et Kner ' décrivent, sous le nom à' Aïhtirmis fracchia, une DouyeUe espèce d'Ablette méridionale dont les principaux caractères de proportions et de coloration me paraissent seulement ceux de bien des jeunes de VAlb. Alborella. Canestrini', à son tour, décrit, sous le nom à*Alburnu8 Alborella var. lateristriga, une petite Ablette à bande latérale qu^il regarde comme variété de TAlborella. Je suis d'accord avec Canestrini pour considérer son Alborella lateristriga comme de même espèce que TAIborelle ordinaire ; je n'y vois qu'une forme du jeune ftge. Mais, je trouve, en même temps, dans les rapports que cet auteur fait ressortir entre sa Var. lateristriga et VAlb. Jracrhia, bien des raisons de croire aussi que cette prétendue espèce de Heckel et Kner n'est également qu'une simple variété de notre Afhtimus Alborella,
Ce qui a pu tromper quelques ichthyologistes, c'est que l'AlborelIe produit déjà des œu& bien développés, alors qu'elle présente encore une taille relativement très petite, et que, avec les attributs de l'adulte, elle porte encore souvent la livrée du jeune âge.
Alborella maxima.
Examinons maintenant rapidement, chez la grande Ablette du lac de Lugano dont je viens de parier plus haut, les quelques traits caractéristiques qui semblent rattacher cette forme particulière et pour ainsi dire transitoire, d'un côté à VAlboretla, de l'autre à VAlb. Itiddus.
L^ Ablette que je distingue ici sous le nom à^ Alborella iitcmma, bien qu'avec des dimensions extraordinaires, rappelle parfaitement VAlburnxis Alborella par les quelques caractères suivants :
La mâchoire inférieure très proéminente dépasse beaucoup la supérieure; — la bouche très oblique s'ouvre bien au-dessus do la pupUle ; — l'œil relativement petit ne mesure que V« de la longueur de la tète; — la nageoire anale, quoique avec un rayon de phis, est cependant encore relativement courte, puisque sa base est un peu plus réduite que la longueur des pectorales et
* SQttwanerfiBche, p. 138, fig. 72.
* Pratpet. critico, p. 48, pi., fis;. 6
4 50 FAUNE DKS VERTÉBRÉS.
que la distance qui sépare son extrémité rabattue du premier grand rayon caudal égale au moins la longueur de son premier rayon divisé ; — les écailles latérales moyennes sont au plus de Vs plus hautes que longues ; — enfin, les flancs portent Tindication bien nette d'une bande latérale.
Elle rappelle, par contre, VAlburnus lùcidns par les pointi^ suivants :
La taille est celle de la majorité des Ablettes ordinaires adultes = 177""; — la nuque est légèrement voûtée; la tète est i^elativement petite, puisqu'elle est, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 5 Vsi ~ Tanale compte 17 rayons rameux, un de plus que le maximiun de TAlborelle ; — l'extrémité des pectorales couchées est à Vs de leur longueur de T origine des ventrales ; — les écailles au-dessus de la ligne latérale sont au nombre de 9, celles sur la ligne latérale au nombre de 50.
Je n'ai du reste trouvé aucun caractère particulier à cette Ablette qui me semble tenir à peu près le milieu entre les deux précédentes. Rien, ni dans les proportions et formes diverses, ni dans la dentition ne m'a paru mériter une distinction spécifique à cette variété si frappante au premier abord. Je rappellerai même que, parmi les points de comparaison qui tour à tour la rapprochent de Tune ou de l'autre des formes, quelquesuns, les proportions relativement réduites de l'œil et de la tête, ainsi que le grand intervalle séparant les pectorales des ventrales, par exemple, doivent être en partie attribués à une exagération amenée par l'âge, fait que nous avons constaté jusqu'ici chez beaucoup d'espèces en divers genres.
Voici la formule de cette grande Alborelle :
D. 3/8, A. 3/i7, V. 2/8, P. l/i5, C. 19. Sq. 49 \ - 50
Désirant consener cet individu unique jusqu'ici et fort intéressant, je n'ai pas voulu le sacrifier pour compter les vertèbre!>.
La dite Alhorella nuixima a été pêchée vers la fin d'avril 1874, dans le lac de Lugano avec d'autres Alborelles de forme ordinaire ; c'est un individu femelle, mais qui pourrait bien être
ALBURMUS ALBORELLA. 451
Stérile VU rétat très réduit du développement de ses ovaires. Quand je considère que sur des centaines d' Alborelles les femelles m'ont toujours paru plus grandes que les mâles, je ne puis me défendre de faire un rapprochement entre la femelle en question qui mesure 177'°'* et le mâle exceptionnel signalé par Pavesi, également dans le lac de Lugano, avec une longueur totale de 160 millimètres.
h'^AlboreUa est très répandue dans les grands lacs et les principaux courants du canton du Tessin, au sud des Alpes. Elle abonde, en particulier, dans les lacs Majeur et de Lugano et prospère également très bien dans le petit lac de Muzano oii elle aurait été importée, suivant Pavesi, il y a 70 ou 75 ans environ. Elle remonte un peu dans les rivières dites Tresa, Mara, Sovaglia, Vedeggio et Maggia; on la trouve même dans la rivière dite Tessin, jusqu'au-dessus du pont de Bellinzona.
Elle mène le même genre de vie que notre Ablette ordinaire et sillonne continuellement, en bandes nombreuses, pendant la belle saison, la surface des eaux.
L'époque du frai a lieu généralement en mai et juin; toutefois, j'ai trouvé, encore en juillet, bon nombre de femelles pleines. Parmi les individus capturés à cette dernière époque, les mâles m'ont paru beaucoup moins nombreux que les femelles.
Tandis que TAblette ordinaire n'est surtout prise, chez nous. au nord des Alpes, que comme amorce pour d'autres poissons et qu'elle n'est guère estimée k cause de sa taille et de ses arêtes, l'Alborelle, au contraire, est pêchée en très grande quantité, dans nos eaux méridionales. On ne s'en sert pas, que je sache, dans le Tessin pour la fabrication de l'essence d'Orient: mais on la met au sel pendant 18 à 24 heures, puis on la fait sécher au soleil, pour la vendre, en quantités énormes, comme aliment pour les petites bourses, principalement dans la Haate-Lombardie. On voit partout briller au soleil, durant la belle saison, des miriades de ces petits poissons sur les rives des lacs près des demeures des pêcheurs.
Ce commerce, inconnu sur nos lacs septentrionaux, rapporte assez, malgré le prix inférieur de la marchandise (60 cent, le
452 FAUNE DES TERTÊBRÉS.
kilog. frais; 1 fr. 20 à 1 fr. 501e kilog. salé)*; car, selon Pavesi, les pêcheurs peuvent souvent prendre de 500 à 1000 kilog. de ces petits poissons d'un seul coup de filet, durant Tépoque da 6«i.
On pèche l'AlborelIe soit avec divers filets dits Bedina, Treinaggio et autres, soit avec la ligne amorcée d'un ver.
HYBRIDE Squalio-Alburnus cephalo-lucidus, nobis.
La Hachbttk — dbb Silbbbluio '.
Vert OH olivâtre en dessus; d'un blanc argenté sur le côté et en dessous; le bord des (umlles plus ou nmns pigmenté de noir. Les nageoires inférieures d'un jaunâtre pâle ou légèrement rougeâtres; lu dorsale et la caudale grisâtres ou verdûtriS. Corps élancé, peu élevé, et pincé en arrière des ventrales, Tvtc (le proportions moyennes. Œil relativement petit. Bouche moyenne et oblique. Menton et maxillaire injérieur peu saillants. Écailles relativement grandes et à rayons bien apparents. Caudale profondément éch-ancrée. Anale courte, soit presque égale en hauteur et en longueur, non creusée sur la tramhe et faiblement réduite en arrière. (Taille moyenne de V adulte: 220 à 24(^ ; parfois jusqu'à 320.)
Pharyngiens assez grêles. Dents sur deux rangs, pectinéeset un peu crochues à l'extrémité.
Dentés serrantes 2, 5 — 5, 2, pectinati.
Sq- ^ ~^^- 45-(5i)«
^ Parfois 20 à 25 centimes, frais, durant le moment de la plus grtade abondance.
' Ce nom, semblable à un des noms vulgaires de l'Ablette, a été donné par GUnther (Neckarfische).
' Les maxima 16 rayons rameux à Panale et 64 écailles sur la ligne latérale, sont donnés par de Siebold (SQsswasserfiscbe).
Lcuciscus D0LABRATU8, Hoiandrc, Faune de la Moselle, 1836, p. 248. — Cuv. et VeU., XVII, p. 248. — Gûnther, Fische desNeckars, p. 90. — Leuciscvs (Squalivs) dolabbatus. Selys, Faune belge, p. 207, pi. 5, fig. 5. — ABBAMa DOBULOiDES, GûtiMer, Wûrtemb. naturw. Jahresheften, XIII, 1857. p. 50. Taf. II. — Albubnus taubicos, Kesêler, Bull. Soc. Imp. Nat. de Moscou, 1859, II, p. 534. — Alb. dolabbatus, Sieèold, Siisswasserfiache, p. 164, fig. S3. — Blanc9tard^ Poissons de France, p. 375. — Alb. dobuloioes, Jeitteles, Vische der March, II, p. 8.
Ce poisson, considéré maintenant comme un bfttard de Squa- Ihîs et i'Albumm, a été successivement regardé comme un Leiîciscus, un Squalitis, un Abramis, un Albumtis et rapproché même du Scardinius, suivant que les ichthyologistes ont attaché plus ou moins d'importance à tel ou tel de ses caractères. Depuis sa découverte, par Holandre en 1836, la variabilité de ses formes a permis aux divers auteurs de le ranger, comme je viens de le dire, dans des genres difiërents, tantôt comme espèce distincte, tantôt comme simple variété. Gûnther, entre autres, qui Tavait décrit dans ses Fische des Neckars, sous le nom àWbramis alhurni-varietas, en a fait, quatre ans plus tard, son Ahramis dobuloides, pour le considérer, en dernier lieu, dans son catalc^ue of Fishes, Vn, p. 223, et avec de Siebold, comme un hybride des Lexiciscxis dobula et Alburnus lucidu^. L'auteur des Siisstvasserjische von Mitteleuropa paraît avoir raison, quand il concilie toutes ces opinions en montrant, dans une sérieuse discussion des caractères de ce poisson, un mélange confus des caractères génériques des Squalius et des Alburnus. En effet, si les formes de la tète, la proportion relativement moindre de rœil, la pigmentation et la texture un peu plus grossière des écailles et Textension plus petite de Tanale, rappellent le Squalius cephaluB, d'un autre côté, le crochet du maxillaire inférieur, Taspect des dents et des os pharyngiens, ainsi que la forme de la caudale, suffiraient à rapprocher beaucoup ce poisson des Alburnus et principalement de V Alburnus lucidus. Les proportions peu élevées du corps me semblent écarter la supposition d^un métisage avec une Brème ou un Rotengle.
De Selys Longchamps, dans une lettre qu'il m'écrivait le 19 juin 1874, attribuait le nom de Squalius Anjubaulii à un poisson du bassin de la Loire qui, bien que très voisin du Leur.
(lolabratus de Holandre, paraît cependant devoir son origine mixte à un mélange mi peu difiërent. Les proportions de la bouche et des nageoires anale et dorsale porteraient à croire à une union de VAlbiirnus lucidus non plus avec le 8q. dobula, mais bien avec le /Sg. leuciscus.
Je n'ai pas eu, jusqu'ici, l'occasion d'observer en Suisse cet hybride rencontré çà et là dans les eaux de France et d'Allemagne ; toutefois, comme il se trouve dans le Rhin et que nous possédons les deux espèces souches, que par conséquent il n'y a rien d'impossible à ce qu'il se trouve chez nous, j'ai cru devoir le décrire ici brièvement, pour attirer sur lui Tattention de nos pécheurs et de nos observateurs.
ScARDO-AlBUKNUS ERYTHRO-LUCIDU8, UObLs.
D'un vert bleuâtre en dessus, argenté à reflets bleuâtres sur les flânes, blanc en dessous. Nageoires paires jaunâtres; doisale et caudale grisâtres, anale rougeâtre à r extrémité. Oorp^ allongé, pincé derrière les ventrales. Bouche très oblique. Menton peu saillant. Œil grand. Anale naissant au-dessous du bout de la dorsale^ concave et très réduite en arrière. ÊcaiUes ù rayons bien apparents. (Longueur totale 190-200 tnillimètres.)
Pharyngiens grêles. Dents dentelées sur le bord et un ptff crochues à V extrémité.
Dentés serrantes 2, o — 4, 2 (/)^ pectinati.
Albi'rnî's RosENHAUEni, Jdckel, Zool. Garten., 1866. p. 20.
Je donne ci-dessus les principaux caractères attribués par Jâckel à un poisson qu'il a rencontré dans certaines eaux de
SCAnOINlUS. i55
Bavière et auquel il a donné le nom A'Alburnus Rosenhaueri. Cet auteur croit reconnaître dans les formes de son Âlbumus, les preuves d'un mélange des Alburnus Ittcidiis et Scardinius erytiiraphthalmus.
n est vrai que ce prétendu bâtard se distingue facilement du précédent et semble rappeler assez les Ablettes par ses formes générales, tout en présentant certaines analogies avec le Roten- ?le ; toutefois, Tidentité du second facteur, dans cette combinaison, ne me paraît pas encore parfaitement établie. La dentition 2,5 — 4,2 de l'individu en question, bien que peut-être anormale comme le suppose J&ckel, doit cependant conserver son poids dans la discussion, jusqu'au moment ou l'examen d'un plus grand nombre d'exemplaires permettra de vérifier l'hypothèse, encore gratuite, que la formule dentaire doit être plus généralement 2,5 — 5,2 ou même 3,5 — 5,2.
Ce poisson, hybride ou simple variété, est jusqu'ici peu répandu, ou du moins beaucoup moins connu que le précédent. Je ne l'ai point encore observé dans les eaux de la Suisse.
Genre 10. ROTEN6LE
SCARDINIUS, Bonaparte.
Dents pimryngiennes sur deux rangs ci cTordinaire au Mmhre de huit sur chaque os; trois petites et cinq gratides attongées, pincées, recourbées au sommet et franchement jjedinées, Bouctie oblique et sans barbillons ; la mâcJioire inférieure dépassant légère^nent la supérieure. Œil moyen. Tête ramassée et assez haute. Corps assez élevé et comprimé; dos voûté assez étroit y ventre tectiforme sans arête dénudée. HcaiUes grandes, assez épaisses, subcarrées, se pecouvrant beaucoup, et carrément découpées au bord fixe. Ligne latérale complète. Dorsale à base ^noyenne, assez acuminée et naissant passablement en arrière des ventrales.
Anale à base moyennej subcarrée et naisscmtphts ou moins en carrière des derniers rayons de la dorsale. Gaudoie profondéfnent échancrée.
Dentés serrantes 3, 5 — 5, 3,pectinati.
Les RoteDgtes vivent volontiers en sociétés, habitent les eaux tranquilles ou à faible courant, et se tiennent d'ordinaire à une certaine profondeur, de préférence sur les bords garnis de végétation; leur nourriture est, comioe celle de beaucoup de Cyprinides, mélangée, dans différentes proportions suivant les circonstances, d'éléments végétaux et animaux.
Les représentants de ce genre sont très répandus dans la plupart des eaux du continent européen et jusque dans TÂsie Mineure ; on rencontre des Rotengles depuis la Norwége au nord, jusque dans la plupart des -eaux de l'Italie au sud.
Quelques auteurs reconnaissent en Europe plusieurs espèces de Scardinius; nous verrons, à propos du Rotengle de la Suisse, que toutes ces formes, souvent assez différentes au premier aspect, semblent pouvoir être rapportées, à titre de variétés locales, à l'unique Scardinius erythrophthalmus des auteurs * .
Nous avons vu plus haut, à propos de la Bordelière et de notre Ablette ordinaire, que le Rotengle, mêlé à ces deux espèces, a donné naissance à deux métis connus sons les noms de Bliccopsis erythrqpMhalmoides et de Aîburnus BosenJiaueri ; nous verrons plus loin que J&ckel a baptisé du nom de Scardiniopsis anceps un poisson qu'il croit encore un bâtard de notre Rotengle avec le Gardon.
^ A l'exception peut-être du Scard. Hègeri (Bonap.) d'Istrie et de Dalmatie qui n'est connu que par des descriptions insuffisantes.
8CARD1N1US ERYTHROPHTHALMUS. 457
Le Rotengle porte une houppe de pseudobranchies pectinées bien développées, derrière le préopercule. Voyez, h la description de notre unique espèce, les caractères tirés de l'appareil pharyngien, du maxillaire et de Tarcade sous-orbitaire.
12. LE ROTENGLE Da0 Rohbbottbl (Dib RoTBFBDut, Da8 Rothauob)^ Scabdola
SCARDIHlUfl XBTTRaOPHTBALlIUS, Linné.
D'mw vert bleuâtre, olivâtre ou brunâtre, en dessus, fondu sur les côtés dans un jaunâtre cuivré ou argenté ; bUmcjaunâtre, en dessous. Dorsale et caudale sombres, pectorales jaunes, ventrales et anale ordinairement rouges, sauf vers la base. Corps plutôt trapu, assez comprimé, élevé et voûté. Tête assez Jiaute et ramassée. Bouche oblique. Œil moyen. Écailles latérales grandes, subcari'ées, carrément découpées au bord fixe, av€c quelques rayons bien apparents, se recouvrant beaucoup et plus grandes que Vœil, chez Vadulte. Dorsale ^laissant eti arrière des ventrales, acuminée et ordinairement un peu moindre en Jiauteur que la lotigueur de la tête. Anale naissant un peu en arrière de Vextrèmité de la dorsale et ordinairement un peu plus haute que longue. Lobes caudaux subégaux. (Taille tnayenne d: adultes HùÔ à 290^'^.)
Généralement cinq sous-orbitaires : le premier subarrondi, un peu plus hdut que long et toujours sensiblement plus petit que Vœil. Maxillaire supérieur développé en arrière en large hacJie oblique, recourbée et concave en dessus. Pharyngiens avec une aile angiîleuse plutôt étroite et n'accompagnant guère la branche injlnrieure relativetnent allongée. Meule dure, épaisse et subovale, avec des impressions latérales bien marquées. Dents
* Je crois devoir rappeler qae ces deux noms sont souvent donnés également au Rotengle et au Gardon, et que par conséquent, il en résotte toujours une certaine confusion. C'est pour remédier à cet inconrenient que j'ai mis ici en avant deux autres noms assez répandus en pays allemands, celui de RoUe pour le Gardon et celui de RohrroUeî pour le Rotengle.
458 FAUNE DRS VRRTEBnES.
à couronne alhngh*, recourbées au sommet et fortement pectinées.
D. 3/»— 10, A. 3/10—11(12), V. 2/7—8, P. l/ii— 16, C. 19 maj.
Cyprinus erytiiophthalmus, Linné. Syst. Xat , éd. XHI, I, III, p. 1429.— Blochy Fische Deotschl. I, p. 28, tab. I. — Jurine^ Poiss4>iis du Léman, Mém. Soc. Phys. 1)1, p. 209, n* 14, pi. 12. — Jenyn*, Manual, p. 412. — HoUmdre, Faune de la Moselle, p. 249.
» RUTiLUS, Hazoumowsky (partj, Hist. Nat. du Jorat, p. 132. — Hartmann^ Helvet. Ichthyol., p. 2^4. — Steinmûller (part.\ Neue Alpina, II, 344. — Nenning, Fisohe des Bodensees, p. 31.
» ijEHXJLEVS^Jenyns, Manual, p. 413 (sec. Gunther'). Leuciscl's er\tiirophti!almus, Agassiz, Cyp de Neuch., p. 38 — Schinz^ Fauna Hel vetica /par(./, p. 155, etEurop. Fauna, II, p. 323. — Flemming, Brit. An., p. 188. — Selys-Lonchamps, Faune belge, p. 213. — Cuv. et Val.y XVII, p. 107. — Mlssan, Skand. Fauna, p. 313. — Oûniher^ Fische des Neckars, p. 80. — Rapp, Fische des Bodensees, p. 8. — Gûnther, Catal. of Fishes, VII, p. 231 .
» (m-:riilel's, Yarrell, Tran*. Linn. Soc. XVII, p. 8, pi. 2, fig. 2 (Sec. Gùnther).
« RUBiLio, Bonap.f Fauna italica (indiv. détérioré, »ec. Gûntber). Se ARDiNius EK^THROPiiTiiALHUS, Bonaparte, Fauna italica et Cat. Met., p. 32, n» 236. — Ueckel et Kner, Sùss^vasserlische, p. 153, fig. 79 et 80. — Fritsch, Fische Bôhmens, p. 6. — DyhoH»ki, Cyprinoiden Livlands, p. 134. — Siebold, Sûsswasserfische, p. 180. — Jeitteles, Fische der March, p. 12. ^— Jàckel^ Fische Bayerns, p. 63. — Caneatrini^ Prospet. crit., p. 45. — BUmc)iard, Poissons de France, p. 377, fig. 83-85. — Pavcti, Pesci et Pesca, p. 34. — De la Fontaine, Faune du Luxemboui^. Poissons, p. 44. — Lunel, Poissons du Léman « p. 65, pi. VII.
» sc.iRDAFA, Bonaparte f Fauna italica et Cat Met, p. 32, n« 233. «- Ueckel et Kner, Susswasserfische, p. 157, fig. 82. iiESPERiDici's, Nardo, Prospet. Sist., pp. 72, 91, — Bofiap., Cal. Met., p. 32, n* 234.
A DERGLE, Heckel et Kner, Sûss^asserfische, p. 156, fig. 81.
• PL.ATIZZA, Heckel et Kner, Sûsswasser fische, p. 159, fig. 84.
» .VACROPimiALMUS, Heckél et Kner^ Sûsswasserfische, p. 160, fig. 85.
' Selon Gûntber, les Cyprinus eryihrops (Pallas) et Cyp. compnstus (Holberg) devraient anssi être rangés parmi les synonymes de cette espèce.
SCARD1NIU8 BRYTHROPHTHALMUS. 450
Nous VULGAIRES, EN SUISSE : Rftttfe (Genève), Plate, Platelle^ PUUeron (Cdte de Ssisoïe), RoiU, Roitelet (Neuchâtel), Re%Uelé. Bdlele (Morat, Bienne\ Rotten, Rôtel^ Rohrvàttel (Lacerne, Thun, Sarneu), aussi Rothhasel, Schtnal, parfois Rottelen (Zurich et Bàle), Schnei^ tler/Uch, Fcernij Fum ad., Fumickel et Gnitt juv, (Constance) \ Plotia (Engadine), Piotta, Scatxlola ad., Piottifiy Piottêll juv. (Tessin).
Corps élevé, passablement comprimé et relativement court. Le profil supérieur assez fortement voûté et arrondi jusqu^à la dorsale, souvent même un peu bossu derrière la nuque, puis redescendant en courbe légèrement concave jusqu'à la caudale* Le profil inférieur régulièrement arrondi, bien que un peu moins convexe que le dos, du menton à Panale, volontiers un peu plus oblique ou plus droit le long de cette nageoire, enfin, suivant les individus, concave ou presque droit jusqu'à la caudale. Ce profil ventral volontiers un peu plus convexe chez les femelles que chez les mftles. Le dos sensiblement comprimé ; le ventre tectiforme entre les ventrales et l'anale, mais écailleux et non pincé en arête dénudée comme chez les représentants du genre précédent.
La hauteur maximale, sur l'origine des ventrales, ou légèrement en avant ou en airière de ce point, suivant les individus et leur état, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 3 — 4 chez les adultes, ou à 4 y, chez les jeunes ; à la longueur sans la caudale, comme 1 : 2 Va-3 V» chez les adultes, à 4 chez certains jeunes. La hauteur minimale, sur le pédicule caudal, à l'élévation maximale, en moyenne, comme 1 : 3, souvent 2 Va chez des jeunes, ou par conti-e 3 Vs chez des vieux. L'épaisseur la plus forte, suivant Tftge plus ou moins avancé vers le milieu des pectorales ou sur l'opercule, égale à peu près à la hauteur minimale, chez les jeunes sujets, d'un quart ou même d'un tiers plus forte chez les vieux. Une section verticale médiane de forme elliptique aUongée et un peu conique dans le haut.
^ Ces deux demien noms, cités par Hartmann et Nenniog, doivent peutêtre ansti s'appliquer au jeune Gardon, car ces auteurs ont souvent con- Isnda ce dernier avec le véritable Rotengle.
460 FAUNE DES TERTÊBRÊS.
L'anus situé très près de Tanale et, suivant les siyets mftles ou femelles, aux Va ou aux V? de la longueur du poisson jusqu'à la base de la caudale.
Tète de moyenne longueur, mais assez épaisse et relativement élevée, bien que de forme assez variable : le plus souvent subconique et obtuse ou un peu tronquée en avant, avec un museau subarrondi et un front légèrement raplati formant sur la courbe de la nuque un angle plus ou moins accentué : parfois déprimée ou plate en dessus, avec une bouche très oblique ou ascendante et, par le fait, plus convexe en dessous ; d'autres fois, au contraire, fortement bombée ou busquée sur le profil frontal, avec une bouche quasi horizontale, et, par le fait, un profil inférieur presque droit '.
La longueur céphalique, au bout de l'opercule, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 5 — 5 Va chez la majorité des adultes et des individus de taille moyenne, souvent 4 Vft chez des jeunes, exceptionnellement près de 6 chez certains sujets de forme allongée*. Ce même grand axe de la tête, au poisson sans la caudale, le plus souvent, comme 1:4 — 4 Vft* La longueur céphalique supérieure, à l'occiput, égale, suivant les individus mftles ou femelles, aux Vio ou aux Vio de la longueur latérale au bout de l'opercule. L'élévation à l'occiput mesurant d'ordinaire entre les longueurs supérieure et latérale de la tête, plus voisine toutefois de la dernière, dans la majorité des cas ; avec cela, à peu près ^ale à deux fois la hauteur minimale du pédicule caudal, soit toujours un peu plus forte que la moitié de la hauteur maxi* maie sur le dos. La largeur sur l'opercule un peu plus faible que l'épaisseur du tronc chez les adultes, ou légèrement plus forte chez les jeunes, et égale, suivant la forme plus ou moins convexe du front chez les divers individus, à la hauteur vers le bord antérieur de l'œil, vers le tiers de Torbite, ou même vers la moitié de celui-ci.
* J*ai trouvé cette forme très busquée de la tête en dessus, accentuée surtout chez uu individu mâle de 230">", pris par moi dans un petit bras de rinn dans la Haute-Engadine. Ce Rotengle avait la pupille extraordinairement petite.
' Canestrini, Prospet crit., p. 46, donne jusqu'à 6 V^o.
SCARDINHJS ERYTHR0PHTHALMU5. 461
Museau arrondi, plus ou moins busqué ou relevé, avec une fente buccale généralement obliqué et ascendante, bien que plus ou moins inclinée, et fendue presque jusqu'au dessous des narines. La mâchoire inférieure dépassant légèrement la supérieure ; cette dernière médiocrement protractile. Les lèvres un peu épaisses. La langue bien développée. Les narines plutôt petites et percées assez haut ; l'ouverture antérieure arrondie, bordée d'une valvule susceptible de recouvrir entièrement l'orifice postérieur plus allongé ; la cloison séparatrice au tiers à peu près de la distance entre le bord de l'orbite et le bout du museau. Des pores de chaque côté de la tète, sur le museau, au-dessous de l'œil, le long du préopercule et sur le maxillaire inférieur. Œil de moyenne dimension, rond, toiyours fort distant du profil frontal et d'un diamètre, à la longueur céphalique latérale, comme 1 : 3 Va ^ ^ Vs ^^^ ^^ adultes de taille moyenne, à peu près 3 chez des jeunes, ou par contre 5 chez certains vieux.
L'espace préorbitaire de Vs plus petit à ■/« plus grand que l'orbite, suivant les individus jeunes ou vieux.
L'espace postorbitaire égal, selon les sujets, 1 Va ^ ^ Vs fois le diamètre oculaire.
L'espace interorbitaire, au diamètre de l'œil, comme 1 : 1 V» ^ 2, suivant les individus jeunes ou vieux. Arcade sous-orbitaire composée généralement de cinq os juxtaposés : le premier, devant l'œil, de forme subarrondie ou polygonale, plus haut que long, occupant à peu près tout l'espace compris entre l'orbite et le maxillaire, et d'une surface, suivant l'âge plus ou moins avancé des individus, égale aux V« ou à Vs de celle de l'œil. Le second, beaucoup plus petit, à peu près de même longueur, mais relativement très étroit. Le troisième, formant un demi-croissant au-dessous de l'œil, un peu plus large que le précédent et presque deux fois aussi long. Le quatrième un peu plus haut , mais un peu moins large que le premier. Le cinquième, enfin, très étroit et réduit aux proportions d'un petit canalicule.
La voûte susorbitaire un peu surplombante. Maxillaire supérieur à peu près droit en atvant et développé vers le milieu, en arrière, en un coude en hache oblique,
i6S FAUNE DES VERTEBRES.
large, quoique relativement peu proéminent, recourbé et concave en dessus, plus étroit et oblique en dessous. La branche inférieure relativement courte et fortement tordue en dedans (Yoy. pi. Il, fig. 35).
Opercule subtrapézoldal^ marqué plus ou moins de stries rayonnantes et d'une longueur à peu près égale aux Vs de sa hauteur ou un peu moins, quelquefois égale seulement à la Va chez certains sujets à tête élevée. Le bord inférieur à peu près rectiligne et fortement oblique ; le bord postérieur très faiblement concave. Ces deux côtés à peu près verticaux Tun sur Tautre, bien que formant un angle subarrondi. L'angle inférieur, par contre, assez aigu. Le côté supérieur mesurant environ la moitié de Tinférieur ou un peu moins.
Sous-opercule large et en demi-croissant.
Interopercule formant un triangle assez grand entre les pièces précédentes et le préopercule, puis demeurant largement apparent tout le long au-dessous de ce dernier.
Préopercule présentant deux côtés très légèrement convexes et formant à leur réunion un angle presque droit bien qu'assez arrondi.
La bordure branchiostège bien développée. Pharyngiens de moyenne épaisseur, avec une aile plutôt courte, brusquement coudée dans le haut et formant au bas un angle assez aigu, en face de la quatrième grande dent. La corne supérieure assez forte, formant un angle très prononcé sur la direction de Taile, à peu près droite et un peu retroussée à l'extrémité. La branche inférieure un peu courbe et d'ordinaire, depuis la dernière dent, un peu moins longue que la corne supérieure. (Voy. pi. IV, fig. 37.) Dents généralement au nombre de huit et en deux rangs parallèles sur chaque os : cinq grandes postérieures et trois petites antérieures ; exceptionnellement deux petites seulement \ Les postérieures majeures, allongées, pincées en
' Gunther (Flsche des Neckars) donne à tort à cette espèce 4 grandes dents et 2 petites. Ce chiffre, que le même auteur invoque (Catal. of Fishes) comme limite de variabilité, me parait très rare chez nous, à l'exception des individus chez lesquels la dentition est momentanément incomplète par le fait de remplacements.
SCARDINIUS ERYTUROPHTHALMUS. 463
couteau, recourbées à rextrémité et franchement pectinées, soit marquées sur les côtés de la couronne de nombreux sillons tonnant sur la tranche autant de dentelures bien prononcées. Le plus souvent, la seconde ou la troisième la plus grande, avec sept à neuf dentelures ; la cinquième, en bas, plus conique et la plus courte. Les trois petites dents en rang antérieur à peine aussi longues que la moitié des postérieures, de hauteur sensiblement égale, légèrement recourbées au sommet et plus ou moins pectinées ; la supérieure la plus grêle, en face de la seconde grande. (Voy. pi. IV, fig. 37.)
Meule pharyngienne facilement isolable, dure, épaisse, à peu près ovale, avec un crochet postérieur relativement peu proéminent et marquée sur les côtés de la face de frottement d'impressions dentaires assez profondes. (Voy. pi. IV, tig. 38 et 39.
Dorsale naissant légèrement en avant du milieu de la longueur totale du poisson, mais toi\jours fortement en arrière de la longueur sans la caudale, et d'une hauteur variant, te plus souvent, entre V» et V» (Vi) de Télévation du tronc ', soit tenant à peu près le milieu entre les longueurs latérale et supérieure de la tête, chez les individus adultes, et se rapprochant toiyours plus, chez les jeunes, de la dernière la plus petite, par le fait de la réduction relative et graduelle de la tête avec Taugmentation de ^ftge^ La longueur ou la base de cette nageoire un peu plus forte que la Vs de la hauteur du plus grand rayon, parfois presque égale aux Vs- Quant à la forme : anguleuse, bien que plus ou moins acuminée au sommet, passablement décroissante en arrière et à peu près droite ou très légèrement concave sur la tranche. Onze à treize rayons: trois non divisés et huit à dix rameux'. Le premier non divisé, étant souvent à peine per-
* Parfois demi, chez de vieilles femelles pleines.
* Le plus grand rayon dorsal parfois presque égal à la longueur céphaliqne latérale, chez de très vieus sujets, ou, au contraire, égal ou même plus faihle que la longueur céphalique en dessus, chez de très jeunes indiudus.
* J^ai trouvé deux fois 10 rayons rameuxhien distincts chez des jeunes provenant du lac Majeur.
464 FAUNB DES VERTÊBRBS.
ceptible, on pourrait croire quelquefois à tort à la présence de deux rayons simples seulement • ; le dernier divisé, plus ou moins profondément partagé, pourrait, par contre, être pris quelquefois à tort pour deux rayons distincts. Ainsi donc : un premier non divisé très petit et plus ou moins apparent, un second à peu près égal à la moitié du suivant ou légèrement plus court, selon les siyets, et un troisième encore non divisé à peu près de même longueur que le premier rameux qui suit. Le premier rameux, généralement W plus grand de tous ; le dernier, dixième, neuvième ou huitième divisé, mesurant, suivant le nombre, presque la moitié du plus grand ou un peu plus.
Anale naissant, suivant les individus, presque au-dessous du dernier rayon de la dorsale, ou V^ à Va* nième à Vi àe sa longueur plus en arrière que celui-ci; rabattue, laissant entre son extrémité et Torigine de la caudale un espace à peu près égal à la longueur de son rayon médian ou un peu moindre. La base de Tanale souvent égale à celle de h de la dorsale, chez les grands sujets ; par contre, souvent un peu plus longue chez les jeunes et beaucoup d'individus de taUle moyenne. La hauteur de cetto nageoire, au plus grand rayon, presque toujours sensiblement plus forto que la longueur basilaire^ et, selon les sujets et leur âge, égale aux V4 aux Vs' ou même aux V7 de la hauteur de la dorsale.
Quant à la forme : subcarrée, assez anguleuse au sommet, médiocrement décroissante et presque droito sur la tranche.
Treize à quinze rayons : trois non divisés et dix ou onze, plus rarement douze divisés '. Le premier sûnple ou non divisé très court, le second égal à la moitié du suivant ou un peu moins, le troisième à peu près égal au premier divisé, généralement le plus grand de tous. Le dernier divisé égal environ à la moitié du plus grand et partagé
' Heckel et Kner (SQatwaaierfiiche) donnent, par exemple, poor la dorsale, '/i rayons an Scard. erytkropMhàbmui et *', an Seard. Scaétf* qoi n'est, ponr moi, qu'une vanété da précédent.
' D'ordinaire de 1 à 6 millimètres ; exceptionnellement de même kagaenr, accidentellement plutôt plus courte.
' Le plus souTent orne dans nos eaux.
SCARDIN1C8 BRTTRROPHTHALMUS. 465
d^ordinaire jusqu'à la base, de manière à paraître quelquefois en former deux.
Ventrales implantées bien en avant de l'aplomb de la dorsale, soit presque au milieu de la longueur du poisson sans la caudale ou très légèrement en avant. Rabattues, demeurant, selon le sexe, Tâge et Tétat des individus, à une distance très variable de Tanus : distance, par exemple, égale quelquefois à '/s de leur longueur chez certaines femelles pleines, ou seulement à Vt ^hez des femelles délivrées, ou à zéro chez certains mâles, après Tépoque du frai. Le plus grand rayon d'ordinaire légèrement plus long que la hauteur de l'anale. Quant à la forme : subtriangulaires, assez anguleuses au sommet, bien que larges et un peu arrondies sur la tranche, et médiocrement réduites en arrière.
Parfois neuf, le plus souvent dix rayons : deux non divisés et sept ou plus souvent huit divisés. Le premier non divisé égal à Vs ou V, du suivant ; celui-ci égal à peu près au premier divisé (suivant les cas légèrement plus court ou plus long). Le deniier rameux égal à la moitié du plus long ou un peu plus.
Pectorales rabattues, demeurant distantes des ventrales d'une quantité assez variable, mais généralement moindre chez les mâles que chez les femelles ^ ; cet intervalle égal parfois à Vî ou Va de leur longueur, chez les premiers, et à Va chez les secondes. Ces nageoires du reste toujours sensiblement plus longues que les ventrales, soit à peu près égales en longueur & la hauteur de la dorsale, un peu plus ou un peu moins fortes selon les sujets. Quant à la forme : subtriangulaires, subacuminées au sommet, légèrement arrondies sur la tranche et fortement réduites en arrière.
Quinze à dix-sept rayons : un premier non divisé à peu près égal au premier divisé, ou légèrement plus court, et quatorze à seize divisés. Le second divisé le plus grand de tous ou égal au précédent ; le dernier à peu près égal à Ve ou V? do plus long. Le rayon antérieur non divisé, un peu plus
* Surtoat si celles-ci sont pleines.
466 PADNB DIS VBRTÉBBBS.
épais, un peu plus arqué et par le fait, relativemeot au premier divisé, un peu plus court chez les mâles, en noces surtout, que chez les femelles.
Caudale de moyenne longueur, assez profondément échaneréf et à lobes subarrondis au sommet un peu ocmTezes sur la tranche ; le lobe inférieur volontiers légèrement plus kmj! que le supérieur. Le rayon le plus grand, à la longueur totale du poisson, conmie 1 : 4 Va — ^ (souvent 4 Vs) soit d'ordinaire légèrement plus long que la tète par le c6té, plus rarement égal à celle-ci, exceptionnellement un peu plus court.
DixHieuf rayons principaux : 17 divisés et 2 non divisa appuyés sur le côté par quatre à six ou sept petits rayons décroissants ; les rayons médians mesurant en moyenne * . du plus long.
Écailles grandes, épaisses, assez solides et subcarrées, bien que paraissant au premier abord étroites et très élevées, par le fait qu'elles se recouvrent beaucoup les unes les autres. Une écaille médiane détachée à peu près de même dimension eo hauteur et en longueur, ou seulement très légèrement plu> haute que longue, avec une surface de Vi ^ Va plus grande que^cellederœil, chez l'adulte; par contre, sensiblement plu> haute que large et mesurant seulement Va ^ V« de l'œil, cfaex les jeunes. Semblables squames latérales moyennes présentant des côtés supérieur et inférieur quasi parallèles et presque droits (d'autres légèrement concaves ou convexes salivant leur place), largement arrondies au bord libre et oftaot généralement, au bord fixe, trois principaux festons 8éparp> par deux profondes échancrures. Toute la surface de l'écaillé marquée de fines stries concentriques distribuées autour d'un nœud quasi central ; quelques rayons très acoentllé^. le plus souvent au nombre de 2 à 6 de chaque côté, se rendant, depuis le nœud, les uns vers le bord libre, les autres vers le bord fixe, au fond des échancnires précitées et au feston médian. Enfin, de petits sillons rayonnants, noiB> apparents, partant également du centre pour venir fonner un éventail plus ou moins ouvert sur le bord libre où ib cor respondent à autant de très légers festons (souvent dix à
SCARDINIUS ERYTHROPHTHALMUS. 467
seize) semés de petites granulations pigmentaires noirfttres. Assez souvent, dans les plus grosses écailles, chez de vieux sujets surtout, les stries et les rayons en désordre formant comme un chaos autour du nœud central. (Voy. pi. III, fig. 34 et 35.)
Les écailles latérales antérieures passablement plus petites que les médianes, mais de même forme à peu près, quoique volontiers moins échancrées et moins sillonnées sur le c6té couvert. Les latérales postérieures plus petites aussi que les médianes, un peu plus longues que hautes, bien que se recouvrant souvent davantage, plus coniques au bord libre et généralement marquées de nombreux sillons rayonnants. Les dorsales à peu près de même dimension que les antérieures, quoique assez irréguliëres, souvent ovales ou subarrondies, volontiers plus sillonnées au bord libre, avec un nœud plus reculé. Les ventrales presque égales aux plus grandes latérales , dans les régions moyennes , mais plus petites encore que les dorsales dans les régions postérieures, plus allongées, un peu pincées, profondément festonnées au bord fixe, arrondies et bien sillonnées au bord libre. L'écaillé ventrale axillaire, comme chez nos autres Cyprins, longue, étroite, un peu arquée et passablement rayonnée, avec un nœud très reculé vers le bord fixe. (Voy. pi. ni, fig. 37.)
Généralement sept à huit squames (le plus souvent sept) au-dessus de la ligne latérale, vers la hauteur maximale, et trois ou plus souvent quatre en dessous, jusqu'à Taxillaire. Ligne latérale décrivant, jusqu'au centre de la caudale, une courbe continue, moyennement concave, à peu près parallèle au profil ventral et passant environ aux '/s de la hauteur maximale.
Quarante à quarante et trois écailles de Topercule à la caudale. Les squames moyennes sur cette ligne très semblables h leurs voisines supérieures, avec un tubule subcylindrique assez étroit, à peu près droit et horizontal, partant du nœud médian pour dépasser à peine la moitié de l'espace compris entre celui-ci et le bord Ubre. (Voy. pi. ni, fig. 36). Les antérieures plus petites, plus arrondies et plus hautes que longues, avec un tubule descendant obliquement, plus
^68 TAUNR DES VERTÉBaÊS.
court et plus large. Les postérieures plus petites aussi, mais plus allongées, avec un tubule par contre plus horizontal, plus étroit et plus long, soit parvenant souvent presque jusqu'au bord libre.
Coloration variant passablement avec les saisons et les conditions. Les faces supérieures souvent d'un vert bleuâtre plus ou moins clair ou sombre, ou olivâtres, ou d'un bronzé rougeâtre, ou encore d'un brun verdâtre, parfois presque noirâtres ; toutes couleurs se fondant, sur les flancs, dans une teinte d'un jaunâtre pâle cuivré ou argenté à reflets métalliques jaunâtres ou verdâtres. Les écailles latérales plus ou moins couvertes de granulations pigmentaires noirâtres dans l'angle basilaire de leur partie libre. Les faces inférieures d'un blanc jaunâtre. Les côtés de la tête d*uu argenté jaunâtre et, suivant les cas, plus ou moins dorés ou lavés de teintes vertes.
Nageoires dorsale et caudale d'un verdâtre enfumé: la première volontiers plus pâle et parfois rougeâtre vers le sommet; la seconde, plus sombre et généralement d'un brun rouge ou même rouge dans sa moitié extrême. Les pectorales d'ordinaire jaunâtres ou légèrement orangées. Les ventrales et l'anale, le plus souvent, d'un beau rouge orangé, sauf à la base généralement jaune ou jaunâtre, soit sur la moitié ou les deux tiers de leur longueur.
Chez certains individus à livrée sombre, toutes les nageoires noirâtres, avec ou sans trace de rouge.
Iris d'un jaune orangé, plus ou moins rougeâtre et plus ou moins mâchuré, dans le haut surtout. Dimensions très variables, dans des localités et conditions différentes. Il semblerait, d'après les données de quelques observateurs, que l'espèce parvient, par exemple, à de plus fortes dimensions dans les eaux du sud et de l'ouest de la Suisse que dans celles du nord et de l'est. Le maximum le plus généralement admis paraît être, pour le Rotengle. 800 à 320 millimètres de longueur totale, avec un poids de 1 à 1 Va livre (500 à 750 grammes) dans nos cantons allemands ; tandis que l'on prendrait quelquefois des individus d'environ 2 livres (l kilog.) dans le lac Léman et les grands
SCARDINIUS ERYTHROPHTHALMUS. i69
lacs du Tessin. Les dimensions sont toujours notablement plus réduites dans les petits bassins plus élevés de nos Alpes : ainsi, un individu que j^ai pris en Engadine supérieure, à environ 1790 mètres au-dessus de la mer, et qui mesurait 2<^"* de longueur totale, passait dans la localité pour un siyet tout à fait exceptionnel. Du reste, comme chez la plupart des poissons, une grande augmentation de poids ne se traduit pas autant par rallongement de l'individu que par un élargissement et une plus grande élévation du tronc. Ainsi, un Kotengle de 155"^ de longueur ne pesait que 45 grammes, tandis qu'un autre de 266"", pesait 230 grammes ; du reste Tespèce atteint facilement, comme nous Tavbns dit, à plus de 500 gramm&s, avec une taille de 300""" seulement.
Milles, en livrée de noces, présentant souvent un premier rayon des nageoires pectorales, non seulement un peu plus épais que celui des femelles, mais encore plus ou moins tordu et parsemé de nœuds ou de granulations. Us portent d'ordinaire, avec cela, à l'époque du init, une quantité de petites granulations très serrées sur la tête, sur les parties antérieures du dos et sur la face intenie des rayons des nageoires pectorales.
Jeunes de formes plus élancées, avec un œil relativement beaucoup plus grand. Le coi*ps et les nageoires ornés de couleurs généralement moins tranchées ou moins brillantes ; la moitié extrême des ventrales et de Tanale, ainsi que le lobe inférieur de la caudale, suivant les cas rougeâtres ou noirâtres. Souvent un serais de petits points noirâtres sur les flancs.
\>rtèbres au nombre de 36 à 39.
Vessie aérienne assez grande et étranglée en arrière de son premier tiers ; la portion antérieure subarrondie et faiblement bilobée en avant, la postérieure un peu arquée et subacuminée à l'extrémité. — Tube digestif formant deux replis et mesurant de une fois et demie à deux fois la longueur du poisson sans la caudale. — Ovaires et testicule^ doubles ; les seconds profondément entaillés vers leur tiers supérieur. — Une houppe de pseudobrauchies pectinées bien développées derrière le préopercule.
470 PAUNB DBS VERTÉBRÉS.
Le Rotengle varie assez, tant dans les fonnes que dans la coloration, selon la nature ou la température des eaux et Talimentation, pour avoir donné lieu à la formation de plusteais fausses espèces. Ueckel et Kner, qui ont rapporté à leur Seard. erythrophthalfniis le Scard. hesperidicus de Nardo ', ont cependant eu le tort de conserver comme espèce distincte le Leuciscus (Scardinius) Scardafa de Bonaparte*, et d^élever au rang d'espèces nouvelles, sous les noms de Scardinius dergk. Scard. phtizza et Scard. macr(^hthalmu8, trois formes particulières de notre Rotengle ordinaire '.
On a pu voir, dans le courant de ma description et dans la largeur des limites de la variabilité que j'ai constatée sur la plupart des points prétendus distinctife, combien tous les caractères invoqués par ces auteurs sont sujets à de grandes variations et perdent par là de leur importance.
J*ai trouvé toutes les transitions entre la tète tronquée et à bouche quasi verticale du Scard. scardafa et la tète plus acuminée à bouche beaucoup moins oblique du Scard. dergle ; j'ai même signalé, dans nos eaux, une forme particulière, à tète fortement busquée et à bouche quasi horizontale, qui, pour n'être selon moi qu'une simple variété, n'en contribue pas moins, à sa manière, à déprécier beaucoup la valeur de la position de Taxe du poisson par rapport à la bouche et à l'œil, position admise comme caractéristique par les auteurs des SUssuxisserJische.
Nous avons vu, chez divers individus de notre Rotengle, à peu près toutes les proportions variées des nageoires paires, ainsi que les dimensions diverses de la caudale, et les positions différentes de l'anale et de l'anus qui devraient distinguer spédtiquement le Scard. phtizza des précédents ; cela, avec toutes les transitions possibles, tantAt dans des sexes différents, tantôt dans des conditions ou à des époques différentes.
J'ai montré comment les proportions de l'œil varient énormément avec l'âge et comment, en particulier, elles sont tonjours, chez les jeunes, au moins aussi fortes que celles attri-
' PfMpet. sitt.
* Faona iulica.
' Heckel et Kner, Sûsswaaserftiche, p. 153 à 161 et fig. 79 à 86.
SCARDIN1U8 BRYTRROPHTHALIIUS. 471
buées comme distinctives au prétendu Scard. macrcphthalmus qui, selon Heckel et Kneç, serait de taille relativement inférieure. Ces grandes dimensions de Tœil persistent du reste plus ou moins dans des conditions différentes.
J'ai signalé comme assez fréquente, tant au nord qu'au sud des Alpes et même à de grandes élévations, la livrée sombre et la coloration noirfttre des nageoires qui devaient distinguer le Scard. hesperidiciis de Nardo. Cette variété locale, qui paraît constante dans les eaux du petit lac de Statz dans la Haute Engadine, m'a paru tenir surtout à une question d'alimentation. Je n'ai jamais trouvé dans le tube digestif des individus de cette provenance que des débris végétaux d'un vert sombre, et j'ai constaté en môme temps chez eux une fréquente coloration noirfttre des dents pharyngiennes.
J'ai dit déjà, dans ma description, que Ton trouve parfois des Rotengles ne portant que deux petites dents au rang antérieur, que ce soit des deux côtés ou de l'un seulement ; ajoutons que Jffickel * a vu aussi exceptionnellement quatre petites dents d'un côté ou seulement quatre grandes. Souvent ces exceptions ne sont que temporaires et dues à des mues incomplètes.
On voit souvent des Rotengles, ou bien de forme effilée, un peu comme des Vengerons, ou bien au contraire de forme très élevée et rappelant jusqu'à un certain point le Carassin. On rencontre aussi çà et là des individus ornés d'une livrée très claire, avec des nageoires très pftles. LuneP a possédé un Rotengle d'un jaune clair en dessus et argenté verd&tre sur les côtés, avec des pectorales d'un beau jaune. Le même auteur a trouvé aussi des Rotengles à museau de mops, et décrit un siget monstrueux dont la colonne vertébrale était tordue à tel point que le lobe supérieur de la caudale touchait presque à la dorsale. Je rappellerai, à cette occasion, l'individu en partie paralysé et tordu latéralement, dont j'ai parlé dans une notice sur la variabilité des poissons '.
' Fitefae Bayemt, p. 64.
* Poinoot da Léman.
* De la Tariabilité de l'espèce à propos de quelques poissons, par V. Fatio (ArchiT. de la Bibl. nniv., févr. 1877), p. 203 à 205.
Enfin, on a pu voir, dans la synonymie de cette espèce, que le Rotengle a été confondu par la majorité des auteurs suisse:> avec le Vengeron ou Gardon (Leudscus rutilus) ; tandis que rtnspection des dents, sur un ou sur deux rangs, peut toujours permettre de distinguer facilement ces deux Cyprins.
Le Rotengle est très répandu en Europe et jusque dans l'Asie-Mineure. On le trouve aussi bien en Angleterre, dans le Danemark, et même en Norvège au nord, que dans toute l'Europe centrale et dans la plus grande partie de l'Italie, au sud.
Il est commun en Suisse et se trouve, plus ou moins abondant, dans tous nos bassins inférieurs. Il ne remonte pas volontiers la plupart de nos rivières, souvent trop accidentées, audessus d'un niveau de G à 800 mètres, et on le rencontre rarement dans nos petits lacs de montagnes au delà de cette élévation, au-dessus de la mer. A l'exception des lacs de la Haute- Engadine, où il a été apporté, à 1800 mètres environ, je n'ai, en effet, pas constaté sa présence plus haut que dans les lacs de Bret, h 670 mètres, et d'Egeri à 727 mètres au-dessus de la mer. Il foisonne dans le lac de Thun, comme dans presque toutes les eaux de ce niveau : toutefois, il est déjà moins abondant dans le lac de Brienz qui, bien que très voisin de celui-ci. ne lui offre cependant que des eaux plus pauvres et plus froides *.
J'ai dit que ce poisson se trouve, aux sources de l'Inn eu Haute-Engadine, dans les Silser et Statzer See, et j'ai parlé de l'aspect qu'il prend dans les conditions de ces régions élevées où seul il vit avec la Truite. Le Rotengle faisant défaut à l'Inn plus bas dans la vallée, il paraît plus que probable que cette espèce a été autrefois apportée, ou par quelque amateur peu gourmand, ou en vue de subvenir à l'alimentation de la Truite.
^ Lunel (Poissons du Léman, p. 70) dit avoir remarqué que le Rotengle souffre beaucoup plus du froid que le Chevaine, le Vengerou, le Spirlin et le Vairon. Peut-être la glace, qui recouvre les lacs d'Engadine pendant plusieurs mois, joue-t-elle pour le Rotengle le même rôle de protection que le manteau de neige sur le sol pour le Campagnol des Alpes {Arc. nivalia), lequel, sans cette couverture, meurt en plaine à un ou deox degrés an-dessous de zéro.
SGARD1N1U8 ERYTHROPHTHALIIUS. 473
Le nom de PloUa donné à cette espèce en Engadine porte h croire que la provenance doit être attribuée à quelque partie du canton du Tessin, où le môme poisson porte le nom vulgaii*e très voisin de Fioita inconnu dans le reste de la Suisse.
En somme, j'ai constaté la présence du Rotengle dans les lacs suivants : Léman, Bret, Neuchfttel, Morat, Bienne, Luceme, Samen, Sempach, Zoug, Egeri, Thun, Brienz, Zurich, Wallenstadt, Constance, Statz, Silz, Lugano et Majeur.
Le Rotengle recherche les eaux garnies de végétation, tranquilles ou à faible courant, les lacs, les rivières calmes, les étangs et les marais. Sa nourriture, assez mélangée, consiste principalement en plantes aquatiques, articulés, vers et petits mollusques. Il vit volontiers en société et se tient, suivant les saisons et la température plus froide ou plus chaude, près du fond ou, au contraire, plus près de la surface des eaux. Ses allures, tantôt lentes, tantôt vives ou alertes, rappellent un peu celles de la Carpe.
L'époque du frai varie passablement dans les divei^ses localités et conditions ; bien qu'elle tombe, pour la plupart de nos hxcs, sur le mois de mai, il arrive cependant de rencontrer des femelles déjà délivrées dès la fin d'avril et de trouver, par contre, des femelles encore pleines vers, la fin de juin. Lunel (1. c.) signale même que la ponte peut être exceptionnellement reculée, pour certains individus, jusqu'au mois d'août.
Les œufs sont gcnéralemeut pondus dans un petit fond, et volontiers fixés contre les plantes aquatiques; une femelle n'arrive d'ordinaire ù se délivrer complètement qu'après avoir successivement émis ses œufs en diverses places, par des opérations répétées. Ces germes sont rougeâtres, relativement petits et très nombreux. Lunel en a compté 82,000 chez un individu du poids de 800 gi*ammes ; Bloch a compté 91,720 œufs chez une femelle de 10 onces. Selon de la Blanchère, la durée de l'incubation varierait, avec la température, de 5 à 10 jours. Les ale- >ins croissent assez rapidement. Heckel et Kner pensent que la vie de ce poisson ne doit pas dépasser quatre à cinq années*.
^ Donnée qui me paraît toat à fait hypothétique, curieuse mém^, eu égard à Page que peuvent atteindre d'antres Cyprins, la Carpe en particnlier.
474 PAUNB DES TBRTBBRB8.
Nous avons VU comment le Rotengle vivant firéquemment cftte à cAte avec la Bordelière, le frai de ces deux poissons se tronve souvent déposé dans les mêmes places, et comment, par suite de ce mélange, il se produit parfois des hybrides de ces deux espèces. Voyez plus bas un autre croisement avec le Gardon.
Bien que sa chair n'ait pas de goût désagréable, le Rotengle est cependant peu prisé pour la table, à cause du grand nombre de ses arêtes. Les pêcheurs employent par contre volontiers ce poisson conmie amorce. On le prend également au filet, dans les nasses, ou à la ligne avec un ver ou de la mie de pain.
Pas plus que les autres Cyprinides, le Rotengle n'est exempt de parasites ; on a, en partioulier, constaté chez lui la présence de bon nombre d'Helminthes ^
Leiîcihcx>-Scardiniu8 rutilo-erythrophthalmuh, nobi«.
Verdâtre <ni olivâtre en dessus; d'un jaunâtre cuivré sur les ,/lancs; nageoires inférieures jaunes ou rougeâtres. Corps uu peu comprimé. Dos plus ou moins voûté. Ventre plus ou ^noins
' Ascaris Cyprim eiythrophOudmi (Rud.) ; dans les intestins. ^ Agù^ monema ooatum (Diesing) ; dans les mascles céphaliques. — Dispkarapa «ieniniali» (Doj.); dans les intestins. — Trithosama hmetUùstm (DigO; dans les intestins. -> Mdmma Cfyprkwrum (IMes.) ; dans le périloiDe, dau un kyste. — Eckùiorhifnchts dœoœceps (Zeder) ; dans les intestins. Eéûm, angustaiuB (Rad); dans les intestins. Eekin. ProUus (Westr.); dans les intestins. — Diplosoon paradoxum (Nordm.) ; sur les branchies. — Daetylogyms fàllax (Wag.); sor les branchies. Dodyl. amafar (Wë^,) : sar les branchies. Daetyl. difformis (Wag.) ; snr les branchies. — Distomum glMponm (Rnd.) ; dans les intestins. DîM. disHdum (Zeder) ; = Foêciola âMcha (Sec. Hartmann) intestins. ^ Z>tploifOMaisi v6ttm* (Xordm.); dans TcBil. Dîplost. aUicoia ^Nordm.); sor la snrfaee do corps, dans la cavité boccale, les mascles et rœil; (dans un kyste). — JÀgula âigramma (Creplin) ; dans la cavité abdominale. lÀg. womçffsmmm (Creplin) ; dans la cavité abdominale. -> iJaryophiylUtm mmkMiê <Bad.) . dans les intestins. — Tri^tnophanu mod^ûcsus (Rod.) ; dans la cavité abdominale et les hitestins.
pincé ou tectiforme. Dorsale et anale à base courte, la première naissant au-dessus des ventrales. Écailles grandes, à pexv pris ccmme chez le Botengle. (Longueur totale 160-280^.)
Pharyngiens plus grêles que ceux du Gardon, avec une aile cependant plus large que celle du Botengle. Dents sur un ou sur deux rangs, avec une couronne généralement pincée et pectinée.
Dentés serrantes 5 — 5 ; 6 — 5, 1; i, 5—5 / i, 5 — 5, 2 pectinati.
Sq. 40 -^ 42.
ScARDDfioPsts ANCEPS, Jdckely Fische Bayerns, p. 64.
Je donne ci-dessus quelques-uns des principaux caractères attribués par Jftckel à son Scardiniopsis anceps, de rAltmûhl en Bavière. L'auteur des Fische Bayerns semblant établir d'une manière indubitable que ce poisson n'est qu'un produit de l'union du Rotengle {Scard. erythrophthalmus) et du Gardon {Leuciscus rtitilus), union dans laquelle le Rotengle aurait probablement fourni le mâle, il m'a paru utile de signaler, ne fût-ce qu'en passant, cette forme bâtarde dont nous possédons les deux parents.
Bien que je 'n'aie point encore observé cet hybride dans nos eaux, il n'y aurait rien d'étonnant, en effet, à ce qu'on le trouvât dans les localités où les deux espèces mères sont en contact.
De Selys Longchamps, dans une lettre du 19 juin 1874, m'a entretenu d'une forme particulière de ce bâtard, qu'il aurait rencontrée en Belgique et qu'il distingue sous le nom de Scardiniopsis amphigenus, par le fait qu'elle serait le produit du Rotengle, non plus avec le Leuciscus rutilus ordinaire, mais avec le Leuc. rutilus, var. Selysii.
476 FAUNE DBS VEIITÉBBÉ8.
Genre 11. GARDON
LEUCISCUS, Rondelet.
Dents pharyngiennes sur un seul rang, au notfibre deciwi à six de chaque côté ; la couromie des superieure^s, ks plw> grandes, comprimée en serpe courte, un peu ctvclèue au sommet et volontiers léger entent pectinée sur lehord. Bouche presque terminale et jJutôt petite, avec des Unres peu eharnue^^ et dépourvues de barbillons. (Kit franchement latéral. Ttt* suhconique et moyenne. Corps ohlong^ j>/w5 (m moins wHt et comprimé à des degrés divers. Dos et ventre jJ us ou mor/?> larges ou tectiformes^ mais toujours sans arétc nue. Écailles latérales moyennes généralement grandes et suhcamcs, arec des rayons bien apparents. Ligne latérale compliir, yaqeoires dorsale et anale à basepluté>t courte; la jn-emihi naissant au-dessus des ventrales, la seconde toujours .vw>v hlemoit en arnîre de la dorsale. Caudale moyenne ou jJitfV grande et assez profondément échanrrée.
Dentés rodcnies 6 vel 5 — 5 iy' 6, subpectinati.
IjCs Gardons vivent volontiers en sociétés plus ou moiD> nombreuses, habitant également les lacs et les rivières, et mélangent d'ordinaire leur nourriture d'éléments végétaux et animaux. Chez plusieurs d'entre eux les mâles sont couverts, à Tépoque des amours, de tubercules épineux d'assez grandes dimensions.
L'extension du groupe des Gardons a été très différemment comprise par les divers ichthyologistes. Le genre Ijcuciscus qui comprenait encore, pour Cuvier et Ttlcntiennes, un assez grand nombre d'espèces de formes bétéro-
LEUCISGUS. 477
gènes, a été saccessivement coupé et subdivisé de diverses manières. Heckel et Kner, et de Siebold à l'imitation de ceux-ci, ont, entre autres, beaucoup réduit le cadre de ce groupe, en mettant en relief, dans différents fractionnements de ce vaste ensemble, certaines communautés de caractères qui devaient présider à des coupes génériques jusqu'alors insuffisamment justifiées. Le D' Gûnther qui, dans ses Oat. of Rshes^ a réuni, sous le nom de Leudscus^ les genres Leuciscus Cuv. et Val., Plwxinus Agassiz, ScardiniuSj SquaUus, et Tdestes Bonaparte^ Leucos et FhoocineUiis Heckel, ainsi que plusieurs autres exotiques, comptait, en 1868, un total de quatre-vingt quatre espèces.
Suivant ici à peu près le groupement des auteurs des Siissicasserfische^ je me trouve maintenant en face d'un genre beaucoup plus réduit, bien qu'encore assez riche. La caractéristique du genre Leudscm, telle que je la comprends, soit embrassant les genres Leudscus et Leucos de Heckel, renferme encore douze des espèces acceptées par GUnther. De ces douze espèces, toutes européennes, cinq sont occidentales ou propres à la péninsule ibérienne, les L. arcasii, L. macroUpidotuSy L. alburnaideSy L, arrifjcnis et L. lemmingii de Steindachner; deux sont orientales, les L. Heckdii (Nordm.) et L.pidiis (Gttnther), et cinq sont plutôt de l'Europe moyenne et septentrionale, les X. rutUus (Linné), L.pigus (de Filippi), L. Meidingeri (Heckel = FHesii de GUnther), L. atda (Bonap.) et L. adspersus (Heckel).
Le caractère générique que Heckel a cru trouver, pour son genre Leucos, dans la présence constante, chez les représentants de celui-ci^ de cinq dents seulement sur chacun des pharyngiens, me parait devoir tomber devant le fait que nous constaterons plus loin de la variabilité du
478 PAUNE DIS VIIITBBRÉ8.
nombre des dents sur chacun de ces os, chez de véritables Gardons, chez notre L. rviSius en particulier, qui porte indifféremment : 6 dents de chaque côté, ou 5 d'un cAté et 6 de Tautre, ou encore 5 seulement des deux cAtés.
Malgré quelques légères dissemblances dans les formes du maxillaire et de la meule pharyngienne, je n'hésite pas à rapprocher dans le même gmre notre L. ada de no6 deux autres Lmci9cms^ comme Tout déjà proposé quelques auteurs, de Siebold, Jeitteles et Gonther entre autres.
La Suisse compte trois représentants du genre : un an nord des Alpes, le Leuciacus rutUuSy et deux au sud, dans le Tessin, les L.jriguset L. aula.
On connaît quelques produits hybrides des représentants de ce genre avec tdes espèces de genres voisins, les bâtards, par exemple, de notre Leudacus ruHbis avec la Brème {Abramis Brama), avec la Blicke (Blicca BjSrkna) et avec le Rotengle {Scardinius eryOïrcpkthalmus) dont j'ai parlé plus haut.
Les trois espèces de Leitciscus qui habitent les eaux suisse* portent des pseudobranchies pectinées passablement développées. Elles possèdent également en commun les quelques caractères ostéologiques suivants : la meule pharyngienne est de forme subelliptique et plus ou moins allongée \ assez dure et passablement proéminente, ainsi que fortement mamdonnée vers la moitié antérieure de la face de frottement, comme si le» dents pharyngiennes devaient surtout ronger les aliments contre elle. Le maxillaire supérieur présente un côté antérieur légèrementcreusé vers le centre, un coude postérieur allongé, reUUvement étroit et peu ou pas retroussé, avec une branche inférieurp plutôt courte, ainsi que largement tordue en avant vers Textré-
' Celle dn L. Aula est un pe o plus large au centre que ceUe de noi autres espèces.
LEUCI8GU8 RUTILUS. 479
mité. Les os pharyngiens sont trapus, avec une aile assez grande et une corne supérieure fortement recourbée en avant. L'arcade sous-orbitaire est formée de 6 à 6 pièces mobiles^ ; la première en avant est la plus grande, bien que la quatrième soit ici généralement bien développée et parfois presque de même dimension.