‹ Faune des vertébrés de la SuisseChapitre 38 sur 77 · LEUCI8CUS P16US. 5SI · texte numérisé non relu

LEUCI8CUS P16US. 5SI

breux sillons rayonnants plus courts et correspondant à autant de petits festons découpés sur le bord libre. D'autres rayons plus petits et souvent moins nombreux gagnant, en arrière, les festons de la saillie médiane du bord fixe (Les écailles moyennes de mon sujet & front déprimé, relativement un peu plus grandes et plus droites sur les côtés supérieur et inférieur). Les écailles antérieures latérales un peu plus petites que les moyennes et plus ovales ou plus hautes ; les postérieures latérales, plus petites encore, mais par contre plus allongées et plus anguleuses, ainsi qu'un peu rétrédes du côté du bord fixe. Les dorsales antérieures subarrondies, à peu près égales à la moitié des latérales moyennes et moins rayonnées en arrière, bien que plutôt plus sillonnées en avant, avec un nœud un peu plus reculé. Les pectorales un peu plus petites encore, plus allongées et plus irrégulières, avec un nœud plus reculé. Les ventrales latérales sensiblement plus petites que les latérales médianes, mais de même apparence.

Huit à neuf écailles au-dessus de la ligne latérale, vers la hauteur maximale (sept & huit sçlon Heckel et Kner, et Canestrini), et quatre en dessous jusqu'à la base des ventrales.

Ligne latérale suivant, de Tangle supérieur de Topercule au milieu de la caudale, une courbe relativement peu concave, d'une direction moyenne convergeant plutôt avec celle du profil ventral, et passant entre Vj et V» de la hauteur maximale. Les écailles médianes à peu près semblables à leurs voisines supérieures et inférieures, bien qu'un peu plus anguleuses vers le bord fixe, avec un tubule subcylindrique plutôt court et étroit, soit naissant très légèrement en arrière du nœud central pour s'étendre sur les deux tiers ou la moitié seulement de la partie découverte (Voy. pi. III, fig. 41). Les antérieures à peu près de mêmes dimensions, biai que de forme plutôt plus élevée, avec un tubule très légèrement oblique d'ordinaire coudé vers l'extrémité découverte (le plus souvent en haut, quelquefois en bas), et occupant d'ordinaire la moitié du diamètre de l'écaillé, en s'étendant presque également à droite et à gauche du nœud.

Les postérieures notablement plus petites et de forme, par contre, un peu plus allongée, avec un tubule droit, assez long et en entier sur le côté découvert de Técaille, soit partant du nœud seulement.

Quarante-sept à cinquante et une écailles sur cette ligne (suivant Heckel et Kner, quarante-jsix à quarante-huit, selon Canestrini, quarante-six à cinquante).

Coloration plus ou moins brillante suivant les saisons et les individus. Les faces supérieures tantôt d'un vert plus ou moins brillant ou obscur, tantôt sombres ou presque noirâtres avec une légère teinte azurée. La couleur verdâtre se fondant, sur le haut des flancs, en une teinte de plus en plus claire, volontiers bronzée ou dorée ; plus bas, les côtés du corps, dans la livrée de noces surtout, souvent d'un blanc verdâtre avec des reflets opalins ou irisés. Les côtés de la tête volontiers d'un jaune doré à reflets métalliques. Les faces inférieures. d'un blanc opalin.

Iris d'un jaune clair, d'ordinaire avec une tache d'un jaune doré en avant et en bas, et souvent un peu mâchuré dans le haut.

La dorsale volontiers d'un gris verdâtre ; la caudale d'un verdâtre sale plus ou moins brunâtre, parfois mélangé de brun-rougeâtre. Les pectorales, les ventrales et l'anale, suivant les conditions, rosâtres ou d'un rose mélangé de verdâtre et plus ou moins mâchurées, ou grisâtres, ou encore d'un gris noirâtre plus ou moins foncé.

Dimensions : le plus grand individu que j'aie examiné mesurait 380 millimètres de longueur totale, avec un poids d'une livre environ ; le plus petit ne pesait que 375 grammes, avec une longueur de 340 millimètres. Le seul échantillon étudié par Canestrini avait 302'^de longueur totale. Les plus grands sujets examinés par Heckel et Kner atteignaient au plus à 15 pouces, soit environ à SGO""", Pavesi dit que le Pigo peut atteindre, dans le lac de Lugano, au poids de un kilogramme à peu près, soit deux livres environ, avec une taille de 40 centimètres environ. De Filippi avance, enfin, que des individus du poids de trois livres ne sont pas une grande rareté en Italie,

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Mftles ornés, à Tépoque des amours, de grands et nombreux tubercules blanchâtres ou jaunâtres ' sur la tète, jusque sur le bout du museau, sur le dos, sur les côtés du corps et même assez bas sur la partie caudale de ce dernier. Ces tubercules, à base arrondie ou subarrondie, avec une épine centrale un peu recourbée, généralement bien plus petits sur la tête que sur le corps. Les plus grands, sur les flancs, mesurant, chez des adultes, environ 4 à 5 millimètres de diamètre, soit à peu près la surface de la pupille, avec une hauteur à Tépine de 4 millimètres environ. Un certain nombre de ces concrétions ornementales et temporaires disposées souvent sur la tête en forme de couronne ouverte en arrière, passant de chaque côté au-dessus de Toeil et prolongée en avant jusque sur le museau. Les tubercules du tronc, distribués plus ou moins régulièrement et d'ordinaire par un seulement sur une écaille, affectant le plus souvent un arrangement par séries longitudinales parallèles à la ligne latérale.

Le rayon simple des pectorales m'a paru un peu plus épais chez trois mftles en livrée de noces que chez une femelle et d'autres mftles pris en arrière-automne; toutefois, cette différence est peut-être ici moins apparente que chez quelques autres Cyprins.

N'ayant eu, parmi plusieurs mâles en divers états, qu'une seule femelle (mon individu à front déprimé), je ne saurais conclure de comparaisons insuffisantes d'autres différences sexuelles chez cette espèce.

J'ai déjà dit que je n'ai pas pu étudier de jeunes individus du Leiic. pigus, mais que deux jeunes du Leiic, virgo, incontestablement de même espèce, m'avaient présenté des formes plus élancées que les adultes, avec deux profils plus semblables, ainsi que des nageoires et un œil relativement plus grands.

Vertèbres au nombre de 44 à (46) '.

Vessie aérienne grande et étranglée en avant du milieu :

' Cet tabercales deviennent brans dans Palcool. ' Selon Gûnther, CaUl. of Fishes.

59i PAUNB DES TBRTBBRÊ8.

la partie antérieure plus forte que la moitié de la postérieure, un peu creusée en dessus, bombée en dessous, élerée vers le centre et fortement réduite en avant ; la partie postérieure up peu cintrée et subconique, mais peu acuminée en arrière. — Tube digestif formant quatre courbures, soit on double S, et mesurant d'ordinaire une fois et un cinquièiiie à une fois et un tiers la longueur totale du poisson. L'estomac assez allongé et développé. — Ovaires et testicules doubles. — Un rang de pseudobranchies pectinées passablement développées, au fond de la cavité branchiale, derrière le préopercule.

Le Leuciscus pigus a été longtemps méconnu dans notre pays. Hartmann (Hélv. Içhthyol.) le confond avec le Cyprimis riidlus. Schinz {Fauna Helvet.) le prend à tort pour le LeticUcus idu8 de Cuvier, et reproche à Hartmann d'avoir signalé le Cyprinus idtis, soit Idus mdanoius \ dans les lacs suisses aa nord des Alpes, tandis qu'il ne se trouverait, suivant lui, que dans le Tessin au sud. Enfin, tout récemment, Moesch ( Ttn^ reich der Schweiz), confirmant encore davantage Terreur de Schinz, inscrit VIdus melanotus de Heckel dans sa liste des poissons de la Suisse, en supposant qu'il pourrait se trouver dans les lacs du Tessin.

Cette espèce varie assez pour que, sur quelques indiridos. tous également adultes et de même taille à peu près, nous ayons pu constater, dans la description, bien des différences plus ou moins importantes ; je ne rappellerai, toutefois, id, que les divergences présentées par l'individu à front déprimé dont j'ai signalé chemin faisant les principales particularités.

Ce sujet à front déprimé, femelle capturée en juillet dans le lar de Lugano et mesurant 380 millimètres de longueur totale, se distingue, en effet, de tous les autres : par une forme de la tète

* Nous Terroiu, à propos de VIduM meîanotus, qae Hartmann attrîboiii à tort le nom de Cyprinua Idu$ à one forme du Squaiius cephalmêéam le lac de Neuch&tel.

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un peu plus allongée et moins élevée vers le milieu, soit par un front sensiblement creusé et, comme résultat de cette dépression, par un museau plus carré un peu relevé, et par une nuque assez brusquement voûtée depuis Tocciput. Le même individu présente avec cela : neuf rayons rameux aux ventrales, au lieu de huit, oMBre assez constant de Tespèce ; une anale plus élevée, soit légèrement plus haute que longue ; une forme un peu plus sinueuse de la tranche des pectorales ; une caudale plus allongée, et des écailles moyennes un peu plus grandes. N'ayant eu en main que ce seul siqet, en fait de femelles, je ne saurais dire, je le répète, s'il y a dans ces différences quelque trait qui puisse être considéré comme sexuel ; cependant, je serais plutôt porté à ne voir ici qu'un fait accidentel. En tous cas, je n'hésite pas à affirmer qu'il n'y a pas lieu à créer pour ces quelques divergences une espèce différente ou nouvelle ; les rapports nombreux des deux formes, sur la plupart des points importants, ainsi que la constante variabilité des espèces les plus voisines, du Vangeron en particulier, montrent assez à quoi il faut réduire l'importance de certaines dissemblances. L'examen d'un seul individu ne permet pas même de supposer ici une tendance vers une déformation persistante.

De Betta (Ittiol. Veron., p. 87) décrit, comme Leucisctis pig\iê (de Filippi) et sous le nom vulgaire d'Oroda dell'Adese, on Cyprin de l'Adige qui rappelle, en effet, parfaitement le pigo des lacs de Gôme, Majeur et Lugano. En identifiant avec raison son Orada avec le pigus, l'auteur de VIchthyoloffie Vérotiaiêe compare naturellement ce dernier au poisson signalé par Pollini ( Viaggio al logo di Gurda, 1816), sous le nom vulgaire de Dorata^ dans le lac de Garde, et rapproche ainsi le nom latin Oyprinus Orftts employé par Pollini du nom Leuciscus pigus généralement reconnu. Doit-on voir, dans ce nom de Cyp. Orfus (Pollini), une intention de rapprochement avec le Cgprimis Orfus (Linné), soit avec Vldiis mdanohts (Heckel) ; ou bien doit-on, ce qui parait plus probable, y voir une idée d'analogie avec V Orfus Oermanorutn (Marsigli), soit avec le Leuc. virgo (Heckel). Monti (Notizie

dei pesci délie provimie di Ccmo etc., 1864), ne voit dans

V Orada de l'Adige qu'une forme du Pigo (L. piqus\ propre aux

5t6 FAUNE DES VERTÉBRÉS.

eaux courantes ou limpides et demeurant d'ordinaire dans d'un peu moindres dimensions.

Ayant déjà nettement distingué le Ct/printis Idus de Linné (= Idus melanotus Heckel), de notre Letic. pigiis (Filippi), séparons aussi franchement le Oyprinus Orjus de Linné (= Idtis mélanotus var. aurata) de VOrJus Oermanomm de Marsigli qui n'est autre chose que le poisson nommé Leiic. virgo par Heckel, et qui, comme nous Talions voir, n'est qu'une forme principalement danubienne et un peu déviée de notre Gardon galant (Letic. pigus) des lacs du Tessin et du nord de l'Italie.

Après avoir soigneusement pesé et comparé les descriptions successives des Lenc. pigus et Leuc. virgo par les auteurs les plus autorisés, et après avoir relevé ainsi les quelques différences supposées constantes, qui devraient distinguer ces deux formes, j'aurais peut-être hésité encore à rapprocher complètement ces deux prétendues espèces*, si l'examen de quelques types de la forme dite Leuc. virgo, provenant du Danube, ne m'avait permis de réduire à fort peu de chose tous ces traits censés distinctifs*.

Je n'attache aucune importance & quelques très légères divergences dans la livrée, une coloration un peu plus rouge des nageoires ventrales, anale et caudale, entre autres, chez le 2>?/r. virgo, toutes dissemblances que l'habitat différent peut suffire & expliquer. On a voulu voir dans les dimensions des boutons de noces du Leuc, virgo un caractère spécifique ; mais le Leuc. pigus, k l'époque des amours, porte des tubercules (boutons)

< GOnther, dans son CaUd. nfFishes, VII, a, il est vrai, réuni déjà ces deux poissons sons le même nom; mais, cet autear n'ayant justifié son opinion par aucune discussion de caractères, je n'ai pas cru dcToir accepter ici, sans un consciencieux examen des deux formes, une décision jusqu'ici aussi peu motivée.

' Ces types, au nombre de trois, tous également du Danube, ont été donnés au Musée de Neuch&tel, )'nn par Heckel, l'auteur même de l'espèce, les deux autres par le prof, de Siebold. Le plus grand mesurait 410»» de longueur totale ; le plus petit 205"" seulement. Je profite de l'occasion pour remercier M. le prof. Ph. de Rougemont de la complaisance avec laquelle il a bien voulu mettre à ma disposition ces précieux points de comparaison.

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tout aussi grands et nombreux. Ajoutons que la comparaison, aussi bien de certaines descriptions que des individus eux^ mêmes, montre encore des analogies complètes et constantes dans la plupart des traits censés caractéristiques tirés, pour ces deux poissons, des formes diverses et des proportions.

Les formes et dimensions du tronc, de la tète et des nageoires en général sont à peu près identiques ' ; il n^y a pas jusqu^à la bouche et Tœil qui n'affectent les mêmes proportions. Les écailles, les pièces céphaliques importantes, les pharyngiens même et les dents se ressemblent énormément*. Enfin, certains rapports de proportions, dont on a voulu faire des caractères distinctifs, perdent aussi beaucoup de leur valeur, en face de la variabilité sur ces divers points, chez les deux prétendues espèces.

En somme, je n'ai plus constaté de petites différences que sur les quelques points suivants, dont nous allons pouvoir peser encore Timportance spécifique : le nombre des écailles et des rayons aux ni^eoires, les proportions de la tête et les dimensions comparées de Tanale.

Les formules des nageoires et de Técaillure, déduites des données de Heckel, de Siebold, de Jeitteles, et de mes observations propres, sont pour le Lmic. virgo du Danube :

D. 3,»— 12, A. 3/11— U, V. 5/8-9, P. 1/16—17, C. 19 inig.

7—8 Sq. 44 -^ — 49 ;

Or, en comparant ces chiffres & ceux des formules que j'ai

' Je ferais ici une exception pour les nageoires pectorales, qui m'ont para an pea plos arrondies sar la tranche chez le plus graod des L. virgo qae j'ai examinés, qae chez la majorité de mes L. pignê adaltes, si je n'arais remarqué assez de TariabiUté sous ce rapport chez nos divers Xeucweitf, le Pigui en particulier, et si les deux L. virgo plos jeunes n'avaient pas eu des pectorales passablement plus acuminées.

' Chez le grand L» virgo dont j'ai parlé, j'ai, il est vrai, remarqué an opercule plos largement arrondi dans le bas que chez la migorité de mes L. pigui] mais je ne crois pas devoir également attribuer grande valeur à cette petite différence, peut-être accidentellp, considérant qae la pièce en question varie assez, quant à la forme, chez mes L. pigu$ adultes, et que, chez les deox jeunes L, virgo^ elle était beaucoup plus anguleuse.

établies pour le Leuc. pigus, des lacs du nord de Tltalie et des divers tributaires du Pô et de TÂdige* soit sur mon étude des représentants de Tespèee dans le Tessin, soit sur les données; entre parenthèses, de divers auteurs italiens, on remarquera bientôt que les différences se réduisent à fort peu de chose, surtout si Ton considère que les moyennes, ou les chi&es les plus fréquents, sont le plus souvent les mêmes '. H n'est pas possible de baser ou de soutenir une distinction spécifique, entre les deux poissons en question, sur le fait que le Letic. pigus aurait un rayon de moins à la dorsale, ou parfois un rayon de plus aux pectorales.

Le total des écailles, quelquefois très légèrement plus élevé, chez certains individus du Leiic. pigiiSy ne peut également pas servir ici de caractère véritablement distinctif.

Les dimensions de la tête, par rapport à la longueur totale du poisson, ont été préposées aussi à la distinction des deux formes ; mais, là encore, je trouve une telle ressemblance et tant de degrés transitoires entre les diverses données, que je ne saurais attribuer une importance spécifique à de très légtees différences qui, le plus souvent, peuvent résulter de Tige et des dimensions des individus comparés. Heckél et Kner donnent, pour le rapport de la tête à longueur totale : chez le Leuc. pigus comme 1 : presque 6; chez le Leuc. virgo = 1 : 6 Vj. Je trouve, chez mes Leuc. pigus, = 1: 5 V4 — 6, et, chez les Leuc. virgo, = 1:6 — 6 Ve-

Enfin, le principal trait distinctif des deux prétendues espèces devrait résider surtout dans les hauteur et longueur comparées de la nagoire anale. C^est, en effet, peut-être sur ce seul point qu'une petite dissemblance parait assez constamment exister entre les deux formes représentant le même type. Tune au sud, Tautre au nord des Alpes. L'anale serait d'ordinwe un peu plus longue que haute, chez le Leuc. pigus, tandis

^ Heckel (SQsswasserfische) a en tort, dans ses formules, d'inscrire ans Tentrales, ponr le L. pigus 2/8 et pour le L. virgo 1/8. Cette différence, to premier abord d'nne certaine importance,' n^existe pas en fût ; les trois L. virgo qne j*ai examinés portaient, comme mes L. pigus, deox rayons non divisés aux ventrales, le premier également court et latéral dans les deux formes.

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qu'elle serait par contre généralement un peu plus haute que longue, chez le Leiœ. rirgo. Quelques rappoi*ts comparés de ces deux dimensions suffiront cependant à montrer combien il serait hasardé d'attribuer à d'aussi petites diflFérences une constance et une valeur véritablement spécifiques. Je trouve à l'anale de mes adultes du Leuc. pif/us provenant de Lugano, pour la hauteur comparée à la longueur, chez cinq individus : comme 7 : S, comme 9 : 10, comme 13 : 14, comme 32 : 33, même inversement, chez le sujet à front déprimé, comme 18 : 17, la hauteur dépassant ici un peu la longueur. Chez un adulte de même taille du Leuc. vlrgo provenant du Danube, je trouve, pour le même rapport : hauteur à longueur = 11 : 10, chez un jeune de même provenance, même 15:14. Les degrés transitoires sont trop voisins, entre les deux extrêmes, pour que j'hésite encore à rapprocher ces deux poissons, qui pour moi ne représentent plus que deux formes, l'une italienne, l'autre danubienne, d'un même type spécifique.

Il serait très étonnant que les représentants d'une même espèt^e, dans des conditions si différentes, fussent en tout, livrée et proportions, parfaitement identiques. Le Leuc. pif/us ou le Leur, rirgo, ferait ici une flagrante exception à la règle de variabilité que nous avons constatée, sur tant de points, chez tous nos autres Cyprinides.

Inutile, à ce propos, de nippeler encore que Fitzinger s'est étrangement trompé dans l'établissement de ses genres des Cyprinides européens *, quand il a séparé dans deux genres diflFêrt*nts, LeKcisrus et Orfns, notre Lenc. pigus et le Li*Hc. viryo que nous voyons ne pas même constituer des espèces franchement différentes.

L'on n'a pas eu jusqu'ici de descriptions assez circonstancié^^ du Lew. rosens attribué par Bonaparte aux e«aux du Piémont, pour que Ton puisse détenniner exactement les affinités de cette prétendue espèce. Les caractères qu'attribuent à ce poisson Bonaparte et Valenciennes semblent en fane tour h tour

* Fitxinger : Die Gattiingen <ler Europ. Cyprinen; Sitzb. Acad. Wiss., I. Ahth. Juli-Heft, 1873, Ahst. p. 10 et 22, n<» IS et 24.

un Gardon (Leuc. rutiliis^ var. prasinus) ou un Pigo (Lettc. pigus). Les proportions attribuées par Valenciennes aux tubercules du mâle en livrée de noces (tubercules fins etgretxus), et les formes arrondies du profil ventral de ce Cyprin rosé, dans la figure de la Fauna italica de Bonaparte, ainsi que les données par ce dernier auteur de la courbe de la ligne latérale parallèle à celle du ventre, et Tégalité en hauteur et en longueur de la nageoire anale semblent militer en faveur d'un rapprochement avec le Gardon (Leuc. rutilus). Cependant, il est difficile de ne pas tenir compte de Thabitat du prétendu Leuc. 7'oseus, et de ne pas voir dans la présence de ce Cyprin au sud des Alpes, oU le Gardon commun n'a point encore été signalé, une raison de croire plutôt à un rapprochement avec le Pigus habitant les mêmes localités. En etfet, les sujets décrits par Valenciennes provenaient du lac de Côme oii les pêcheurs désignaient sous le nom de Pigo le m&le couvert de tubercules épineux, et sous celui d'Encubia la femelle dépourvue de tubercules, deux noms semblables à ceux que Heckel et Kner attribuent au Leuc. pigus^ dans le lac de Côme. Ils étaient, affirme Valenciennes, très semblables au Boseus de Bonaparte ; et, à Texception des quelques caractères signalés ci-dessus, la plupart des traits de la description de Bonaparte semblent se rapporter parfaitement à notre Leuc. pigus. Laissant de côté les points de ressemblance, voyons en quelques mots l'importance des traita distinctifs censés divergents.

Bonaparte représente, il est vrai, son Leuc. roseus avec un profil inférieur plus arrondi et une caudale moins profondément échaucrée que chez le Pigus ; mais cet auteur a examiné un fort petit nombre de sujets et Ton sait que le profil ventral peut varier beaucoup avec l'état et l'âge des individus. Après cela, la différence d'échancrure de la caudale ne paraît pas avoir frappé Valenciennes, qui n'en dit pas un mot. Du reste, il ne nous est donné aucun chiffre de rapports, et chacun sait combien les meilleures figures sont souvent sujettes à caution.

La description de Bonaparte nous fait voir encore une bouche terminale et une nageoire anale égale en hauteui* et en longueur ; mais nous avons vu comment le museau recouvre plus ou moins la fente buccale chez le Pigus, et nous demeurons

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d'accord avec cet auteur, quand il ajoute que la mandibule supérieure dépasse un peu l'inférieure ; de même, nous avons montré déjà comment la variabilité de Fanale rapproche, aussi à ce point de vue le Leiic. roseus, tant du Leuc. virgo que du Leuc. pigus, que nous avons dit de même espèce et présenter parfois la même égalité dans ces rapports que le dit Gardon rosé. Enfin, un caractère à première vue assez important et que répète Ganestrini d'après Bonaparte, dans son Prospet. crit, des poissons d'Italie, résiderait dans la présence de sept écailles au lieu de quatre, au-dessous de la ligne latérale; mais il y a évidemment ici une confusion: T auteur de la Fauna italica doit avoir compté les squames jusqu'au milieu du ventre, au lieu de s'arrêter à la base des ventrales. En effet, il paraît difficile qu'avec un nombre d'écaillés à peu près semblable en dessus et en dessous de la ligne latérale, celle-ci puisse suivre une courbe parallèle au ventre. Je ne vois que quatre écailles entre les ventrales et la ligne latérale sur la figure du Leuc. roseus de Bonaparte, et, si je compte les squames du Pigus, je trouve, comme cet auteur pour son Leuc. roseus, toujours sept écailles jusqu'au milieu du venti*e, y compris la médiane, devant et contre les bases des ventrales. Les formules des dents, des rayons des nageoires et des écailles, sur la ligne latérale et en dessus, rentrent dans la moyenne de celles de notre Pigus.

Yalenciennes me paraît avoir comparé un individu du prétendu Leuc. roseus portant des dents récemment renouvelées à un Leuc. ruiilus porteur de dents au contraire déjà usées et déprimées, quand il dit que les dents pharyngiennes de son Able rosé sont un peu plus comprimées et plus hautes que chez le Gardon. Nous savons que la forme de la couronne des dents varie beaucoup avec le degré d'usure.

Du reste, la variabilité du Leuc. roseus ne doit pas, comme celle de tous nos Cyprins, se borner à ce seul point ; les descriptions de Bonaparte et de Yalenciennes nous la montrent encore dans d'autres caractères et tendent ainsi à rapprocher plus ou moins de noire Piguji, les individus qu'ils décrivent. Le premier nous montre une Ûgne latérale concave, parallèle au profil ventral et un museau un peu obtus, avec un front ample un peu convexe ; le second nous donne, au contraire, une ligne latérale

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plus droite que chez le Gardon commun, avec un museau plus pointu et plus déprimé.

Évidemment le Leuciscus dit roseus doit être assez rare, car peu d'auteurs en ont parlé avec connaissance de cause, et ceux mêmes qui Tont vu de leurs yeux n'ont pu examiner qu'un nombre d'individus trop restreint pour permettre d'établir la constance de la plupart des caractères invoqués. Canestrini même, Tauteur d'une étude très consciencieuse des poissons d'eau douce dltalie, n'a pu voir aucun échantillon de cette prétendue aspèce et, tout en lui conservant un rang spécifique, il lui reconnaît bien des affinités avec le Leuc, pigus.

La coloration rosée des faces sup^ieures de ce Cyprin me paraît plutôt une anomalie dans le genre qu'un caractère d'une haute importance ; c'est probablement une livrée accidentelle rappelant celle que nous avons vue chez quelques autres cyprinides. La rareté de ce poisson m'appuye fortement dans mon opinion d'une variété du Leuc. pigns, aussi crois-je devoir émettre des doutes très sérieux sur la valeur de cette espèce, et voir plutôt dans le prétendu Leuc. roseus une forme pâle du Pigo jusqu'à un certain point parallèle ou du Leuc. pollens de Blanchard, pour moi simple variété du Gardon ou Vangeron, ou de la forme rougeAtre de ce dernier dont j'ai parlé plus haut. En un mot, bien que tout porté à réunir les Leuc. roseus et Leuc. pigus, n'ayant pas eu cependant plus que Canestrini le bonheur de voir de mes yeux ce Cyprin rosé, je crois devoir conserver encore, dans ma synonymie du Leuc. pigus, un point de doute à côté de cette prétendue espèce de Bonaparte.

Bien que Gtluther paraisse, comme du reste Valenciennes aussi, rapprocher les Chomlrosioma ryzela de Bonaparte (Fauna italica, fasc. XX VIL pi. tig. 3), et Leuc. ryzela de Cuv. et Val. (XVII, p. 199) du Leur, roseus dont nous venons de pai^ 1er, et, par là, de notre Letw. pigus, il me semble que les descriptions de Bonaparte et de Valenciennes ne sont ni assez circonstanciées, ni suffisamment d'accord sur plusieurs points, pour permettre d'en déduire un rapprochement fondé du dit Ryzela, soit avec le Leuc. roseus, soit surtout avec notre Letir. pigus. Canestrini, dans ses Poissons d'Italiey n'en dit pas un mot. C'est encore une des nombreuses espèces de Bonaparte

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dont on n'a plus de nouvelles et qui risquent fort de tomber, à plus ou moins juste titre, dans un oubli complet. Cette prétendue espèce, évidemment très rare comme la précédente, estelle peut-être quelque produit bâtard, ainsi que pourrait le faire supposer la variabilité de la dentition constatée par Valenciennes. c'est ce qu'il est difficile de dire ; en tous cas, elle n'a rien de commun avec le Chondrostoma ri/zela d'Agassiz, reconnu maintenant pour un bâtard du Nase et du Blageon, et Valenciennes ne manque pas de diœ qu'elle n'a rien dans la bouche qui rappelle les Ghondrostomes.

Des descriptions sur bien des points contradictoires de Bonaparte et de Valenciennes, on pourrait peut-être conclure que le Ryzela du premier était bien un Chondrostome, peut-être une variété du Ch, Soetta; tandis que le Ryzela du second serait un véritable Lendsrus.

Le Pigo est propre au nord de l'Italie et au Tessin ; il habite les lacs Majeur, de Côme, de Garde et de Lugano, ainsi que quelques rivières de Lombardie et de Vénétie. (La forme dite Lf'tir. rirgo est surtout propre au Danube.) Déjà dans l'antiquité Pline avait donné, sous le nom de Pino, une certaine célébrité à ce poisson des lacs Verbano (Majeur) et Lario (Côme), à cause de l'apparition des tubercules, soit de la sorte défloraison qu'il avait remarquée chez le mâle au printemps. Des lacs Lucçano et Majeur, le Pigo remonte un peu en Tessin, dans quelques rivières les Tresa et Maggia en particulier. Cette espèce paraît abondante dans les lacs tessinois, cependant il est difficile de se la procurer en dehors de l'époque du rut, du printemps ou de la première partie de la belle saison ; il semble qu'elle gagne les profondeurs et que l'on ait plus de peine alors à la prendre. Au temps des amours, ces poissons font, en troupes nombreuses, des excursions, en divers lieux ; les mâles ornés de leurs boutons épineux cherchent à se frotter contre les femelles et e.xécutent, comme la plupart de nos Cyprinides, des jeux bruyants, des courses et des sauts à la surface. Les pêcheurs connaissent bien ces allures et cette époque propice à la pêche, et prennent alors souvent le Pigo en

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quantités énormes, principalement avec leur grand filet (Bd^i' quedo) et de bon matin ; suivant Pavesi, parfois jusqu'à L50û à 2,000 kilog. en une fois. Sitôt que les pécheurs ont vu quelques-uns de ces poissons à la surface, ils enveloppent largement remplacement avec leur grand filet ; mais, si Teau est trop profonde, ils font, au dire de Pavesi, autant de bruit que possible, pour chasser ces Cyprins dans quelque lieu plus propice.

L'époque du frai a lieu, en général, dans les mois d'avril et mai ; toutefois elle dure souvent jusque dans le commencement de juin, et le prof. Pavesi affirme l'avoir vu commencer, par contre, quelquefois déjà vers la fin de février. Selon Monti les troupes de Pigo se rassembleraient, au printemps, principale ment près des côtes abruptes où l'eau est assez profonde. Malheureusement, les auteurs italiens ne nous ont pas donné jusqu'ici de détails bien circonstanciés sur le mode de ponte de cette espèce et ses agissements en cette occasion. Ce poisson serait assez vorace et s'attaquerait un peu à toute sorte de nourriture ; parlant de la variété de l'Adige, Monti dit que Ton trouve souvent son ventre plein d'excréments humains.

Le Pigo n'a pas une chair très estimée, aussi celle-ci ne se vend-elle pas cher sur le marché. Les pécheurs, quand ils prennent une grande quantité de ce poisson, le conservent volontiers pour l'hiver en le mettant au sel pendant un jour et le faisant ensuite sécher au soleil. Monti dit que la chair, bien qu*as^ez garnie d'arêtes est cependant blanche et agréable. On pèche ce poisson non seulement avec le grand filet simple dit Ri^daqiiedo, mais encore avec un plus petit filet ayant deux ailes et un sac dit Bighezzo, ou avec la ligne, soit Lenza.

Je ne sache pas que l'on ait jusqu'ici étudié les parasites de ce Cyprin.

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