CH0N0R08T0MA NA8US
Chondrostome pris près de Tubingue : a Éeailles brun de café ; celles qui couvrent le dos et la queue plus colorées que les autres. Avec cela, elles brillent d'un bel éclat doré, et chacune a un bord argenté franchement délimité. Elles sont im peu plus grosses que d'ordinaire ; il y en a 57 sur la ligne latérale, et seulement 7 en dessus de cette ligne, comme en dessous. L'écaillé médiane se trouve la vingt-sixième de la ligne latérale. 0 Enfin, en 1872 , De la Fontaine ' donne, à son tour, sous le nom de OoHnase ou Goîdmakrele, la description d'un Chondrostome particulier qu'il trouve dans la Moselle et son affluent la Sûre, et qu'il regarde comme le Chond. doré (Ch. anratus) de Schœfer. Suivant cet auteur, « le dos et les tlancs sont d'un beau brun olivâtre à reflets métalliques dorés ; toutes les écaiUes sont largement bordées d'un vert doré clair, tranchant sur la couleur du fond ; ventre d'un brun sale clair. Nageoires pectorales, ventrales, anale et lobe inférieur de la caudale rouges ; dorsale et lobe supérieur de la caudale d'un vert brunfttre doré. Opercules, etc Des écailles entièrement blanches, de consistance molle, semblables à de la peau, se rencontrent isolément, et quelquefois réunies, de manière à former des taches sur les flancs, le ventre et les côtés. » Ce dernier individu, mesurant 320^ de longueur totale, sur 60"* de hauteur maximale, ne me paraît, du reste, différer sérieusement de notre Ch. Nastis que par l'étendue un peu plus grande de ses nageoires dorsale et anale, et le nombre un peu plus élevé de leurs rayons; en effet. De la Fontaine donne à la dorsale 15 rayons, y compris un petit (probablement 3/12), et à l'anale 15 rayons, sans petit (probablement 2/13). Le total de 67 écailles sur la ligne latérale est trop voisin du chiffire 66, déjà plusieurs fois constaté chez le Nastis, pour avoir une grande importance, et le nombre de 9 squames en dessous de la dite ligne, opposé à 8 au-dessus, ne peut guère être pris en considération, bien que très élevé, puisque l'auteur ne nous dit pas s'il a compté seulement jusqu'à la base des ventrales, tandis que je trouve d'ordinaire, chez le Nase, neuf écailles entre la ligne latérale et le milieu du ventre.
^ Faone do Ltaemboozg, Poissons, 1872, p. 57.
». xw. 44
690 FAUNE DESVERTÊBI^ÊS.
L'auteur de la Faune du Luxembourg n'a examiné à fond qu'un seul individu de cette forme, mais il assure qu'il a vu quelques autres Chondrostomes présentant une livrée analogue et que, bien que fort rare, la Goldrnakrele est bien connue de tous les pécheurs de la localité.
De ces trois descriptions, parfaitement concordantes au point de vue de la livrée, il semble ressortir que l'on trouve, çà et là et de temps à autre, un Chondrostome d'un brun doré, mais que cette coloration affecte des individus de formes et proportions assez diflTérentes. Aucun des auteurs ne donnant, ni la dentition, ni la forme des pharyngiens, ni les dimensions de la bouche de l'individu en question, il paraît difficile d'attacher une importance spécifique aux caractères différentiels inconstants de proportions et d'écaillure accusés par l'un ou par l'autre de ces ichthyologistes. Le D' Giinther me semble avoir eu raison, quand, en attachant moins d'importance h la livrée, il a qualifié seulement de mie sehr schme Varietat l'individu qu'il décrivait. Le Chondrostome doré me parait, en effet, tant par sa grande rareté que par l'inconstance de ses caractères de structure (nombre d'écaillés et extension des nageoires) et les anomalies qu'il offre quelquefois (écailles molles), devoir être plutôt considéré comme une variété purement accidentelle, peutêtre même morbide.
Blanchard, dans son étude des Poissons de France, décrit, à son tour, trois nouveaux Chondrostomes, sous les noms de Ch. rœnilescens^ Ou Dramœi et Ch. rhodanenm. Nous avons déjà, au genre, parlé du second, et nous traiterons plus loin du troisième; le premier seul doit donc nous occuper ici.
Le Ch. cœrulescens provenant du Doubs», me paraît une îsimple variété du Ch. Nasus. On trouve, en effet, très souvent des Nases avec un corps un peu plus épais que d'autres et une bouche un peu moins grande ; en outre, les chiffres attribués comme caractéristiques, aux dents (6 — 6), aux rayons des nageoires (D. 8/8 -9, A. 3/10) et aux canalicules des écailles (6—7) sont tous compris entre les extrêmes de la variabilité de notre Nase '.
* Poissons des eaux douces de France, p. 416, fig. 104.
* Les Nases deviennent très souvent bleuâtres on bleus dans l'alcool.
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Enfin, un individu femelle de taille moyenne (258""" de longueur totale), pris dans le Rhin à Bâle, se distinguait à première vue : par un pointillé noirâtre formant, comme chez les Ch. Oenei et Rysela, une bande longitudinale grise sur le haut des flancs, par un corps un peu plus comprimé et plus voûté sur la nuque, par une tète relativement plus effilée, et par une ligne latérale à peu près droite et presque au centre du corps. Cette trouvaille me rappelait le sujet unique et en très mauvais état reçu par de Siebold, du Rhin à Bâle, et attribué par celuici à l'espèce du Gi. Genei; elle pouvait également trahir quelque mélange analogue à celui qui produit le Ch. Rysela des auteurs. Toutefois, n'ayant constaté chez l'individu en question aucun trait particulier, ni dans les nageoires, ni dans Técaillure. et lui trouvant une bouche, des dents et des pharyngiens semblables à ceux du Ch. Nasus, je crois devoir le rapporter à l'espèce de ce dernier, a titre de simple variété (Vm\ tœniata).
Le Nase est très répandu dans l'Europe moyenne, au nord des Alpes ; on l'a obser\*é communément en France, en Suisse, en Hollande, en Belgique, dans la plus grande partie de l'Allemagne et de l'Autriche, et même jusqu'en Russie. En Suisse, il habite à peu près tous les affluents du Rhin et vit communément dans la plupart de nos lacs et de nos rivières tributaires de ce fleuve, toujours cependant plus abondamment dans les eaux courantes, durant la belle saison surtout. Il ne parait pas remonter, par l'Inn, du Danube jusqu'en Engadine, et fait également complètement défaut au bassin du Léman ou du Rhône, dans notre pays, arrêté qu'il est, comme tant d'autres poissons, par la perte de ce fleuve ; c'est à tort que Razoumowsky le cite dans les poissons de ce dernier bassin \ J'ai constaté la présence du Nase dans les lacs de Neuchâtel. Bienne, Morat, Thoune. Luceme, Zurich, Wallenstadt et Constance ; on le pêche également, et souvent en assez grande quantité, non seulement dans le Rhin au-dessus comme en dessous de la chute, mais encore dans TAar, le principal tributaire de ce fleuve en Suisse, et dans ses
* Hist. nat. du Jorat, I, p. 132.
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affluents, la Sarine, rEmine, la Reuss, la Limmat, la Thur, etc. Par contre, je n^ai rien pu obtenir de précis sur le Nase dans les lacs de Zoug, de Brienz et de Sempach ; il semble même faire complètement défaut aux bassins plus petits et plus élevés d'Egeri et de Lungem.
Le Nase, comme les autres Chondrostomes, vit d'ordinaire en nombreuses sociétés ; à rapproche du temps des amouis et plus ou moins tôt selon les conditions, beaucoup quittent les profondeurs des lacs ou des grands cours d'eau, ob ils se sont tenus durant Thiver, pour remonter en bandes immenses et en rangs serrés dans les rivières, ob ils frayent de préférsDce. On trouve alors quelquefois le Nase mélangé avec d'autres espèces; il voyage, en particulier, assez souvent, à l'époque du rut, de concert avec le Blageon (Sqnalitis Agoêsmi). La comraunanté d'habitudes, de goûts et, en certains lieux, la similitude du temps de frai des deux espèces amène parfois des croisements et des cas d'hybridité; j'ai déjà dit, en effet, que le professeur de Sie* bold croit reconnaître, dans le Clu Rysela d'Agassiz un bâtard de ces deux espèces. Nous verrons plus loin que de semblables croisements peuvent se faire aussi avec d'autres représentants du même genre Sqxuilius. La saison des amours tombe^ pour nos grands bassins, le plus souvent sur les premiers jours du mois de mai ; cependant, cette époque peut être, suivant les conditions et la température, ou reculée jusque vers la fin de ee mois, ou au contraire plus ou moins avancée dans le courant d'avril. H semble que les nombreux individus qui remontent les rivières au printemps soient, sous ce rapport, d'ordinaire on peu plus précoces que ceux qui restent duis nos lacs. Les voyages s'exécutent d'ordinaire en avril ; toutefois, il n'est pas raie de voir des bandes voyager déjà au mois de mars. Les sombres phalanges du Nase, agitées par lafr^nésle de l'amour, font entendre alors un bruissement assez fort. Au moment du nit, les û vidus se frottent les uns contre les autres, dans un état A\ surexcitation ; on en voit qui se tournent brusquement, pour montrer le brillant édat de leurs flancs, d'autres bondissent ou sautent à la surface. Les femelles paraissent toiyom bien plus nombreuses que les mâles. Selon De la Blanchère \ les
^ Gàoad. de France; Bull. Soc. AccUmalatioD, oet. 1878.
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sexes se trouveraient d'ordinaire mélangés dans les mêmes rangs. Quelques pécheurs croient qu'il y a des Nases qui frayent en automne ; je n'ai rien observé jusqu'ici qui vienne à Tappui de cette idée. Les œufs, à peine plus gros que des graines de millet, pas très nombreux et d'un ton verdâtre, sont volontiers déposés dans des endroits assez profonds, sur fond graveleux ou sablonneux. Bloch dit avoir compté, chez une femelle, 7900 Œufe blanchâtres, gros comme du grain de millet ; Hartmann ajoute que, dans de bonnes conditions, les petits éclosent au bout de quatorze jours.
Le Nase paraît absorber surtout des matières végétales, des plantes aquatiques et les végétations mousseuses qui se foiment au fond de l'eau sur les pierres et les divers corps submergés ; toutefois, il s'attaque aussi assez volontiers au frai des autres I)oisson8 et mord assez souvent à la ligne amorcée d'un ver.
La chair du Nase n'a rien de particulièrement désagréable; <*ependant, grftce au grand nombre d'arêtes qu'elle contient, elle passe généralement pour fort inférieure. Bien que les Chondrostomes soient assez prisés dans certains pays, dans quelques parties de la France en particulier, c'est, je crois, à leur taille et à leur abondance, plutôt qu'à leur saveur, qu'il faut attribuer cette distinction. Malgré le prix relativement très minime auquel il se vend d'ordinaire, le Nase peut être, en divers endroits, une ressource assez productive pour les pécheurs, placés de manière à le prendre en grandes quantités à la remonte ou durant le moment de la fraye. Les classes peu fortunées en consomment passablement, dans la Suisse allemande surtout ; par contre, il est rare de le voir paraître sur une table recherchée. On ne fait guère une pèche spéciale au Nase dans les lacs ; on le prend d'ordinaire en même temps que les Chevaines ou les Vandoises. Cependant les pêcheurs de rivières profitent volontiers de la remonte des bandes de ce poisson, pour le prendre, souvent en très grande quantité, soit dans des nasses, soit avec des filets traînants ou avec Vépenner.
Le Ch. Nastts est affecté d'un assez grand nombre de parasites internes et externes \
' Panni les Helminthes, on a observé chez le Nase : les Echinorhynchus