GÉNÉRALITÉS
Avant de donner sous forme de dictionnaire les noms des végétaux sur lesquels nous avons recueilli des traditions populaires, nous les considérerons, toujours au point de vue traditioniste, dans leur ensemble .
PLANTES. — Pendant de longs siècles, le peuple, bien que vivant en pleine nature, s’est abstenu de donner des noms aux plantes. Encore aujourd'hui, il n’est pas rare de trouver en Comté des cultivateurs qui, sauf une dizaine de fleurs, comprennent toutes les autres sous le nom vague de bouquets (boutiets).
Il n’en faut toutefois pas conclure que les végétaux aient été ignorés : toute l’ancienne médecine consistait dans la connaissance d’un certain nombre d’herbes : prisca medicina pau carum herbarum scientia fuit , les plantes n’é-
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talent considérées que comme des remèdes naturels, de là leur nom de simples. On les faisait sécher, on les pilait, les cuisait, les distillait, les macérait, pour les administrer aux malades.
La Botanique n’a été pendant très longtemps qu'un accessoire de la médecine.
Les herbes supposées sans vertu curative étaient laissées de côté. C’est sans doute en voyant les chiens avaler du chiendent pour se purger, que l’idée est venue aux hommes que les plantes avaient des propriétés médicales. Peu à peu des esprits curieux étudièrent les végétaux à d’autres points de vue ; ils en firent la description, les collectionnèrent et leur donnèrent des noms.
Dès les premiers essais de nomenclature, on s’aperçut que la même plante avait différents noms selon les différents botanistes. Ce résultat était inévitable; chacun étudiait les plantes d'après les caractères généraux qui lui paraissaient les meilleurs : l’un préconisait la tige, l’autre, la feuille ; d’autres enfin la lîeur, la racine, ou la graine. On ne considérait pas la structure de la plante, ni ses organes de reproduction ; on n’avait pas de base généralement adoptée; dès lors toute classification était impossible. De là cette variété de noms differents désignant les mêmes plantes, quelquefois dans
la même province, ou dans la même région.
Ces nomenclatures étaient un véritable chaos, (i)
La Franche-Comté, dès le commencement du xvie siècle, eut un botaniste remarquable pour son époque, Jean Bauhin de Bâle, qui créa, en 1578, un jardin botanique à Montbéliard, dans le château du comte Frédéric de Wurtemberg : c’était le troisième jardin de ce genre en Europe. Il y réunit les plantes exotiques et indigènes les plus rares, connues jusqu’à ce moment : on y voyait du tabac, des œillets, des pommes de terre, des plantes médicinales ou d’agrément : «Elles avaient coûté fort cher, dit un contemporain, ayant été apportées de bien loin, d’Italie, de Montpellier ou d'ailleurs ».
Bauhin publia en 1 5g 1 un opuscule : Sur les plantes qui portent les noms des dieux et des saints. C'est par lui que nous savons que la capillaire s’appelait scapulaire ; la petite centaurée: Sainte-Honoré ; la primevère officinale : pèlerin, etc...
(1) Encore aujourd’hui les noms vulgaires des végétaux sont innombrables et varient à l’infini selon les diverses provinces ou les diverses localités ; il serait urgent pour s’y reconnaître de publier un dictionnaire de leurs homonymes et synonymes. On estime à i5oo au moins les noms qui font double emploi.
On donnait des noms de Saints à des plantes qui fleurissaient à l’époque de la fête de ces pieux personnages. Ainsi la cardamine ou cresson des prés, si commune au printemps, était nommée herbe de Saint-Vernier (du latin Vernum , printemps) ; l’armoise, le millepertuis, étaient rangés parmi les « herbes de la Saint-Jean. »
L’usage d’aflécter à chaque divinité une plante, comme attribut, remontait à l’antiquité, au Paganisme. C’est ainsi qu'on dédiait le myrte à Vénus, l'épi à Cérès, le cyprès à Pluton, le pin à Pan, le narcisse aux Parques, le pavot à Morphée, etc...
La forme singulière de certaines plantes ou de leur racine leur avait fait attribuer des propriétés mystérieuses : c’est pour cette raison que la mandragore officinale entrait dans la composition des philtres amoureux.
Pendant le xvne siècle, les botanistes étudièrent environ 4,000 plantes nouvelles dans les différentes parties du globe; et pour les dénommer il fallut préciser davantage leurs principaux caractères. On conserva à plusieurs leurs noms grecs ou latins. La connaissance plus parfaite des plantes, grâce à leur étude plus approfondie, permit de supprimer beaucoup de synonymes; souvent aussi en reconnaissance des travaux des savants, on donna leurs noms à des plantes quhls avaient découvertes.
Plumier introduisit cet usage qui fut continué au siècle suivant. Exemples : Fuschia (de Fusch), genre de la famille des Œnothérées, Brunfelsia (de Brunfels), genre des Solanées d’Amérique ; Traga (de Tragus), genre des Euphorbiacées ; Gesneria (de Gesner), genre des Gesneriacées ; Eobelia (de Lobel), genre des Campanulacées ; Gésalpinie (de Césalpin) genre des Eégumineuses; Magnolia, de Magnol, etc.
De son côté, le peuple continuait à fournir son contingent dans la dénomination des plantes. Nous venons de voir qu’il avait donné à beaucoup d’entre elles des noms de saints, principalement à celles qu’il employait à son usage qui, par conséquent, étaient les plus connues et passaient pour les plus salutaires. Il inventait aussi des noms se rapportant à la forme des fleurs, du fruit ou des feuilles. De là les dénominations de bec de cigogne, de grue, de héron, de pigeon, appliqués à quelques espèces de géraniums ; de là : langue de cerf (scolopendre), langue de serpent (ophioglosse), de chien (cynoglosse), langue de bœuf (buglosse) ; pied d’alouette (dauphinelle); pied de chat (gnaphale); pied d’oie ansérine ou chenopodium) ; pied d’oiseau (ornithope); pied de lion (alchemille); pied de loup (lycopode) ; pied de veau (gouet); queue de renard (prêle des champs); queue de serpent
(corydale); queue de souris (ratoncule naine), etc., etc.
Le xviii® siècle vit s’accomplir deux grandes révolutions botaniques, celle de Linné et celle de Jussieu. Le premier mit à exécution le plan de Burkhardt qui avait indiqué comme base de classification les organes sexuels des végétaux. Il fit paraître en iy35 son système qui fut adopté avec enthousiasme. Il divisait le règne végétal en vingt-quatre classes : les vingt-trois premières comprennent les plantes dont les organes de reproduction sont très apparents: les phanérogames; la dernière comprend celles dont les organes de reproduction sont cachés : les cryptogames. Cette classification n'est qu'artificielle, mais elle a le grand avantage de faire arriver promptement à la détermination et au nom d'une plante. Après Linné, de Jussieu et deCandolle imaginèrent d’autres classifications.
On estime qu’il y a environ 3oo familles, 8.3oo genres et plus de 90.000 espèces d’arbres, arbrisseaux, arbustes et plantes.
La Franche-Comté, grâce à son climat et à ses différences d’altitude, comprend environ 124 familles, 635 genres et 2000 espèces de plantes. Dans ce dernier chifïre, on ne compte pas les nombreuses variétés de plantes alimentaires ni celles qui sont cultivées pour l'ornement des jardins potagers et d’agrément.
FLEURS. — La fleur est la partie du végétal qui porte les organes de reproduction ; on la nomme en Comté : fleu, fleu, fiu, flou. Dans le pays de Montbéliard, fleur se dit choueu. Nos paysans appellent bouquet, bouquot, boutiet, un pot de fleurs enracinées, une fleur isolée ou un groupe de fleurs coupées. Des fleurs artificielles sont un « bouquet d’hiver ». Plusieurs fleurs réunies en petits bouquets sont un chouquot, un trochet. Le jardin est un « parc à bouquets ».
Quelques ménagères recueillent des fleurs pour s’en servir comme de remèdes et dans beaucoup de maisons, on trouve une petite pharmacie qui peut rendre quelques services dans les indispositions passagères. Nous mentionnons dans le cours de ce travail les applications les plus connues des plantes; bornonsnous ici à citer les quatre fleurs pectorales, base de la tisane des « quatre fleurs » et qui servent de premier remède à la plupart des rhumes, ce sont : le tussilage ou pas d’âne; le pied de chat (gnaphale dioïque) ; l’olive ou primevère et le trèfle jaune (anthyllide vulnéraire).
Le langage symbolique des fleurs n’est pas en usage chez nos jeunes amoureux comtois. D’abord ils ont peu l’habitude d'en offrir à leurs « blondes » ou bonnes amies. Le sens conven-
tionel que peuvent avoir ces fleurs est en général, le dernier de leur souci.
On ne doit pas porter à sa boutonnière ou à son corsage une fleur qu'on a cueillie soi-même.
Il ne faut pas apporter dans sa maison des fleurs de mai — blanches ou roses ; ce serait y introduire la mauvaise chance.
Parmi les plantes désignées plus spécialement sous le nom de fleurs, cito-ns :
La fleur d'amour,
— en casque,
— du coucou,
— des dames,
— de Noël,
espèce d’amarante, aconit .
primevère, anémone .
ellébore, du printemps, gentiane bleue, de sang, adonide.
des veuves, scabieuse.
Si le langage des fleurs est purement conventionnel, il n’en est pas de même de l’horloge des fleurs qui repose du reste sur des observations assez peu précises. Ainsi :
A 3 h. du matin s'ouvrent les fleurs du Liseron des haies.
A 4 h., les fleurs de la chicorée, du salsifis des prés.
A 5 h., les fleurs du pavot, du laiteron.
A 6 h., les fleurs des épervières.
A 7 h., les fleurs de la laitue, des nénuphars. A 8 h., les fleurs du mouron des champs.
A 9 h., les fleurs du souci des champs.
A io h., les fleurs de la ficoïde noueuse.
A ii h., les fleurs de la dame d’onze heures. Toutefois, il ne serait pas prudent de régler sa montre d’après cette horloge.
Terminons par quelques proverbes :
Des fleurs en mars, ne tiens compte.
D'avril, les ondées Font les fleurs de mai.
Avril fait la fleur,
Mai s’en donne l’honneur.
ARBRES ET ARBUSTES. — Les paysans comtois appellent les racines : raicines, raicenes, raicenets, grebons, grobas (Pontarlier).
Les racines tordues sont des greubes (Haute- Saône), graibeusses (écrevisses) ; on appelle greubes par analogie les jambes torses. Les vieilles souches noueuses, rabougries, sont des quersons, refouès, rofoués (Montbéliard). « Egre-
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bonner », c’est arracher les racines des arbres coupés.
Les débris d’une vieille souche forment la cormouetche.
La tige de l’arbre abattu et dépouillé de ses branches est la tonte ou fût j les plus longues tontes, dans nos pays, sont celles des sapins et des épicéas.
Dès le xive siècle, on appelait arbres de « quatre fontes », les chênes, les poiriers, les pommiers et les cerisiers sauvages, et souvent ces quatre fontes étaient réservées dans les baux ou les ventes.
La partie du tronc, la plus dure, généralement noueuse, peu élevée et rapprochée de la racine, est le tronc, tronchet, tronchot, tronchetot, tronche, trontche, trontchot. On s'en sert comme de billot pour couper les Lranches ou fendre le bois de chauffage.
Le bois fendu en planchettes minces fait : les bardeaux, le prin, les ancelles, les tavaillons (Mouthe).
11 y a 3o ou 40 ans, dans presque tous les ménages, on mettait de côté, pour Noël, une grosse bûche de bois, dont on avait creusé les flancs et qui s'appelait la tronche. La veille du saint jour, on apportait cette bûche au foyer, et on la laissait pendant quelques instants, lécher par les flammes. Puis elle était retirée, couverte
d’un linge, et les enfants étaient invités à s’approcher, armés de pincettes et de bâtons. C’était à qui frapperait le plus fort sur la tronche, pour la faire accoucher. Si rien ne s’en échappait, c’était un signe évident que les enfants de la maison n’avaient pas été sages. On les réprimandait au sujet des fautes qu’ils avaient commises et dont ils devaient demander pardon .
Quand cet acte de contrition était accompli, à l’écart, dans un coin obscur de la chambre, le dos tourné au foyer, pour laisser la maman faire les préparatifs nécessaires, on ramenait les marmots vers la tronche, toujours couverte de son linge et on les invitait à frapper de nouveau et de toutes leurs forces. Cette fois, les choses changaient d’aspect. La couverture soulevée, les bambins trouvaient dessous, des noix, des noisettes, du gâteau, des bonbons et de modestes jouets sur lesquels ils se précipitaient en poussant des cris de joie.
Au coup de minuit, on remettait au feu cette même tronche et quand elle était à moitié brûlée elle était retirée du foyer, puis éteinte et gardée en lieu sûr dans l’armoire ou dans la commode.
Aujourd’hui encore, la coutume suivante persiste dans un grand nombre de familles villageoises : toutes les fois qu’il tonne, la ménagère va chercher les charbons de la tronche
et en met quelques-uns dans le foyer pour empêcher le feu du ciel de tomber sur la maison.
Souvent on recueille soigneusement les cendres de la tronche pour les répandre au pied des arbres fruitiers : c’est un sûr moyen de leur faire produire des fruits en abondance, (i)
On dit souvent : D’in metchant trontchot ne peut paitchi in bon bourdjon (Montbéliard), c est-à-dire, ce qui est usé ne peut rien produire de vigoureux. Et aussi : Peut trontchot, bé djachons », vilain tronc, beaux rejetons. C’est un pendant à pente chatte , beaux minons.
Un vieux tronc d’arbre est un écot, un acot. On dit d’un homme maigre, qu’il est « sec comme un écot». Un tronc d’arbre déraciné est une Rousse.
Les éclats de bois qui sautent du tronc quand on le coupe ou les morceaux de bois qu’on enlève quand on équarrit, sont des taillons (Mouthe), des été 1 les, ai te 1 1 es, atelles, bûchailles, butsailles, betsailles. Un vieux proverbe dit: L’ételle sort du tronc » ce qui correspond à : tel père, tel fils.
Les troncs d’arbres, coupés ou brisés par des ouragans ou des cyclones, sont des casses, des étoques. Un arbre déraciné est un chablis, tcha-
(i) Voir nos Mois en Franche-Comté.
bli, une rousse; un arbre séché sur pied est un séchon, setson.
Le tsarcou (Les Fourgs) désigne un arbuste coupé, déraciné, ou dont la souche produit des branches rabougries.
Un rejeton d’arbre est un rebiou (Jura). Les rejets qui poussent sur un tronc coupé sont des torchés, torchiés, trochés, treuchies, (Haute- Saône).
Un arbre peu élevé, au tronc noueux, est un ranson, un tulégat ; on donne le nom de taillon à un arbre vieux et gros.
On appelle drougne (Jura) drogne, drougnet (Les Fourgs) loupet (Vercel), les excroissances qui se développent sur les tiges, les branches et les rameaux des arbres, particulièrement des frênes, des buis, des ormes, des érables. Ces loupes ou broussins servent à faire de petits meubles ou de la marqueterie à cause de leurs veines. Les drougnes du buis font de belles tabatières. Celles du sapin contiennent de la résine.
Les branches sont nommées branchas, brinches; les grosses branches mortes forment le coirâ ; les branches des arbrisseaux avec leurs feuilles sont des brondes.
Quand un arbre pousse beaucoup de branches, il « se cabre » (Haute-Saône). Le branchage est la rame, la raime (Montbéliard).
La mèsieve désigne les branchages coupés
quand ils sont épars dans la forêt avant leur mise en tas.
Le cotchelaidje ou quartelage (Montbéliard), achenai, ètchene, achena, trintson, sont les branches, ou le tronc, fendus en long pour le bois de chauffage et surtout pour l'usage du four.
Les rameaux sont des raims, raimès (Montbéliard). La troutchenaie est une grosse bûche avec ses rameaux; quand elle est noueuse, on la nomme groigne. Quand les rameaux sont garnis de leurs feuilles, on l’appelle freudje, fredje (PI anche r-les-Mi nés).
Enlever les feuilles des rameaux, c’est déblosser pdauler. Quand le fourrage est très rare, on déblosse certains arbres, surtout le frêne pour nourrir le bétail. On conserve ses feuilles en silos.
Avec les rameaux, on fait des fagots, fadè, fadgia (Marigny) feuchin, primbois, brimbois (prin veut dire mince).
« Une corde de bois d’horloger » c’est un fagot.
Le bois sec, mince, et cassant, avec lequel on allume le feu est appelé frâchon, faiscine, fossine, faissenet, brequillon .
Dans les conifères, la partie de l’arbre la plus élevée, est la tête, le q’chot, le quechot, la queune, la copote (Montbéliard), le quet’sron (Mouthe), la qutche, le quetchet.
Un jeune arbre fruitier venu sans culture est
un sauvagin, sauvegin, griffougnié (sur lequel on greffe). Dans certaines localités du Jura, tout arbre fruitier est un « poumier ».
On nomme feuille la pousse de l’année. Ainsi un arbre à 2 feuilles, à 3 feuilles est un arbre de 2 à 3 ans. On en dit autant de la vigne.
Quand les arbres fruitiers fleurissent sous deux lunes, ils produiront peu ou pas de fruits.
S’ils fleurissent de nouveaux en automne, c’est signe de guerre. On considère aussi cette floraison tardive comme un présage de mort pour le propriétaire des arbres.
La coutume de planter des Mais est très ancienne en Comté. Dans la nuit du 3o avril au ier mai ou le premier dimanche du mois, les garçons s’en vont dresser des arbres feuillus devant les fenêtres de celles qu’ils courtisent ou sur les fumiers attenant à l’habitation. Souvent aussi, pour les mettre hors de toute atteinte et pour qu’on les voie de loin, des branches sont attachées aux cheminées, sur les toits. On y pend également d’autres objets dont la signification est connue de tous. Selon que la jeune fille est plus ou moins considérée, selon qu’elle a su s’attirer des sympathies ou des inimitiés, elle est honorée d’un plus ou moins beau mai. Si l’on ignore le langage des fleurs dans nos villages, on y connaît très bien le langage des arbres.
Le plus flatteur de tous les Mais, pour une jeune paysanne est un laurier; viennent ensuite les branches de hêtre, de charmille, de sapin ou de lilas en fleur. Le houx, qui ne se laisse pas aisément manier, est également un Mai des plus honorables. L’if indique la modestie, la douceur. Tous les arbres à fruit, et particulièrement le cerisier sont une grossière injure: ils signifient que la jeune personne est de mœurs faciles, peu sauvage, et capable hors du mariage, de porter des fruits, si elle n’en a déjà eus. L’aubépine dont les piquants s’accrochent aux vêtements a également une signification malveillante, ainsi que le saule, la verne, le tremble et le coudrier. Le tremble se donne aux orgueilleuses, aux bavardes, aux maniérées, le coudrier aux filles molles qui se laissent aller. Celles qui sont rebelles à l’amour ont un bouquet d’ellébore.
Un fagot, au bout d’une perche, indique une personne niaise, insignifiante, dont il n’y a pas à s’occuper. Parfois, en signe de mépris ou de dérision, on attache au toit ou à la fenêtre, de vieux sabots ou des casseroles... même des penouilles épis de maïs. Une chaîne de coquilles d’escargots signifie médisance, bavardage; l’escargot en effet, bave et sa bave laisse des traces. Le dernier degré de l’injure consiste à pendre comme Mai, un harnais, des cornes, Ou des peaux
d’animaux crevés, ou d’installer au-dessus du toit, un mannequin revêtu de loques.
Ces Mais outrageants sont réservés aux femmes et aux filles dissolues.
Celles qui se sentent exposées à avoir de pareils Mais injurieux ne dorment pas de la nuit et s’empressent de faire disparaître, avant le jour, ces emblèmes, qui les exposeraient à la risée de leurs voisins. Perrigny (Jura), Aillevans (Haute-Saône) .
Le galant, qui a planté un Mai en l’honneur de sa blonde, veille aussi pour empêcher qu'un rival ne le lui enlève. Si une fille a plusieurs amoureux, ce qui arrive assez souvent quand elle est belle, ce sont parfois des batailles entre les planteurs de Mai. Un amant éconduit veut se venger en dressant un arbre à signification injurieuse, mais il compte sans l’amant bien accueilli qui veille pour s’y opposer.
Au matin, les gens du village sortent chacun de leur maison pour voir les différents Mais plantés ou attachés pendant la nuit.
11 ne faudrait pas croire que ces hommages sous forme végétale soient absolument désintéressés. Les filles honorées d’un Mai flatteur pour leur amour-propre se montrent reconnaissantes envers ceux qui l’on planté et leur donnent de l’argent pour boire à leur santé. Il y a des
jeunes villageois sans scrupules qui en font une spéculation et qui s’inquiétant peu d’honorer la beauté ou l’amabilité, s’en vont dresser les plus beaux Mais devant les maisons des tilles les plus riches.
Avec ce sens pratique qui caractérise les temps nouveaux, il arrive que dans un grand nombre de communes, la jeunesse masculine, trouvant qu'un hommage collectif est plus facile et moins coûteux, se borne à dresser sur la place du village un Mai unique en l'honneur du beau sexe; comme circonstance atténuante, il est juste de faire remarquer que l’administration forestière s’oppose rigoureusement à ce que les forêts soient saccagées comme elles l’étaient jadis sous prétexte de Mais à planter devant les maisons de toutes les jeunes filles. Le Mai banal porte au sommet une bouteille vide afin que nul ne se trompe sur sa signification. Les jeunes gens s'étant ainsi mis en règle avec la tradition et avec la galanterie, s’en vont bravement, tambour battant et drapeau déployé, demander leur récompense en provisions de toutes sortes ou en menue monnaie, etavec ce qu’ils ont recueilli, ils s’offrent un repas copieusement arrosé. Quelquefois ce sont les jeunes filles qui enrubannent l’arbre planté en leur honneur et qui préparent le repas. La mission de planter le Mai incombe généralement aux conscrits de l’année. Le soir,
ils font danser les filles. (Luxeuil, Haute-Saône; Lusans, Doubs).
Dans un grand nombre de communes, l’usage des Mais a tout à fait perdu son caractère gracieux et galant. Ce n’est plus aux belles que l’arbre traditionnel est offert, mais vulgairement aux autorités municipales et aux officiers de pompiers. Il va sans dire que c’est toujours et plus que jamais en vue des réjouissances gastronomiques qui en sont la suite (i).
On plante de jeunes arbres autour des reposoirs, le jour de la Fête-Dieu. Généralement, ce sont de petits sapins ou de jeunes hêtres, appelés aussi : Mais (Mouthe).
On nomme sève, des baguettes de saule ou de tilleul dont l'écorce se détache facilement et avec laquelle les enfants font des sifflets. Ils se demandent entre eux : « As-tu de la sève? Viens-tu à la sève ?
Proverbes.
Si janvier ne prend son manteau, Malheur aux arbres, aux moissons, aux coteaux.
(Mouthe).
(i) Les Mais en Franche-Comté { Ch. Beauquier),
A la Chandeleur, verdure,
A Pâques, neige forte et dure.
Pâques, vieilles ou non vieilles,
Ne viennent jamais sans feuilles.
A la Sainte-Catherine (25 novembre).
Tout bois prend racine.
FORÊTS. — On distingue les bois noirs et les bois blancs : les noirs, sont les bois de sapin, à cause de leur teinte sombre; les blancs, comprennent tous les bois d’autres essences.
Un terrain couvert de jeunes arbres, de buissons, à feuilles caduques, se nomme une fouillée, ou feu i liée : La Côte Feuillée de Chaux- Neuve (Doubs).
Un terrain, autrefois en forêt, maintenant en culture, est un friquet, assurt, essart : les Essarts de Châtel-Blanc (Doubs), d’exartare , défricher.
On lit dans une charte de Mouthe ( 1 296) : « Les abergeurs peuvent tant qu'il leur plaît essarter à la Joux et aplanir pour avoir des terres voignables (labourables) en payant la dîme et quatre deniers par soipture de pré ».
Un document du 23 juillet 1712 signale un « canton rempli de rapailles et mauvais bois » et on recommande « d’essarter » le tout.
Dans les bois, il n’est pas rare de trouver
des cantons généralement peu étendus, appelés les « âges », aidges (Montbéliard), odze (Les Fourgs). Ce nom qu’on trouve dans d’autres langues : haça, haja, hai, hag, devrait s’écrire par un h. Sa signification est haie, petit bois, bosquet. Dans les parties de la Comté, peu éloignées de l’Alsace, on trouve des lieuxdits : Las Haiges, sous les haiges, Derrière les Haiges ; à Mouthe : la Combe des Auges ou Hoges. A Montbéliard, la raidgie est la haie et un maraidgie est un baliveau qui croît dans la haie et qui la domine.
Dans les anciens titres : Joux, du latin jugum, a différents sens ; il désigne un bois, uneforêt, une crête, une montagne. On trouve : le fort de Joux, la forêt de la Joux, la Joux de Jougne, la Haute-Joux de Mouthe. On appelle fréquemment Joux noire , la forêt de sapins, d’épicéas, et Joux blanche, celle de chênes, de hêtres, de charmes. . .
Les forêts constituent une grande richesse pour nos pays. La forêt de Chaux, en Comté, a I9.5o3 hectares. C’est la troisième de France, comme étendue.
On divise les bois en taillis, arbres de 7 à 35 ans, que l’on exploite périodiquement, et en futaies — arbres de 35 à 100 ou i5o ans — qu’on abat lorsque leur croissance est terminée.
Après la coupe* on a du bois de chauffage, et
du bois d’œuvre. Les gros arbres sont sciés en plots, billots, billes. Les plus petits sont des perches, perchettes, poteaux.
Quand ils ont leur écorce, les arbres abattus sont dits en grume. On les divise en bois blancs ou tendres : sapin, peuplier, bouleau, aune, tilleul; et en bois durs : chêne, hêtre, charme, cormier, noyer, frêne...
Un merrain est un bois dur, fendu en planches minces, et qu’on emploie dans la menuiserie, le charronnage ou la tonnellerie. Pour obtenir de bons moyeux de roues, on met tremper, pendant plusieurs mois, le merrain dans la fosse à purin (Haute-montagne). L’aubier s’appelle Hache, flage (Mouthe).
Les planches épaisses provenant du « plot » sont appelées : plateau, plaiton, epplaiton, aplaiton, lavon, lovon, madrier. Les plus minces sont des lambris.
Des morceaux de bois fendus en planchettes plus ou moins épaisses pour couvrir les toits sont des ancelles, bardeaux, prins, assolais, tavaillons, tovaillons. Ils servent également au revêtement d'un mur qui prend alors le nom de « talevane ».
Les deux planches extrêmes d’un plot scié sont les coinaux, couenneaux, couenniaux.
Un tas de bois est une éclisse (Montbéliard), un tsaulo (Salins).
En beaucoup d’endroits, les marchands de bois ont conservé la vieille habitude de compter par pieds, pouces, lignes, solives, pieds cubes. Ils ont cependant peu à peu abandonné la coutume suivante :
Sur le devant du chantier où l’on empilait le bois de chauffage et les bois sciés, les marchands faisaient peindre, sur une planche, un grenadier ou un voltigeur en grandeur naturelle, au port d’armes. Cette enseigne signifiait que le chantier était bien gardé.
Le bois de chauffage est généralement empilé en cordes, voies, moules. On commence, surtout sur la frontière suisse, à l’entasser en stères.
Quand on a enlevé de la forêt le bois en grume, les plots, les cordes, les moules, les fagots, il faut nettoyer la coupe et brûler avec soin les copeaux, bibes, bubes, taillons, ételles, en un mot les rémanents.
Nous placerons ici quelques dictons relatifs aux arbres :
Si à l’automne, les arbres fruitiers conservent longtemps leurs feuilles, il y aura des fruits l'année suivante.
Si, la veille du jour de l’an, le vent souffle de l'est, il y aura beaucoup de fruits sur les arbres.
Proverbe : Bûche tordue fait feu qui dure.
FRUITS. — Les fruits, en général, sont appelés : fruts, frutas; ceux qui paraissent sur la table sont des fruitas.
Les fruits blets sont qualifiés de biots, blosses, blossis, biossis. Les enfants en font souvent des provisions : c’est la biossole, biossolè, fagnola, foignola; ces mots désignent aussi la cachette où ces fruits achèvent de mûrir.
Un fruit gris, noirâtre, est dit bisot. S'il est gâté, on le nomme : busot, peut ; s’il est vermoulu ou véreux on le dit : envormechelai (Montbéliard), varmecelâ, varmela, varmoulu.
Avec les fruits, on fait des confitures : muesses (Bournois), moneces (Montbéliard); si on les mange tout de suite, ce sont des couenadges (compotes) .
Les fruits tombés de Parbre forment la couleuse (Montbéliard). Généralement, ce sont des raiguelles, raguillons, ou fruits avortés, semblables à des crottes de chèvre, au moins pour la grosseur ; d’autres fois, on les dit raintris, vert tris, c’est-à-dire « retirés », déformés d’un ou de plusieurs côtés, ridés. — Olivier de Serres disait de ces fruits qu’ils se « retraignent ».
Les pépins ou noyaux s’appellent gremés, gremeaux, guené, goiné. Enguenelai (Montbéliard) se dit de la personne constipée pour avoir mangé trop de fruits avec leurs noyaux. La « guenelière » est la partie centrale
du fruit; une graine de rebut est une quenotte ; l’amande est le miollot. On dit parfois : « pus de pêches, pus de gremés », ce qui signifie : plus d’honneurs, mais aussi plus d’ennuis.
Quelques fruits poussés ensemble, formant comme un bouquet, constituent un trochet, un chouquot, mouchot (Jura). Le chouquot est surtout formé de cerises ou de petites poires, il se dit aussi diutche dans les environs de Montbéliard.
Avant que l’usage de la pomme de terre se fût très répandu, on mangeait beaucoup de fruits; on en faisait des séchuns ( sotchuu , environs de Montbéliard). On les séchait au four ou au soleil sur des claies. Quand les pommes étaient très abondantes, on en faisait du cidre. Encore aujourd’hui on fabrique du cidre avec les blessons, les beuchins, ou bien de la piquette avec les poires, les blessons mûrs ou biossons sur lesquels on jette de l’eau.
Souvent aussi, on ramasse les fruits tombés, on les coupe à l’aide d’un coupe-fruits ou d’un coupe-racines et on les met dans une grande cuve. Quand la fermentation s’est produite, on distille le tout et l’on obtient de l’eau-de-vie.
On compte les fruits, surtout les noix et les pommes, par djets ; c’est ce qu'on peut en tenir dans la main.
T. II
De même que, si l’on donne de la graine nouvelle, avant d’avoir semé la sienne, on donne sa chance, on perd ses fruits si l’on ne récolte pas soi-même les premiers produits d’un arbre qu’on a planté ou greffé (Montbéliard).
Quand on mange, pour la première fois, un fruit de la saison, on doit faire un vœu. Il y a bien des chances pour qu’il soit exaucé.
Les enfants à qui l'on donne un fruit doivent, avant de le manger, faire un signe de croix dessus, car un sort peut y avoir été « engrevé » par un sorcier.
Il ne faut pas manger des fruits le matin. Si 1 on en consomme trois fois de suite on est exposé à mourir dans l’année de la fièvre ou du choléra. Pour le moins, on attrape la diarihée ou le gros cou (goitre).
Quand il tonne en mars, on porte les fruits à la
[voiture.
S il tonne en avril, on porte les fruits au panier
[(Jura).
Un autre proverbe dit :
S’il tonne en mars, hélas !
Entre Pâques et la Pentecôute Le dessert n’est qu’une croûte (Mouthe).
C’est-à-dire qu’il n’y a pas encore de fruits et il n’y en a plus de conservés.