LES ARBRES
Abricotier. Prunus Armeniaca (Lin.).
Prunier d’Arménie.
Quand l’abricotier est en fleurs Jours et nuits ont même longueur.
Acacia. Robinia Pseudo-acacia (Lin.).
Robinier.
En Comté, presque tout le monde prononce agacia.
Les bestiaux recherchent ses feuilles fraîches ou sèches.
On fait des couronnes de fleurs d’acacias qu’on suspend à l’intérieur pour attirer les bénédic-
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tions de Dieu sur la maison. Cet usage provient de la légende qui rapporte que la couronne d'épines de Jésus était faite d’épines d’acacia (Jura).
Avec les fleurs des acacias, on fait des beignets qui sont très agréables au goût et à l’odorat.
Aigrettier. Sorbus torminalis (Koch).
Espèce de sorbier à feuilles anguleuses.
Aigrottier (Bournois), ainottier, egrottier (Clerval).
Le fruit de l’aigrettier est nommé ainotte, aigrotte, aigrette, de sa saveur aigrelette. Aigret, dans le dictionnaire de l’Académie, est synonyme d’aigrelet.
En dehors de la Eranche-Comté, on appelle souvent l’aigrettier alisier de Bourgogne ou encore allouchier des bois, sorbier tranchant (qui donne des tranchées) ou bien tormigne, corruption de torminalis.
Quand les chasseurs ont reconnu dans le bois un de ces arbres, ils vont s'installer dessous, à la pointe ou au déclin du jour, et à condition de ne pas bouger et de se masquer suffisamment, ils peuvent descendre à coups de fusil bon nombre de grives ou de merles.
On vend des aigrettes, sur le marché à Besançon : c’est un fruit qui plait beaucoup aux enfants.
Alisier. Sorbus Aria (Koch).
Sorbier alisier, ali (Mouthier), ailli, ayi (Salins, Mouthe), allouchier (Les Fourgs), allue, ainie (Haute-Saône, Montbéliard), aluyer, oleyer, élisie (Clerval), pétive, putève (Saint-Claude).
Le fruit :
Alise (Doubs), alue, olue-ainote (Montbéliard), olu (Clerval), ainate (Haute-Saône), abouche (Doubs), poumotte.
Olue se dit aussi de l’aune, comme en allemand Elf signifie également aune et alisier. — Etymologie : alie, anote (vieux français).
Par la fermentation des fruits de l'alisier, on obtient une liqueur spiritueuse.
Dans la montagne, et notamment dans le val de Morteau, l’alisier était un important appoint à l’alimentation; on employait ses fruits ou baies dans la fabrication du pain (xve-xvme siècle); ils conservaient de la fraîcheur à la pâte.
« Quand les alisiers montrent leur cul » (revers blanc des feuilles), c’est signe de pluie.
Si on frotte les verrues avec une feuille d’alisier qu'on a soin de cacher ensuite sous une pierre, on est guéri, mais il faut que cette feuille soit découverte et touchée par une personne non prévenue (Mouthe).
Amandier. Amygdalus communis (Lin.).
Amandrier (Chaussin, Jura).
Le fruit :
Amandre (Clerval), aimandre (Montbéliard),
Amélanchier. Mespilus Amelanchier (Lin.).
On le trouve fréquemment dans le Jura parmi les rochers, sur les collines et le penchant des montagnes.
Aubépine. Cratœgus Oxyacantha (Lin.).
Airbépine (Hte-Saône), arbépeune (Plancherles-Mines), noble épine, épine blanche (divers lieux), epeno blintse (Salins), apenai blanche (Vercel), cenellier, poirottier.
Le fruit :
Cenelle (Marigny, Mouthe-Vercel), cinelle, cénel (Salins), sanella, sougrain, pain d’oiseau (Jura), poirotte (Montbéliard), poirette (Arbois, Mouthier), poire au bon Dieu (Jura), poire de Saint-Jean (Champagnole), pérégran, poiregrain (Lons-le-Saunier).
Le mot cenelle est très ancien, comme on peut le voir par les citations suivantes :
Meures mangent et ceneles Boutons, cornilles et prunèles
(Chrestien de Troyes).
Pommes, poires, noix et châtaignes, Boutons et meures et prunelles Framboises, frèzes et cenelles .
(Roman de la Rose),
En vieux français, on appelait : senelée une haie d’épines blanches.
Dans certains patois de la Bourgogne on trouve le mot cinèles.
Comme terme de mépris, on disait jadis :
« Cela ne vaut pas une cenelle ».
Et sur le même ton: « Chez vous on vendange à coups de perche », quand on s’adressait à quelque « montagnon», parce qu’en montagne on ne récolte que des « cenelles » et des prunelles.
A Rougemont, à Gray et dans beaucoup de localités de Franche-Comté, on appelle aussi les cenelles des pouillots, parce qu’elles donnent des poux à ceux qui les mangent.
« Si l’aubépine, dit-on, gèle en fleurs, les blés ne graineront pas » (Cernans, Jura).
La floraison de l'épine blanche est considérée comme annonçant la fin des gelées printanières.
« La noble épine » est consacrée aux fées. Elle a la propriété de préserver de la foudre ceux qui s’abritent sous ses branches, ceux qui après en avoir cueilli un rameau fleuri font le signe de la croix, comme aussi ceux ou celles qui
portent un bouquet de ses fleurs à leur chapeau ou à leur corset.
Si l’aubépine a tant de vertus c’est, suivant la légende, parce qu’elle a servi à tresser la couronne d’épines du Christ. Nous avons vu que la même tradition existe pour l’acacia.
Sobriquet : Les poirottes d’Amagney (Doubs).
Aune. Betula Alnus (Lin.).
Vainâ (Marigny), vâne, vêne (divers lieux), vâno (Salins), olue (Montbéliard), vergne, verne, vouêna.
Avelinier. Corylus avellana (Lin.).
Alagnier (Saint-Claude), olagnier (Jura).
Le fruit :
Aveline, avellanne, alagne, olagne (Jura), allagne (Saint-Claude), avillonne, tcholouenne (Bournois).
On dit :
Saison d’olagnes
Saison de gagnes (putains).
C’est le même dicton que pour les noisettes (neusilles).
Azerolier. Cratœgus Azarolus (Lin.).
Alisier, azerolier.
Le fruit est l’azerole.
Cet arbuste est rarement cultivé.
Baguenaudier. Colutea arborescens (Lin.).
Faux-séné.
Le fruit est la baguenaude.
Les enfants s’amusent à crever les gousses du baguenaudier pour jouir du bruit de l’explosion .
Bois-gentil. Daphné Mezereum (Lin.).
Bois-Joli (Académie), bô-genti, joli-bois, bôdjoli (Montbéliard), bois-garou (Jura), sain-bois (Jura), sorcier.
Le nom sorcier s'applique particulièrement à la seconde écorce du daphné qui est toxique : le nom de garou est synonyme de sorcier (voir loup-garou) .
Les fleurs du bois-gentil très odorantes paraissent dès le printemps, au départ de la neige.
L’écorce du « garou », quoique très mince, est très difficile à rompre; on s'en sert pour établir et entretenir des cautères, des vésicatoires.
Les fruits sont un poison et l’écorce brûle les lèvres si on la porte à sa bouche. Ces propriétés vésicantes sont celles de tous les daphnés.
On lie les verrues des animaux avec un lien formé de son écorce, et elles disparaissent rapidement.
Bouleau. Betula alba (Lin.).
Bioule (Marigny, Charquemont, Mouthe), boule
(Maiche), boule-boulie (Montbéliard), bioulier, boille, bouillot (Salins), biou (Jura), Putois-bieu (Saint-Claude).
Le Genevois dit biole, le Lyonnais, bié. Dans d’autres pays, on appelle le bouleau bouillard.
Un lieu planté de bouleaux est une bouloie. On prétend que la sève du bouleau est un remède contre la pierre.
Avec ses branches qui sont minces et souples, on fait des balais d’écurie. Sa sève fermentée donne une boisson alcoolique agréable.
On sait que le cuir de Russie est tanné avec de l’écorce de bouleau.
Boule de neige. Viorne obier. Viburnum Opulus (Lin.).
Boule de neige sauvage, mancienne blanche.
La variété de cet arbrisseau, à fleurs toutes stériles, est cultivée dans les jardins et les bosquets. On l’appelle rose de Gueldre; dans d’autres pays, pelotte de neige, pain-blanc, caillebotte.
Son bois est flexible, il sert à faire des hottes.
Bourdaine. Rhamnus frangula (Lin.).
Bourgène (Plancher-les-Mines), aune noir> Verne, vergne, petot (Mouthier), peuvaine, pionvêne ou pianvaine (Montbéliard).
Le mot pianvaine s’applique à la verne puante, aune puant, puevaine.
Son bois est très bon pour faire des chevilles ; les horlogers s’en servent pour nettoyer les rouages des montres; on en fait aussi du fusain.
La seconde écorce de la bourdaine passe pour guérir de la gale.
Buis. Buxus sempervirens (Lin.).
Boui (Montbéliard, Vercel), boussot (Arbois- Clerval), brochot (Plancher-les-Mines), brouchot, bressin (Jura), rameaux (Mouthe), remia (Mari-
gny)-
Le fruit.
Coquèle (Salins), à cause de sa forme de petite marmite.
« Bressin » s’applique plus volontiers à la racine du buis qui est estimée des tourneurs et des tabletiers à cause de ses jaspures.
Dans les environs de Saint-Claude (Jura), le buis était jadis très abondant ; il fournissait de grandes et belles racines qui étaient utilisées pour la fabrication des tabatières. Mais ce bois est devenu rare car il pousse lentement. On s’approvisionne maintenant de buis en Corse et en Algérie où cet arbuste atteint souvent vingt pieds de haut.
Autrefois, on se servait par toute la France de cuillères et de fourchettes de buis fabriquées à
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Saint-Claude. On fait encore dans cet arrondissement des robinets, des tirelires, des peignes des sifflets, des couteaux, des couteaux-sifflets et mille autres objets.
Les feuilles du buis passent pour sudorifiques et sa sciure pour astringente.
Les enfants placent des feuilles de buis sur un fourneau pour les voir se gonfler et se mettre à tourner rapidement sur elles-mêmes (Mouthe).
On cultive dans les jardins une variété qu'on nomme buis nain, parce qu’on l’empêche de s’élever en le taillant souvent.
L’expression « brûleur de buis » se dit des pauvres diables qui ne se chauffent qu avec les buis qu’ils vont couper sur les communaux ou
avec la sciure de ce bois.
Le buis a la propriété de faire retrouver les objets perdus, surtout le buis bénit. Cette susperstition est encore aujourd hui en vigueui . Voici un fait divers, que nous empruntons à un journal de Comté :
«. Une jeune fille de 16 ans, habitant chez ses parents à Vuillafans, était descendue à la cave vers six heures du soir.
« Comme son absence se prolongeait, les parents inquiets se mirent à sa recheiche. Ils découvrirent sur l’escalier au bord de la Loue, qui passe au pied de leur maison, la bouteille que portait la jeune fille.
« Comme celle-ci était sujette à des crises d'épilepsie, les parents pensèrent qu’en se débattant elle était tombée dans la rivière. Bien qu’il fût nuit, on commença aussitôt des recherches qui demeurèrent sans résultat.
« De nouveau, le lendemain, on fouilla la rivière, sans découvrir le cadavre.
« Dans la journée, une femme et une jeune fille de Vuillafans tressèrent une couronne de buis et la portèrent au curé pour qu’il la bénît.
« Le curé refusa net, prétendant qu’il ne voulait pas se prêter à cette superstition.
« Les deux femmes allèrent chercher la mère de la jeune fille qui revint avec elles trouver le curé. Celui-ci, devant les larmes et les supplications de la pauvre mère, céda à sa demande et bénit la couronne.
« On la porta au bord de la Loue et on la jeta dans l'eau à l’endroit où l’on supposait que la jeune fille était tombée.
« La couronne descendait la rivière. On la suivait avec anxiété; enfin, elle s’arrêta à cinquante mètres de l’usine du Bas.
« On fouilla la Loue en cet endroit et exactement où la couronne s’était arrêtée, on retrouva le cadavre de la jeune fille ».
Buisson-ardent. Cratœgus pyracantha
C’est une espèce d’alisier.
En Franche-Comté, on le cultive dans les bosquets où ses fruits que les enfants mangent sont d'un rouge éclatant, ce qui lui donne l’aspect d’un buisson-ardent.
Cassis (voir Groseiller).
Cerisier. Cerasus (Juss.).
Les cerisiers à fruit comestible sont rangés en Franche-Comté sous quatre catégories : les merisiers, les bigareautiers, les guigniers et les qriottiers.
On cultive trois variétés de merisiers : une à fruits d’un pourpre noirâtre, une autre à fruits blancs, une autre à fleurs doubles.
On peut y ajouter le merisier à grappes (prunus padus).
Les bigarreautiers cultivés produisent comme variétés principales ; le cœur-de-pigeon, le bigarreautier à fruits blancs ou jaunes, « le cerisier de quatre à la livre ».
Les variétés les plus remarquables de guignier sont : le cerisier commun, la Pentecôte ou guignier précoce, le guignier à gros fruits blancs, à gros fruits noirs.
Le griottier a pour fruits des cerises aigres.
Celésie (divers lieux), celéjie (Montbéliard), ceresie (Ornans, Vercel), cerigé (Marigny-Jura), cerésie.
Merisier, merezie (Vercel), peute noire, peute épine, counureux (Mouthier), reuti, cerisier à grappes (Montbéliard), bourquépin, merisier (Bournois).
Les fruits sont appelés :
Cerises, cerèses (Ornans) , cilèges (italien ciliege), celèses, celêges (Montbéliard), çorèges (Plancher-les-Mines).
Les celéjottes sont de petites cerises(Bournois).
Dans diverses localités, les noms suivants désignent des espèces particulières de cerises : Bêchât, Mottet, Haut Chateau, Binette (rouge foncé ou noires).
Les carmélites, les cougnardes sont des cerises noires. Les guindés sont de grosses cerises ; les gréfions des cerises rouges greffées ou non. La guigne ou le bigarreau étaient appelés autrefois graffions, graffougnies.
La grisotte (Montbéliard) est une petite cerise blanche et rouge avec des taches grises. Les gri I lotte s sont petites et aigres.
Les fruits du cerisier à grappes ont un goût un peu amer; on les appelle nirets (noir) (les Fourgs).
A Mouthier, le pays des cerises et du kirsch, voici les noms des principales espèces :
Cerise noire : catelle, clochette, demi-grosse dure, nicoline, marsotte ou mâsotte, noire-dure, pavillarde.
Cerise rouge : chagre, rouge-dure, rougedouce.
Ce sont les marsottes et les' catelles que Mouthier emploie pour la fabrication de son kirsch renommé.
Un tas de cerises qui n’ont plus leur queue se nomme bain-noir.
On apporte les cerises au marché de Besançon dans des rechottes ou ruchottes, espèces de cylindres en écorce de cerisier.
Le proverbe suivant est connu dans toute la Comté :
x\ l’Ascension
Les cerises sur le pont (de Battant à Besançon).
La cerise est d’une grande ressource dans les ménages : outre la consommation en nature qu’on en fait, on la conserve aussi à l’eau-devie, on l’emploie dans des gâteaux; on en fait des confitures appelées cougnardises. Ce nom est donné plus spécialement aux confitures de cerises noires (Ornans). On en consommait beaucoup dans le pays avant que la distillation qui donne le kirsch y fût connue. Ce mot s’applique également à toutes sortes de confitures.
Voici une recette pour une « cougnarde » ou confiture de cerises :
Prendre des cerises bien mûres, de préférence des « clochettes » ; enlever les noyaux et mettre
ensuite les fruits dans un chaudron en cuivre ; les faire cuire jusqu'à ce que la palette en bois dont on se sert pour les remuer pendant la cuisson tienne debout. On met ensuite la confiture dans un pot bien bouché où elle se conserve très longtemps, même dix ans, sans se gâter.
Avec le bois de cerisier et de merisier on fait des meubles estimés.
L’écorce de cerisier offre une grande résistance : on s’en sert pour raccommoder les sabots fendus; pour confectionner des tabatières appelées « queues de rat », parce qu’elles ont leur couvercle traversé par un cordon de cuir.
Les enfants s’amusent à faire des pince-nez et des lunettes avec l’écorce du cerisier.
Proverbes :
S’il pleut à la Saint-Georges, on n’aura pas de cerises plein sa bouche.
S’il pleut à la Saint-Georges (23 avril),
Il n'y a ni cerises, ni gobes (?)
S’il pleut la première nuit de mai, il n’y aura pas de cerises.
Quand on rêve cueillette de cerises, ou cerises noires, c’est signe de mort.
Année de cerises rou-ges Met le rire sur les bouches.
L’arbre planté comme mai devant la maison d’une fille, s'il porte une branche de cerisier, a une signification des plus injurieuses.
Devinette sur la cerise :
De blanc venue, de vert parée, vêtue de rouge, devant le roi va se présenter. Cela veut dire que la cerise venue de la fleur blanche est, quand elle est rouge, présentée sur la table du roi.
A cette question : Comment cela va-t-il? on répond: « à la douce, comme les marchands de cerises ».
On sait qu’ « à la douce » est le cri des marchands de cerises à Paris.
Charme. Carpinus betulus (Lin.).
Charmé (Maiche-Vercel), chermé-tchairmé, (Montbéliard), dchermey (Clerval), tsairpennc, tsairpeune (Jura), tsarmo (Salins).
Par charmille, on entend les jeunes pousses du charme ou un plant de charmes maintenus à 1 état nain par une taille fréquente. On donne encore le nom de charmille à des haies ou à des allées plantées de grands charmes.
Avec les jeunes charmilles, on fait de très bons
liens pout « gerber » le froment. On en fait aussi des paniers de jardin d’une forme particulière qu’on appelle Charpignes de tchairpenne.
Châtaignier. Castanea vulgaris (Koch).
Le fruit :
Tchaitigne.
L'enveloppe est le « hérisson ».
On trouve des châtaigneraies dans le canton de Saint-Amour (Jura), et près de la Bresse. Les fruits sont portés aux marchés de Cousance et de Saint-Amour.
On mange les châtaignes bouillies ou rôties ; on en fait des galettes et même du pain qui est fort indigeste.
Les jeunes tiges du châtaignier sont employées pour des douves et des cercles de tonneaux.
Chêne. Quercus.
Châne (Vercel), chagne (environs de Besançon, Jura), chaînon (Mouthier), tsanou (Salins), tchêne (Montbéliard), tchênere, jeune chêne (Montbéliard), dchâne (Clerval), tchâne (Pont de Roide).
Le fruit :
Gland, ailland, aigland (Arbois), aglan, ediand (Salins-Clerval), Yiand (Plancher-les-Mines), éguiant (Montbéliard, Chaudefontaine).
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On désigne sous le nom d’éthialère ou écueillère le petit godet où s’enchasse la partie inférieure du gland.
On appelle chanot, chasnot, chanois, rai-dechênes (Montbéliard), tsaniot (Salins), les lieux plantés de chênes, les bois de chênes. Ex. : Le bois du Chanois (divers lieux).
Le chêne pcdonculé et le rouvre forment la base de nos forêts et des bois taillis; ce sont deux belles espèces d’arbres, droits et bien proportionnés.
Les noix de galle de la Comté ont très peu de valeur, toutefois on s’en sert en médecine pour faire des lotions astringentes.
Dans diverses localités, nombre de chênes sont l’objet de dévotions particulières et renferment des statuettes de Notre-Dame, des images de la vierge et des saints. Ces arbres toujours séculaires, passent pour avoir été témoins de miracles. C’est un vestige de la dendrolatrie (culte du chênej de nos ancêtres.
On disait jadis en forme de proverbe : « Chêne de seigneur et orme de pauvre homme », avec cette signification que le chêne a sa plus grande valeur quand il est vieux et intact, mais que l’orme gagne à être ébranché souvent.
Un chêne qui a « trois âges » est un chêne de 90 ans, l’aménagement des coupes étant généralement de 3o années.
Le « rouge » de chêne est la partie la plus dure de cet arbre; et on dit par métaphore de quelqu’un : « Il est rouge de chêne », c’est-àdire très robuste. On remplace le mot rouge par rottve dans certaines localités : c’est évidemment une déformation de rouvre, espèce de chêne, le chêne pédoncule.
Saint-Jacques pluvieux (a5 juillet')
Les glands malheureux.
An-nâ de guians (glands)
An-nâ de ran (rien).
On devrait écrire au lieu de bois d’Aglans (environs de Besançon), « bois das glands », bois des glands. Il est vrai qu’Aglan est synonyme de gland dans certaines localités : il faudrait alors écrire: bois d’Agland.
Si, en coupant une noix de galle de chêne, on trouve à l’intérieur un ver, c’est le présage d’une mauvaise année; si c’est une mouche, signe de guerre, si c’est une araignée, abondance sur terre.
Chèvrefeuille.
Chivre fue (Vercel), bois à la chèvre, chivrot fu (Montbéliard), tchièvrefuïe (Montbéliard),
chèvra feu (Maiche), bô ai lai caibe (Clerval), foissotte, gratte chevri (Arbois), bois fumet (Saint-Claude), bois de cabe, bou de bique, bô ou pain ai lai tchièvre (Montbéliard).
Ces noms sont donnés au chèvrefeuille sans distinction des espèces.
Les baies du chèvrefeuille à fruits noirs sont appelées « méruillets au loup » (Les Fourgs). Les rameaux de cet arbrisseau servent à faire des balais pour les granges et les écuries.
Cognassier. Cydonia vulgaris (Tournef).
Coignassier, coinguier (Salins).
Les pépins de coing macérés dans l’eau donnent une solution qui passe pour un bon collyre dans les ophtalmies.
S’il pleut le premier jour de mai,
Les coings ne seront qu’aux haies.
Cormier. Sorbus domestica (Lin.).
Saint-Arbin, Saint-Aubin .
Son fruit, sorbe ou corme, a la forme d’une petite poire jaunâtre; il est astringent. D’abord très acerbe, il s’amollit sur la paille, devient blet et alors on le mange comme les nèfles.
Cornouiller. Cornus mas et Cornus sanguineus.
Il y a deux espèces très distinctes de cornouillers : le c. à fruits rouges (mas) et le c. à fruits noirs (c. sanguineus). Le c. à fruits rouges est cultivé dans le pays de Montbéliard, il s’appelle tirelire comme son fruit. Les autres noms patois s’appliquent au cornouiller sanguin.
Cornier, cugneul, guigneul, quignoule (Gray), bois rouge, sanguin (Saint-Claude), bois punais, piche-sang (Cornouiller sanguineus) (Montbéliard), puine, savougnot, sauvoignot (Vercel), tirelire (Jura-Montbéliard), sauvignot, savignon (Clervaux, Jura).
Le fruit :
Cornouille, corne, tirelire (Montbéliard), cerise de juif.
Les cornouilles noires servent à faire de l’huile d’éclairage; les cornouilles rouges ont un goût aigrelet comme la groseille.
Le bois de cornouiller est plein de nœuds. Le mot de puine qui est un des noms du cornouiller, se trouve dans le dictionnaire de l’Académie, mais avec un sens indéterminé, synonyme de bois mort. Nous pensons que c'est là une erreur de désignation. En effet, dans le Coustumier général (16e siècle), la paine est mentionnée au nombre des arbrisseaux dont on donne l’énumération et que la loi consentait à
considérer comme bois mort, c’est-à-dire comme pouvant être coupé et emporté par les « alleurs au bois ».
« Item quod de caeteris de nemoribus mortuis videlicet gallici des saulx, espine, puine, aulne, genest et ronces » .
Cytise. Cytisus.
Gerle, diale, abor, aubour, ganguillon (Saint- Claude), faux ébénier, ghierlou, gujerlou (Lonsle-Saulnier) .
Églantier. Rosa canina (Lin.).
Rosier de chien, roncier, éronge(Saint-Claude).
Rosier rose, fourge-cul (Arbois), betdjôlier- ( Les-Fourgs), besqueugnot (Jura), guilleribouton, quilleribouton.
Le fruit :
Eetdjôlet (Les Fourgs), graitte-tiu, graipe tiu (Montbéliard), grappe cul, gratta-tiu (Mouthe), bouche cul, guilleribouton, rose sauvage, rose des chiens, guilleboutonné, gueuille-bouteri (Les-Fourgs).
Les noms vulgaires « gratte-cul, guilleri bouton » s’associent avec les noms guille, guillotte qui, en Comté, signifient crotte de chien, de mouton ou de chèvre.
o Guilleri » est le nom du petit doigt. Guilleri signifie également guilleret.
Le mot bouton désignait jadis le fruit de l’églantine; dans le Roman de la Rose, on dit :
Boutons et meures et prunelles.
Ce fruit a en effet la forme et la couleur d'un bouton de rose.
L’excroissance velue qu'on remarque souvent sur le rosier sauvage et qui est produite par la piqûre d’un insecte, s’appelle bédegar ; aux Fourgs, on la nomme bédégar ou éponge du rosier; cette galle est astringente.
Les baies gelées de l’églantine sont bonnes à manger quand elles ont passé l’hiver.
Les fruits bien mûrs servent à préparer la conserve de cynorrhodon, qui est employée en médecine comme astringente.
Avec les branches droites de l’églantier, les enfants fabriquent des sifflets, des flûtes, « hôtes houtots ». Les fillettes se font des pendants d’oreilles et des colliers avec ses beaux fruits, rouges comme du corail.
« Toute rose devient gratte cul » se dit aux jeunes hiles pour rabattre leur vanité.
On dit que les fruits de l’églantier donnent le goitre, le gros cou à celui qui en mange.
Pour guérir de la diarrhée, on croque des guilleriboutons.
Avec une branche d'églantier munie de trois « picots » posés en croix dans la même pousse, on touche les dartres; puis on suspend cette branche avec un bout de fil au tué (grande cheminée) de façon que personne ne puisse la voir; c’est le vrai remède pour guérir en quelques jours ces désagréables éruptions.
Devinette :
Chapeau noir, manteau rouge Ventre de pierre, jambe de bois
(Le fruit de l'églantier.)
Au Sarrageois, près de Mouthe, on faisait autrefois par dérision, la prière suivante :
N’oublions pas dans nos prières Les menus fruits de la terre :
Les mûres, les pimprenelles,
Les prunelles et les brimbelles;
Les poirottes et les gratte-culs,
Quand ils manquent, c'est grand butin de perdu.
Epicéa (v. sapin).
Epine-vinette. Berberis vulgaris (Lin.).
Vinetier commun, venetto (Mouthier), joumairi (Champagnole, Jura), djoumerie, pirin-detchievre (Montbéliard), méri, mari, couélot (Rougemont), boû-solâ, beu-solaie (bois salé), bois piquant, oseille de berger.
A Damprichard (Doubs), le fruit est appelé mévuron, comme celui de la mancienne.
Le nom de vinette vient, soit de la couleur des fruits, soit de ce qu’ils fermentent comme le vin en donnant une écume ou joume, djoume, de là le nom de djoumeri.
Dans la montagne (Morteau, Montbenoît), on croit que la pousse de l’épine-vinette exerce une action sur la température, sur le temps. Ce qui est plus vraisemblable, c’est que les spores du champignon qui cause la rouille du blé ont leur première transformation sur cet arbuste, c’est pourquoi dans les pays à blé on l’arrache soigneusement.
Quand on touche même légèrement avec la pointe d’une épingle la base du filet d'une étamine d’épine-vinette, cette étamine se redresse brusquement sur le stigmate.
Avec les baies, on prépare des confitures très rafraîchissantes. L’écorce sert à teindre en jaune les œufs de Pâques; les racines sont employées dans la marqueterie.
Erable. Acer campestre. (Lin.).
Erable commun, azerable, acerarbre, azerabre, azerale, aizerable, aizerole, userole, iserôle, neuzc-raule (Maîche, Mandeure), dizerieule (Fourg, Quingey), isérable (Saint-Claude), iséraublou (Salins), euserale (Pont-de-Roide),
ese-
rôle, ougerole (Plancher-les-Mines), (le g- se substitue souvent à Ys), ouserole (Haute-Saône), zérâlou (Mouthier), oserale (Montbéliard).
Acerarbre vient peut-être du latin acer arbor.
L'érable sycomore (Acer pseudo platamis ), est désigné sous les noms de faux platane, plane (Mouthe), piaine (Montbéliard), plainou (Les Fourgs), plan-ne.
Dans le Dauphiné, l’érable commun s’appelle iserablo et l’érable à feuille d’obier est nommé ayarte.
Dans l’inventaire du mobilier de Fernand Gauthiot, seigneur d’Ancier (1596) on trouve :
« ung buffet... avec une courniche dessus
recouverte de bois d’usserable. »
Un proverbe comtois dit que l’userole a laissé mourir de froid sa grand’ mère au coin du feu », ou encore : « a laissé mourir de froid sa mère au bois », cela veut dire que ce bois ne brûle pas facilement. Cependant en certains pays, on appelle l’érable « bois chaud ».
Dans la boissellerie, on se sert de l’érable plane et à feuilles d’obier pour fabriquer des ustensiles de cuisine. Avec Yuserole, on fait des manches d’outils pour les cultivateurs. Dans la haute montagne, les « armaillers» emploient la racine du plane pour sculpter des cuillers de bois destinés à faire manger la crème aux visiteurs de la ferme.
Framboisier. Rubus idœus (Lin.).
Ronce framboisier, ambrie (Morteau, Montbéliard), ampie (Grand-Combe, Vercel), ampe (Saint-Claude), ambre frambois (Plancher-les- Mines), ampè (Mouthe).
Le fruit :
Ampe (Plancher-les-Mines, Les Rousses), ampot, ambre (Montbéliard) de l’Allemand himbeere), ampa, (Morteau, Vercel, Grand-Combe), arnpet (Les Fourgs). On donne aussi à la framboise le nom de mure, comme au fruit de la ronce (Mouthe).
Une espèce de ronce appelée improprement framboisier, le rubus saxatilis, donne un fruit brochette, fourchette, très recherché des enfants (Mouthe).
Frêne. Fraxinus excelsior (Lin.).
Frêne élevé, frasne, fragne (environs de Besançon), frâne (Vercel), Franou (Salins), Frênou (Mouthier).
Plusieurs villages du pays comtois portent le nom de cet arbre : Frasne (Doubs et Jura), Franois (Doubs et Haute-Saône), Frasne-le- Château (Haute-Saône), Fresne Saint-Ma rrimès (Haute-Saône), et La Frasnée (Jura).
Dans la moyenne montagne, on étête les frênes, et on les ébranche en automne pour avoir les feuilles qu’on laisse un jour durant exposées à
l’air, afin qu’elles sèchent bien, puis on les réunit en petits fagots. Pendant l’hiver, on donne ces feuilles à manger aux bestiaux et spécialement aux moutons et aux chèvres.
Le frêne est flexible et ses jeunes tiges font d’excellents cercles de tonneaux. Avec le fût on fait de jolis meubles ; ses nœuds offrent de curieux effets dans les dessins et les nuances.
On assure que les racines du frêne sont aussi longues que l’arbre est élevé.
Avec les jeunes rameaux du frêne, les enfants fabriquent des sifflets; ils chantent pendant ce petit travail :
Saive, saive mon sublot Pà lai rô di cul de Jaquot Quand Jacot serai creva Mon sublot serai saiva.
Fusain. Evonymus europœus (Lin.).
Fusain commun, fusin (Yercel), freusillot (Montbéliard), bos carré (Salins), bois carré, freusillon, vane noire (ClervaP.
Le fruit :
Bonnet-de-prêtre, quenouillotte (Bournois), chapeau de curé (Mouthier), tsopiau de curé.
Le nom de quenouillottes est donné à ces fruits à cause de leur ressemblance avec les glands qui ornent le dessus d’une quenouille,
Le nom de freusillot désigne aussi e troène dans beaucoup de villages.
Le bois du fusain est dur, blanc jaunâtre et d'un grain serré et fin. On l'emploie dans la marqueterie et pour des ouvrages détour; on en fait des fuseaux, des cure-dents et des chevilles pour l'horlogerie. Les dessinateurs se servent volontiers de son charbon, parce que les traits s’effacent facilement.
Les fruits du fusain sont purgatifs et cmétitiques ; réduits en poudre, ils forment ce qu’on nomme « la poudre de capucin » qui, répandue sur la tête, tue les poux et les lentes; pris en décoction et appliqués à l’extérieur, ils guérissent la gratelle , et bouillis dans du vinaigre très fort, la gale des chiens et des chevaux.
Genêt. Spartium scoparium (Lin.).
Genêt à balais.
Avec ses rameaux, on fait des balais d’écurie.
On se purge avec une décoction des sommités du genêt ordinaire tinctoria (Lin.).
Dgenêtre (Montbéliard).
Genevrier. Juniperus communis (Lin;).
Genevrier commun, genevrai, genevire (Vercel), genavre (Haute-Saône), geneuvrier, dsenevrier (Salins), dzouevri (Mouthe), dzenevrie (Pont-de-Roide), dgenovre (Montbéliard);
Dans beaucoup de localités, on donne le nom de genévrier à l’arbrisseau en même temps qu'à son fruit.
Les baies du genévrier ont une saveur aromatique ; elles servent à l’assaisonnement de plusieurs mets, en particulier de la choucroute. Fermentées, elles donnent une liqueur appelée genevret.te ; distillées avec de l’eau-de-vie, c'est la liqueur estimée des Anglais, le genièvre (Gynn).
On fait brûler du genevrier pour fumer le lard, les saucisses et les jambons.
Pour les douleurs articulaires, il faut se frictionner avec de la bave de genevrier (espèce de glu qui coule de cet arbrisseau en mai et juin).
Pour les sciatiques, on recommande, à l’intérieur de l’infusion de Genevrier et à l’extérieur des lotions avec la même infusion non sucrée.
En été, les voituriers frictionnent leurs chevaux, pour en éloigner les mouches, les tavans, avec de l’eau de genevrier.
Groseillier. Ribes (Lin.).
On distingue le groseillier épineux, le groseillier rouge, le groseillier noir et le groseillier des Alpes.
Gresilier (Salins), greuselle (Pont-de-Roide), guerzalé, greuzelot, greujelé, grezellie (Vercel), greusellie (Clerval. Pont-de-Roide), cassis.
Le fruit :
Groseille, grezelle (Vercel), greselle, (Audeux), gresalîe (Ornans), gresèlo (Salins), greujel (Bournois, Montbéliard), guerzalle, guerzaleille (Chaussin, Jura), grijaile (Plancher-les-Mines), grezellet noiret (Cassis).
Etymologie : krausbeere, allemand (myrtil).
Le nom vulgaire de « cassis » donné au groseiller noir désigne en même temps l’arbrisseau, son fruit et la liqueur qu’on fabrique avec ce fruit.
On met sécher ses feuilles à l’ombre et on en fait des infusions qui remplacent le thé et sont bonnes contre les rhumatismes. On confectionne encore de la g’elée de cassis qu’on dit souveraine contre les maux de gorge.
Le groseillier qui produit la groseille à maquereaux s’appelle à Rougemont « groseillier à bouteille ».
Le nom de grezelle, greuzelle est donné comme sobriquet aux filles mignonnes et roses.
En février
La feuille au groseillier.
11 ne faut pas que février
Laisse sans feuilles le groseillier.
Jamais février n’a passé
Sans voir le groseillier feuille.
— Go
Février
Fleurit son groseillier.
Février aimerait mieux être enragé que de ne pas faire feuiller le groseillier.
Gui. Viscum album (Lin.).
Gui à fruit blancs, guin, glu.
Gueu, veu (Mouthier, Bletterans, Champagnole), substitution habituelle du g- au v. Ex: Vascon s-Gascons.
Voui (Salins), va va, voque (Plancher-les- Mines), voquiê, bro (Montbéliard), Brou (Clerval), Brout à la chèvre, brè-bri, vouchot.
Les mots vouchot, voque, voqué viennent de viscum; le nom de gynérium désigne le gui qui croît sur l'aubépine ; on le nomme piumet, à Mouthier.
Brout : Etymologie espagnole, brote; bas latin, brutus, vieux français brost, brout, bour* geon .
Nous écrivons brout avec un t final, parce que la racine de ce mot a formé brouter et le diminutif broutille, jeune pousse verte (littéralement ce qui est brouté). De là, l’expression de « brout à la chèvre » pour désigner le gui, parasite, toujours vert, et dont les chèvres sont très friandes.
Brout, en Bretagne, à Rennes, se dit du lierre.
Le gui toujours vert croît sur le tilleul, le pommier, le poirier, l’érable, le sapin, mais rarement quoi qu’en dise la tradition, sur le chêne.
On emploie le gui pour guérir le rhumatisme articulaire; on extrait de son écorce une glu semblable à celle du houx; ses baies sont purgatives.
Le gui porte bonheur : les jeunes filles en suspendent au chevet de leur lit.
Hêtre. Fagus sylvatica (Lin.).
Foyard (divers lieux), foya (Pont-de-Roide, L’Isle-sur-le-Doubsj, foyad (Salins), faïa, fau (Les Fourgs), fou, fu, fainé (prononcez fain-né), fahy (Plancher-les-Mines), fayet, fouteau (Les Fourgs), fœu (Jura), até (Baumc-les-Dames, L’Isle-sur-le- Doubs), aité (Montbéliard).
Le fruit :
Faîne (divers lieux), fouine (Mouthe), fannêt (Vercel), foiumno, fouinnot (Salins).
Foyard, dont l’étymologie est fagus a donné fou . La désinence ard s’est ajoutée comme à viel qui a fait vieillard. Le nom primitif était donc fou : « ... en gardant le chesne, le fou, le pommier. » (Charte de 1 3 3 8 du sire de Neuchâtel).
Dans une ordonnance de Franche-Comté de 1 586, nous rencontrons le mot écrit avec un g qui est la marque de son origine latine : « 11 est
T. II
interdit et deff’endu à tous de sur pieds, parer et escorcher aucuns chesnes, pommiers, poiriers faugs et autres bois ».
Dans un édit de 1644, nous trouvons encore faug.
Il y a peu de noms d'arbres en France qui aient des formes aussi variées : fouteau, fayart, fou, fauteau.
Dans la Comté, fahy, fay, fayet désignent des lieux plantés de hêtres. Le mot futaie vient de foutelaie.
Faye se trouve aussi dans quelques lieux dits : Bois de faye, Sous la faye (I.aviron).
Beaucoup de localités en France portent le nom de fahy] nous avons dans la Haute-Saône le village de Fahy-les-Autray.
Le hêtre croit plus rapidement que le chêne ; il fournit un très bon bois pour la charpente à la condition de le couper au moment de la sève et de le laisser dans l'eau pendant plusieurs mois avant de l’utiliser, il est excellent pour la construction des ouvrages submergés ; on le recherche beaucoup pour le charronnage; les ébénistes, selliers, tourneurs l’emploient également. Au printemps on se sert des copeaux du hêtre pour faire aigrir le vin et obtenir du vinaigre.
La faîne est astringente, et d'un goût assez agréable; elle fournit une huiie très recherchée
pour les aliments et qui se conserve plusieurs années sans rancir.
« Payer quelqu'un en feuilles de foyard » ; signifie ne pas payer du tout.
Il y a beaucoup de faînes c’ tanâ Les filles front des bâtards.
An-nâ de faînes
An-nâ de femenne (famine)
Tous les dictons du même genre s’appliquent à la cueillette ou à la récolte des fruits qui se font en bande d’individus des deux sexes.
Houx. Ilex aquifolium (Lin.).
Bois piquant, poinfô-engrilou (Salins), pin-fô (Montbéliard, Pont-de-Roide), poinfou, poinfoue, pinfoue (Clerval), poifau, (Saint-Claude), pifeu, pouèfeu (Haute-Saône), pinfeu, péfô, pinfort, (Vercel), angralé (Chaussin, Jura), agrile (Jura), ogrule (Arbois).
Etymologie : spina folium , spinfou, pinfou (feuille en épine). En espagnol, le houx se nomme agrifolio , en catalan agrifoli d’acer et de folium, feuille aigre, piquante.
Le fruit : pifeu (Chaudefontaine), cenelle (Maîche). Ce dernier nom vient de ce que les
fruits rouges du houx ont quelque ressemblance avec les fruits de l’épine blanche.
Le bois du houx est estimé des tourneurs; sa seconde écorce, bouillie et fermentée, fournit une glu pour les oiseleurs.
Cinq ou six baies de houx suffisent pour provoquer le vomissement.
Avec les jeunes pousses de houx, on fait des manches de fouet.
Pour faire tomber les verrues et les dartres du bétail, on les entoure avec une petite branche de houx en forme de fourchette et on les lie fortement très près de la peau ; elles disparraissent en peu de temps.
On dit en Franche-Comté qu’une branche de houx pendue dans l’écurie suffit pour préserver les animaux des verrues et des dartres (sans doute celles qui viennent sur le pis des vaches). Mais il faut que le houx ait été cueilli au bois à l’aube et qu’on soit rentré à la maison avant le lever du soleil .
If. Taxus baccata (Lin.).
If commun, life, li (Salins), ly (Maîche), ichc (Montbéliard).
Li est une façon de prononcer sans faire sentir l’f. final (comme on dit des beus pour des bœufs).
Li vient d’une contraction de l'article avec la
voyelle initiale, comme dans lierre qu’il faudrait écrire l’hierre (de hedera).
En Bas latin : ippus. = if.
En Normandie, on dit aussi un i pour un if.
Le fruit de l’if n’a pas de nom vulgaire en Comté.
Le bois de cet arbre est rougeâtre, très dur et presque incorruptible; il est estimé pour les ouvrages d’ébénisterie ; il acquiert une couleur pourpre-violette quand on le met dans l’eau pendant quelques mois.
Laurier. Laurus nobilis (Lin.).
Laurier des poètes, laurier franc, laurier d'Apollon ( i ), laurier-sauce, laurier commun, leuri (Haute-Saône), laurie (Vercel).
On le cultive beaucoup ; dans les villages, presque chaque ménage a son laurier; c’est à cause de ses feuilles d’une odeur et d’une saveur aromatiques qui servent comme assaisonnement pour plusieurs mets.
(i) On sait que le laurier était destiné autrefois à couronner les vainqueurs et les poètes ; à des époques plus récentes, on ornait la tête des jeunes docteurs avec des rameaux de laurier garnis de leurs baies (bacca laurea) d’où est venu le nom de baccalauréat.
T. II
Lierre. Hedera hélix (Lin.).
Lierre grimpant, jerrou (Salins), lire (Saint- Claude).
Beaucoup de personnes confondent le lierre rampant avec le lierre terrestre bien qu’il n’y nit aucune ressemblance entre eux quant aux feuilles, aux fleurs, aux fruits ou aux propriétés qui leur sont respectivement attribuées.
Le lierre grimpant a une odeur peu agréable et ses baies sont émétiques et purgatives.
Lilas. Syringa vulgaris (Lin.).
Lilas commun, muguet (Clerval), miguet (Mouthe), grapillon (Mouthier) à cause de ses grappes.
Dans plusieurs localités le nom de muguet est donné au lilas.
Quand lilas il y a Blé il y a.
Marronnier.
Mérounier (Bournois).
A Arbois on appelle les marrons d’Inde «marrons bâtards ».
Néflier. Mespilus germanica (Lin).
Néflier commun, nèflie (Haute-Saône), nèpié.
Le fruit se nomme : nèfle, nèple — Besançon — cul de chien.
Nerprun. Rhamnus cathardica (Lin.).
Crignoulie (Haute-Saône, Montbéliard), cornureux (Maîche), bouguépine, burge épine (Maiche). C’est la bourdaine.
Crignoulie se rapproche du vieux français grignon, grignoun (pépin) du latin : granum, pion vain-ne (Montbéliard) sf. verne puante.
L’écorce du nerprun est employée contre la gale.
Les fruits sont très purgatifs, on en fait un sirop destiné à guérir l'hydropisie, la paralysie.
Leur suc, dans une solution d’alun, fournit le vert-de-vessie, employé dans la peinture, le lavis, la teinture des cuirs et des papiers.
Noisetier. Corylus avellana (Lin.).
Neuselier (Montbéliard), neusilier, coudrier, coudre (Mouthe), coure (Corylus), couraie, courîre (Montbéliard), core, corie (Rougemont), queure (Plancher-les-Mines), neuzillie (Montbéliard), queudre (Pont-de-Roide), queudrot (Salins), queudrô (Mouthier), queudret (Arbois), queudrîe (Vercel), queudré (Maîche), queutié (Miéges), conre, conrie (Montbéliard), alagnier (Jura).
Le fruit : noisette, noiselie, nesille (Jura),
nzille (Vercel), neusille (Haute-Saône, Montbéliard), nuzille, nugille, alugne, neseuille (Salins), nzeuillet (Mouthe), neuseuille (Maîche), neuzeille (Pont-de-Roide), nugère, nuzière (Saint- Claude), avillonne (l’aveline), grosse noisette.
Il est très probable que le mot coudrier vient du latin corylus. On trouve dans un document latin du ixe siècle : colrinx. En vieux français, le mot coldre a naturellement donné coudre.
En Comté, une branche de noisetier est appelée côti (Montbéliard), peut-être parce que les vanniers lèvent dans la branche des « côtes », sortes de liens souples.
Le latin nucclla a fait noisette, noiselle, neusille, nezille. En vieux français, on disait nousille, noisille qu’on trouve encore dans certaines parties de la France. En breton, nosille.
Nous avons vu que le buisson de coudrier est une neusière, ou neusillère. Aussi le loir, ou souris des noisetiers, est-il appelé raite-neusillère.
On suppose que Nozeroy (Jura) doit son nom à ce qu’on y faisait autrefois un grand commerce de noisettes ou de noix; dans les vieilles chroniques, cette localité est appelée Nucillum.
Les noisettes poussent en bouquets : trochets, tchaitaie (Montbéliard), catelot (Salins), chatelot (Vercel), chapelet (Jura), boucolot (Arbois), bouloc, boucon (Mouthe), d jet (Mandeure).
Quand les noisettes sont bien mûres, elle ont le « cul jaune », elles se détachent facilement de l’écale, l’etsale, l’écoffe, la coffe, l’etsaulon, l’étchaillon. Quand on les en retire avec le doigt, on les échaille (Mouthe), échaulne ou écoft'e.
Dès qu'elles sont débarrassées de leur enveloppe verte, on les jette dans une seille d’eau fraîche. Celles qui vont au fond sont étalées au soleil sur des sacs ou de la toile grossière, pour être conservées. Les autres sont données aux enfants. Elles sont vides ou habitées par un ver dit garde-champêtre. En les perçant d'un petit trou on en fait des sifflets, siblets (Mouthe).
Les noisettes fournissent une très bonne huile. Le tourteau est du nillon. Il est très bon à manger.
L’huile est employée pour la salade ou comme cosmétique pour la chevelure. Autrefois, elle alimentait la veilleuse de l’église dans certaines communes et la lampe dans les ménages riches.
Avec les branches de coudrier, on fait des liens pour les fagots, des cercles, des échalas, des claies, des paniers, etc. A la sève du printemps, les enfants en fabriquent des sifflets.
La branche de coudrier a, pendant longtemps, passé pour avoir la propriété de découvrir les trésors cachés, les métaux précieux enfouis
dans le sol, et surtout les sources. Au siècle dernier, un prêtre, l’abbé Paramelle dont on dit encore qu’il « passait, mais ne repassait pas », a parcouru la Comté, appelé par les communes ou par les particuliers, pour découvrir des sources. Il tenait à la main une branche de coudrier et s’en servait pour indiquer exactement l’endroit où il n’y avait qu'à creuser pour arriver à l'eau. Cette baguette seule est restée dans le souvenir des populations qui ne soupçonnaient pas les connaissances géologiques du savant hydrologue.
La noisette est le vrai fruit de la montagne» Garçons et filles vont en troupes, la cueillir. De là les proverbes :
Année de noisettes,
Année de bâtards (Hte-Saône)
Saison d’alagnes,
Saison de gagnes (femmes légères).
Année de nézilles,
Année de filles.
On dit aussi :
Ami des nezilles,
Ami des filles,
parce que les noisettes constituent le cadeau le
plus souvent offert par les jeunes gens à leurs bonnes amies.
Inversement, celles-ci, lorsqu’elles sont conscrites , c’est-à-dire du même âge que les jeunes gens appelés au service militaire, offrent à leurs conscrits, à Noël ou au jour de l’an, des noisettes, des noix et des dragées (parfois même un ruban) (Mouthe, Pontarlier).
S'il pleut à la Saint-Jean d’été, (24 Juin.).
Pas de noisettes au coudrier (Jura).
Pluie de la Saint-Jean Enlève noisettes et glands.
De Saint-Jean, la pluie Fait noisettes pourries Et foin chéti (chétif). (Mouthe)
A la Toussaint, chaque, garçon donne des noisettes à sa bonne amie.
Dans la moyenne montagne, et particulièrement à Bouclans (Doubs) le 3i décembre, ou le premier jour de l’an, les garçons allumaient des morceaux de bois fendu et se rendaient dans le finage des blés, en criant :
Bonne année, reviens !
Du pain, du vin,
Et de tous les biens.
Das nezilles,
Pou las filles ;
Das échaulons (noix),
Pou les gaîchons !
Beaucoup de noisettes dans l’année indiquent abondance de blé.
« Donner des noisettes à ceux qui n’ont pas de dents », c'est donner à quelqu’un des choses dont il ne peut pas se servir.
« Aller aux noisettes avec un garçon, » se dit d’une fille quia des rendez-vous avec son amoureux.
Les enfants jouent souvent aux noisettes. Quelquefois, ils en font un petit tas de 4 ou 5, ou 7, ou 9, et d’un but fixé, ils lancent une noisette pour démolir le tas. Les noisettes des perdants sont entassées pour former une nouvelle cible.
D’autres fois, un enfant prend quelques noisettes dans sa main droite et la présente fermée en disant :
« An-nillon, an pinson, devain-ne’combin y aine ot det mon ptet canisson ? » (corbeille).
Un joueur dit un chiffre, s’il réussit à donner
le nombre exact de noisettes, il les a gagnées, sinon, il doit la différence (Mouthe).
Souvent aussi, le premier joueur tend ses deux poings fermés. Dans l’un est la mise : une ou plusieurs noisettes. Si le second joueur touche la main qui renferme les noisettes, elles sont à lui. S’il touche la main vide, il perd la mise. (Mouthe.)
Quand les écales sont grandes, la noisette s'est bien habillée c’est signe qu’il y aura beaucoup de neige pendant l’hiver (Mouthe).
Une vieille chanson villageoise appelée la sauteuse, et très en vogue autrefois dans l’arrondissement de Lons-le-Saunier (Jura), commençait ainsi :
« Lorsque dzavions das nezilles,
Las galants veniont tseu not. »
(Lorsque j’avais des noisettes,
Les galants venaient chez nous).
Sobriquet : Les pique-noisettes, de Serre-les- Mouillères (Jura.)
Noyer. Juglans regia(Lin.).
Nouilli (Vercel), noui (Mouthier), nôilli (Montbéliard), neuilli, noirette (Jura, Monthuel) ecaillot, cassotier (Bletterans), caloté (Jura).
T. II 5
Un lieu planté de noyers est une noiresse (arbois), nouhie, nouvie (Pont-de-Raide).
Le fruit : noix, cassot (Bletterans). La Cassotte lieu dit Banlieue de Besançon, était sans doute un endroit planté de noyers. Cassô, cacâ, calâ (Lons-le-Saunier), cachemar (grosse noix), roqua, rauque (Gy), calon, chalon (vieux français).
La coquille : cruche (Mouthe), creuche (Besançon), creuse, on dit aussi une « creuse d’œuf » pour coquille d’œuf, crechet (sauget), crusca (italien), coffe (Jura), coque, achaulon, échâlon, échaulon, etchâlon etchaulon (Plancher-les- Mines), échaillon, calô rambô, grosse noix, creufonge (Baume) noix anguleuse, creufonoge. écreutche (Bournois), écorofe (Haute-Saône), écarafe, écrot'euille, acrofeille.
L’enveloppe charnue et verte est le brou, du vieux français broust, l’escale, l’escaille, l’écoleufe, lecolofe (Montbéliard), l’écaille, (en vieux français) escale.
Enlever l’écale, c'est écaler, échailler, échau- 1er, écaloper.
Avant leur maturité, les noix encore pourvues du brou sont mangées sous le nom de cerneaux. Autrefois, sur les marchés et dans les rues, on portait les noix vertes dans des petits baquets en criant : « aux cerneaux ! aux cerneaux ! » On les appelle creuillots (Bournois), chaulons (Rougemont),, creuillons (Jura).
Dans le Jura, on donne le nom de neuillie aux quatre cuisses de la noix, cussottes, cuissottes; on se sert du verbe déneuger (du latin enucleare) pour enlever les cuisses des noix de leur coquille. Un vieux proverbe latin dit : « e nuce nucleum qui esse vult, frangit nucem». Qui veut manger l’amande casse la noix, c’est-àdire : on n’obtient rien sans peine.
L’adjectif busot, busotte s'applique aux noix véreuses et aussi aux personnes stériles.
On sèche les noix au feu ou au soleil ; on préfère le feu, parce que, dit-on, la fumée les nourrit.
Les feuilles du noyer sont employées en infusion contre la jaunisse.
Le brou est âcre, purgatif et astringent; on en fait une liqueur qui est stomachique et une teinture brune solide appelée brou de noix.
Avec une noix entière, on confectionne pour les enfants un jouet que l’on nomme une fi lotte (Mouthe), un virliton (Montbéliard). On fait un trou au milieu de chaque coquille, puis un troisième à la partie où la noix était attachée à la branche. Par ces trois trous, on vide complètement l’intérieur, ce qui est assez long. On taille ensuite, dans une branche de coudrier, un petit morceau de bois d’environ 20 centimètres terminé à un bout par un nœud et à l’autre par une pointe. On y attache un morceau de fil et
on l’introduit dans les trous des coquilles, le fil passant par le trou libre. On plante la pointe dans une pomme de terre de grosseur moyenne. C’est le volant. On tourne le bois de manière à ce que le fil s’enroule autour. Alors on n’a plus qu’à tirer le fil ; il se déroule, et par suite de la vitesse acquise il s’enroule de lui-même à nouveau.
Quand on a exprimé l’huile de la noix, le tourteau est appelé treuillot, tri 1 lot, trouillot (Bournois) petelot, engle de noix (Arbois), gremalée (Jura), nillon (Mouthe. Les Fourgs) coquelin (Bournois), trefâ (Vallée de la Seille, Jura) qui signifie marc de noix et tourteau, vieux français tref, qui vient de trabes , latin.
A la Sainte-Croix (14 septembre)
Abats tes noix.
a Celui qui se couche à l’ombre du noyer en vaut de pire » .
L’herbe qui croît à l’ombre du noyer est mauvaise pour les vaches laitières.
On dit, comme pendant à l’année de neusilles :
An-nâ d’échaulons An-nâ de gaîchons.
Lorsqu’il pleut le 3 mai Point de noix au noyer.
Pluie de la Croix :
Disette de noix.
Une noix, bonne noix ;
Deux noix, assez de noix ;
Trois noix, trop de noix.
La noix est en effet indigeste.
Une noix est d’or,
Deux noix sont d’argent,
Trois noix sont de plomb.
«Lou bon Due beille des etchalons ai ças que ne sevent pé les éventchai ».
(Le bon Dieu donne des noix à ceux qui ne savent pas les dealer, c’est-à-dire donne quelque chose à ceux qui ne savent pas s’en servir).
Devinettes :
Quat’ petites cuisselettes
Dans une boîtelette
Qui n’sont ni cuites, ni salées,
Et pourtant prêtes à manger.
Quatre demoiselles enfermées dans une cham-
brette et qui en tiennent la clé sans pouvoir en sortir.
Une statue de saint avait été faite d’un noyer, et avec ce qui en restait, le sculpteur fabriqua une écuelle pour sa mère. Cette bonne femme, priait ainsi le saint :
Grand saint de mon noyer,
Frère de ma petite écuelle,
C’est mon garçon qui t’a fait ;
Moi, j’ai fait mon garçon.
Ne suis-je pas ta grand’mère ?
Orme. Ulmus campestris (Lin).
Orme commun, ourme (Rougemont,) ourmou (Salins, Mouthier), ouermai (Vercel), oirme (Maîche), orniau, ormeau (de ormel, vieux français) .
On appelle ormeau un jeune orme; ormaie ou ormoie un lieu planté d’ormes.
En Comté, tout arbre, noueux s’appelle orniau et en parlant d’un vilain bois on dit : « qué peut orniau. « C’est sans do’ute à cause de la rugosité de l’écorce qui est épaisse, grise ou brunâtre, souvent crevassée et sillonnée profondément.
L'orme est très commun en France ; dans le département de l’Oise, on compte soixante-huit, communes ou lieux dits qui rappellent ce nom.
Autrefois, on se réunissait sous le plus gros
orme du village pour y juger les procès (de là sont venues les expressions de « juge de dessous l’orme, « d’avocat de dessous l’orme » ; on y tenait des concours poétiques, on y dansait, on y traitait les affaires d’une paroisse, d’une commune .
Tout le monde connaît le proverbe: « Attendez-moi sous l’orme », dont on n’a pas encore trouvé l’origine et la signification exacte.
Osier. Salix.
Auva (Salins), aivan (Doubs, Haute-Saône), auvo (vallée de la Loue), osie, ousie, ouvo, gringeon (Chaussin), osier jaune, gouro (osier jaune et vert), osier franc (osier rouge).
Dans l’ancien français, avan désigne l’osier et encore d’autres arbustes qui croissent au bord des eaux. Ce nom s’appliquait autrefois à toutes les espèces d’osier, ainsi que l’indiquent les citations suivantes :
Dans une charte du début du xiv° siècle, aux archives de l’Hôpital du Saint-Esprit de Besançon, il est stipulé en faveur d’un vigneron de la rue du Petit-Battant, que celui-ci aura le droit de remiser ses avans au jardin de la maison de sa mère. « Ita quod dictus Vuillermus poterit ponere in prœdicto orto solora sua (gallice ses avans »).
Dans les ordonnances de Franche-Comté de
Pétremand, 1619 : « L’on ne doit tirer, prendre, vendre ni transporter des vignes aucunes visottes, chappons, chevelus, hantes, jeunes arbres, avants ni paisseaux ».
Avan a fait avancher (le saule) avanchoie avanchetoie (terrain planté d’avants). Dans une vente de 1790, on dit : ... « lieu dit en Chaillot, contenant environ deux ouvrées, plus une avancheroye contigüe et y attenant ».
Avan se dit plus volontiers du lien d’osier que l’on coupe sur l’avancher : « On lie les plantes avec des avants ».
C’est du radical de ce nom qu’est certainement venu vannier et van, corbeille d’osier.
On cultive les avants jaunes et rouges au bord des vignes et on les taille tous les ans en têtards; on se sert de leurs jeunes rameaux pour lier la vigne, pour attacher les jeunes arbres à leurs tuteurs, pour faire de petits paniers nattés en guise de cribles qu’on place aux portes des tonneaux où 1 on fait cuver la vendange. A Arbois, les avants sont encore utilisés pour faire les anses des hottes, les condots.
Quand les vignerons sont au café, à l’auberge, ils déposent leurs hottes dans la cour. Une farce classique consiste à couper les condots de façon à ce que la hotte tombe lorsqu’ils la veulent charger sur leur dos.
« L’avant » rouge est bien préférable aux deux
autres, parce qu’il est plus raide, toujours lisse sans rameaux et qu’on peut le fendre très facilement.
On prétend qu’il faut couper les avants aux avents de Noël.
On dit aussi : « Quand les avents de Noël sont fleuris, il y aura abondance de fruits ». C’est un jeu de mots : avents signifiant à la fois les quatre semaines qui précèdent Noël et l’osier dont la fleur est très précoce.
Si l’osier fleurit Le raisin mûrit.
On dit familièrement : « être pliant comme de l’osier », c’est-à-dire avoir l’esprit souple et accommodant, et encore : mais un peu contradictoirement. Etre franc comme l’osier, c’est-à-dire loyal, vrai et sincère.
Pêcher. Persica.
Le pêcher a peu de noms patois; son fruit, la pêche, est appelée pretse (Arbois), prêcha (Jura), prêche (Clerval) brugnon, pavie, prêtchie, prêtche (Montbéliard). On ne cultive guère que le pêcher commun et seulement dans les jardins et les vignes ; le pêcher à fruit lisse, le brugnon n’existe que dans quelques jardins.
Les feuilles et les fleurs du pêcher sont, dit-on,
T. II
purgatives et vermifuges. Avec les fleurs on prépare un sirop purgatif pour les enfants sous le nom de sirop de fleurs de pèche.
La pêche passe pour très indigeste, aussi diton, communément :
Après la pêche,
Le vin ou le prêtre.
Peuplier. Populus.
Peupier (Salins), populie (Chaudefontaine- Clerval), popillie (Montbéliard), popilie (L’Islesur-le-Doubs, Pont-de-Roide), peuplie (moyenne, montagne), puble (Jura), pible, peuble, puille (Chaussin), popolie (Bournois).
Vieux français : popolier et poupelin.
Dans de nombreuses localités, en France, on dit « un peuple » pour un peuplier.
Le peuplier noir est généralement planté en avenues. Les jeunes bourgeons du peuplier contiennent un principe résineux qui sert pour la composition de l’onguent populeum c’est un calmant pour les tumeurs, les plaies et les brûlures, on 1 appelle baume, comme bien d’autres onguents.
Pin. Pinus.
Pin, pin de Genève, pinéastre, pinasse, ecrognot, tayer, crecet (Maîche), daille (Les Fourgs), hôte (Montbéliard).
En Savoie, on nomme aussi les pins des dailles.
Les cônes ovoïdes, longs, d’un gris cendré à écailles épaisses, ligneuses sont appelés pives, pivots (Les Fourgs), pommes de pin, pivas (Vercel). On se sert de ces cônes pour orner des chaises, des bancs, des fauteuils ou des corbeilles rustiques.
Les bois de pins ne sont pas communs en Franche-Comté, on emploie le pin sauvage comme bois de charpente.
Platane. Platanus.
Sycomore, planou (Salins), plane (Vercel), piaîne (Mandeure).
Poirier. Pyrus (Lin.).
Poirier sauvage, biosserré (Haute-Saône), biosseire (Montbéliard), bioussenie , blessenier (Salins) blessonnier, bliossenie (Vercel).
Le fruit :
Poire sauvage, biousson, biosson (Vercel, Montbéliard), blesson (Salins, divers lieux), bieusson (Haute-Saône), boissenie, poire blette, poire sauvage mûre.
Blet vient du vieux français blet, mou, flasque et signifie mûr ou bon à manger, mais non gâté.
L’adjectif féminin blette en français a pour correspondant comtois blesse : « une ' poire
blesse. » Les deux s se substituent fréquemment aux deux t (i).
Blesson est formé du mot blesse; la poire sauvage n’est du reste comestible que quand elle est blesse.
En patois berrichon, blesser signifie mûrir; (en allemand blütt), poire blette ; blot, en patois bourguignon, a le même sens.
Latin : blitum, poiré ; grec : BXtxov, même signification.
La blossole est l’endroit où les enfants font mûrir les fruits à pépins, poires, pommes, et où il les conservent quand ils sont blets.
Voici les noms des espèces les plus répandues en Franche-Comté :
i° Poires à couteau :
Beuré, beuré d’Aremberg, beuré gris, beuré d’Angleterre, bergamote ou belle et bonne (Montbéliard), bergamote de Pentecôte, bergamote d’automne, bon Chrétien d’été, bon Chrétien d’hiver, Caillot, Colmar, Coillâ (Haute- Saône) grosse poire vert-clair, cornard (sans doute la belle de Vitry, Ai lie vans, cuisse madame, duchesse d’Angoulême, doyenné roux, doyenné d hiver, djaivolot, poires de moissons qui sont mûres au temps des javelles, martinsec, messire
(I) Il en était de même en grec 6xXxvtx ou 6xXx<7ff« selon le dialecte.
Jean, mouille-bouche, poire de moisson, poiré (Pont-de-Raide), poirotle, sucré vert, Sept-engueule, toutes petites poires juteuses et sucrées.
2° Poires d’hiver.
Bon-Chrétien d’hiver, poire à l’hiver (Cadillac), coluvé (Bournois), doyenné d’hiver, poire de fer, poire à la livre, houetchote, de bouetchot, bouc (Montbéliard), espèce de poire âpre ; begine ou bregine, Gaudi (poire à chair couleur crème), grande coue (queue).
Les poires qui sont séchées au four pour être conservées sont appelées poires tapées, poires sèches, séchons, setserons, sécherons. Ce sont ordinairement des poires de médiocre qualité.
En Franche-Comté, on emploie les poires sauvages (blessons) et celles qui sont juteuses pour faire du poiré ; il est moins sain et plus capiteux que le cidre, et passe pour apéritif. Dans les pays où les poires sont abondantes, on emploie pour le poiré surtout des fruits du poirier sauger ou poirier de cirole.
A Montbéliard, on fait une espèce de confiture appelée mouesse ou moisse qui consiste en un jus de poires cuites sans sucre jusqu’à consistance très épaisse (de l’allemand musz).
La poire partage avec la pêche la réputation d’ètre indigeste ;
Après la poire Le prêtre ou le boire
Après la poire Il faut boire.
On dit aussi : « La poire demande à boire ».
Les petits garçons s’amusent à faire « le poirier fourchu » en se tenant sur la tête et en écartant les jambes.
A Champey (Haute-Saône), on raconte que quand il s’agit de nommer un maire, tous les conseillers se réunissent et se rangent en rond sous un blessonnier (poirier sauvage). Ils ouvrent la bouche aussi largement qu’ils peuvent quelqu’un secoue alors fortement l’arbre et celui à qui tombe le premier une poire dans la gorge est nommé maire pour un an.
Sobriquet: On dit : les poiries de Frébuans (Jura), les blessons de Saint-Georges (Doubs).
Pommier. Malus.
Betchin (Montagne), Bleuchine (Vercel), buchenier, butsnier.
Le fruit :
Betchin, betsin (montagne), pomme sauvage, butsin, butsnier, buchin, beuchin (Vercel), buchine (Val-de-la-Seille), poumè betsenès (Salins), Pommes mailleunes (Marigny), pommes
sauvages dont on fait de la boisson, Ptsin (Les Fourgs, Mouthe), Puchin (Mouthe).
Les pommes de mauvaise qualité sont appelées greugnions, grignons, pie de pô (pied de cochon) crotuges (Bournois) petites à la peau verdâtre et rugueuse, pommes peutes (Mouthe).
Les pommes de moisson sont petites, très rouges, à la chair rose, et plus appétissantes que bonnes; c’est à peu près la pomme sauvage, mais cependant un peu plus grosse.
La pomme grillotte est celle dont les pépins font du bruit quand on la secoue. Ils grillent , greuillent.
Des pommes feutaies (Montbéliard) ou varmecelaies (Vercel) sont des pommes véreuses.
Un Brebou (Montbéliard) est une pomme, ou tout autre fruit avorté (vieux français brebis, chancre et par extension fruit chancreux.)
Véjus désigne le jus de la pomme.
Le trognon de pomme avec ses pépins est appelé tcheufîo (Bournois), tcheufillon (Montbéliard).
Le pépin de la pomme est dit gueugnot, goiné, creugnot, vieux français grignon, du latin granum.
On fait le cidre avec les pommes sauvages et certaines pommes acides cultivées. Faire du cidre se dit : citra, citrer (Bournois), cidrer (divers lieux). Autrefois le cidre était à peu près
inconnu dans une grande partie du Jura et de la Haute-Saône, parce qu’on y avait des vins de bonne qualité et à très bas prix; aujourd’hui il n’en est plus de même.
Le fré, la poumaie, la poumade désignent le résidu des pommes et des poires écrasées avec lesquelles on a tait le cidre. Le vieux français pomade signifie cidre.
Autrefois, les bois contenaient beaucoup plus d’arbres fruitiers sauvages (pommiers, poiriers, cerisiers) qu’aujourd’hui.
Les pommes à couteau les plus connues sont les suivantes :
Pomme reinette, pomme d’api, pomme de paradis, pomme de moisson, pomme blanche, pomme jaune, cœur de pigeon, canada, calvine (pour calville) (Montbéliard), poumot (Les Fourgs), poumas (Vercel), rambour, diorose (Val de la Seille), poumotte, poume (Pont-de-Raide), rotuje (petite pomme à la peau verdâtre et rugueuse).
Le sucre de pommes est une g'elée macerée et concentrée par la cuisson ; lecolméest un sirop de pommes assez commun en Comté. On sèche les pommes comme les poires.
On dit :
Si la poire passe la pomme,
(S il y a plus de poires que de pommes) Garde ton vin, bonhomme,
Sq -
Si la pomme passe la poire,
Bonhomme, il faut boire.
ou encore :
Quand la pomme passe la poire,
11 fait bon boire,
Si le soleil rit le jour de Sainte-EulalieQ 2 février) Il y aura pomme et cidre à folie.
Mars venteux, verger pommeux ;
Mars pluvieux, an disetteux.
A la Sainte-Croix.
Cueille tes pommes, abats tes noix.
Après la pomme,
Rien ne me donne.
c’est-à-dire, il n'est pas besoin de boire comme après la poire.
On dit au figuré : « Donner la pomme à une femme », c’est l’estimer plus belle que les autres.
Ciel pommelé,
Pomme ridée,
Fille fardée,
Ne sont pas de durée (Mouthe)
Lorsque, dans les avents de Noël, il y a du brouillard, c’est signe qu’il y aura beaucoup de pommes (Luxiol).
Pour avoir une abondande récolte de pommes il faut, dit-on, après avoir pétri le pain, se toi cher les mains au tronc des pommiers.
« Fier comme une pomme de bois » ou comme un buchin, se dit des gens hautains (fier signifie acide ; on joue sur ce double sens).
Pour faire disparaître les verrues, il faut couper en deux un « buchm » et frotter vigoureusement les excroissances avec une moitié de la pomme. Mais il est nécessaire que la personne à qui l’on a appliqué ce remède ne sache pas en quel endroit on a caché l'autre moitié du fruit.
A Montbéliard, la veille de la Saint-André, les jeunes gens allaient, à la tombée de la nuit, crier sous les fenêtres des veufs et des veuves :
<« Voveri poumes ! », et ils recueillaient des pommes.
On donne vulgairement le nom de pomme à différents fruits :
Pomme d’amour : la tomate.
Pomme de chêne : la noix de galle.
Pomme d églantier .' la galle d’églantier ;
Pomme épineuse : la stramoine commune ;
Pomme d'or : l’orange et parfois la tomate;
Pomme de pin : le fruit du pin, du sapin ;
Pomme de terre : la morelle tubéreuse.
Quand un jeune homme veut consulter le sort sur la femme qu’il épousera il prend un pépin de pomme et le serrant entre le pouce et l’index il le fait partir en avant en même temps qu’il prononce ces mots : « Pépin du nord, pépin du sud, de quel côté viendra-telle ? » La direction est indiquée par la place où est tombé le pépin.
Prunellier. Prunus spinosa (Lin.).
Penellier (Jura, Vercel), penellie, apenai noire, épine noire, épene nère (Salins).
Le fruit :
Prunelle, plosse-plousse (Arbois) , penelle (Montbéliard), penalle (Plancher-les-Mines), pernalle, prenèlo (Salins), criatta ou griotte (Grand’Combe) .
Une abondance de prunelles est un signe de rude hiver (Cernans, Jura). Dans d’autres lieux, on dit : abondance de prunelles, abondance de raisins.
On se sert des prunelles pour colorer le vin de qualité inférieure, quand on les broyé avec du marc de raisin et de l’eau, on obtient une
boisson assez agréable appelée vin de prunelle.
Avec les prunelles, on fabrique une excellente liqueur de ménage, très répandue en Franche-Comté en faisant infuser dans de l’eaude-vie les noyaux concassés de ce fruit. Depuis quelques années, certains distillateurs font avec ces fruits une liqueur estimée sous le nom de prunellière.
Quelques personnes prétendent que c’est par analogie avec les prunelles qu’on a donné au célébré cépage arboisien le nom de plussard et mieux puisard.
Prunier. Prunus,
Pruneautier, blochier (Audeux, ürnans), blouchier (Marchaux), belouchier, belochier, counurier, counireux (le prunier mahabite) (i), pelossier (Saint-Claude), guidelé, diôtsé (Salins), blossier, blouchie (Vercel), davouaignier (Marigny, Jura), pernellier.
Le fruit :
Beloce, beloche, belouche (Maîche), blôche (divers lieux), beroche (Plancher-les-Mines), blosse, plosse, bilorce, blouache (montagnes du Doubs), blouche (Marchaux), beloueche, quetsche, (de l’allemand kouetsch), couèche (Haute-
(i) On donne aussi ce nom, ailleurs au merisier ou bois de Sainte-Lucie.
Saône, Jura), Daveingne (Moirans, Jura), dauveigne-davenaigne, davagnô ; davàna, davâgna plauche (Jura), blauche (Haute-Saône), lombarde sf. (Mouthier), coco jaune (grosse prune précoce), (Haut-Jura), caillabon (Aillevans, Haute-Saône), sobadgeon, grosse prune verdâtre, grosse mirabelle (Bournois), guidelle, griotte (Champagnole), prune commune, diôtse (Salins), criotta (Grand’Combe).
Parmi les espèces cultivées en Franche-Comté, on peut citer :
i° La Reine-Claude :
Raignotte (Montbéliard), raigne, vieux français : reine.
2° La mirabelle :
Miranbelle-cressente (Haute-Saône), belôche (Pont-de-Roide), chevrette, tchicandeli, tchevrotte (Montbéliard) (petite et rouge), djikendeli (Clerval), chicot, chicon, tchicon (petite prune), suissette (ronde et rouge), potouse violette (Gratteris), janotte, queillebot (grosse et jaune) (Bournois), prune rougeotte (Rougemont).
3° La prune de Damas :
Demotte, damotte (Bournois), voillenotte (Montbéliard).
4° Diverses :
Cul de poulot, cul de coq (Bournois), counure (Arbois), carcagnole (Lons-le-Saunier) prune manquée.
Nous trouvons dans Jean de Meung :
. Joce (nom propre)
Qui par l’amour sa femme ne donne unebeloce.
Jean Priorat, le poète comtois du xme siècle, emploie le mot belorce avec la même signification de quelque chose de peu d’importance; ne dit-on pas encore aujourd’hui *. « pour des prunes ».
Dans la montagne, on fait de l’eau-de-vie de prunes nommé couetsche ; elle est commune en Alsace, comme en Comté.
Les enfants, dans leurs « entrôlements », disent :
Uni
Unelle
Sicandi
(nom de la mirabelle à Montbéliard) Sicandelle Mirabelle
Sobi iquets : On dit les beloches de Trémours (Haute-Saône), de Vandoucourt (Doubs), les mangeurs de prunes de Velesmes (Doubs).
Ronce* Rubus cæsius (Lin.).
Petite ronce, ronce de chat, ronce bleue (Salins), mure de chat, meure (Clerval), muflier mano (Mouthier), mûrie (Vercel), moure (Haute- Saône).
Sapin. Abies pectinata (De Candolle).
Fue, feue, feuve, feuvè (Vercel), Fuotte (Maîche), fuvot (Les Fourgs), fuvo (Salins), fieuva (Marigny), fuvotte (petite fuve), fude, fève (Jura), faux-sapin, picéa, pice (Le Sauget), pesse (Divers lieux), pece, sape, sapine (Plancher-les- Mines), sérente (Les Fourgs), toyie (Montbélird), fuvette, petite pesse (Mouthe), daille (Les Fourgs).
Sapin argenté, sapin blanc, sopin (Salin-Les Fourgs), saipin (Vercel), vouarne (Saint-Claude).
La cime de l’arbre :
Guillotte, quillotte, ketsron (Mouthe), pointun (Grand’Combe), q’chelot (Vercel), q’chot, dai.
Les branches :
Daie (Divers lieux), dai 1 les , dains-dolle (Jura), dole, dèle, dâ, aies, olâ, pions-deppions, dépillons (Mouthe, Les Fourgs), daisons.
Le cône :
Pive (divers lieux), pivè (Vercel), pivâ, pîvo (Salins), pivot (Les Fourgs) pomme de sapin,
guille, quille (Haute-Saône), yaiyot (Montbéliard).
La résine :
Bedzon (Mouthe, Les Fourgs), bedjon, bajon (Arc-sous-Cicon), térébenthine, benjin, poix de bourgogne, poix résine, tourmentine (Planchercher-les-Mines).
Pesse vient du latin picea, poix, à cause de la résine que donne cet arbre.
Beaucoup de personnes croient que le nom du village de Fuans, au milieu des sapins, tire son nom de fue, fuve.
Le mol s’niou (Les Fourgs) désigne le cœur et le nœud du sapin ; guenô, les nodosités qui croissent sur ses branches (Jura).
Le balai de la sorcière ou broutson (Mouthe) est une pousse ressemblant à un petit arbre nain, implantée sur une branche de sapin. Cette végétation est produite par un champignon parasite, le peridermium elatinum qui pénètre a l’intérieur de la branche.
A Epenoy, on nomme dorge le bourrelet qui se forme aux sapins et autres arbres. C’est une tare, car lorsque l’arbre se rompt, c’est à la dorge qu’a lieu la cassure. Un arbre dorgeux perd la moitié de sa valeur.
Les planches de sapin sont appelées plaisamment « le calicot de Morteau ». Comme on fait habituellement les cercueils avec ces planches,
on appelle un cercueil un « paletot en calicot de Morteau ».
Daille vient du vieux français dail qui signifie faux, car les feuilles ont la forme de couteau, de faux. Deal , en anglais a le même sens.
Le mot daison désigne spécialement les petites branches ou les extrémités des branches dont on se sert pour faire des balais.
L’ébranchage du sapin est dit montage, parce qu’on monte sur l’arbre pour couper les branches : une fois coupées c’est le rémanent.
La résine était appelée dans le vieux français bijon; dans le Languedoc, on la nomme encore bijhoun.
Nous devons à l’obligeance de M. Cordier, instituteur à Mouthe, les détails suivants concernant les sapins :
« Les branches vertes du sapin et de l’épicéa sont appelées à Mouthe, la daie. Cette daie sert de litière au bétail quand la paille a manqué ; on l’emploie même comme fourrage quand la neige couvre le sol des pâturages en juin ou en août. Elle constitue aussi l’élément principal de la literie des charbonniers.
Les cultivateurs, qui, à l’automne, enfouissent des légumes dans le sol, ont soin de tapisser l’excavation avec de la daie pour éloigner les souris. Les jeunes filles en font des guirlandes qui ne manquent pas d’originalité. Le lard, les
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saucisses et les jambons de montagne doivent leur réputation à la fumée de la daie.
Si, par suite d'un accident, un propriétaire est obligé d’abattre une jeune vache, il débitera la viande en morceaux, les salera, puis les fera sécher dans sa cheminée, à la fumée de la daie et du genevrier. Il aura ainsi un bre\i inappréciable pour ceux qui en ont goûté.
Dans un grand nombre de maisons de la haute montagne, la cheminée, vaste pyramide tronquée, forme toute la cuisine. Elle est terminée en haut par un grand trou carré que peuvent obstruer deux panneaux en bois, les mantiaux, qu'on abaisse, depuis l’intérieur, à l’aide d’une chaîne. Suivant le vent dominant, on ferme l’un ou l’autre des manteaux. Ils se relèvent d’eux-mêmes, par suite du poids de la partie qui dépasse en dehors. Par les grands vents, ils battent contre la paroi extérieure de la cheminée ; souvent ils grincent autour de leur pivot : « Les mantiaux cre\ènent » dit-on, et ce bruit s’entend de fort loin.
Vers la fin de l’automne, quand apparaissent les premiers flocons de neige, avant-coureurs de l’hiver, le cantonnier se hâte de planter, au bord de la route, des perches de 2 à 3 mètres de hauteur. Vers l’extrémité supérieure sont fixées transversalement trois ou quatre branches de daie. Ce sont les jalons que le voyageu
bénira lorsque, en janvier, la route aura disparu sous une couche de neige dépassant parfois un mètre de profondeur.
C’est aussi avec des branches de daie que la ménagère garantit ses jeunes semis de l’œil et du bec des oiseaux et des poules. Avez-vous une fosse à désinfecter ? jetez une brassée de daie et, en quelques heures, toute mauvaise odeur aura disparu.
Avec les branches du sapin spécialement, on fait les balais ou rmasses. Généralement on coupe les basses branches des jeunes sapins et l’on se cache du garde, car on commet un délit.
Avec les ramilles écorcées d’épicéa, on fait d’autres petits balais, dits vergettes.
On fait également, avec de très fines vergettes, de petites brosses commodes pour nettoyer les « rondots » ou jattes de la laiterie. Ces balais coûtent de cinq à dix sous et durent fort longtemps.
Les branches des arbres de la famille des sapins ont une curieuse propriété. Quand le temps est chargé d’humidité, elles s’élèvent ; si l’atmosphère devient sèche, elles s’abaissent.
Les cultivateurs utilisent cette propriété hygrométrique pour se fabriquer des baromètres. Il serait plus exact de dire des hygroscopes . On prend le Ke-tsron ou cime d'un épicéa ; on le
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dégarnit de ses branches, sauf une latérale qui est conservée. On coupe celle-ci à une douzaine de centimètres de longueur, puis on l’écorce. On taille en pointe son extrémité, et voilà le baromètre construit.
On le fixe à l’aide de deux clous contre une porte ou sur une planchette, autant que possible à l’exposition nord, et l’on n’a plus qu’à le graduer.
Les branches un peu plus grosses étaient autrefois communément employées en guise de torches. On les fendait en quatre, en laissant les tronçons adhérents à la base. On coulait dans l’incision, de la poix fondue, puis on rapprochait les quatre parties à l’aide de liens d’étoupe. Ces torches qui produisaient une grande flamme et beaucoup de fumée, éclairaient le chemin quand on était obligé de servir de guide pendant la nuit.
Les branches plus petites étaient utilisées, à peu près de la même manière. Nos grandspères ne connaissaient pas les allumettes chimiques. Ils se servaient du silex ou pierre à feu et d’amadou pour allumer le feu, et le soir, quand il s’agissait d’enflammer la mèche de l’antique lampe à huile ou de la chandelle grasse et fumeuse, ils prenaient des « lesegnes ». C’étaient de petites branches bien sèches de sapin ou d’épicéa, qu’ils avaient trempées dans
de la poix fondue. Cela brûlait en pétillant et en donnant une flamme claire.
Souvent, dans les veillées d’hiver, il n’y avait dans la vaste cuisine, d’autre lumière que celle du grand feu flambant dans l’âtre. Les travailleurs formaient demi-cercle autour : fabricants de bardeaux, de seilles, de paniers : tricoteuses de bas, teilleurs de chanvres On causait fer¬
me, et l’on ne s’ennuyait pas. Et souvent quelque jeune gars, pour se faire bien voir de sa bonne amie et aussi pour avoir l’occasion de se rapprocher d’elle, poussait la complaisance jusqu’à vouloir l'éclairer dans son travail. Il se munissait d’un paquet de ces lesegnes, en allumait une, la tenait, et continuellement avec son doigt, débarrassait la flamme des petits charbons qui venaient en diminuer le pouvoir éclairant.
Les jeunes épicéas de o m. 80 de tour servent à faire des poteaux télégraphiques, on en emploie aussi une grande quantité pour fabriquer les bouniaux ou tuyaux de fontaines.
Cette fabrication, moins importante aujourd’hui que les tuyaux de fonte sont venus détrôner leurs frères de bois, avait une grande extension, il y a une vingtaine d’années. Elle n’a pas entièrement disparu.
Les écorces des résineux ne sont écailleuses que lorsque ces arbres sont parvenus à un âge
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avancé. Quand ils sont jeunes, elles sont relativement lisses et blanchâtres pour le sapin, brunâtres pour l’épicéa.
Quand de jeunes troncs d’épicéa sont amenés au village par un propriétaire, ils ne tardent pas à être visités par les écoliers. Ceux-ci examinent minutieusement s’ils peuvent récolter de la poix , puis ils se mettent en devoir de lever des bandes d’écorce ayant les dimensions d’une règle plate à dessin. La bande levée, l’enfant passe avidement sa langue dessus pour ne pas laisser perdre la bonne sève un peu résineuse, mais surtout sucrée qui est très abondante. Les plus gourmands vont jusqu’à racler le tronc de l’arbre avec leurs petits couteaux !
On enlève ensuite l’épiderme supérieur qui est un peu rugueux et l’on obtient une bande blanche et très souple. Cette bande est divisée en deux lanières que l’on place en croix. Un habile tressage forme un petit prisme de 7 à 8 centimètres de haut sur 4 centimètres de côté. Les deux bouts des lanières sont arrêtés par de petits clous. On obtient ainsi une dante. Elle est suspendue à une hcelle et les enfants s’amusent à la lancer en l’air. Entre des mains habiles, elle parvient à de grandes hauteurs.
L’écorce du sapin présente un grand nombre de renflements. Si l’on en perce un avec la
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lame d’un canif, on voit immédiatemens poindre une goutte limpide et odorante : c’est la térébenthine ou bed^on ( i) Beaucoup de montagnards étendent ce liquide sur les coupures et sur les plaies. Il noircit rapidement à l’air et tâche les doigts qu’il rend collants.
Il arrive assez souvent qu’un propriétaire, qui fait abattre des épicéas, abandonne l’écorce aux bûcherons. Ceux-ci la lèvent, entre les nœuds, en bandes de 7 à 8 centimètres de large sur 1 mètre de long. Ils les raclent un peu et les enroulent les unes autour des autres, par paquets de 100. Ces sangles qui servent de moules aux fromages de boîte, valent environ 1 fr. 5o le paquet.
On fait aussi avec l’écorce d’épicéa de coquets paniers pour les fraises. On enlève à un jeune arbre de 1 5 à 20 centimètres de diamètre un rectangle d’écorce formant presque un anneau. On le plie en forme de sacoche. Les bords, à droite et à gauche, sont unis à l’aide de vergettes, et le panier en séchant, devient très dur et conserve sa forme.
Les écorces d’épicéa contiennent une grande quantité de tannin. Lorsque les arbres sont
(0 Au commencement du siècle dernier, des Italiens des Piémontais surtout arrivaient dans les montagnes du Jura pour recueillir la te'rébenthine des sapins.
débités en plots, le bûcheron procède à la levée de l’écorce. Cette opération ne se fait qu’à la sève de mai ou â celle d’août. Une fois secs, ils sont concassés à l’aide de pilons ou de « circulaires », ou encore on les expédie aux tanneries de Bourgogne pour les associer aux écorces de chêne.
Entre les écailles de l’écorce de l'épicéa, ou dans les blessures de l’arbre, suintent aussi des gouttes de résine. Elles se solidifient à la longue, et deviennent, au bout de plusieurs mois, blondes à l’extérieur et d’une cassure blanche. Qu'un gamin passe par là! Vite, avec la pointe de son couteau, il détache ces petites boules qu’il appelle de « la chandelle », parce qu’elles sont collées contre le tronc, comme les gouttes de suif contre la bougie. Il les racle à peine et les met dans sa bouche. Elles se ramollissent, et voilà notre petit gaillard qui va mâcher de la « poix » pendant plusieurs heures. Dès qu'elle commencera à devenir rose, il arrêtera la mastication et mettra la poix dans sa poche, où il la retrouvera le lendemain et ainsi pendant plusieurs jours. Qu’il s’oublie à la laisser tourner au rouge; immédiatement sa gourmandise est punie, car sa poix s’émiette : elle est perdue !
Les écoliers en font un commerce, et l'humble poix subit les fluctuations des autres denrées alimentaires. Il y a seulement vingt ans, pour
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un sou, en en avait un morceau gros comme une bille de billard ; aujourd’hui, il n’est pas plus gros qu'une noix ! »
La poix qu’on retirait des pesses était jadis une industrie importante des hautes montagnes; il y avait des fours pour la cuire et la débarrasser de ses impuretés. On trouve encore sur le territoire des Fourgs la maçonnerie d’une de ces constructions et on y a découvert une broche en fer de forme quadrangulaire qui servait à remuer la poix en fusion.
Par un acte d’août 1297 Rodolphe, comte de Neuchâtel sur le Lac et avoyer de Morteau vendit à Jean de Chalon, baron d’Arlay, toute la poix de ces deux seigneuries moyennant quatre cents livres petits tournois. La poix devait être déposée dans un hôtel de la grand’ville de Morteau pendant la quinzaine de la Toussaint. Elle ne pouvait être délivrée qu’à Jean-de-Chalon pendant les huit premiers jours et il devait payer 5 sols estevenants pour le cent de poix blanche et 6 sols estevenants pour le cent de poix noire .
Dans la seconde huitaine, si le baron d’Arlay n’avait pas acheté de poix, les marchands pouvaient en disposer à leur volonté. Ce seigneur était libre de tenir ce marché chaque année sans être inquiété dans son droit.
Avant la découverte du goudron, on employait
cette poix pour calfater les vaisseaux, bateaux, et barques, de là, la grande consommation qui en était faite.
Au Mont d'Or, près de Mouthe, en procédant récemment à la réfection d’une citerne, dans une ferme, on a trouvé entre une double paroi en bois, delà poix qui avait été fondue, puis coulée et qui était devenue dure comme du ciment.
On emploie même aujourd’hui mais rarement la poix comme médicament externe. On en fait des emplâtres bien chauds qu’on applique sur la partie malade. On obtient ainsi la transpiration cutanée de l’endroit recouvert ; on stimule la peau et quelquefois ce remède agit comme révulsif.
La graine des résineux est contenue dans les pives ou cônes. La floraison a lieu au commencement de mai. L.es fleurs mâles sont distinctes des fleurs femelles et l’on voit souvent, à cette époque, un brouillard jaune se traîner sur la forêt : c’est le pollen. On croyait autrefois que c'étaient des nuages de soufre provenant d’une grande réunion de sorciers pour la sette du printemps, et nombre de bonnes femmes affirmaient que cela se sentait dans l’air !
La fibre du sapin est moins serrée que celle de la fuve, aussi le bois de cette dernière est préféré pour les ouvrages délicats de menuiserie. Avec le bois de ces arbres, on fait des écha-
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las, des ancelles pour couvrir les maisons, des cuviers pour la vendange et la lessive (on les nomme sapines), des tonneaux pour transporter le fromage, des seaux, des seilles. On désigne ces derniers sous le nom de « sés de Vaché » (Vercel).
Çà et là dans les pâturages du Haut-Jura on trouve de vieux sapins que la hache respecte scrupuleusement. Nos ancêtres, dans leur prévoyance, sciaient un jeune arbre au-dessus d'une couronne de branches. Ils enlevaient le ketsron (la cime). L’extrémité des branches de la couronne se relevait, continuait à pousser et voilà comment s’explique la présence de ces bizarres sapins en forme de candélabres, dont les basses branches pendantes permettent à une vingtaine de vaches de se mettre à l’abri pendant la nuit, ou durant les grosses averses si fréquentes dans la montagne. Ces sapins sont appelés : Espagnols, car ils datent presque tous du temps où la Franche-Comté n’était pas encore française.
On dit : « sapin en long, chêne debout », pour indiquer la plus grande force de résistance de ces deux arbres.
Proverbe : « Quand on ne veut pas rapporter des pions (les folioles de l’épicea) il ne faut pas aller au bois», c’est-à-dire que, si on ne veut courir aucun risque, il ne faut pas s’exposer au danger.
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Dans les communes de Franche-Comté un
sapin coupé est dressé devant les maisons du maire et de chaque adjoint, après que sont connus les résultats des élections.
Aux grandes fêtes, le sapin est le principal élément de la décoration des rues; il n’y a pas d’arc de triomphe ou de reposoir sans son feuillage; il peut rester vert des semaines après qu'il a été coupé.
La forêt de sapin de Levier est peut-être la plus belle de Franche-Comté. Sous le premier Empire, on donnait, à ce qu’on rapporte, au conscrit qui « partait pour son sort » un sapin à choisir dans la haute futaie ou un écu de six livres. Aujourd’hui, un sapin au choix, dans cette même forêt pourrait valoir quelquefois quatre à cinq cents francs.
Saule. Salix (Lin.).
La saule (Clerval, Vercel, Mouthe), sauce (Haute-Saône), saulier, sâce (Pont-de-Roide), sacie (Bournois), sadzou (Marigny), vauchie, marsaule, marsauce, sauge (Les Fourgs), saudse (Salins), saudzou (Jura), sausse (Clerval), vauche (en vieux français osier) peut être de vinculum , lien; vorges (Arbois), on donne ce nom aux racines de saules au bord des rivières et sous lesquelles, s’abritent le poisson, le gibier d’eau; saule des bois ; messauge (Arbois), sâce (Montbéliard).
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Etymologie : bas latin . marsalix, mar, mâle et salix, saule. On trouve marsaul dans Cotgrave ( 1 63 2). Ducange dit : Et est à entendre bois mort, boulz (bouleau), tramble, fou (hêtre) mar sans et genestres (genêts). Littré qui donne marsault, dit qu’on l'écrit aussi marseau. Les « chatons » du saule cotonneux, comme poilus, sont appelés minons.
Les mots sauchoie, saulaie et saussaie désignent des plantations de saules. On appelait autrefois sauciaux les pieux faits avec ce bois.
Les saules, comme l’osier, ont pour caractère essentiel de servir de liens. Le saule marceau est, comme le sorbier, l’arbre par excellence pour faire des sifflets, sublets, sublots.
A Arbois, on désigne sous le nom de messauge (mareeau) un petit baril ovale d’une seule pièce fait avec ce bois. L’écorce du saule est employée pour couper la fièvre.
Sorbier. Sorbus (Lin.).
Souerier, cherrier (Saint-Claude), sorbier des oiseaux, saintourbin (Montbéliard), saint-arbin (Haute-Saône) (1 ), saivo (Les Fourgs, peut, pute,
(1) On donne aussi ce nom de Saint-Aubin au cormier. A rapprocher ce nom de la localité de Bretagne appelée Saint-Aubin-du-Cormier.
T. II
petcnai, petû, frenoulet (Mouthier), peute-pcutc (Arbois, Salins), ptot (Les Fourgs).
Les noms de peute, peut, ont une anologie marquée avec pultier, putiet qui désignent dans certains pays le merisier à grappes.
Les fruits du sorbier sont appelés peutes.
On donne au sorbier le nom de saivo, parce que son écorce, au moment de la sève, se détache facilement. Et les enfants s’en servent pour faire des sifflets et des trompettes. Pour obtenir un sifflet, on enlève d’une seule pièce l’écorce de son bois; pour cela, on la frappe avec un manche de couteau en chantant certaines formules rimées, destinées, à « charmer » ; ces formulettes contiennent des promesses ou des menaces selon 1 issue.
Saivo, saivo coliquaino,
Lodjandaino
Mètre-Piarou,
S’tc vin bin T’erré du bon vin ;
S’te vin mau
T’erré dou psou d’tscouau.
Variante :
Sévou, sèvou battantiènou,
Pièrou, mènou, gratatiu.
S'te vo bin,
T’airé du bon vin,
S'te vo mau,
T’airé de la pisso de ch’vau,
On plein grillau [baquet] (Mouthe).
Pour faire une grande trompette, on enlève l'écorce de la branche en forme de ruban de spirale qu’on enroule ensuite sur elle-même aussi en spirale et on munit l’extrémité d'une petite trompette.
Sureau, Sambucus (Lin.).
Saivurier (Doubs), saivu (Montbéliard), sêvu, sahu, saihu, seu, sou (Lons-le-Saunier), seuré (Mouthier), saivurie, seurie, seillu (Arbois), seuyé (Jura), sauvoillot (Haute-Saône), chu sur (Ghampagnole), seillou (Salins), sevurie (Clerval).
Autrefois, sehus était le nom du sureau ( i 266).
La tige et les branches sont remplies d’une matière blanche et tendre, abondante qui ressemble à la sève solidifiée; on l’appelle cœur ou inoèlle.
Si les garçons, dit-on, avaient autant de cœur que le sureau, il n’y aurait pas tant de vieilles filles.
Comme sont garnies les grappes de sureau, seront garnies les grappes de raisin (Cernans- Jura).
Lorsque quelqu’un s ecrie : « Si j'avais su ! » on lui dit : « Çot in méchant bô (bois) qué lo bô de sèvu ». (Sèvu veut dire « si j'avais su »).
C'est avec le sureau auquel on a enlevé sa moelle que les enfants font des gicles (seringues) pour arroser les passants et des sarbacanes (tapes ou topettes).
Les fleurs du sureau ont une odeur pénétrante, elles donnent au vin blanc un faux goût de muscat et au vinaigre une saveur agréable; on le nomme alors vinaigre surat (Les Fourgs) ; la seconde écorce du sureau est purgative et on en fait des infusions contre le rhumatisme.
Pour combatre la météorisation des bœufs et des vaches, il faut brider l’animal avec un rondin de sureau ayant son écorce.
Tilleul. Tilia ( de Candolle).
Tillet (Mouthe), tillou (Besançon), tillau (Maîçhe), tilleux, teuilli (Salins), tiat (Pont-de- Raide), tillot divers lieux), tillot, prononcer tiot (L’Isle-sur-le-Doubs), teillot (Montbéliard), tille, ti 1 loi.
Généralement, on plantait un tilleul sur la
place du village, ou, près de l’église ou même sur le cimetière ; en Comté, le tilleul servait aux mêmes usages publics que l’orme dans certaines provinces ou que l’olivier dans le midi de la France. Sous le tilleul ou la tille, on délibérait, on discutait les affaires de la commune, de la paroisse, on y faisait les ventes publiques, les annonces intéressant tous les habitants; on y dansait également; les fêtes, les réjouissances publiques avaient lieu sous son ombrage.
« A Valentigney, dit un vieux texte, ils usent de danses et chansons dissolues à l’entour du tillot; souvent plusieurs ivrogneries y abondent
On connaît le tilleul d’ivory, près de Salins, haut d’environ 3o mètres, sa circonférence à hauteur d’homme a environ 12 mètres et le contour de sa tête en a 80; son tronc est creusé et son intérieur offre une espèce de chambre de plus de 2 mètres de diamètre.
Tremble. Populus tremula (Lin.).
Trimble (Vercel), trimblou (Salins), trobie (Maîchej, trambier, trembe (Rougemont), traimbion (Mouthier).
On dit de quelqu’un qui a peur; « Il a mis sa culotte de tremble ».
Ses feuilles sont comparées à la langue des femmes, parce qu’elles remuent continuellement.
Troène. Ligustrum vulgare (Lin.).
Frésillon, frasillon (Arbois-Saint-Claude), fresillot (Les Fourgs) ; frasillot (Haute-Saône), frasellion (Salins), vesin (Mouthier), fragillon, savagnin (Arbois), savoingnot vBournois), sauvagneux, savougnot (L’Isle-sur-le-Doubs), sauvagnot, savignot, sôvignon (Jura), sauvoignun, traine-bô (Montbéliard).
F raisillon, fraisillot sont des diminutifs de frai si 1, fragile. Ces noms peuvent venir aussi d efraxinellus, petit frêne, vieux français fraisin, (qui est de frêne).
Les mots sauvagneux, sauvagnot avec leurs variantes, sont formés du latin sangitineus; en effet, on donne ce nom au cornouiller sanguin ou cornier, cornus sanguinea, qu’il ne faut pas confondre avec le cormier qui est le nom du sorbier domestique.
A Genève, on appelle le savignon, le cornouiller sanguin.
Quant au changement de sanguinea en sauvaaneux, en voici la formation : sanguinier, sauvignier, souvignier, souvigneux ; Vu se sera substitué à l’u comme dans couvent de conventus ou moustier de monasterium, et le in sei a devenu g comme d’habitude (garde, de warde).
Le nom traîne-bois est peut-être mis pour troène-bois.
On dit : « comme va le fraisillon, ainsi va la vigne ». Cette assimilation tient sans doute à ce que le troène porte des petites baies noires qui ressemblent assez à des grains de raisins. Le même dicton a cours pour les prunelles et pour les baies du sureau à grappes.
Pendant longtemps, dans les villages, les enfants ont écrasé les baies du troène pour faire de l’encre.
Le troène est commun dans les bois, les haies et les buissons ; on en emploie souvent pour les clôtures de jardins : on fait des cages avec ses branches et des paniers.
Les baies sont amères et astringentes; elles donnent une couleur violette et on s’en sert parfois pour colorer le vin.
Vigne vierge. Ampélopsis (de Cand.).
Vigne du Canada.
Viorne. Viburnum lantana (Lin.).
Mancienne, manceraule (Maîche), manciane, mancène (Clerval), maussanne, maussenet (Vercel), maressellot (Les Fourgs), tige de la Viorne dont on fait des liens de fagots, marseulo (Salins), marsoule (Arbois), marchusa (Clairvaux, Champagnole), menessaive (Montbéliard), sévera (Lons-le-Saunier), coude manciane (Les Fourgs),
foinc (Jura), viorne cotonneuse (Les Fou rus Saint-Claude).
Le fruit :
Maivuron (Montbéliard, Clerval, Vercel), ma- ■vUion (Maîche), meuron (Mouthe), muron, mû- 1 on (Saint-Claude), moron (Salins), mouron (Jura), meusseron, meuchmon, goudson (Salins), mour de tchait (Montbéliard), m.... à Robin', (crotte de mouton).
En vieux français, robin signifie mouton ; lasse de chien, raisin de chien.
Meuron a le même sens que meure, mûre, le
fruit de la ronce, ainsi nommé parce qu’il est noir.
Les enfants cueillent les baies de la viorne et les font mûrir ou goudier dans la paillasse d’un lit ou dans du foin. De rouges qu’elles sont quand ils les cueillent elles deviennent noires; elles ont un goût fade et sucré.
Avec les tiges de la viorne, ou fait des liens
de fagots et ses rameaux flexibles servent à la vannerie.
On obtient de la glu avec l’écorce des racines comme avec le houx et le gui.