Faune rhizopodique du bassin du Léman
Nos connaissances sur les Protozoaires se sont depuis quelques aimées considérablement étendues. Il est certain que parmi les grandes questions qui touchent aux origines de la vie sur notre globe, à Tessence de la matière organisée, à la psychologie dans ses premiers commencements, les Protozoaires, les plus simples de tous les animaux en même temps que les plus compliqués en tant qu'organismes unicellulaires, offrent un sujet d'étude particulièrement intéressant.
Mais si l'importance de ces êtres inférieurs est de jour en jour mieux recomiue, et si des observateurs du plus grand mérite en ont fait l'objet spécial de leurs recherches, il faut reconnaître que les plus simples de tous ces organismes, et par là ceux peut-être sur lesquels on pourrait fonder les plus grandes espérances, les Rhizopodes d'eau douce, ont été quelque peu négligés. Les Infusoires, les Radiolaires, les Foraminifères, ont domié lieu à des recherches plus considérables ; et les beaux travaux de Schulze, Hertwiu et Lesser, Greeff, Biitschli, Archer, Wallich, Gruber, etc., sur les Rhizopodes, tous relativement anciens et (jui semblaient devoir être suivis d'études toujours plus nombreuses et plus précises, n'ont pas porté tous les fruits qu'on était en droit d'espérer. Il semble en sonnne que les biologistes aient une tendance à négliger ces organismes pour diriger leurs recherches dans un sens quelque peu différent.
Voici coimnent je serais porté à com])rendre cette négligence relative à l'égard des Rhizopodes d'eau douce : grâce au développement immense qu'ont pris de nos jours les sciences, le naturahste, pour produire un ouvrage original, est absolument obligé de se
spécialiser, au moins temporairement. Or, ce qui bien souvent décide de la spécialisation dans un sens plutôt que dans un autre, n'est autre chose que ce qu'on pourrait appeler le hasard : un naturaliste débutant trouvera par exemple un Copépode qui lui paraît intéressant ; il le déterminera, l'étudiera à fond, fera de ses recherches le sujet d'un mémoire bien travaillé ou d'une thèse de doctorat. Le travail une fois achevé, notre docteur, riche d'expériences acquises et ferré sur la bibliographie toujours si compliquée et si décourageante, est devenu spécialiste sans le savoir, et l'objet de sa s])écialisation sera représenté par les Copépodes. Si la chance eût voulu (iu"au lieu d'un ('opé])odeil eût trouvé un Rotifère, il se serait tout aussi naturellement spécialisé dans le sens des Rotateurs. Mais si son microscope lui avait montré une Diftlugie, il aurait probablement passé outre. En effet, son Copépode ou son Rotifère, il a i)u les déterminer de suite, d'une manière précise, ou bien en ne les trouvant pas dans les ouvrages descriptifs, il a pu s'assurer qu'il y avait là quelque chose de nouveau. Mais dans sa Diftlugie, tout ce qu'il a pu reconnaître, c'est qu'elle ajjpartient au genre Diffliifiia: est-ce la Di0/igi.a f/lohHlom,\RBifflu(/ia lohostoma, là Diffliujia urccolafa, ou telle autre encore? Ou bien est-elle nouvelle? Tout cela est possible, les livres ne lui permettent pas de le savoir au juste, et faute d'avoir des données précises, il reprendra son microscoi)e jusqu'à ce qu'il trouve un Rotifère ou un Copépode.
Autrement dit, il n'existe pas d'ou^Tage descriptif suffisannnent complet ou suffisamment explicite pour que la détermination d'un Rhizopode puisse être considérée comme précise, cela du moins pour la grande généralité des espèces.
Loin de moi la pensée de vouloir diminuer en quoi que ce soit la valeur des travaux systématiques de Ehrenberg, Perty, Schneider, Fresenius ; ces (cuvres ont encore leur valeur générale, et témoignent des plus grandes qualités d'observation chez leurs auteurs, qui n'avaient à leur disposition que des instruments bien moins perfectionnés (pie les nôtres. Mais elles sont bien anciennes, et pour la systématique elles ne peuvent nous fournir que des renseignements très vagues. Claparède et Lachmann sont arrivés à des résultats plus précis, mais dans leur ouvrage les Rhizopodes ne jouent qu'un rôle tout à fait accessoire. Le beau traité de Bûtschli sur les Protozoaires est d'une importance capitale et restera bien longtemps encore r(euvre classique par excellence ; mais il ne s'occupe pas de systématique, ou du moins ne permet guère de déterminer que les genres.
Blochmann a publié un ouvrage utile, mais très général aussi ; il ne cite que très peu d'espèces, et souvent d'une manière trop peu explicite pour que la détermination en soit certaine. Un ouvrage également de grande valeur, et qui pour les genres peut être d'une utilité réelle, est celui de Delage et Hérouabd ; mais c'est encore là un traité général qui ne prétend pas à la détermination des espèces.
Nous arrivons à Leidy, dont le remarquable mémoire sur les Rhizopodes d'eau douce de l'Amérique du Nord se trouve dans toutes les bibliothèques. Nous avons bien là une (Buvre de systématique, comprenant la description d'un nombre assez considérable d'espèces, description détaillée, prudente, comparée, et accompagnée de figures nombreuses et claires, bien que souvent trop schématisées. Mais si dans l'ouvrage de Leidy nous pourrons toujours admirer la persévérance, la méthode, la probité, l'ardeur scientifique en même temps que la modestie de l'auteur, nous ne pouvons pourtant nous empêcher de regretter que le professeur américain, dans un but des plus louables et par un simple excès de prudence, ait cru devoir condenser les espèces jusqu'à la confusion. Leidy a énormément vu, mais il semble que dans sa crainte de paraître attacher trop d'importance à la partie systématique de ses travaux, il ait cherché à diminuer autant que possible le nombre des types spécifiques. Il est alors allé trop loiD et sans réfléchir peut-être que si une extension des espèces basée sur des caractères futiles est inutile et nuisible, par contre la réunion sous un même nom spécifique de plusieurs formes bien différenciées et parfaitement constantes est un mal plus grand encore, il a introduit dans la question un regrettable élément d'obscurité.
Moi-même, en publiant en 18'.>() les résultats de mes premières études sur les Rhizopodes d'eau douce, et convaincu de la richesse spécifique de cette faune, j'avais ajouté à la liste des Rhizopodes connus un assez grand nombre d'espèces. Mais cet ouvrage, dont la partie systématique est beaucoup ti'op condensée et dont les figures sont trop petites et serrées, entrepris d'autre part dans de uuiuvaises conditions, n'a i)as tout à fait répondu à ce qu'il prétendait devoir être. Je crois ne pas me tromper eu supposant que beaucoup de ceux qui l'ont eu entre les mains ont cru à une tendance de ma part, à la fabrication des espèces, et pourtant ils ont eu tort. Moi-même, après un certain iu)mbre d'années, je me suis reproché de n'avoir pas imité Leidy dans sa prudence ; aussi, en reprenant il y a deux ans mes études sur les Rhizopodes des environs de Genève, et avant de me livrer
à toute observation au niicroscoi)e, ai-je commencé par rayer de parti pris de ma liste un nombre assez considérable des noms que j'avais introduits. Mais peu à peu, à mesure que j'avançais, je me suis vu obligé de rétablir presque tous ces noms les uns après les autres.
Il est difficile en effet, pour ne pas dire impossible, d'agir contre des convictions personnelles. En science l'observateur n'est pas libre, et même lorsqu'il sait qu'en disant ce qu'il croit être la vérité il se nuit à lui-même, il ne peut dire autre chose. Ce qui d'après lui est une espèce ne peut être autre chose, et il est obligé de la doimer comme telle. Mais il est bien des cas aussi où il s'introduit un doute, et le naturaliste alors doit agir avec ])rudence et se garder de créer des noms à la légère.
Aussi quelques-unes des espèces que j'avais indiquées comme nouvelles ne reparaitront-elles pas dans l'ouvrage actuel, bien que je les aie retrouvées à Genève; il existe à leur égard encore un doute dans mon esprit, et je préfère les regarder comme de simples variétés (Difflugia Incornis, Difflufiiaptatystunia, Arcella gihhosa, Eufilyplia Iieterospina). Quelques-unes également ont dû changer de nom, grâce à des recherches plus approfondies sur la bibliographie du sujet, qui me les ont fait retrouver dans des descriptions antérieures.
En résumé, l'on peut dire que s'il existe un nombre assez considérable de travaux systématiques sur les Rhizopodes d'eau douce, ces travaux, souvent d'ailleurs de grande valeur, connue ceux par exemple de Archer, Blochmann, Carter, Cienkowsky, Cla- PARÈDE et Lachmann, Frenzel, Greeff, Gruber, Hertwig, Korotneeff, Lauter- BORN, Rhumbler, Schaudinn, Schulze, Taranek, Vejdowsky, Wallich, etc., ne traitent presque tous que d'un nombre très restreint d'espèces; aussi faut-il avoir à sa disposition toute une bibliothèque pour songer à la détermination.
Un ouvrage général, comprenant la description suffisamment détaillée de tout ou à peu près tout ce que l'on connaît jusqu'ici, pourrait donc rendre de véritables services, en même temps qu'il serait un encouragement à l'étude de ces organismes auxquels il reste encore tant à dire, et qu'il pourrait souvent prévenir des erreurs nombreuses, telles qu'en connnettent à l'heure qu'il est journellement bien des observateui'S.
Dans ces dernières aimées, t>n a vu paraître un certain nombre de travaux, décrivant la faune et la flore, la biologie tout entière, de tel ou tel marécage ou
de tel ou tel petit lac, et donnant la liste des espèces rencontrées. Ces travaux sont souvent fort intéressants et parfois d'une assez grande importance, mais pour ce qui concerne les organismes qui nous occupent, ils peuvent, d'après moi, être tous considérés connue incomplets ou fautifs.
Je citerai par exemple un travail considérable et très bien étudié de Amberg sur la Biologie du Katzensee près de Zurich. Amberg cite dans ce petit lac, assez riche en formes vivantes de toutes sortes, entouré par-ci par-là d'herbes et de plantes aquatiques, comme Rhizopode vrai, la seule ArccUa vid(/aris, de provenance il est vrai pélagique, et rien du tout des bords du lac. Peut-être Amberg n'a-t-il pas étudié la faune littorale sous le rapport des Rhizopodes, mais s'il ne l'a pas fait, c'est probablement qu'il a trouvé la tâche de détermination trop ingrate, car il n'y avait pas de raison pour laisser de côté les Rhizopodes de rivage. D'un autre coté, s'il a étudié ces derniers sur les rivages, il les a mal vus, car il est absolument impossible que ce lac n'abrite que VArcella vtilgans, et ce n'est certainement pas trop s'avancer que de prétendre que celui qui voudra se donner la peine de fouiller quelque peu les bords, y trouvera, en un seul jour, au moins vingt espèces bien caractérisées.
On pourrait citer, comme un second exemple parmi beaucoup d'autres, les recherches de Hempel sur les Protozoaires de la rivière Illinois et des lacs adjacents. Hempel y trouve 16 Rhizopodes, dans une région d'eaux tranquilles, entourées de végétation et de petits lacs favorables au dévelo])pement des Protozoaires. Une pareille pauvreté dans une région riche en organismes de toute nature, est une impossibilité matérielle.
Je ferai remarquer également que beaucoup de ces travaux citent toujours les mêmes espèces, Diffl/tqia pyriformis, Diffl/<f/ia lobostoma, Difflufiia ffloh/dosa, dont les observateurs ont peine à se sortir; et pourtant l'une d'elles, la Diffhu/ia (jlohiilosa, est une des plus rares de toutes les difflugies. Mais pour la plupart des observateurs, tout ce qui est sphérique ou ovoïde représente la Dlfflugia globiilosa; ils ne cherchent pas plus loin, et voilà pourquoi cette espèce si rare en réalité est peut-être la plus commune de toutes sur le papier.
R est aujourd'hui un sujet d'études biologiques plus en faveur que tous les autres; c'est celui qui concerne le Plankton. Toute une littérature planktouiemie s'est constituée; le Plankton a ses adeptes, ses fervents, ses passionnés. Il est probable qu'un jour
OU l'autre ces études sur le Plankton fourniront des résultats d'une grande portée, et l'on ne pourra alors que se réjouir du succès venant couronner tant d'eiforts. Mais pour le moment il faut avouer que le Planktonisme ne semble guère être sorti de la période du « s])ort, » et pour qu'il en sorte il lui faudra non seulement régulariser ses méthodes et travailler sur des bases mieux définies, mais accorder une importance plus grande à des déterminations précises. Si nous ne considérons que les Rhizopodes, nous pouvons dire que les travaux des Planktonistes sont toujours incomplets et défectueux. Ces organismes, il est vrai, sont presque tous des habitants du fond et ne jouent qu'un rôle à peu près nul dans le faciès pélagùpie; mais dans les petits lacs de peu de profondeur, où les plantes aquati(pies connue Nymplicm ou Fotamogeton arrivent jusque près de la surface, on doit pouvoir en trouver des espèces nombreuses en pleine eau.
Après avoir consacré aux Rhizopodes i)lusieurs années d'études, soit à Genève, soit dans différentes contrées de l'î^urope et aux I]tats-Unis, je me suis cru suffisannuent armé pour entrepreiulre de combler au moins dans quehjue mesure les lacunes que je viens de signaler, en publiant un ouvrage destiné avant tout à la détermination des espèces. Les Rhizopodes sont, on ne peut guère en douter maintenant, des organismes essentiellement cosmopolites, et j'étais en droit d'espérer qu'en fouillant avec sohiles environs de Genève, les marécages, les étangs, le lac, les tourbières des montagnes avoisinantes, je retrouverais la majeure partie des espèces jusqu'ici connues.
Mes prévisions ne m'avaient pas trompé : après deux années d'un travail méthodique et j)oursuivi sans arrêt, j'ai pu retrouver dans le bassin du Léman le 92° o environ des espèces décrites dans le monde entier, en même temps que constater la présence d'un nombre assez considérable d'espèces nouvelles.
Cette proportion de 92 ° o, je me hâte de le dire, ne concerne que les Rhizopodes pourvus d'une enveloppe quelconque, mais non complètement nus; autrement dit, il faut exclure de ces calculs tout ce qui concerne le genre Aniœha et les sous-divisions auxquelles ce genre a donné lieu. Pour les Amibes presque tout est encore à faire ; quelques rares espèces seulement sont réellement déterminables d'après les travaux existants, non qu'elles ne présentent pas d'autonomie véritable au même titre que les autres Rhizopodes, mais parce que presque toutes les descriptions sont hicomplètes et basées sur des caractères souvent incertains, parfois même sans réalité.
Il ne faut ijas se dissinmler qwe si chez les Rliizoi)ocles les caractères spéciii(iues sont en réalité parfaitement fixés et constants, tout aussi bien que chez les animaux plus élevés en organisation, ces cai-actères ressortent en général d'une manière beaucoup moins nette que par exemple chez les Infusoires, les Radiolaires, les Foraminifères ou même les Flagellâtes; et pour les Amibes, ce n'est que pour un petit nombre d'espèces que les données ont été jusqu'ici sufKsamment précises pour permettre une détermination sérieuse.
L'ouvrage actuel est donc avant tout systématique, et permettra, j'ose l'espérer, de déterminer sans trop de difficulté une grande partie des espèces que l'on rencontrera; non pas toutes cependant, car même parmi les formes testacées, il reste encore probablement beaucoup à trouver, mais alors surtout des espèces rares.
Pour faciliter ces déterminations, j'ai tâché de donner des descriptions aussi nettes que possible, et basées non seulement sur les caractères généraux de l'enveloppe, par exemple, ou des pseudopodes, mais sur tous les traits qui présentent une certaine constance, et qui souvent, en se corroborant les uns les autres, finissent par former un tout d'une certaine solidité.
On peut ajipliquer à tous les Rhizopodes les paroles citées par Gruber (46) à propos des Amibes: pour être bonne, la diagnose doit porter sur différents points, « sur la consis- « tance du Protoplasma et les phénomènes de locomotion qui en sont le résultat, sur les « inclusions au sein du plasma sous fonne de vacuoles, granulations, cristaux, même or- « ganismes parasites ou symbiotiques, et nourriture ingérée ; mais surtout sur le nombre, « la taille et la structure des noyaux. » On ne jjouvait dire plus juste, surtout en ce qui concerne le noyau, et l'on verra que je me suis efforcé d'accorder toujours à cet élément une importance de premier ordre (voir note 10). Mais ce n'est pas touit encore: en réalité aucun détail, s'il est caractéristique, ne doit être négligé, de quelque nature qu'il soit, et toute la physiologie spéciale de l'espèce, jusqu'aux habitudes parfois tout à fait spécificpies, doit être prise en considération.
On ne retrouvera pas dans l'ouvrage actuel les belles planches en couleur qu'à l'heure qu'il est on est habitué à voir un peu partout. Mais à mon avis le mal n'est pas grand, et peut-être est-il compensé par des qualités réelles. Ces planches sont, on le sait, toujoiu-s extrêmement coûteuses, et tout le monde ne peut avoir recours à ce moyen de reproduction. Et puis, n'y a-t-il pas maintenant une tendance à des exigences quel(pie peu hors
12 FAUXE RHIZOPODIQUE DU BASSIX DU LÉMAN
de propos sous le rapport des figures? Qu'elles soient belles et riches, rien de mieux; uiais la première et la plus importante des conditions doit résider dans la fidélité de reproduction. Or trop souvent ce que Ton gagne en beauté perd en fidélité en passant par les mains du graveur. Si pour beaucouj) des travaux récents, ce reproche, je me plais à le dire, n'est pas fondé, il en est d'autres, et très nombreux, qui laissent beaucoup à désirer. Les planches du bel ouvrage de Frexzel sur les Protozoaires de la République Argentine sont, par exemple, certainement défectueuses; les Amibes très nombreuses qui y sont représentées n'ont pour la plupart pas l'apparence d'Amibes véritables, et les détails en sont fautifs, surtout poui' les nojaux (jui i)ourtant sont un élément d'une grande importance; et pourtant ces planches sont belles et bien travaillées, et sont cause du prix extrêmement élevé (pi'atteint cet ouvrage en librairie. Les gravures de Leidy sont meilleures, mais trop schématisées encore, et Leidy lui-même n'en était pas content; dans presque toutes les planches, par exemple, les pseudopodes sont représentés tels qu'on ne les voit presque jamais dans aucun Rhizopode.
jNIalgré ces considérations, il est certain que mes figures laisseront à désirer connue fini artistique, mais je crois pouvoir dire que sous le rapport de la fidélité elles ne resteront pas en arrière de celles de presque tous les ouvrages publiés jusqu'ici. Le procédé de la zincogravure m'a permis également de les intercaler dans le texte, en regard de chaque espèce, ce qui contribuera peut-être beaucoup à faciliter les recherches.
Dans ces figures je ne me suis imllement astreint à indiquer pour chacune l'agrandissement auquel elles ont été dessinées, et cet agrandissement est très variable d'une espèce à l'autre. L'indication de la taille dans le texte est d'après moi tout à fait suffisante. Cependant la planche où se trouvent représentées toutes les espèces du genre Difflufjia, en même temps qu'elle est destinée soit à faciliter la détermination, soit à montrer d'un coup d'ceil l'extrême diversité du genre, est dessinée avec un agrandissement, le même pour toutes les figures, de 250 diamètres. La planche générale qui représente un exemplaire de tous les genres étudiés, reproduit également ces genres à un agrandissement unique de 300 diamètres. — Je n'ai pas cru devoir m'occuper d'une manière spéciale de classification, et j'ai suivi dans son ensemble celle qui a été proposée par Bûtschli (13) (voir note 2). On trouvera pourtant plus loin un tableau dichotomique qui sans prétendre à une classification quelconque rendra sans doute des services pour la détermination des
genres; quant à celle des espèces, elle se résoudra plus simplement encore en parcourant les pages consacrées au genre étudié. Les genres ne renferment en effet pour la plupart, chez les Rhizopodes, qu'un nombre restreint d'espèces, et un tableau dichotomique pour chaque genre m'a paru inutile. Pour le genre Difflugia il faudrait faire une exception ; une table de détermhiation aurait été désirable, mais dans l'état actuel de nos connaissances elle serait difficile à établir d'une manière nette et claire, et je crois que la planche générale rendra encore plus de services.
J'ai cru bien faire également en adjoignant à cet ouvrage qui traite spécialement de la faune rhizopodique du bassin du Léman quelques pages où sont décrites brièvement, avec figures, les espèces qui n'ont pas encore été trouvées aux environs de Genève. Ces espèces étant très peu nombreuses (au nombre de 19 en tout, si l'on exclut les Amibes), constitueront jointes aux autres un travail qui pourra être considéré comme une monographie générale des Rhizopodes d'eau douce, et comme tel pourra être consulté avec plus de fi'uits ' .
Il faut remarquer cependant que le volume actuel ne comprend pas, loin de là, tout ce qui a été décrit comme espèces, même en ne considérant que les formes pourvues d'une enveloppe. Il existe en effet un nombre assez considérable de descriptions dont il n'y a pas à tenir compte autrement que pour mémoire, soit parce qu'elles présentent comme nouvelles des espèces déjà décrites ailleurs, soit parce qu'elles sont si défectueuses qu'elles ne permettront jamais de confrontation sérieuse, soit enfin parce qu'elles ne reposent que sur des caractères imaginaires et ne représentent rien du tout.
On joint parfois, à tort selon moi, aux Rhizopodes les Hêliozoaires. Bien que ces derniers organismes soient des plus intéressants et qu'il reste à leur égard encore plus à faire que pour les Rhizopodes proprement dits, je ne m'en suis pas occupé l
Deux mots encore avant de terminer. Cet ouvrage est avant tout un ouvrage de
' Il est bon de rappeler que pour ce qui concerne les Rhizopodes nus, tout est encore à faire ; aussi ne trouvera-t-on aucune Amibe dans la liste des Rhizopodes qui manquent encore à notre territoire. Quant à celles que j'ai rencontrées, je me suis borné à décrire celles seulement que j'ai pu étudier sérieusement, et j'ai cru devoir complètement négliger un certain nombre de formes qui m'ont passé sous les yeux sans qu'il m'ait été possible de les examiner suffisamment.
^ Les observations que j'ai pu faire sur ce groupe intéressant ont été consignées ailleurs (Revue suisse de Zool., Tom. 9, fasc. 3, 1901).
14 FAUNE EHIZOrODIQIIE DU BASSIN DU LÉMAN
systématique. La systématique est absolument iiulisi)ensable en biologie, mais elle n'est pas la science. Néanmoins la systématique, en tout cas dans l'étude des Protozoaires, est nécessairement et directement liée à l'observation intime, à l'anatomie, et je dirais même à la physiologie de ces petits êtres, et l'observateur qui se contenterait de noter les différences spécifiques, sans profiter de toute occasion qui se présente d'étudier les phénomènes qu'il peut avoir sous les yeux, ne ferait qu'une œuvre bien incomplète.
Pour mon compte j'ai fait ce que j'ai pu pour ne donner à la systémati(iue, sinon comme but de cet ouvrage, du moins connue étude d'intérêt général, que la ])art qui lui revient. J'ai tâché, chaque fois que cela a été. possible, d'étudier les phénomènes vitaux que présentaient les organismes en observation, et dans certains cas je me suis livré à des expériences toutes spéciales. En somme je puis assurer que la partie physiologique de mes études a été celle (jui m'a donné le ])lus de peine et qui de beaucoup a causé les plus longues heures d'observation au microscope. Les l'ésultats de ces observations qui souvent feront connaître des faits ou des détails nouveaux, seront consignés en leur temps, en général avec chaque espèce lorsque ces observations ne se rapportent qu'à l'espèce traitée, et dans une série de notes spéciales qu'on trouvera à la fin du volume, lorsqu'elles présenteront quelque chose de général.
Les Rhizopodes qui ont fait l'objet de ces recherches proviemient presque tous des environs immédiats de Genève. Il faut faire cependant une exception pour les espèces qui sont caractéristiques des tourbières à sphafiiiiim. Ces tourbières sont complètement absentes du territoire genevois ; mais on trouve des sphaignes aux marais de Lossy, puis sur le Mont Salève aux Pitons. J'ai également récolté des qjha/pi/iw h la montagne des Voirons, à 15 kilomètres de Genève et à la tourbière de la Pile dans le Jura vaudois, audessus de St-Cergues. D'autres récoltes également proviennent des montagnes du Valais, à Morgins. Quelques personnes, MM. Romieux, Guinet et Beauverd ont eu l'obligeance de me remettre des sphaignes provenant du Simplon et de la Savoie, et ont droit à tous mes remerciements.
Mais, à part les types sphagnicoles, c'est le territoire genevois proprement dit qui m'a fourni toutes les espèces décrites. J'ai fouillé dans nos environs un nombre considérable de stations. Comme les plus riches je citerai : les marais de Rouelbeau, de Feuillasse,
de Mategnin, de Bernex, de Gaillard, les étangs de l'Asile des Vieillards, de St-Georges, de Troinex, de l' Avenue d'Aïre. Les pièces d'eau du bois de la Bâtie, du jardin Brunswick et du Jardin Botanique, qui sont alimentées i3ar l'eau du lac, se sont montrées intéressantes en ce que, toutes, elles m'ont fourni quelques espèces caractéristiques du Léman. Ce dernier enfin constitue un sujet d'études des plus intéressants, par le grand nombre de formes tout à fait spéciales qu'il abrite dans ses profondeurs. Sur ses rivages également, la localité dite la Pointe-à-la-Bise, à 5 kilomètres de Genève, oîi les eaux du lac viennent mourir dans une anse abritée, peuplée de roseaux et de gazons serrés, de plantes aquatiques (Mppuiis), a été explorée avec beaucoup de soin, et s'est montrée la plus ricbe de toutes les stations étudiées jusqu'ici dans le monde entier (voir note 12), puisque à elle seule elle fournit 90 espèces bien caractérisées. En réalité ce volume aurait pu être intitulé : Faune rhizopodique des environs de Genève ; mais en raison des tourbières à sphagnum qu'il a parfois fallu chercher assez loin, et en constatant que toutes les stations étudiées appartiennent au bassin du Léman, j'ai cru être mieux dans le vrai en adoptant le titre tel qu'il est.
Ici d'ailleurs le titre ne fait pas grand chose à l'affaire ; le principal est que l'ouvrage ait quelque valeur, et s'il est vrai que les résultats d'une œuvre sont en raison directe des efforts que cette œuvre a coûtés, je puis me croire au moins assuré de n'avoir pas fait un travail complètement inutile.
Genève, Septembre 1901.
INDEX BIBLIOGRAPHIOUE
1. Amberc4, Otto. — Beitrâge zur Biologie des Katzeiisees. Vierteljalir. der Nattirf. Ges. Zurich,
fasc. 1 et 2, 1900.
2. Archer, W. — On some freshwater Rhizopods. Quarterly Jonrn. of. microsc. Science. New
séries, vol. IX. 1869, X. 1870, XI. 1871, XII. 1872.
3. Balbiani. — Recherches expérimentales sur la mérotomie des lufusoires ciliés. Recueil zool.
Suisse, 1888. ■
4. BiNET, Alf. — La vie p.sychique des microorganismes. Paris.
5. Blanc, Henri. — La Groniia Brunneri, un nouveau foramiuifère. Recueil zool. Suisse, ISSS.
6. Blanc, Henrl — Les Difflugies de la Faune profonde du lac Léman. Recueil iimuffural de
r Université de Lausanne, 1892.
7. Blochmann, F. — Die milcroskopische Thierwelt des Siisswassers. Abth. I. Protozoa. Ham-
burg, 189.5.
8. Blochmann, F. — Kleine Mittheilungen iiber Protozoen. Biolog. Centndhlatt. B'* 14, N" 3.
9. Blochmann, F. — Zur Kenntuis von Dimorpha mutans. Biolog. Ceniralblatt. B'' 14, N" .ô.
10. Blochmann, F. — Zur Kenntnis der Fortptlanzung von Euglypha alveolata. Morpholog. Jahrb.
BMS.
11. BouRNE, A. -G. — Pelomyxa viridis. Quart. Journ. Mie. Se, 1891. XXXII.