‹ Faune rhizopodique du bassin du LémanChapitre 34 sur 41 · De côté. — 2. Forme du - 3. Coupe transversale · texte numérisé non relu

De côté. — 2. Forme du - 3. Coupe transversale

délicat. Il ne remplit jamais qu'une partie assez faible de la coque. En arrière de ce plasma on constate normalement la présence de corps brillants cristalloïdes, et relativement énormes, analogues à ceux du Campascus triqueter, mais encore plus grands.

Cette espèce possède également une collerette buccale hyaline, mais très fragile, plus étroite que dans le Campascus trùjueter et qu'on ne rencontre guère que sur des individus en parfaite santé.

Le noyau est identique à celui de l'espèce précédente : sous une membrane fine on trouve un plasnui gris, tout ponctué de granulations très petites, parmi lesquelles on remarque quelques nucléoles vaguement globuleux, ternes; parfois on n'en voit qu'un seul (fig. 4).

La taille varie presque toujours enti'e 50 ^ et 60 fji, et ne parait pas dépasser jamais ce dernier chiffre.

Connue le Campascus triqueter, le Campascus minutus ne s'est ti'ouvé jusqu'ici que dans les lacs suisses (Genève, Neuchàtel, Zoug et Lucerne), et toujours dans la profondeur. Cependant je l'ai récolté, chose curieuse, cette année, en grande abondance au marais de Gaillard. Il faut se rappeler que ce marais n'est qu'une dépendance de l'Arve, torrent al])in qui se jette dans le Rhône à 2 km. de Genève, et est ainsi en continuation indirecte avec le lac, d'où le Campascus proviendrait en définitive (à moins qu'il ne représente en réalité une espèce alpine??).

Genre Cyphoderla Schlumberger 1845.

Le genre Cyphoderia est caractérisé par sa forme de cornue allongée, avec une bouche dirigée vers le bas, le grand axe du cori)s figurant une ligne courbe, et séparant une face dorsale convexe d'une face ventrale concave. La surface de cette enveloppe est

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tout entière guillochée de dessins extrêmement petits, mais bien nets, hexagonaux, réguliers, donnant l'apparence de séries alternantes de rangées spirales qui se coupent les unes les autres sous des angles aigus ou obtus suivant la manière dont on les considère.

Ces dessins proviennent de la présence de petites écailles régulièrement disposées les unes par rapport aux autres; mais on a beaucoup discuté sur la nature de ces éléments, sur lesquels il vaut la peine de s'arrêter un instant.

SCHLUMBERGER (127) parle de « nombreuses séries obliques régulières de petites perles. » Pour Wallich (118), ces écailles représentent « des petits disques chitineux, « arrangés les uns par rapport aux autres de telle façon, que chacun est uni à ceux qui « l'entourent par six commissures (- Connecting bands ») équidistantes. »

SCHULZE (107) pense que « l'enveloppe consiste en séries diagonales de plaques, « qui dans certains cas se recouvrent les unes les autres par une légère imbrication « (« etwas dachziegelfôrmig ») et d'autres fois au contraire se touchent simplement par « leurs bords. »

Hertwig et Lesser (57) arrivent à une conclusion à peu près identique, et expliquent l'apparence générale dans ce sens, que les bords des écailles deviennent invisibles sur leurs points de juxtaposition, et que « seulement les coins, sur lesquels plusieurs « plaques sont en même temps en contact, sont restés visibles comme des ponctuations, et « en coupe comme des canaux très fins. »

Quant à Rhumbler, qui a décrit la Cyphoderia margaritacea d'une manière très détaillée, et en fournissant sur cette belle espèce les renseignements les plus intéressants, les plaques sont « hexagonales avec des angles plus ou mohis arrondis, rarement tout à « fait régulières... Les petits côtés d'une plaque sont dans la règle en contact avec les « petits côtés correspondants des plaques voisines, les grands côtés avec les grands, etc. »

Tous ces auteurs, sauf peut-être Wallich qui parle de « disques, » considèrent les plaques comme hexagonales. Pour mon compte, après avoir fait un grand nombre d'expériences, tant sur des coquilles entières, ou cassées, que sur les plaques de réserve incluses dans le corps, je suis arrivé, depuis des années déjà, à la conviction que ces plaques représentent des disques siliceux, soit tout à fait ronds, soit quelque peu déformés ou ovales suivant les espèces, et qui seulement par leur arrangement réciproque donnent l'impression de dessins hexagonaux, à la manière des Euglypha, Trinema, etc. Ces

disques ne sont pas clans la règle absolument contigus par leurs bords, mais reliés les uns aux autres par une certaine épaisseur de colle imprégm''e de silice, qui entre les points de rencontre des plaques laissent des vides arrondis, visibles comme des ponctuations, ou en coupe comme des canalicules. Aux points de soudure la matière cimentitielle figurerait alors des ponts ou commissures plus ou moins larges '.

Je serais donc porté à considérer l'opinion de Wallich comme se rapprochant le plus de la réalité ; mais l'auteur anglais se trompe sans aucun doute en considérant ces disques comme de nature chitinoïde.

Il faut observer que si la structui'e telle qu'elle vient d'être indiquée concerne presque toutes les CypJioderia, où les plaques représentent des tronçons de cylindres à parois latérales droites, il existe au moins une espèce (Cyphoderia trochus) dont les plaques sont nettement biconvexes, et alors imbriquées les unes sur les autres. C'est probablement cette espèce, ou du moins une de ses variétés, que Sf^HULZE a entrevue lorsqu'il parle d'exemplaires à plaques imbriquées.

A noter encore dans toutes les Ct/jûodena l'existence de ces petits grains jaunes et bruns, très résistants aux réactifs, que Rhumbler a appelés Phéosomes, et dont il sera parlé ultérieurement plus au long.

Dans toutes les espèces également le noyau est d'un tyi3e un peu spécial, identique à celui du genre Campascus; il est rempli dans son entier par un plasma grisâtre, fourmillant de granulations très petites, parmi lesquelles nagent des nucléoles arrondis, d'un bleu mat, et en nombre très variable.

Cyphoderia marc/aritacea Ehrenbero spec.

Bifflugia ampulla Ehrenberg l

Cyphoderia margaritacea Schlumberger (127).

Etiglyplia curvata Perty (92).

' On trouvera de plus amples détails à ce sujet à [impos de la Ciiphodi-via murfiaritocca var. major. - Berieht Preuss. Akad. Wiss. 1840.

GENRE CYPHODERIA

Lagynis haltica F.-E. Schulze '.

Euglypha margaritacea Wallich (118).

Cgphoderia atnpulla Leidy (67).

Coque en forme de cornue ou d'ampoule, jaunâtre ou brune, composée tout entière de petits disques ronds se touchant par leurs bords sans imbrication, et solidement soudés les uns aux autres sur leurs points de contact. Ces disques sont disposés en un ordre très régulier, et présentent aloi's dans leur ensemble l'apparence d'alvéoles hexagonaux qui forment par leur réunion sjTnétrique des sj'stèmes de lignes droites s'entrecoupant sous différents angles. L'enveloppe siliceuse tout entière repose sur une pellicule interne jaunâtre chitineuse.

Le fond de la coque est arrondi, quelquefois allongé en pointe ou bien aussi étranglé en arrière, et porte souvent à son centre un très petit anneau chitineux intérieur.

La face dorsale convexe décrit en s'approchant de la bouche une courbe plus rapide, et la face ventrale fait à la naissance du col un arc qui finit à la bouche. Cette dernière est toujours ronde, à peu près ventrale, et coupe le col en biais.

Plasma gris, ne remplissant qu'une partie de l'espace interne; il est presque toujours plein de nourriture dans sa partie antérieure, et, en arrière, de plaques de réserve, de grains d'excrétion de différente nature (incolores et bruns) et de cristaux quadratiques.

Généralement une grosse vésicule contractile en arrière et une autre plus petite en avant.

Cyphoderia margaritacea. — 1. Forme habituelle, de côté. — 2. Vue par la face ventrale. — 3. Variété presque droite, de côté. — 4. Même iudividu, de face. — 5. Autre individu peu recourbé, vu par la bouche.

' Organ Polythaiamien. 18S4.

474 FAUNE RHIZOPOniQUE DU BASSIN DU LÉMAN

Noyau grand, sphérique, plein d'un plasma semi-liquide grisâtre dans lequel nagent des nucléoles.

Pseudopodes filiformes, très ténus, allongés, droits ou parfois recourbés.

Cette espèce est une des plus fréquentes que l'on rencontre dans le Léman, mais moins pourtant encore que la variété qu'en 1891 j'avais décrite sous le nom de var. major. Comme celle-ci, par sa grande taille' et par sa beauté, se prête plus facilement à une étude détaillée, c'est sur elle qu'ont surtout porté mes observations. Ces dernières peuvent du reste 8'api)liquer de tous points à l'espèce type, sur laquelle pour le moment je me bornerai à quelques remarques.

La Cyphoderia margaritacea est toujours facilement reconnaissable en tant qu'espèce, mais sujette, à des variations assez fréquentes, et qui ne laissent pas que d'être intéressantes par le fait qu'elles semblent jiarfois montrer un acbeminement vers la formation de races. Les individus qui les représentent sont en effet souvent groupés dans des stations spéciales, et, quelquefois nombreux dans une seule et même pêche, ils seront absents d'autres stations où d'autres formes les remplaceront. Ces variations ne concernent d'ailleurs que la coquille, qui i)eut être plus ou moins large ou étroite, parfois, mais rarement, boursouflée et trapue, d'autres fois pointue ou turbinée en arrière, ou bien encore étranglée à son tiers postérieur et de là continuée en un dôme ogival. Cette dernièi-e forme, qui coïncide avec une teinte brune plus foncée que dans le type, semble être plus fixée que les autres.

Mais la forme la plus intéressante est celle que présentent les fig. 3, 4 et 5. Cette variété, car elle a droit au moins à ce terme, se trouve très fréquemment dans le lac de Genève, où elle est très claire, à peine jaunâtre, lisse, peu recourbée, parfaitement ronde en coupe transversale, large en arrière et terminée en un dôme régulier hémisphérique, rarement un peu allongé en ogive. Les disques de la coque sont minces, elliptiques plutôt que circulaires, et très difficiles parfois à distinguer.

Dans une de mes pêches, les exemplaires de cette dernière variété, nombreux, et qui représentaient, à part la var. major, la seule Cyphoderia de cette région spéciale, étaient presque droits, légèrement recourbés seulement à la bouche, dont le plan était presque à angle droit sur l'axe longitudinal de la coquille, et je serais porté à considérer ces exemplaires comme se rapportant à la Cyphoderia truncata de ScHULZE (107). Cet auteur a

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décrit en effet sous ce nom une Cyphodeiia dont l'axe longitudinal figure une ligne droite, et dont le plan de l'orifice buccal est à angle droit sur cet axe. Mais il me parait peu probable qu'il existe une Cyphoderia dépourvue de toute courbure, et comme dans les individus que j'ai examinés moi-même on en trouvait qui, lorsqu'on les examinait par leur face dorsale paraissaient avoir une bouche tronquée k angle droit sur une enveloppe droite aussi (fig. 4), il n'est pas impossible qu'en réalité la Cyphoderia trancata de Schulze corresponde à cette variété du Léman. Aux marais de Feuillasse et de Rouelbeau j'ai trouvé également quelques individus qui pouvaient sans difficulté se rapporter à cette forme spéciale ; mais ces individus étaient plus colorés que ceux du lac.

La Cyphoderia maryaritacea est assez variable de taille suivant la forme qu'elle revêt et la localité qu'elle habite; en moyenne elle varie entre 100 et 120 u.

Cyphoderia maryaritacea var. major Penard (85).

Ce beauPihizopode, qu'en 1891 j'avais distingué de l'espèce type sous le nom de var. major, se trouve en grande abondance dans le lac de Genève, où il arrive à une taille en moyenne supérieure à celle qu'il atteint dans la plaine; il est rare, en effet, que la forme du Léman ait une longueur monidre que 180 fx, et la plupart des individus s'écartent peu de 220/7.. En 1891 j'avais indiqué un chiffre quelque peu inférieur, parce que je m'en étais tenu à la variété tout entière, sans me restreindre au territoire de notre lac \

Quoi qu^il en soit, les deux formes Cyphoderia maryaritacea et sa variété major se distinguent du premier coup par une différence de taille considérable, si bien que la première n'arrive guère au delà de la moitié de la longueur de la seconde. A part cette différence constante, la var. major possède également un diamètre transversal relativement plus fort. Sa coupe transversale donne une courbe moins arrondie, et l'extrémité posté-

' Cette variété existe d'ailleurs dans la plaine, où je l'ai trouvée rarement, et toujours très peu abondante, tandis que dans la profondeur du lac elle présente un des Rhizopodes les plus caractéristiques et les plus répandus, en même temps qu'elle y atteint le maximum de taille. — En 1891, j'avais récolté également cette variété dans les Montagnes-Rocheuses du Colorado, à Caribou (3500 mètres).

rieure de sa coquille est très ample, parfois presque à fond plat. Comme dans le type, on trouve souvent aussi, au fond même de la coque, une légère protubérance ou anneau interne qui semble montrer l'existence d'une jietite perforation, visible parfois distinctement sur des coques passées à l'acide sulfurique.

La structure de la coque est d'ailleurs absolument la même (jue dans la forme type,

mais on peut ici l'étudier beaucoup plus facilement, aussi m'en suis-je occupé avec une attention particulière.

Lès petits disques ronds qui constituent l'enveloppe solide sont rangés les uns à côté des autres avec la plus grande régularité, se touchant par leurs bords sans imbrication.

Ils varient légèrement de grandeur, plus gros au milieu de la coque, décroissant quelque peu vers le fond et bien plus vers le col. La bouche elle-même est garnie de plaques certainement beaucoup plus petites que les autres, et qui, noyées dans une matière chitineuse, claire, perdent leur apparence caractéristique. Parfois on remarque, attachées aux bords buccaux comme par une sorte de byssus extrêmement fin, de très petites boulettes à contour vague, qui représenteraient en quelque sorte un rudiment de collerette.

Les disques pris à part sont circulaires, parfois très faiblement elliptiques, et de forme cylindrique, avec une épaisseur égale à peu près à la moitié, parfois aux deux tiers du diamètre de leur face. Cette dernière, supérieure ou inférieure, est plane, ou peut-être

Ci/phoderia margaritace<i var. major. — 1. Aspect baliitut'l, de côté. — 2. Individu en cours de division. — 3. Exemplaire anormal. — 4. Vue de l'enveloppe, par la tranche. — 5. Détails de la surface de l'enveloppe. — 6. Noyau. — 7. Parasites. — 8. Autre jiarasite. — !). Cri.staux. — 10. Phéosomes.

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faudrait-il la considérer comme très légèrement concave, cela à cause de certaine apparence d'optique, que Rhumbler a également remarquée. On observe souvent aussi dans cette variété comme dans l'espèce type et dans la Cijphodena cdceolus, au centre de chaque plaque un point noir très petit dont je ne saurais m'expliquer la signification, et qui peut-être est l'expression de cette concavité.

Mais cette première enveloppe repose tout entière sur un revêtement interne, une simple pellicule continue, jaunâtre, chitineuse, qui se dissout facilement dans l'acide sulfurique concentré.

C'est en se débarrassant au moyen de cet acide de la pellicule chitineuse, ou bien en examinant des coquilles mortes qui l'ont perdue naturellement, que l'on peut le mieux se rendre compte de la disposition réciproque des disques. On voit alors qu'ils sont soudés les uns aux autres, sur leurs points de contact, par une matière non chitinoïde, mais siliceuse, qui fait corps avec les plaques et donne à l'enveloppe la rigidité d'un revêtement continu. Mais ce revêtement est partout perforé de petits trous qui correspondent aux points que les disques laissaient à découvert en se touchant par leurs bords seulement, et ces trous forment par leur ensemble un réseau alvéolaire. Souvent aussi les figures sont moins géométriques par le fait que les disques ne se touchent en réalité sur aucun point et sont alors reliés par des ponts, dont il peut y avoir un nombre supérieur au chiffre normal de cinq, et qui laissent entre eux des trous irréguliers. C'est grâce à cette structure perforée que la coquille en se brisant donne chez la Cyphoderia des fragments limités par des lignes droites dentelées, comme celles (jui bordent par exemple les timbres-poste (fig. 5). Chaque dent représente alors une des pla(iues rondes, et chaque creux correspond à un des trous de la coque. Tous ces trous perforent réellement l'enveloppe de part en part, ce dont on peut s'assurer en faisant intervenir les jeux de lumière sur une coquille ainsi dépourvue de son revêtement chitineux interne. Sur une coque dans laquelle s'était formée au passage de l'acide sulfurique une grosse bulle de gaz, j'ai vu ce gaz venant de l'intérieur sortir par tous ces petits trous comme par une passoire, et se déposer partout à la surface.

Mais ces jeux de lumière présentent d'autres effets encore plus curieux, et qui ne peuvent être observés que sur des coquilles pourvues encore de leur vernis interne de chitine : chaque disque se voit alors sous la forme d'un hexagone et ce dernier se

présente comme décomposé en six triangles réunis par leurs sommets. L'objectif du microscope étant alors mis au point sur la face intérieure du disque, chacun des triangles apparaît en blanc sur un cadre noir. En levant l'objectif pour le mettre au point sur la face supérieure du disque, c'est le contraire qui arrive, les triangles sont noirs sur fond blanc. Il y a Là un phénomène de réfraction très intéressant, dont l'interprétation rentre dans le domaine de la physique et que je suis incapable de discuter.

La coquille de la Cijplioderia, vue de coupe, jjrésente une suite de petits rectangles reposant par leur grand côté sur une fine membrane claire, et alignés les uns à côté des autres sans se toucher. Les espaces laissés libres entre les disques représentent en effet les perforations dont nous venons de parler. De plus, au milieu de chaque disque on voit un trait noir transversal, et qui marque, vu par transparence, la ligne de séparation de deux disques de la rangée suivante (fig. 4).

Dans plusieurs occasions, j'ai trouvé des exemplaires en cours de dédoublement, et chez lesquels la division venait de s'achever. L'individu de formation récente avait une teinte toujours très claire, et sa taille restait égale à celle du parent. Les dessnis de la coque étaient bien visibles, et les petits jours entre les écailles souvent plus prononcés que d'habitude.

La fig. 2 montre un individu dans lequel le phénomène du dédoublement est en cours, mais pas encore achevé. Dans la Cyphoderia ce phénomène, qu'on a rarement l'occasion de pouvoir examiner, est particulièrement intéressant. Il a été étudié pour la première fois par Rhumbler (i»(i). ([ui a donné du ])rocessus une description détaillée'.

Au rebours de ce qui se passe chez la jjlupart des Rhizopodes, oîi la nouvelle enveloppe est construite pour ainsi dire tout entière à la fois, le jeune individu se forme ici peu à peu, et le col, par exemple, est complètement terminé lorsqu'en arrière il n'existe encore qu'un amas de plasma tout rempli de disques de rechange, qui peu à peu s'ajustent en arrière de la partie déjà formée (fig. 2). Une fois la coque terminée, les deux individus sont accolés pendant un certain temps encore bouche à bouche, et le couple se présente à peu près sous la forme d'une bourse de soie dont les deux moitiés pendraient Tune à côté de l'autre.

'■ Gruber avait déjii dans le temps observé un phejnomène de ce genre dans la (lijjiliodiTui. mais il l'avait pris pour un cas de division dans lequel un des exemplaires aurait été cassé.

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La fig. 3 représente un individu trouvé seul, en parfaite santé, et où l'on pouvait supposer que, la provision de plaques de réserve n'ayant pas été suffisante, l'enveloppe s'était arrêtée brusquement dans sa formation, tout en se fermant en arrière d'une membrane bien constituée.

Quant au plasma, lequel ne remplit jamais toute la coquille, mais laisse en arrière un espace vide traversé par des épipodes très changeants, souvent divisés et épais, il est presque toujours bourré à sa partie antérieure de nourriture: l'animal parait ici particulièrement vorace. Ce plasma renferme encore des granulations très petites, en masses considérables, puis des grains d'excrétion hyalins, plus gros et arrondis, et en arrière, autour du noyau, souvent des quantités considérables de disques de rechange. Ces disques, un peu variables de grandeur suivant l'époque, et plus ou moins finis dans leurs contours géométriques, ont environ 3 u. de diamètre, et représentent de la silice pure, résistant à l'acide sulfurique bouillant, à la chaleur rouge, etc. Souvent ils forment à la partie postérieui-e du plasma un revêtement continu et plus ou moins régulier.

Mais il existe encore des éléments d'une nature difiérente, sur lesquels il faut nous arrêter un instant. Ce sont d'abord des petits grains sphériques, brillants, d'un brun tirant sur le rouge, épars dans le plasma en nombre plus ou moins considérable, et en apparence d'autant plus nombreux que l'animal est plus âgé. Ces grains dittèrent de tous les produits d'excrétion que l'on voit chez les Rhizopodes en général, et paraissent propres à toutes les espèces des genres Cyphoderia et Campascus, qui semblent par là comme par d'autres caractères former une famille spéciale'.

Ils sont extrêmement résistants. Je les ai traités par l'éther, l'iode, l'acide acétique, l'acide sulfurique concentré froid sans les modifier; cependant ce dernier acide les éclaircit, et peut-être les attaque-t-il à la longue, car à l'état bouillant il les dissout.

La chaleur de la lan)pe à alcool ne les détruit pas mais les ratatine un peu. Par contre, l'acide nitrique pur les fait passer d'abord à un rouge plus brillant, puis ils s'éclaircissent, se décolorent et sont finalement dissous. Je ne suis arrivé à aucune conclusion sérieuse sur la nature de ces grains jaunes, qui me sembleraient devoir représenter quelque urate. RHinviBLER, qui a observé de son côté la présence de ces granulations, a cons-

' J'ai retrouvé cependant ces grains dans la Phrijqanelhi parado.rd.

taté qu'après six heures de temps ils étaient dissous par l'acide sulfurique concentré à froid; et que l'acide chlorhj'drique les décolorait et qu'ils y devenaient invisibles. Rhumbler pense qu'il y a là un mélange de deux substances, dont l'une, colorante, serait un sel d'oxyde de fer. (^uant à la destination de ces « phéosomes, » Rhumbler les regarde comme se transformant en plaques de réserve et constituant ainsi le matériel brut pour l'enveloppe future. Cette conclusion me paraît peu vraisemblable.

Des éléments d'une nature moins problématique sont représentés par des corps plus volumineux (.S à 6 jj. et plus) revêtant des formes indubitablement cristallines, bien qu'avec des angles arrondis qui parfois rendent le cristal difficile à reconnaître. Ils sont analogues sans doute à ceux qu'on a trouvés dans certaines Amibes, etc., et sur la nature desquels on n'est pas encore bien au clair; parfois on les considère comme formés d'oxalate de chaux (BuTSCHLi), ou bien on leur attribue diverses significations sur lesquelles je ne m'arrêterai pas. Dans la Cyphoderia que nous étudions, de même que dans la Cyphoderia margaritacea typique, ces cristaux se rencontrent très fréquemment. Le plus souvent on n'en trouve qu'une demi-douzaine, rarement plus de douze, parfois cependant jusqu'à trente, et leur nombre est d'une manière généi'ale en raison directe de l'âge de l'animal. Ces cristaux se présentent sous deux formes parfaitement distinctes : les premiers, plus fréquents et plus volumineux (fig. !)), se trouvent toujours logés dans la partie antérieure du plasma, mêlés à la nourriture qui bourre le col. Parfois leurs contours sont très imparfaits, mais le plus souvent leurs formes cristallines sont immédiatement reconnaissablés, et d'ailleurs l'examen avec la lumière polarisée ne laisse aucun doute sur leur nature. Ils cristallisent dans un sj'stème qui ne me semble pas pouvoir être rapporté à autre chose qu'au système rhomboïdal oblique, et possèdent un indice de réfraction assez élevé. L'iode ne les colore pas, non plus que les réactifs colorants en général. L'acide acétique ne les attaque pas à sec, mais, chose curieuse, si l'on mélange cet acide à une proportion plus ou moins définie d'eau, les cristaux se dissolvent, sans dégagement de gaz, et en laissant parfois à leur place une petite tache difficile à distinguer, comme s'il existait une membrane ou pellicule excessivement fine. Par contre, l'acide sulfurique, pur ou dilué, dissout immédiatement ces cristaux, sans dégagement de gaz. Au moment oi!i le cristal est dissous, on voit quelquefois à sa place une petite étoile qui disparait bien vite ; probablement y a-t-il eu alors production de sulfate de chaux, lequel se redissout plus tard.

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Outre cette forme de cristaux, il en existe une seconde, qui peut du reste manquer tandis que la première est présente. Ces cristaux se trouvent alors toujours logés à la partie postérieure du plasma, parmi les disques de réserve, pour lesquels, vus de tranche, on pourrait les prendre au premier abord, n'était leur taille beaucoup plus volumineuse. Ils cristallisent, comme on le voit facilement, dans le système quadratique, et possèdent soit des côtés droits, soit souvent des troncatures sur leurs arêtes terminales. Les réactions qu'ils présentent sont absolument les mêmes que celles dont nous venons de parler ; mais ils se conduisent un peu différemment avec l'acide acétique, qui, s'il ne les dissout pas plus que les autres à sec, a beaucoup de peine à les attaquer mélangé d'eau, et parfois semble les laisser indemnes.

Ajoutons que tous ces cristaux peuvent former des màcles, souvent fort belles. Il me semble qu'on peut hardiment regarder ces cristaux, tant les uns que les autres, comme représentant de l'oxalate de chaux, avec lequel leurs réactions semblent s'accorder de tous points. D'après van Tieghem *, « suivant les conditions de milieu où il « prend naissance, l'oxalate de chaux contient, soit deux, soit six équivalents d'eau, et « cristallise dans deux systèmes différents : avec deux équivalents d'eau, dans le système « du prisme rhomboïdal oblique; avec six équivalents d'eau, dans le système du prisme « droit à base carrée. Quand il se forme dans une cellule remplie d'un liquide gommeux, « il ne prend que deux équivalents d'eau et cristallise soit en gros prismes purs ou « tronqués, soit en longues aiguilles... ; quand il prend naissance dans une cellule oii le « suc cellulaire n'est pas épaissi par de la gomme, le sel prend six équivalents d'eau et « se dépose, soit en cristaux isolés et complets : prismes octaèdres, ou prismes avec les « pointes de l'octaèdre... soit en cristaux incomplets groupés en rayonnant autour d'un « centre de manière à former des mâcles arrondies ou des sphéro-cristaux... Une fois « formés, les cristaux d'oxalate de chaux ne se redissolvent pas; ils vont donc s'accumu- - lant sans cesse dans le corps de la plante et peuvent y atteindre une proportion consi- « dérable... L'acide oxalique est donc un produit d'élimination; la formation des cristaux « a évidemment pour rôle de le neuti-aliser et de l'immobiliser au fur et à mesure de sa « production, pour l'empêcher de nuire aux cellules d'alentour ou aux parties voisines de * la même cellule. »

' Traité de botanique 1884.

Les cristaux de la Cyphoderia concordent certainement avec cette description, et nous en pouvons conclure qu'ici comme dans les plantes le plasma peut produire de l'acide oxalique. Il est intéressant également de remarquer qu'à la pai'tie antérieure de l'animal, là où le plasma est impur, visqueux et rempli de débris nutritifs, les cristaux prennent deux équivalents d'eau et appartiennent au système rhomboïdal oblique, tandis qu'en arrière, autour du noyau, dans une région toujours claire et propre, nous avons des cristaux quadratiques avec six équivalents d'eau.

Si nous passons maintenant aux vésicules contractiles, nous n'y verrons ici rien de particulier; généralement il en existe deux, une en avant, et l'autre en arrière.

Quant au noyau, il est très beau et très grand, jusqu'à 0, 65 f^ de diamètre, et de forme parfaitement spliérique (fig. 6).

Sous une membrane nucléaire bien nette, on y voit une poussière de granulations très petites dans lesquelles nagent des nucléoles, arrondis ou non, bleuâtres, peu nombreux, parfois pourvus d'une lumière centrale, et entourés d'une petite auréole blanche. Ces noyaux sont caractéristiques, et d'apparence dittérente de ceux ûes Difflm/ia : rencontré seul et nageant à l'aventure, un de ces noyaux pourrait toujours être rapporté aux genres Cyphoderia ou Campascus.

Les pseudo])odes sont filiformes, parfois un peu épais à la base, longs, plus ou moins nombreux, l'arement bifurques; de temps à autre on peut les voir se replier brusquement en zigzag comme ceux des Euglypha.

En terminant ce (pii a rapport au plasma, peut-être faudrait-il mentionner la présence, assez fréquente dans cette espèce, d'un fil de byssus, court, extrêmement rigide et tenace, qui n'est d'ailleurs pas particulier à la Cyphoderia et qui semble servir à attacher la coquille au repos sur un soutien quelconque.

Signalons encore des organismes parasites, que j'ai de temps à autre rencontrés nageant dans l'espace laissé libre au fond de la coque. C'étaient des petits Flagellâtes, dont le corps fusiforme renfermait en arrière un certain nombre de grains brillants verdàtres, ayant l'apparence de chromatophores, et en avant, dans un plasma clair, un petit grain bleu ; les deux extrémités étaient chacune terminées par un fouet (fig. S). Ces Flagellâtes, en nombre variable jusqu'à une douzaine, circulaient librement, protégés par la coquille dans laquelle ils se trouvaient connue prisonniers; peut-être s'y étaient-ils introduits

GENRE CYPHOKERIA 483

par l'orifice buccal au moment où le plasma était en boule, puis plus tard avaient-ils gagné le fond de la coque, ou bien existe-t-il réellement un petit trou au fond de cette coque.

Dans la tig. 7, on voit représenté un autre petit organisme, dont plusieurs individus se sont également rencontrés dans une coquille habitée; de 20 ,u environ de longueur, ils renfermaient un corps gloliuleux grisâtre, franc sur ses bords, et tout le reste n'était qu'une masse de plasma, arrondie et pourvue d'un tlagellum (fig. 7), souvent étirée le long de ce flagellum, qui battait rapidement et emmenait l'organisme tout entier.

Citons enfin un phénomène qui bien que rentrant dans le domaine de la physique, se produit fréquennnent dans le genre Cî/2^hoderia. Lorsque l'animal est sur la lamelle de verre dans une goutte d'eau, et qu'on laisse tomber sur cette goutte un couvre-objet, il se forme parfois instantanément sur le coté ventral de la coquille, une bulle d'air qui peut être assez grosse ou le devient peu à peu, restant attachée à cette coque avec une grande persistance. Comme le fait peut se produire même sur des coques vides, il faut y voir un accident tout pltysique, en rapport sans doute avec la forme ou la structure particulière de l'enveloppe, car ce phénomène ne se produit pas sur d'autres Rhizopodes.

Ci/phoderia calceolm Penard (89).

Cet organisme, que j'avais entrevu dans le temps en le prenant pour une forme particulière de la Cyphoderia iiian/aritacea, en est en réalité bien ditterent et représente une espèce très nette.

La forme est celle d'une faucille, d'un croissant ou encore mieux d'une petite pantoufle turque (fig. 1, 2). Le col est plus court et la bouche par conséquent beaucoup plus grande que dans les autres Cyphoderia. La coquille possède toujours une arête ventrale qui commence en arrière de la bouche et vient mourir en avant de la pointe postérieure. Cette dernière, toujours étirée, est terminée en un tube, rarement long et lisse, le plus souvent très court et faisant suite à un léger étranglement de l'enveloppe (fig. 3).

Les disques sont un peu iilus petits que dans la Cyphoderia margaritacea typique, bien que l'espèce soit plus graiule, et à peu près aussi hauts, de sorte que, à cause de leur

forme cjiindrique, ils se présentent, vus par leur tranche, comme des carrés. Leur disposition sur la coque n'a pas la belle régularité que l'on constate dans la Cyphoderia margaritacea, et les jeux de lumière n'y produisent que très vaguement les dessins caractéristiques. Cette coquille est de teinte jaunâtre ou chamois, mais très claire et d'une transparence remarquable ; elle est plus souple, moins cassante, que celle de la Cypiwderm ^ margaritacea.

Le plasma renferme, outre les produits habituels, des grains bruns brillants, ou phéosomes, pareils à ceux que nous avons décrits précédemment. Quant aux cristaux quadratiques ou rhomboïdaux, ils semblent absents dans cette espèce. Le corps mou ne remplit presque jamais beaucoup plus que la moitié de la coque, et les épipodes fins et nombreux, qui le réunissent à cette dernière, prennent assez souvent une direction diagonale et vont s'attacher sur les côtés de l'enveloppe plutôt qu'au fond.

Les pseudopodes sont généralement plus ténus que dans les espèces jusqu'ici décrites, extrêmement déformables, sujets à de nombreuses bifurcations, d'une finesse extraordinaire à leurs extrémités, et pouvant même parfois s'y anastomoser par des ponts à peine visibles.

Le noyau est très beau et parfaitement semblable à celui de la Cyphoderia margaritacea (fig. 6).

La vésicule contractile à elle seule suffirait à caractériser cette espèce; elle est toujours énorme (relativement à la taille il n'existe pas de Rhizopode, sauf VActinophrys sol, qui en ])ossède d'aussi grande), et peut atteindre jusqu'à 40 ix, remplissant alors à elle seule dans la coque presque tout le fond du col, et séparant en apparence le plasma en deux parties réunies par de simples ponts. Elle fonctionne avec une paresse extra-

Cyphoderia calceolus. — 1. Aspect habituel. — 2. Coquille vide, vue de trois quarts par la face ventrale. — 3. Extrémité postérieure, avec tubulure. — 4. Détails de la surface. — 5. Disques de réserve, vus par la tranche. — 6. Noyau.

GENRE OYPHODEKIA 485

ordinaire, restant jus(iu'à une demi-heure et plus en état de diastole, puis la systole se fait en deux secondes, et il se reforme assez rapidement une ou plusieurs vésicules qui la remplacent ; parfois elles se vident les unes dans les autres.

La Cyphoderia calceolus ne s'est rencontrée jusqu'ici que dans le Léman, ainsi que dans la plupart des autres lacs suisses (Neuchâtel, Zurich, Zoug, Lucerne, Constance), toujours dans la profondeur, et toujours parfaitement constante dans sa forme générale, qui la fait distinguer de suite des autres Cyphoderia.

L'espèce est grande, variant en général de 155 à 185 fi.

Cyphoderia truchus Penard (89).

Coque hyaline ou à peine colorée en jaune citron, très transparente, turbinée, à coupe transversale partout parfaitement ronde sauf au col, qui est comprimé latéralement et se termine alors en une bouche elliptique. Cette coque a la forme d'une cornue, avec col recourbé assez étroit; en arrière elle s'arrondit régulièrement puis se termine en pointe de toupie, décrivant de chaque côté (vue de coupe) un arc rentrant très régulier.

Elle est tout entière composée d'écaillés hyalines, rondes, épaisses, biconvexes avec arête circulaire mousse, et régulièrement imbriquées de manière à former des dessins symétriques.

Plasma comme dans le genre, renfermant souvent en arrière des cristaux fusiformes bicuspides.

Généralement une vésicule contractile en avant et une en arrière. Noyau gros, sphérique, rempli d'une poussière de granulations dans laquelle nagent des nucléoles peu nombreux.

Pseudopodes tins et souvent nombreux, droits et longs. Epipodes normaux, souvent un seul allant rejoindre le fond de la coque à sa pointe même.

Longueur 0, 110 à 0, 114 f;i en moyenne.

Observations. Cette espèce est rare; j'en ai pourtant rencontré un assez grand nombre d'individus dans le cours de mes études. Elle est parfaitement constante et nette-

ment caractérisée. Sa teinte est toujours très claire, quelquefois à peine verdâtre-jaunâtre. La coque ne semble pas posséder de revêtement chitineux interne, bien qu'il doive 3^ avoir un vernis cimentitiel. Ses formes sont toujours très élégantes, et la coquille est partout^ absolument ronde sur une coupe transversale; il faut en excepter pourtant la région buccale, régulièrement comprimée des deux côtés. Cette coque est également toujours

terminée en pointe, le plus souvent sous la forme décrite dans la diagnose. Mais certains individus offrent quelques variantes, par exemple celle que représente lafig. 2, où les côtés se creusent k peine avant d'arriver à la pointe. C'est là du reste une variété fort rare ,

Cyphoderia trochus. — 1. Aspect habituel, de côté. — 2. 3. Formes plus rares. — 4. Coupe de l'extrémité postérieure. — 5. Bouche. — 6. Ecailles, montrant une des formes de l'imbrication. — 7. Noyau. — 8. Cristaux et phéosomes. — 9. Variété. — 10. Ecaille de cette variété, vue en coupe transversale.

comme encore celle oîi la coquille, arrivée à sa plus grande largeur, se replie presque subitement en un fond plat portant un ombilic à son centre ; j'ai rencontré deux ou trois fois cette variété, peut-être la plus élégante de toutes (tig. .3).

A part la contiguration générale, la coque diffère de toutes les autres par une structure qui lui est tout à fait spéciale. Elle est formée de disques biconvexes avec arête mousse (fig. 4), beaucoup plus grands que dans les espèces précédentes (plus de deux fois le diamètre des grands disques de la CypJwderia margaritacea var. major), plutôt épais, et hyalins. Ces disques sont toujours imbriqués dans un ordre régulier, mais présentent plusieurs systèmes d'imbrication qui donnent lieu à des dessins différents. Dans le premier système les disques sont disposés en deux séries de lignes se coupant à angle droit, de

GENRE CYPHODERIA 487

manière que chaque disque en recouvre partiellement deux autres, l'un en bas, l'autre sur le côté, en même temps qu'il est lui-même recouvert sur les deux côtés restés libres. Ces imbrications régulières d'écaillés les unes sur les autres donnent alors lieu à un dessin très élégant, composé de fleurons à quatre pétales en croix (fig. 6). Dans un second système les disques sont disposés les uns sous les autres en alternant de position, de telle sorte qu'un arc de 120 degrés vienne se ranger par son sommet au point de croisement de deux disques de la rangée précédente, où il recouvre deux arcs de 60 degrés ; le dessin général est alors celui de fleurons à trois branches. Un troisième système enfin est celui où les disques, disposés comme dans le second système, ne sont imbriqués que par le haut et le bas, et ne font que se toucher, sans imbrication, par leurs côtés; le dessin est alors beaucoup moins élégant que les deux autres. Il faut ajouter pourtant que ces systèmes peuvent passer de l'un à l'autre sur une même coque suivant la région examinée, ou même présentent des transitions de l'un à l'autre, l'agencement des disques n'étant pas toujours parfait dans la pratique, et ne pouvant d'ailleurs plus l'être aux deux extrémités de l'enveloppe.

Dans cette espèce la bouche, grâce à la compression latérale du col, est toujours allongée en ellipse d'avant en arrière. Elle est garnie d'écaillés ou disques dont on compte de 16 à 20 pour faire le tour du col, tandis que dans la Cyphoderia margarifacea il en faut plus du triple.

Notons encore que la pointe terminale de la coque est toujours fermée ; les disques qui la revêtent perdent leur arrangement régulier, et à l'intérieur, au centre, on en trouve deux ou trois soudés sur le fond et consolidant le tout.

Le plasma n'ottre rien de particulier que la présence des grains jaunes (phéosomes) caractéristiques, puis celle de corps cristallins fusiformes logés autour du noyau, et sans doute de signification analogue aux cristaux de la Cyphodeiia margaritacea ; mais leur forme est celle d'une lentille biconvexe vue de coupe. Il ne faut pas d'ailleurs les confondre avec les disques de réserve; ils sont beaucoup plus gros, jamais discoïdes. L'acide sulfurique les dissout facilement.

Les pseudopodes sont généralement fins, nombreux et rayonnants. Parfois, quand l'animal prend une marche rapide, il n'en existe plus qu'un, qui peut atteindre jusqu'à trois fois la longueur de la coquille.

Le noyau est absolument semblable à celui des autres fhjpJwderia, avec nucléoles nageant dans une poussière de granulations.

La taille varie presque toujours entre 110 et 120 /j..

Cette description se rapporte tout entière à la Cpphoderia trochus du lac de Genève', et caractéristique en même temps de la profondeur.

Mais l'année dernière, j'ai récolté, soit sur les rives du lac à la Pointe-à-la-Bise, soit à Rouelbeau, à Gaillard, à Bernex, une forme qui présente avec la Cyphoderia trochufi

de si grandes analogies qu'on ne peut guère l'en séparer spécifiquement, tout en la considérant si l'on veut comme une variété spéciale. Peut-être d'ailleurs faudrait-il l'envisager plutôt comme la forme type, dont la forme des lacs profonds se serait à la fin tout à fait écartée, en acquérant une complète autonomie. On trouve en effet parfois des transitions, qui montrent en tout cas que les deux Cyphoderia trochus, celle du lac et celle de la plaine, ont entre elles des liens de parenté indubitables.

La forme de la plaine est plus étroite, plus élancée que celle de la profondeur (fig. 1), et en même temps toujours revêtue d'une teinte jaune ou brune qui n'existe pas au fond du lac. Les écailles sont dans la règle plus minces, plus étroites, de 2 '/a « de diamètre, et il en faut environ 25 pour faire le tour de la bouche. Cette dernière possède

Cyphoderia Irochus, variété de la plaine. — 1. Forme habituelle. — 2. Autre individu, vu de face. — 3. Détails du col. — 4. Ecailles, de face et en coupe transversale. — 5. Détails de la surface d'une coquille fortement imprégnée de chitine. — 6. Cristalloïdes. — 7. Noyau.

' Elle a été retrouvée dans les lacs de Zoug et de Lucerne.

GENEE CYPHODERIA 489

une ouverture presque ronde, et non plus franchement elliptique ; mais il y a là cependant des exceptions. Le plasma est parfaitement identique à celui de la forme précédemment décrite, et le noyau ne s'en distingue pas non plus. Autour de ce dernier on voit en général une forte accumulation de grains ou cristalloïdes brillants.

Dans cette variété j'ai trouvé un jour un exemplaire en cours de dédoublement, avec jeune individu aux trois quarts formé ; le fond seul de l'enveloppe était encore à construire, et l'intérieur de la partie terminée était occupé par un plasma normal, avec vésicule contractile. On ne voyait par contre pas de noyau.

Sur la montagne des Voirons, dans les sphagnum, j'ai récolté toute une série d'individus de grande taille (125 ;/ en moyenne), allongés, de la forme à peu près de la Ci/phoderia margaritacea, mais à col étroit et tubuleux, et à grandes écailles (de 3 [x. de diamètre), biconvexes, minces, imbriquées très régulièrement et couvrant chacune, sur les plaques adjacentes, un arc de 60 degrés.

Cette forme, dont j'avais aperçu autrefois de temps à autre un représentant, sans y attacher une importance particulière, me parait très voisine de la Ci/phodeiia troclms, dont elle pourrait être considérée comme une seconde variété ' .

Cyphoderia Jœvis spec. nov.

En 1899 j'avais entrevu quelques petits Rhizopodes que j'avais provisoirement cru devoir rapporter au genre Platoiun. En les retrouvant cette année en assez grand nombre, disséminés çà et là au fond du lac, j'ai pu constater qu'il y avait là une espèce que l'on pourrait faire rentrer soit dans le gem&CanipascHS, soit plutôt dans le genre Cyphoderia. avec lequel elle offre ce trait commun de posséder une membrane dépourvue de revêtement externe de débris d'origine étrangère.

La Cyphoderia lœris est alors la plus petite des espèces du genre ; elle varie entre

' Cette forme a été ici dessinée parmi les figures relatives à la Cyphoderia trnchits du lac; la lig. 9 représente la forme générale, et la (ig. 10 une écaille vue de profd.

30 et 50 fi, et atteint rarement ce dernier chiffre. Son enveloppe est courte et trapue; de face (fig. 1) elle se montre p}Tiforme, élargie en arrière, avec fond arrondi.

De côté elle garde également des contours à peu près pyriformes ; mais à la partie antérieure il se produit une légère courbure analogue à celle qui caractérise les Cyphoderia en général, bien que moins prononcée, et à peine reconnaissable dans les tout petits

individus. Cette partie antérieure recourbée est tronquée brusquement par une bouche arrondie, dont le plan fait un angle peu prononcé avec l'axe du corps, de manière à s'incliner légèrement du côté ventral.

Cette enveloppe est hyaline, parfois faiblement jaunâtre ou à reflets roses. A l)remière apparence elle se montre parfaitement lisse, et même après un examen attentif et à un fort grossissement, il est difficile de démêler sur la coque aucun autre dessin qu'une série de ponctuations d'une finesse extraordinaire ; mais sur d'autres individus, ou bien après l'action des réactifs, on finit par s'assurer que cette coque est composée tout entière de disques analogues à ceux du genre CypJioderm, mais extraordinairement petits, hyalins, arrondis ou ovales sans grande régularité. De plus, l'enveloppe est légèrement comprimée latéralement, mais seulement près de la face ventrale et des deux côtés de cette dernière ; vue en coupe, elle se présente alors comme vaguement triangulaire avec angles arrondis, l'un des angles correspondant à une indication d'arête antéro-postérieure qui court sur la face ventrale.

Le corps ne remplit qu'une partie de l'enveloppe; il offre cela de particulier, qu'en arrière on le voit très fréquemment relié à la paroi interne du fond de la coque par un

Cyphoderia lœvis. — 1. De face. — 2. De côté. — 3. Coupe transversale. — 4. Détails du fond de la coque, avec plasma clair rejoignant la paroi, et débris collés à l'extérieur. — ô. Coquille vide, vue par la face ventrale. - 6. Noyau.

GENRE CYPHODERIA 491

prolongement de plasma clair, cendré, rappellant le plasma de la houppe visqueuse des Amibes. Or l'extrémité de la coque, à l'extérieur, est dans cette espèce toujours et normalement recouverte d'un nombre restreint de petites particules arrondies, brillantes, qui sont agglutinées à la surface ; et l'on peut considérer comme très probable que le prolongement de plasma interne est chargé d'aller lubréfier le fond de la coque d'un mucilage visqueux, lequel passera entre les écailles et ira se répandre au dehors.

Le plasma renferme également toujours des grains brillants, soit en avant, soit en arrière, cristallisés ou non ; en arrière on en voit souvent de deux sortes, de très gros et de très petits, sans transitions dans leur volume respectif.

La vésicule contractile, antérieure, est très distincte, et comme dans la Cyphoderia calceolus elle arrive à un volume l'elativement énorme.

Le noyau, de forte taille, se voit entièrement rempli d'un plasma granulé, dans lequel on a peine à distinguer des nucléoles.

Les pseudopodes sont lins, droits, et attachent l'animal au sol avec une ténacité vraiment extraordinaire. Dans une marche rapide, il ne se développe dans la règle qu'un seul pseudopode, extrêmement long, large à sa base et très effilé à son extrémité ; ce pseudopode se fixe alors en avant par sa pointe, et attire tout l'animal à lui, soit en se rétractant sur toute sa longueur, soit même parfois en se repliant en zigzag (tig. 2).

Bien que cette intéressante petite espèce se trouve le plus souvent dans le lac, à 20, 30, 40 m. de profondeur, elle habite également les rivages (Pointe-à-la-Bise), et je l'ai récoltée, en individus parfaitement caractéristiques, au marais de Gaillard, déjà plusieurs fois cité connne renfermant quelques espèces du lac.

Au commencement de mes études, j'étais disposé à considérer la Cyphoderia Icevis comme une forme jeune, et très intéressante, soit du Campascus triqueter, soit de la Cyphoderm calceolus: mais il n'y a sans doute aucun rapprochement à faire entre ces espèces autre que les liens de parenté qui unissent toutes les formes d'un même genre.

Genre Fareiiglypha gen. nov.

Sur les rivages du lac à la Pointe-à-la-Bise, ainsi que dans un vivier d'eau claire à Florissant, puis au marais de Rouelbeau, j'ai récolté un petit Rliizopode qui à première vue semblait devoir se rapporter au genre EtKjlypha, mais qui en diffère en réalité totalement par la structure de sa coquille. Ce genre peut être caractérisé par l'existence d'une enveloppe allongée, entièrement formée de petites écailles arrondies ou ovales, inégales, à peine imbriquées, d qui se continuent jusqu'au sommet (V un prolonfjement ou tuhe caudal très étroit.

Les pseudopodes sont toujours filiformes.

l'areuglypha reticuJafa spec. nov.

L'enveloppe, légèrement jaunâtre, est allongée, i)yriforme ou fusiforme, non comprimée, très souvent un peu bosselée ou inégale dans ses contours (fig. 2), et étirée en arrière en une sorte de queue ou de pointe, acérée à son sommet. Cette enveloppe est composée d'écaillés rondes ou ovales, souvent irrégulières dans leurs contours, très petites (3-4 fj.), serrées les unes contre les autres ou imbriquées sans grande régularité, et cimentées par une matière chitineuse jaunâtre très claire (fig. 3).

Ces écailles se continuent jusqu'à l'extrémité du prolongement caudal, où elles deviennent toujours plus petites en se rapprochant de la pointe, pour ne plus apparaître finalement (pie connue des granulations plongées dans la matière chitinoïde, laquelle est plus claire dans cette région que sur le reste de la coque.

La bouche est terminale, ronde, parfois légèrement évasée ; elle est bordée par les

GENRE l'AREUGLYPHA

écailles rondes de l'enveloppe, souvent avec addition d'un dépôt de chitine qui peut la faire paraître déchiquetée ou lacérée sur ses bords.

Le plasma ne remplit pas l'enveloppe entière ; il renferme en avant de la nourriture jaunâtre, puis plus en arrière une zone de grains brillants, en avant du noyau. Ce dernier, grand et sphérique, est rempli d'un plasma granulé.

On voit en général deux vésicules contractiles, soit en avant, soit en arrière du corps.

Les pseudopodes sont filiformes, analogues à ceux des Euglypha.

Cette jolie petite espèce est rare ; je ne l'ai trouvée que dans trois stations, où elle était abondante, la Poipte-à-la-Bise et le vivier de M. Romieux à Florissant, puis le marais de Rouelbeau. Sa taille reste presque toujours entre 60 et 70. a, y compris la queue, laquelle est assez variable de longueur, mais atteint en général un peu plus du tiers de la longueur du reste de l'enveloppe.

Il est rare qu'on voie l'animal développer ses pseudopodes; dans la première station où j'ai trouvé l'espèce, je n'ai jamais réussi, malgré une longue obstination, à trouver des animaux en marche ; la plupart du temps on les voyait collés fortement par leur bouche à des amas de débris. Mais à la Pointe-à-la-Bise les animaux se sont montrés moins récalcitrants, et ce n'est qu'à ce moment ([ue j'ai pu me convaincre d'une manière certaine qu'il y avait là une espèce voisine du geiu'e Enfihjpha plutôt que des Rhizopodes à bras larges.

Pareuglypha reticulata. — 1. Forme habituelle. — 2. Autre individu. — 3. Détails de la surface. — 4. Corne postérieure.

Genre Emjhjpha DuJARDIN, 1841.

Dans les Eaulypha la coquille, toujours allongée, souvent comprimée latéralement, est entièrement composée d'écaillés siliceuses ovales, ou parfois arrondies, rarement cordiformes, mais toujours très régulières, et imbriquées les unes sur les autres dans un ordre parfait, de manière à former des séries alternes de dessins qui se présentent comme des hexagones. La bouche est termhiale, jamais relevée en collerette, circulaire ou elliptique, entourée d'écaillés marginales qui elles-mêmes sont pourvues en avant de denticulations régulières et caractéristiques pour chaque espèce.

Les pseudopodes sont très délicats, droits, souvent bifurques ou dichotomisés, jamais anastomosés.

Eiif/Ji/pha alveolata Dujardin (23).

Cette espèce, décrite pour la première fois d'une manière bien reconnaissable i)ar Dujardin en 1841, a reçu depuis ce temps-là les noms les plus divers, ou plutôt il faut dire que parmi les nombreuses formes décrites par Ehrenberg sous le nom de Diffluf/ia, il en est toute une série qui pourraient se rapporter soit à VEuglypha alveolata, soit aux autres espèces du genre : Leidy ne cite, comme sj'nonymes possibles de cette espèce, pas moins de 23 dénominations diverses dues à Ehrenberg, mais dont la plupart doivent en réalité concerner, non seulement le genre Etif/lypha, mais d'autres encore (Assulina, Cyphoderia, Trinema, Sphenodena), aussi me parait-il inutile de les citer, d'autant plus que depuis longtemps ils n'ont plus été employés.

Il n'en est pas moins certain que, s'il existe parmi les Rhizopodes des espèces très variables, c'est peut-être à VEuylypha alreolata qu'il faudrait céder la première i)lace comme polymorphisme. En réalité, il doit exister toute une série de formes qui diffèrent les unes des autres par des caractères trop peu accusés pour que nous puissions les se-

GENRE EUGLYPHA

parer, et le nom de Euglypha alveolata ne représente qu'un groupe auquel on est obligé de réunir tout ce qu'on ne peut pas préciser exactement.

Le type est toujours ovoïde, mais d'un ovoïde très allongé, à contours très réguliers ; la coque est ronde en coupe transversale, ou très faiblement comprimée ; le fond représente un dôme parfait; la bouche est ronde, terminale, bordée d'un cercle d'écaillés régulièrement dentelées, mais à système de denticulations différent suivant la variété à laquelle appartient l'individu (fig. 4, 5) ; toujours en tout cas la dent médiane la plus externe est un peu plus forte que les autres, et de là les denticulations, au nombre de 3, 4, ou 5 de chaque côté, divergent comme les marches descendantes d'un escalier à pente plus ou mohis rapide.

Parfois la seconde rangée d'écaillés, en arrière de la bouche, est également denticulée ; mais c'est là plutôt une exception. Quant à toutes les autres écailles de l'enveloppe elles sont toujours, soit rondes, soit bien plus souvent ovales, suivant la variété à laquelle on a affaire. Elles se montrent, prises une à une, légèrement rendées dans leur milieu, atténuées sur leurs bords, faiblement concaves vers l'intérieur, et imbriquées les unes sur les autres très régulièrement d'avant en arrière (celles de l'avant recouvrant celles qui les suivent en arrière), de manière à figurer des systèmes de dessins hexagonaux parfaitement réguliers.

On a cru pendant bien longtemps, et l'on croit encore parfois, à l'existence chez les Eughjpha de plaques he.ra//onaIes. Carter et Wallich ont été les premiers à y voir des écailles arrondies, et Schulze (107) a bientôt après, en 1874, reconnu le bien-fondé de

Euglypha alveolata. — 1. Aspect habituel. — 2. Autre individu; coque vide. — 3. Ecailles rondes. — 4. Ecailles de la bouche. — 5. Autre écaille de la bouche, avec denticulations. — 6. Ecailles ovales. — 7. Coupe transversale, au niveau des écailles de réserve (lesquelles sont représentées par erreur trop petites).

cette assertion. Hertwig et Lesser disent cependant à ce sujet (57), en 1874 également: « Carter explique les dessins hexagonaux dans ce sens, que des plaques ovales ou rondes « se recouvrent partiellement par leurs bords. On se représente alors que de cette manière « il peut résulter l'apparence de champs hexagonaux, et nous-mêmes pendant longtemps « nous avons fait la même supposition, jusqu'au moment où nous avons pu nous con- « vaincre qu'en réalité il y a là des plaques hexagonales, qui, il est vrai, peuvent fré- « quemment prendre en s'émoussant une forme arrondie. »

Hertwig et Lesser sont bien certainement dans l'erreur, et sans doute ils l'auront reconnu depuis. Non seulement les contours l'éguliers arrondis des écailles sont visibles parfois sur le vivant, par exemple sur des individus jeunes, mais il est facile d'isoler ces éléments, soit par écrasement, soit par l'effet des réactifs (acide sulfurique bouillant) qui dissolvent la matière cimentitielle. On peut isoler également les plaques de réserve trouvées fréquemment dans l'intérieur des coques, et on les voit ovales comme les autres, sans qu'il soit possible de supposer qu'elles aient jamais été émoussées.

En général VEuglypha alvcolata est complètement dépourvue d'aspérités ou d'aiguilles latérales; cependant il arrive parfois de rencontrer des individus munis de ces appendices, et qui semblent pourtant bien se rapporter à l'espèce.

Le corps ne remplit pas toute la coque; presque toujours on rencontre à la bouche un plasma clair très vacuolisé, puis vient une zone bourrée de nourriture, surtout en boulettes vertes, suivie elle-même d'une ceinture généralement assez franche de grains brillants, et enfin un plasma bleu pur, non granulé ou à granulations moins nombreuses et plus petites, qui renferme le noj'au. Ce dernier est toujours d'un très fort volume, mais la plus grande partie de son contenu est occupée par un suc nucléaire clair, et le nucléole, souvent central, souvent divisé en fragments (suivant la variété?) est en somme peu important par sa masse.

Citons encore dans le plasma la présence assez fréquente d'écaillés de réserve, arrangées autour du noyau suivant un certain ordre ; on peut souvent y distinguer les écailles qui formeront la bouche de la nouvelle coque, grâce à leurs denticulations, et constater en même temps que ces écailles sont régulièrement alignées les unes à côté des autres, leurs dents regardant le fond de la coque, c'est-à-dire, ayant déjà acquis la disposition qu'elles garderont plus tard.

GENRE EUGLYPHA 497

En général on voit deux vésicules contractiles, l'une près du noyau, et l'autre à la bouche; parfois on n'en aperçoit qu'une seule, et très rarement deux, parallèles l'une à l'autre.

Les pseudopodes sont très fins, très longs, droits, peu enclins à se diviser ou à se dichotomiser.

La taille est fort variable, la plupart des individus mesurant de 60 à 100 a. Leidy indique le chiffre de 30 à l!i2^; mais les limites extrêmes qu'il cite ont rapport à quelques individus seulement, qui probablement représentent plusieurs espèces, dont l'une se rapproche de VEuglypha aspera.

VEuglyplm dveolata se trouve partout, dans les marais, les étangs, les fontaines. Dans les mousses et les sphagnum, on ne récolte guère que des formes de petite taille.

Euglypha aspera Penard (89).

Dans cette belle Euglypha, l'enveloppe est ovoïde, généralement moins allongée que dans l'espèce précédente, très régulière dans ses contours, mais dentée en scie sur sa longueur, et composée d'écaillés siliceuses hyalines, en forme d'écusson, munies sur leur face externe d'une arête longitudinale plus prononcée en arrière.

La bouche est terminale, grande, composée d'écaillés analogues aux précédentes, mais qui décrivent à leur partie antérieure une courbe convexe relativement peu prononcée et à denticulations fines et nombreuses.

Le plasma est grisâtre, rempli de granulations brillantes, souvent d'écaillés de réserve. Le noyau est rond, clair, grand, avec un nucléole central bleuâtre.

Les pseudopodes sont très longs et ténus, souvent très nombreux et radiés, parfois plus gros, mais toujours filiformes. On remarque une vésicule contractile, généralement près du noyau, et sans doute il doit en exister une autre près de la bouche, mais que je n'ai pas aperçue.

\J Euglypha aspera est de beaucoup le plus grand et le plus beau représentant du genre. La plupart des individus montrent une longueur à peu près constante de 1 50 à

170 (U. Parfois cependant la taille est moins forte, et alors compensée par une largeur plus grande; d'autres fois, mais rarement, la longueur est supérieure à 170 ,/.

Les Euqlypha sont caractérisées par des écailles siliceuses ovales; cependant Leidy les indique comme étant parfois « cordiformes, » et il fait suivre cette expression d'un point d'interrogation. Une des figures de l'ouvrage de Leidy montre une coquille iVEuf/lyplia, la plus grande de toutes celles que représente la planche, qui se rapprocherait

de celle de VEufflypha aspera. Peut-être Leidy a-t-il vraiment entrevu cette espèce, mais alors la figure qu'il en donne serait défectueuse, et il est peu probable d'ailleurs que VEuglypha aspera, caractéristique de la profondeur, se retrouve dans les marécages d'où provenait cette coquille. Leidy indique également, comme limite extrême chez les plus belles Euglypha, une longueur de 152 u., qui ne pourrait concerner pour VEuglypha aspera du Léman que des individus relativement petits '.

Quoiqu'il en soit, VEuglypha que nous étudions maintenant mérite certainement une place à part parmi toutes ses congénères. Les écailles, élégantes, rappellent celles de certains papillons, ou bien encore un écusson, cordiforme-quadrangulaire dans ses contours généraux, mais dont les bords, droit et gauche, un peu arqués, iraient en divergeant très faiblement d'avant en arrièi'e, tandis que le bord antérieur, d'abord arrondi à ses angles, se creuserait, mais d'une manière à peine sensible (quelquefois pas du tout) dans sa partie médiane en un arc rentrant. Le bord postérieur au contraire s'arrondirait en un arc convexe à peine prononcé, terminé par une petite pointe. Cette pointe ellemême n'est que l'extrémité d'une arête médiane d'abord faible puis plus prononcée en arrière, qui suit l'écaillé dans son milieu. L'aiguillon fait alors légèrement saillie sur la coque dont la surface est par là couverte de denticulations dirigées en arrière.

Euglypha aspera. — 1. Aspect habituel. — 2. Une des écailles de la bouche. — 3. Une des écailles ordinaires.

' Dans le lac de Thoune, VEiiglyphn aspeni, nettement caractérisée, est par contre d'une tail toujours inférieure à celle du Léman.

GENRE EUGLYPHA 499

Les écailles qui bordent la bouche sont un peu différentes, plus arrondies dans leurs contours, et le bord libre de chacune figure une dent obtuse échancrée elle-même de nombreuses encoches, de manière à présenter l'apparence d'une dent de requin. Les écailles de la seconde rangée, et souvent même celles de la troisième, sont également denticulées à leur bord antérieur. La longueur des écailles est en général de 18 u, mais elles deviennent plus courtes vers le fond de la coque, et en même temps plus trapues.

La coque, toute entière, vue d'arrière en avant, est parfaitement arrondie, mais se voit creusée sur tout son pourtour de petits arcs rentrants par le fait de la structure particulière des écailles.

Je n'ai rencontré cette espèce que dans les lacs de Genève et de Thoune, et seulement dans la profondeur, à 35, 40, 50 mètres, où elle est d'ailleurs toujours rare K

Euglyplm ciUata Ehrenberg spec.

Diffliigia ciliata Ehrenberg l

On pourrait faire à propos de cette espèce les mêmes observations que pour YEur/li/plia alveolata : VE/if/iypJia ciUata représente probablement un groupe, renfermant un certain nombre de petites formes que l'on trouve un peu partout, et surtout dans les mousses et les sphagnum. Ces vai'iétés, différentes par des détails difficiles à analyser, et qui concernent la taille, la forme des écailles de la bouche, celle des épines, ainsi que la répartition de ces dernières sur la coque, se rapprochent les unes des autres par deux caractères communs : la compression latérale de la coquille, et l'existence d'aiguilles implantées à la surface de cette dernière.

L'enveloppe est ovoïde, généralement allongée, renflée en arrière, comprimée, avec des bords latéraux soit arrondis, soit formant une arête plus ou moins prononcée, de sorte que la coupe transversale doime une figure elliptique ou lenticulaire.

' Tout dernièrement, et pendant la correction des épreuves, j'ai récolté à Rouelbeau une Euc/lyjilia qui ne diffère de VEugl. aspera que par des écailles moins différenciées dans leur forme, mais revêtant la figure d'un écusson, par des contours moins rugueux, et par une taille de beaucoup inférieure (77 jn).

^ Monatsber. der kônig. preuss. Akad. Berlin, 1848.

Cette enveloppe est hyaline, incolore; mais dans une récolte spéciale, faite au commencement de l'hiver, et oîi les individus, très nombreux, à plasma jaunâtre, étaient retirés au fond de la coque, toutes ces coques étaient devenues jaunes à cause d'un fort dépôt chitineux ; la surface paraissait alors simplement réticulée, à fortes nervures.

Cette coquille est recouverte d'aiguilles plus ou moins fines et plus ou moins longues, rarement disséminées sur toute la surface et alors peu serrées, bien plus souvent disposées

en une seule ligne le long de la nervure latérale qui fait le tour de la coque. Très fréquemment elles forment une série double, par le fait qu'elles prennent naissance à intervalles réguliers sur cette nervure, par groupes de deux aiguilles qui partant du même point s'écartent l'une de l'autre par leur sommet. Quelquefois par contre on trouve des individus qui ne possèdent qu'un nombre très restreint d'aiguilles, ou même qui n'en portent plus une seule.

La bouche possède une ouverture ovale,

entourée d'une ligne d'écaillés dentelées

sur leurs bords, et ta denticulations variables suivant la variété à laquelle appartient

l'animal; le plus souvent ces denticulations sont peu nombreuses, deux ou une seule de

chaque côté d'une dent médiane arrondie.

Les plaques qui forment la coque sont ovales ou rarement rondes, minces, et divisent la surface en alvéoles hexagonaux généralement très nets.

Le plasma, ainsi que les pseudopodes, est conforme à celui des genres précédents. On trouve dans la règle deux vésicules contractiles, une près du noyau et l'autre à la bouche. Le noyau est grand, et renferme, soit un gros nucléole, arrondi, soit plusieurs fragments nucléolaires.

La taille est toujours assez faible, et le chiffre de 70 fx concernerait des individus plutôt supérieurs à la moyenne. Leidy indique un maxinuim de 100 // en longueur, mais

Euglypha ciUata. — 1. Conjugaison, trapue. — .3. Ecailles de la bouche

GENRE EUGLYPHA 501

il a fait rentrer dans son Eu(/Iypha ciliata VEuglypha coiHpressa de Carter, qui représente en réalité une espèce bien autonome et dont la taille est plus forte.

J'ai trouvé une fois cette espèce en cours de division, et comme c'est là un phénomène qui n'a pas été fréquemment observé, on me permettra d'y revenir avec quelques détails.

Au moment où le couple s'est tout d'abord présenté, l'enveloppe jeune, légèrement inférieure de taille à l'ancienne, était déjà, en apparence au moins, complètement formée. Ou la voyait presque remplie de plasma très vacuolisé, lequel renfermait des boulettes de nourriture, des débris de toutes sortes, des grains brillants, mais pas de noyau, ni de vésicule contractile. Ce plasma tout entier était animé d'un mouvement de brassage, tandis que dans le vieil individu on n'en remarquait pas; ce dernier par contre possédait un noyau démesurément élargi, à sa place normale, puis une immense vésicule contractile.

Un peu plus tard le noyau s'allongea, et la membrane nucléaire parut se déchirer aux deux pôles, puis fut rejetée sur le côté sous la forme d'une pellicule brillante, ratatinée, où elle resta bien visible un instant encore, pour se résorber finalement.

A ce moment il commença à s'établir entre les deux animaux, tous deux passablement vacuolisés, un mouvement de brassage très vif, le plasma paraissant passer de l'individu a à l'individu b, et de h h a comme sous l'action d'un courant en 8 de chiffre, avec croisement au niveau du point de soudure des individus. En même temps il se forma une vésicule contractile dans le jeune, et chaque individu se trouva alors muni de cet organe. Quant au noyau on n'en apercevait d'abord pas trace, ni dans l'un ni dans l'autre des animaux ; mais un peu plus tard on put voir dans chacun des deux plasmas une tache grise, qui se dirigeait vers le fond. Enfin cette tache s'arrondit, il se forma une fine membrane, et l'on vit nettement apparaître dans chaque individu un noyau bien caractérisé, avec suc nucléaire, et nucléole central, globuleux dans un des exemplaires, et dans l'autre à contours encore malformés.

Le phénomène tout entier avait duré une heure et demie environ. J'ajouterai que les deux individus étaient en croix l'un sur l'autre, c'est-à-dire que, bien que prolongés tous deux sur une seule ligne droite, l'un d'eux se présentait à la vue par son petit côté et l'autre par son côté large. C'est du reste après avoir trouvé, soit dans cette espèce soit dans d'autres encore, des individus conjugués ou en division, ce que j'ai constaté devoir être

la règle générale; ruii des individus est plus ou moins en croix sur l'autre, et probablement le fait provient-il de ce que s'ils s'alignaient de manière à faire correspondre parfaitement leurs mêmes faces, les dents de la bouche n'engrèneraient pas parfaitement l'une dans l'autre. La tig. 1 montre les deux individus dont il vient d'être question, tels qu'ils étaient une fois la division complètement achevée *.

Ij'FAifilyplia ciliata, que l'on j)eut trouver partout sous des formes quelcpie peu variées, est avant tout caractéristique des sphagnum et des mousses. La tig. 2 représente une variété très fréquente dans les mousses, à coque large, et légèrement jaunâtre, et (pii se rapproche beaucoup de l'espèce dont la description va suivre.

Euglyplia strif/osa Ehrenberg spec.

Bifflugm strigosa? EhrenbergI

Euf/J'i/2^ha heterospina i. p. Penard (85).

Après avoir décrit cette forme spéciale sous le nom de Eu(/Ji/pha str'ujosa^, Leidy l'a réunie plus tard à VEuglypha dilata, et dans son grand ouvrage la mentionne dans les termes suivants :

« Avec la forme caractéristique on en rencontre associée, dans nos marécages à « sphagnum, une autre dont la coquille est plus ou moins recouverte d'épines ou de poils « délicats, sauf sur une zone d'étendue variable contiguë à la bouche. Cette forme velue « a été indiquée par Ehrenberc; sous le nom de Diffliif/ia strigosa...., et peut être regar- « dée comme une variété, avec la dénomination de Euglypha strigosa. »

Après avoir de mon côté décrit cette espèce en 1890 sous le nom de Euglypha stri-

* Dans deux autres occasions j"ai pu assister à des phénomènes de division identiques dans leurs grands traits à ce que je viens de décrire, mais oii le noyau a paru résorber sa membrane sans qu'il en restât de trace même temporaire comme dans le cas précédent. 11 est probable que dans cette occasion particulière la membrane nucléaire avait été dissoute plus vite d'un côté que de l'autre, et s'était ouverte pour laisser échapper son contenu, en retombant elle-même comme un lambeau sur le côté.

^ Abhand. Ak. Wiss. Berlin 1871.

^ Proceedinffs Ac. Nat. Se. Phil. 1878.

GENEE EUGLYPHA

gosa Leidy, j'avais plus tard renoncé en principe à la considérer comme espèce, et je comptais, dans le cas où je la retrouverais à Genève, la mentionner simplement comme une variété de VEugh/j^ha ciliata; mais après l'avoir revue et examinée sous toutes ses faces, je crois qu'il y a bien là une espèce parfaitement autonome, qui, si elle présente de grands rapports avec la précédente, s'en distingue cependant constauiment par des caractères qui la feront toujours reconnaître sans trop de difficulté.

L'enveloppe, assez fortement comprimée, présente une face large pyriforme, d'une apparence que ne montrent pas les autres espèces, et cette ai^parence est due à ce que les écailles de la bouche sont en arrière particulièrement épaisses, et font saillie sur la surface générale connne une couronne. En même temps ces écailles buccales sont

soudées les unes aux autres par un bourrelet de matière cliitinoïde qui se voit comme un anneau ondulé courant le long de leur base (fig. 3). L'ouverture buccale est relativement petite et presque ronde malgré l'aplatissement de la coque.

Les écailles qui forment cette dernière sont petites, ovales-arrondies, et fortement soudées les unes aux autres par un ciment hyalin ou jaunâtre clair particulièrement abondant dans cette espèce. A la bouche, ces écailles sont terminées par une dent forte, proéminente, arrondie à son sommet, flanquée de deux autres plus petites ta gauche et à droite; parfois cependant ces écailles sont si bien imprégnées de chitine que les denticulations se voient à peine.

Enfin cette espèce est caractéristique par la présence de soies ou aiguilles rigides, très courtes, très nombreuses, qui couvrent toute la coquille sauf dans la région adjacente à la bouche, aussi bien sur les faces larges que sur les côtés, où pourtant elles sont souvent plus nombreuses. Fréquemment elles sont doubles. tui-imVs de deux aiguilles, i)artaiit d'une même base et divergentes.

Euglypha strigosa. — 1. Décote, face large; l'animal est retiré dans l'enveloppe, protégé par un diaphragme. — 2. Vue par la face orale. — 3. Ecailles de la bouche, avec bourrelet chitineux. — 4. Noyau. — 5. Kyste.

Quant au plasma, il n'offre aucun trait qui lui soit particulier; on y voit une, ou deux vésicules contractiles (une près du noyau et une à la bouche), et un noyau qui normalement renferme plusieurs nucléoles, trois ou quatre (fig. 4), irrégulièrement globuleux.

Les pseudopodes sont très longs et fins, souvent dichotomisés, nombreux.

La taille varie de 55 à 71 ij., et la plupart des individus s'écartent peu du chiffre de 60 IX.

Ij' Etufhjpha strù/osa habite les sphaginim, mais elle est plus caractéristique encore des mousses, soit de celles des bois, soit des mousses aquatiques.

Souvent on y trouve le plasma retiré au fond de la coque, et durci à sa surface en une pellicule hyaline, puis protégé par un diaphragme chitineux, accompagné ou non de résidus de nourriture. La fig. 5 montre un kyste véritable, tel qu'il a été trouvé dans un cas spécial. Il était sphérique, mais recouvert d'une seconde membrane externe, relevée à intervalles parfaitement égaux et éloignés de 60 degrés l'un de l'autre, sous forme de lobes pointus qui semblaient appuyés chacun sur un trabécule de soutien.

Euqh/pha hracJiiata Leidy (67).

Euglypha setigem Perty i. p. (92).

Euglypha hrachiata Leidy, PI. XXXVII, fig. 5-10?

Euglypha alveolata Leidy, PI. XXXV, fig. 7, etc.

Sous le nom de Euglypha hrachiata, Leidy décrit un animal dont la coquille est pourvue de deux à six longues épines, qui partent du col, et qui divergent de là en s' éloignant de la bouche. (PL XXXVII, fig. 5 à 10.) Par contre, il figure comme se rapportant à VEuglypha alveolata un certain nombre d'exemplaires pourvus de longues épines qui prennent naissance sur le fond de la coque. (PI. XXXV, fig. 7, et d'autres.)

Bien que je n'aie pas rencontré la forme typique hidiquée par Leidy sous le nom de hrachiata, et tout en regardant cette forme conmie spécifiquement distincte de VEuglypha a,lveolata, je ne me crois pas autorisé à séparer l'une de l'autre les deux formes épineuses de Leidy, sauf à les considérer comme deux variétés distinctes.

GENRE EU6LYPHA

En effet cette forme à fond épineux, qui en tout cas n'a rien à faire avec VEnfjlyj^ha alveolata, est très variable sous le rapport de ses épines, qui peuvent prendre naissance parfois aussi bien en arrière qu'en même temps sur le milieu du corps, en deux rangées successives, et se présenter sous différents aspects. De plus cette forme elle-même, comme on le verra tout à l'heure, peut être considérée comme présentant au moins deux variétés bien tranchées (fig. 1, fig. 6), et en somme la distinction entre ces différentes variétés reliées les unes aux autres par des transitions, est hérissée de tant de difficultés, qu'il me semble avantageux de considérer au moins provisoirement toutes ces Engiypha à épines longues, peu nombreuses, divergentes, sous le seul nom de Euf/li/jjha hracJiiafa.

La forme que j'ai rencontrée le plus fréquemment et que pour plus de clarté je considérerai ici comme une variété sous le nom de « var. fle.mosa, » est caractérisée par la présence d'épines très longues (fig. 1,3,4), qui peuvent an'iver parfois jusqu'à atteindre les trois quarts de la longueur de l'enveloppe proprement dite', et qui sont toujours plus on moins fle.rueuses, jamais tout à fait droites.

Euglypha hrachiaia. — 1. Var. flexuosa. — 2. Ecailles île la bouche. — 3. Coupe de la membrane et d'une aiguille, de coté. — 4. Vue d'en haut, avec kyste interne. — 5. Arrangement des écailles. — fi. Var. bremspina. — 7. Une des écailles à prolongement. — 8. Individu renfermant un kyste. — 9. Détails du kyste. — 10. Un kyste vide et ouvert à son sommet.

Souvent la lonf;ueur de ces aiguilles est bien supérieure à celle que re|)r(''sentent les fig'. 1, 3 et 4.

Ces épines ne constituent pas des éléments distincts, mais ne représentent qu'une prolongation de certaines écailles de la coque, qui au lieu de rester arrondies comme leurs voisines, s'étranglent en arrière, puis s'étirent en une lame qui finit par devenir filiforme (fig. 3, où l'enveloppe est vue de coupe). Souvent les écailles ainsi prolongées partent du tiers postérieur de la coque, au nombre de 4 à 6, rarement toutes à la même hauteur; fréquemment aussi on en trouve deux rangées, la seconde partant à peu près du milieu de l'enveloppe; enfin, beaucoup plus rarement, il peut en exister une troisième rangée, alors tout à fait antérieure.

A part l'existence de ces aiguilles, l'enveloppe de cette variété flexuosa se distingue de celle de VEuglypha alveolata par une forme relativement plus étroite, plus allongée, et plus cylindrique, les côtés droit et gauche figurant des lignes presque droites. En même temps la disposition des écailles sur la coque est toute particulière, et ces écailles y forment en apparence, non plus des séries entrecroisées, mais des séries longitudinales parallèles, et le fait provient de ce que les écailles ne sont imbriquées que par leurs côtés, ne se touchant plus par leurs bords supérieur et inférieur (fig. 5)'.

Quant à la seconde variété, qu'on pourrait appeler « hrevispina, » les aiguilles y sont plus courtes, et partent toujours, sur une seule rangée, au nombre de quatre (rarement de trois ou de cinq), d'une région postérieure de l'enveloppe. Elles sont droites ou <à peine flexueuses, larges et fortes, pointues, ou bien, très souvent aussi, tronquées à angle droit à leur sommet (fig. 6, 7). Comme dans le cas précédent, elles ne représentent qu'une prolongation de l'écaillé.

La coquille est plus arrondie que dans la var. flexuosa, plus ou moins allongée ou courte, et les écailles y sont disposées en séries dans lesquelles le caractère longitudinal ne prime pas nettement le caractère diagonal.

Dans les deux variétés qui viennent d'être décrites, les écailles de la bouche sont très finement denticulées (fig. 2), souvent sur deux rangs.

Le plasma, les pseudopodes, les vésicules contractiles, n'ott'rent pas de traits particuliers. Le noyau, dans quelques rares exceptions oîi j'ai pu l'examiner dans son contenu, renfermait plusieurs nucléoles, de tailles variées.

' Il peut y avoir des variantes, mais c'est là le type normal.

GENRE EUGLYPHA 507

Dans une de mes pêches, du 7 avril, on rencontrait un grand nombre d'individus enkystés, appartenant à la var. hrevispina. La coquille, protégée par un diaphragme transversal, renfermait un kyste ovoïde, d'un jaune violacé, formé de petites écailles épaisses, solidement et régulièrement imbriquées (fig. 8, 9). A l'intérieur de ce premier kyste s'en trouvait un second, sphérique, entouré d'une membrane hyaline, laquelle était elle-même recouverte, en tout ou en partie (par exemple sur un hémisphère), d'une peau rugueuse, ponctuée de granulations ou poussières très fines d'un brun rosé. L'intérieur était rempli de grains brillants jaunâtres (grains d'excrétion?), puis d'amidon; parfois, mais rarement, on y voyait un noyau, avec nucléoles noyés dans le suc nucléaire. Enfin cette masse sphérique ou kyste vrai était reliée au kyste externe ovoïde, et toujours au petit bout de ce dernier, par un pédoncule, ou colonne bleuâtre, rigide en apparence, très épaisse, et qui semblait faite de plasma coagulé.

Par-ci par-là dans la même pêche on trouvait des kystes libres, souvent vides, sous forme de coquilles ovoïdes ouvertes par leur petit bout, à ouverture régulière et ornée d'écaillés à bords non denticulés, et qui auraient pu facilement être pris pour des représentants d'une espèce spéciale d^Euglypha (fig. 10).

VEuglypha brachiata, avec les deux formes en tout cas sous lesquelles elle vient d'être décrite, n'est pas rare dans les marécages. Je ne me rappelle pas, par contre, l'avoir jamais rencontrée dans les sphagnum. Sa taille varie d'une manière générale entre 60 et 80 u, non compris les aiguilles \

Euglypha compressa Carter (17).

Euglypha cïliata Leidy i. p. (67).

Euglypha ampuUacea? ^AEKïy^id et Lesser (57).

Difflugia cïliata Ehrenberg i. p.

Leidy considère cette espèce comme ne représentant qu'une des formes de VEughj-

' Dans quelques rares occasions, j'ai rencontré des individus se rapportant à VEuf/l/jpka ulceolnln, mais dont l'une ou l'autre des écailles postérieures était prolongée en épines.

pha ciliata, et les descriptions, soit de Carter, soit de Sciiulze, ne sont, il faut le dire, pas suffisamment explicites pour permettre d'y reconnaître une autonomie bien nette de l'espèce.

Il est certain pourtant, à mon avis, que cette Euf/lypha présente des caractères qui n'appartiennent qu'à elle, dont chacun pris en particulier n'a peut-être pas une valeur de

première importance, mais qui ajoutés les uns aux auti'es et se corroborant sur chaque individu, permettent de distinguer dans cet organisme une espèce indépendante, et facile à détenniner.

L'enveloppe, de grande taille, est ovale allongée, souvent légèrement jaunâtre, formée d'écaillés elliptiques très régulièrement imlnùquées, et soudées les unes aux autres par une proportion de matière cimentitielle plus forte que dans les espèces précédentes.

Cette abondance de ciment forme un des traits caractéristiques de l'espèce; grâce à elle, les bords arrondis des écailles disparaissent complètement à la vue, et la coque se voit recouverte d'aréoles hexagonaux très nets et à côtés formés de lignes droites (fig. 3, 4). Mais en examinant avec grande attention des coquilles cassées, on peut voir, sur les écailles qui bordent la cassure (fig. 5), que ces écailles sont en réalité elliptiques, à contour très délicat, mais que la zone de soudure, plus épaisse, plus visible, un peu jaunâtre, forme sur chaque écaille un cadre hexagonal à bords droits.

On peut ajouter également que, tandis que dans les autres espèces la coquille se brise

Euglypha compressa. — 1. Aspect habituel. — 2. Coquille vue de coté. — 3. Fragment de la coque, sur les bords. — 4. Dessins de la surface sur le côté de la coque, avec arête centrale médiane — 5. Quatre écailles détachées, avec matière cimentitielle adhérente. — fi. Variété Large. — 7. Même variété, vue d'en haut.

GENRE EUGLYl'IIA 509

pour ainsi dire toujours suivant une ligne crénelée due aux contours des écailles, dans VEmjlypha compressa il arrive souvent que la ligne de cassure est toute droite, traversant les écailles par leur milieu, et le fait provient sans doute de cette forte proportion de matière cimentitielle, unissant les plaques d'une manière particulièrement effective, qui fait qu'elles se cassent dans leur milieu plutôt que de se dessouder.

L'enveloppe est dans cette espèce fortement comprimée, et les deux faces larges se rejoignent sur les côtés en y formant une arête bien franche. Cette arête fait alors le tour de la coquille, sous la forme d'un filet presque droit, ou à peine brisé en zigzags très faibles, et les aréoles qui bordent cette arête peuvent être comparés à des pentagones, dont un côté beaucoup plus long que tous les autres est adjacent à l'arête et représente deux des côtés de l'hexagone primitif fondus en un seul ruban de matière cimentitielle (tig. 4).

De plus, VEuf/lypha œmpressa est normalement pourvue d'aiguilles, toujours latérales, qui prennent naissance sur l'arête, et toujours sur une nervure. Ces aiguilles, qu'on ne peut pas homologuer à celles de VE/tc/Jypha hrachiata, ne représentent pas une prolongation des écailles, mais plutôt peut-être des écailles entières profondément modifiées. Elles sont, normalement, terminées par un bouton à leur base, puis étranglées, et renflées en un corps fusiforme pointu à son extrémité, très légèrement comprimé en forme de lame. Le plus souvent ces aiguilles prennent naissance par faisceaux de deux, trois ou quatre, divergeant d'une même base (fig. 7). Il faut ajouter que parfois on rencontre des exemplaires qui ne montrent d'aiguilles que sur un seul des côtés, ou, plus souvent encore, qui n'en portent pas du tout.

La bouche est grande, à ouverture elliptique, et bordée de plaques pourvues chacune d'un nombre restreint de dents arrondies, en général deux de chaque côté d'une dent centrale proéminente.

Le plasma est identique à celui des Euglypha en général ; il est souvent tout bourré de grains extrêmement petits. Le noyau est grand, et renferme dans la règle un nombre restreint de nucléoles disséminés dans la masse.

La figure 6 représente une forme qui s'est trouvée fort abondante dans une localité spéciale, aux Pitons ; les individus, tout en revêtant jusque dans leurs moindres détails les caractères de VEucfbjpha compressa, y étaient pour la plupart d'une largeui- exceptionnelle.

FAUNE RHIZOPODiyUE DU BASSIN DU LÉMAN

VE'uglypha compressa est une espèce de taille relativement forte, variant de 70 à 100 y.. Elle semble être exclusivement propre aux sphagnum, où il est rare qu'on ne constate pas sa présence.

Euglypha filifeia Penakd (85).

Dans cette espèce, la coque est ovoïde allongée, très régulière dans ses contours, souvent un peu pointue en arrière, toujours légèrement comprimée, claire et transparente. Elle porte, sur ses faces latérales seulement, une ligne d'aiguilles fines et très longues (souvent aussi longues que le diamètre de la face large de la coque), droites ou

légèrement recourbées au sommet, toujours très peu nombreuses, et souvent disposées par paires.

La bouche est terminale, arrondie, pas très grande, et garnie d'écaillés finement dentées (fig. 4).

Le plasma et les pseudopodes sont conformes à ceux du genre ; le noyau renferme dans la règle plusieurs nucléoles.

La longueur varie entre 55 et 65 [i.

Cette espèce est plutôt rare. Je l'avais trouvée en 1890, à Wiesbaden, dans les sphaignes et les mousses de deux localités difierentes. L'année dernière, je l'ai récoltée aux Pitons, dans les sphagnum, puis à la Pointe-à-la-Bise, parfaitement identique à celle de Wiesbaden. On trouve parfois des individus absolument dépourvus d'aiguilles, mais ce fait n'empêche pas, à mon avis, V Euglypha fiUfera de repi-ésenter une espèce parfaitement autonome.

an

Euglypha filifera. — 1. Forme habituelle. — 2. Variété. — 3. Même variété, en coupe, vue d'en haut. — 4. Ecailles de la bouche.

GENRE ETTGLYPHA

Euglypha cristata LEroY (67).

Cette jolie petite espèce possède une enveloppe toujours très allongée, très peu ou pas du tout comprimée latéralement, presque tubulaire, légèrement renflée en aiTière puis quelque peu étranglée au col. Elle est composée de grandes écailles ovales, imbriquées fortement et très régulièrement par leurs côtés, et à peine ou pas du tout par leurs sommets (fig. 3), de manière à former des séries longitudinales alternantes. Les zones d'imbrication se voient comme des

aréoles elliptiques lancéolés, formant des dessins de pétales en croix très nets et délicats.

La bouche est ronde, bordée de cinq ou six écailles seulement, recourbées vers l'intérieur, ornées de dents extrêmement fines.

Le fond de la coque est terminé à l'extérieur par un seul faisceau d'aiguilles fines et allongées, divariquées, parfois presque tangentes à la surface,

et dont chacune n'est que la terminaison d'une des écailles, étirées et rétrécies, de cette partie de l'enveloppe (fig. 4) '.

Les pseudopodes sont extraordinairement fins, et l'animal les déploie rarement. Le noyau renferme un nucléole central, globuleux, de faible taille.

La figure 2 représente un exemplaire qui porte à la bouche un bouquet d'écaillés de réserve, symétriquement disposées.

On rencontre assez fréquemment des individus pareils à ce dernier, ce qui pourrait peut-être indiquer que dans cette espèce l'animal porte sa provision d'écaillés à

Euglypha cristata. — 1. Aspect habituel. — 2. Exemplaire avec écailles de réserve à la bouche. — 3. Dessins de la coque. — 4. Arrangement des écailles spiniformes.

' Leidy a trouvé quelques individus dépourvus d'aiguilles.

l'extérieur, comme dans quelques autres Rhizopodes (Difflugia elegans, Pseudodifflugia fasciculata), où l'espace interne est relativement trop faible pour contenir la provision. (C'est alors là ce que Rhumbler a appelé « Accumulation extrathalame du matériel de la coquille. »)

UEuglypJia cristata est toujours de petite taille, mais très variable suivant la localité. En général les individus mesurent de 35 à 55 fz. A la tourbière de la Pile, j'en ai trouvé de plus grands, de 70 u. Leidy indique également les limites de 40 à 72 u.

Cette espèce se trouve dans les sphagiuim, où elle manque d'ailleurs souvent.

Euglypha Icevw Perty (92).

Eughjjiihay Vejdovsky (114).

On rencontre fréquemment dans les sphaignes, les mousses, les marécages, toute une série A'Eiiglypha très petites qu'on a peine à distinguer les unes des autres autrement

que par leur taille, mais qui peut-être représentent différentes formes indépendantes.

C'est pour une de ces formes que Perty avait créé le nom de Euglypha lœvis.

Je crois devoir considérer comme se rapportant probablement à VEugîgpha lœvis de Perty une espèce qui en même temps semble être identique à une forme indiquée brièvenieiit par Vejdovsky sous la dénomination de Euglypha y, et qui me paraît en tout cas pouvoir être qualifiée de réellement autonome. C'est une petite espèce, ovoïde allongée, légèrement comprimée, très régulière dans ses contours, lisse mais parfois pourtant, et très rarement alors, ornée sur les côtés de quelques aiguilles fines.

Elle se distingue des autres Euglypha tout d'abord par le fait que ses écailles ne

Euglypha Isvis. — 1. Forme habituelle. — 2. Autre individu, plus grossi, enkysté.

GENRE PLACOCYSTA 513

sont, dans leur généralité, visibles que dans certains cas rares et particuliers, sauf sur les bords de la coque, où on les voit de trancbe, et ofi l'on peut s'assurer qu'elles imbriquent régulièrement, et qu'elles sont particulièrement renflées à leur partie antérieure (dans d'autres espèces elles présentent souvent cette apparence renflée, mais pas aussi nette qu'ici). Ce renflement est surtout sensible dans les écailles de la bouche, dont chacune se présente à la vue comme une dent brillante, arrondie en un coussinet épais, et dépourvue de denticulations partielles. Ces dents de la bouche, toujours brillantes sur leurs bords, constituent le caractère le plus important pour la détermination de l'espèce.

Le plasma, les zones de granulations internes, les deux vésicules contractiles, les pseudopodes très fins, ne présentent rien de particulier. Le noj'au renferme mi nucléole petit, globuleux.

La taille est très variable, de 35 à 60 fx. On rencontre cette espèce de temps à autre, soit dans les marécages, soit dans les tourbières à sphagnum, où elle semble acquérir la taille la plus forte.

Comme je le disais plus haut, on a fréquemment l'occasion d'examiner, dans les stations les plus difl"érentes, des Euglypha de taille extrêmement petite, sans qu'on puisse y trouver, comme dans l'espèce précédente, des caractères suffisamment précis pour prêter à une détermination de quelque exactitude. C'est à l'une de ces petites formes, de 20 à 25 fi de longueur, qu'il faudrait rapporter celle qu'en 1890 j'avais assimilée à VEuglypha minima de Perty, et que j'ai retrouvée plusieurs fois l'année dernière, dans différents étangs des environs de Genève. Mais je suis actuellement porté à croire que V Etiçilypha minima de Perty se rapporte en réalité au geiu-e CorytMon (Cor.puJcheUum) ; et quant à cette petite forme, elle est trop indécise pour pouvoir être décrite sous un nom spécial.

Genre Placocysta Leidy.

Leidy décrit la Placocysta comme revêtue d'une coquille ovale, comprimée, hyaline, pourvue d'une arête aiguë sur ses bords ; la bouche est terminale, elliptique, à lèvre lisse et non dentée, mais avec des commissures aiguës.

A ces caractères, Leidy en ajoute un autre, consistant dans la présence d'épines articulées, qui revêtent les bords et le fond de la coquille.

L'existence d'aiguilles ne me semble pas constituer un caractère suffisamment important comme attribut générique, aussi joindrai-je ici au genre Phcocysta un organisme qui répond de tous points à la diagnose de Leidy, mais toujours dépourvu d'aiguilles.

Phcocysta Uns Penard spec.

Euglypha Uns Penard (89).

Cette jolie espèce habite le fond du Léman, où elle est rare; j'en ai également retrouvé un exemplaire sur le rivage, à la Pointe-à-la-Bise.

Vue de face, l'enveloppe est largement ovale, parfois presque ronde, terminée en

avant par une large troncature. Cette enveloppe est fortement comprimée, et ses deux faces larges forment en se rejoignant une arête bien nette, qui fait le tour de la coquille. Vue en coupe, soit transversale, soit longitudinale, elle figure alors une lentille biconvexe presque parfaite.

Elle est admirablement transparente, incolore, et formée de plaques elliptiques, minces, inégales de grandeur, et imbriquées d'avant en arrière sans grande régularité. Bien que ces écailles existent toujours, ce n'est qu'avec la plus grande difficulté qu'on peut les distinguer, et la plupart du temps on ne se rend compte de leur présence que par l'apparence spéciale de la membrane vue par la tranche. En approchant de la bouche, les écailles deviennent très petites, rondes, et toujours plus enchevêtrées les unes dans les autres, sans aucune régularité dans leur imbrication.

Placocysta Uns. — 1. De face, — 2. De côté. — 3. Noyau.

GENRE PLAUOCYSTA 515

On ne les aperçoit au premier abord pour ainsi dire jamais sur le vivant; mais leur structure ressort plus nettement dans une préparation au baume, et l'on voit qu'elles arrivent jusqu'auprès des lèvres, où elles disparaissent enfin complètement à la vue.

L'orifice buccal, étroit, linéaire, mais très allongé (fig. l, 2), semble bordé par une lèvre membraneuse, un peu ondulée, et souvent terminée à gauche et à droite par une counuissure aiguë. Il est très probable que ces lèvres peuvent à l'occasion fermer complètement l'enveloppe, en se rapprochant l'une de l'autre.

Le plasma remplit une partie plus ou moins considérable de la coque, aux parois de laquelle il est relié en arrière par des épipodes plus forts et plus nets que dans le genre Eufilyi^ha. Dans un des individus observés, on voyait la partie postérieure de l'enveloppe comme plissée de petites ondulations, qui semblaient provenir de tractions produites par les épipodes (fig. 1).

La partie antérieure de ce plasma est d'un bleu mat, cendré, et renferme toujours un grand nombre de vacuoles rondes, dont l'une, et parfois plusieurs, fonctionnent comme vésicules contractiles. Puis vient une zone toujours pleine de nourriture, surtout sous formé de diatomées, et enfin en arrière un plasma bleuâtre qui renferme des petits grains brillants, une vésicule contractile, et le noj'au. Parfois, à la limite qui sépare la zone de la nourriture et le noyau, on trouve des écailles de réserve; d'autres fois aussi ces écailles entourent le plasma tout entier connne une sorte d'enveloppe interne.

Le noyau est très grand, discoïde, et son intérieur est occupé dans sa totalité par un plasma cendré, tout rempli de granulations extrêmement petites, parmi lesquelles se voient des nucléoles arrondis, en nombre restreint, de deux à cinq en moyenne (fig. 3).

Les pseudopodes sont très fins, analogues à ceux du genre EuglypJia. En général on les voit prendre naissance sur un magma protoplasmique développé en avant de la bouche.

En 1899, après avoir trouvé deux individus de cette espèce, j'avais cru pouvoir les faire rentrer dans le genre Euglypha, sous le nom de Englypha Uns. Mais l'année dernière j'ai eu l'occasion d'en étudier un beaucoup plus grand nombre, et grâce à la forme particulière des lèvres dépourvues de dents, il nie semble bien plus naturel de joindre cette espèce au genre Placocysta de Leidy.

Genre AssuUna Ehrenberg'.

Dans ce genre l'enveloppe est fortement comprimée, ovale ou arrondie, composée de plaques elliptiques allongées, et terminée par un orifice buccal bordé de prolongements lacérés, inégaux, très nombreux.

Assulhut seminulum Ehrenberg spec, 1848.

Diffliujla seminulum Ehrenberg.

Eufjlypha s. ÂssuUna seminulum Ehrenberg'''.

Difflugia semen EhrenbergI *

Euglypha brunnea Leidy '.

Euglypha tincta Archer (2).

AssuUna seminulum Leidy (67).

Cette espèce est revêtue d'une enveloppe ovale ou parfois presque ronde dans son contour, comprimée, et qui dans une section soit transversale soit longitudinale donne la figure d'une lentille fortement biconvexe. Elle est normalement colorée d'une teinte d'un brun chocolat, plus ou moins vive suivant les individus, absente dans les exemplaires tout jeunes, très foncée sur les vieilles coques. En général on remarque en avant une bande plus claire que le reste, et fréquemment il en existe une autre également de même nature, plus en arrière, vers le milieu du corps.

Cette enveloppe est entièrement formée de plaques allongées, elliptiques mais dont le contour n'est pas celui d'un ovale parfait, grâce à un allongement relatif de ses côtés

' Abh. Akad. Wissen. Berlin 1871.

- Abh. Akad. Wissen. Berlin 1871.

^ Proceed. Acad. Nat. Se. 1874. 1878.

GENRE ASSULINA

(fig. 5, 6). Ces écailles sont imbriquées ti'ès fortement les unes sur les autres, et en apparence d'arrière en avant.

Ce mode d'imbrication, qui constituerait dans VAssiiJina une exception unique parmi les Rhizopodes, n'est en réalité qu'appai'ent; sur des coquilles bien orientées, surtout après préparation au baume, on peut voir les écailles des bords imbriquées nettement d'avant en arrière, et de face on reconnait cette même imbrication normale sur les jeunes individus encore parfaitement hyalins. Mais en général il n'en est pas moins vrai que l'imbrication se présente à l'œil comme si les écailles de l'arrière recouvraient nettement celles de l'avant. Après un examen attentif de nombreuses coquilles, je suis arrivé à la conclusion qu'il fallait attribuer cette apparence d'imbrication anormale à la matière cimentitielle, qui, toujours très abondante dans cette espèce, se dépose

sur chaque écaille, à la paroi interne de la coque, plus fortement sur l'extrémité qui regarde la bouche que sur le reste de leur contour, et forme par là des reliefs apparents (pii ne correspondent pas à ceux des autres Rhizopodes imbriqués. En même temps le type d'imbrication semble être ici d'une nature particulière, chaque écaille étant complètement libre sur une de ses moitiés, et en recouvrant trois autres par son autre moitié (fig. 5, G)'.

Ces écailles s'arrêtent brusquement à la bouche, où la lèvre chitineuse déborde sous

AssuUtia seminulum. — 1. De face. — 2. De côté. — 3. Coque vide, de côté, avec l'une des faces repoussée en dedans. — 4. Noyau. — 5. Arrangement et forme des écailles. — 6. Quatre écailles, plus grossies. — 7. Coupe de la coquille à la bouche.

' .Mais il faut ajouter que cette apparence ne se remarque pas sur les wtques très claires, où le dépôt de chitine est encore faible.

la forme d'un ruban déchiqueté, lacinié, ou parfois divisé en denticulations plus régulières (fig. 7), qui entoure une ouverture buccale elliptique linéaire.

Cette abondance de matière cimentitielle est caractéristique; elle donne à la coquille une grande force de résistance aux agents physiques ou chimiques, et unit les écailles si fortement les unes aux autres, que par exemple l'acide sulfurique bouillant, qui résout les coquilles de tous les Rhizopodes en leurs éléments siliceux, désagrégeant les écailles les unes des autres, laisse entières les coquilles des AssuVma. Probablement ici comme ailleurs, le ciment chitinoïde est-il mêlé d'une forte proportion de silice.

Ajoutons encore, pour terminer ce qui a rapport à l'enveloppe, qu'on rencontre très fréquemment des coques vides dont l'une des faces a été repoussée en dedans, de manière à placpier sur la paroi interne de la face opposée (fig. 3). Il y a là un phénomène de retrait pour ainsi dire normal dans cette espèce, et il est rare de trouver des coques vides et parfaitement biconvexes, comme celle que représente la tig. 2.

Le plasma est la plupart du tem]is très difficile à distinguer à travers l'enveloppe brune ; parfois cependant, sur des individus jeunes surtout, on le voit bien, et l'on constate alors une forte vacuolisation de sa partie antérieure, oii se trouve souvent aussi une grande vésicule contractile distincte.

Plus en arrière vient une zone de nourriture, puis une zone de plasma grisâtre, remph de petits grains, et renfermant un gros noyau elliptique, lequel contient à son tour, un, deux, ou plusieurs nucléoles, rarement plus de six, globuleux, noyés dans un suc nucléaire poussiéreux.

Les pseudopodes sont très fins, analogues à ceux du genre Euf/ly2^Jm. Il est extraordinairement rare qu'on puisse les observer, l'animal se renfermant presque toujours obstinément dans sa coque.

La taille est fort variable, de 60 à 88 /:x ; mais la grande généralité des individus en mesurent 74 environ.

VAssuUna seminulum est une des espèces les plus communes des sphagnum, qu'elle habite presque exclusivement; on la trouve cependant aussi dans les mousses ordinaires. Archer et Leidy ont tous deux remarqué (pie parmi les spécimens trouvés, la plus grande partie se voient sous forme de coquilles vides. C'est ce que j'ai observé également, et je serais porté à regarder ce fait comme en rapport avec la résistance toute particu-

GENRE ASSULINA

Hère de la coque aux influences qui tendent à désagréger et à détruire les membranes vides en général, et qui respecteraient plus longtemps celles de cette espèce.

En 1890 j'avais décrit sous le nom de Âssulina scandinavica une forme de grande taille, large, jaunâtre ou très rarement colorée en brun, à plaques plus régulières, plus 'fines, à imbrication formant des liexagones réguliers, à dents petites et régulières.

Cette forme spéciale s'est retrouvée nombreuse cette année dans les sphagnum des bois, à Cervonère près de Morgins (Valais), puis au bois des Frères, dans les mousses. Elle est très claire, et l'on y voit toujours nettement un grand noyau renfermant un, deux, trois ou quatre nucléoles très ronds et très francs (fig. 4). Les individus sont généralement remarquables par leur forte largeur, qui dépasse quelquefois la longueur.

Il me semble aujourd'hui qu'il y a là plutôt une forme particulière, spéciale peutêtre aux mousses et aux sphagnum des bois, mais reliée avec la forme tji)e des sphagnum inondés par des transitions qui empêchent de la considérer comme une espèce particulière.

Assulina minor Penard (85).

Dans cette espèce la coque est beaucoup plus petite que dans la précédente, mesurant environ 35 m pour la moyenne des individus. L'enveloppe est ovale, comprimée, d'une nuance brun sépia ou chocolat très clair, parfois tout à fait incolore; les dessins hexagonaux sont plus symétriques que dans V Assulina seminulum, et la bouche est plus régulièrement crénelée.

Le plasma est identique à celui de l'espèce précédente, très vacuolisé en avant, rempli en arrière de petits grains bleus. Le noyau est comprimé, rond, plein d'un suc nucléaire clair, dans lequel on ne trouve qu'un seul nucléole, globuleux, très petit '.

Assulina minor, — 1. De face. — 2. De côté, anormale, bosselée. — 4. Noyau.

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