‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 10 sur 77 · Voy. notre édition , Paris, Aubry · texte numérisé non relu

Voy. notre édition , Paris, Aubry

consent et trompe le paysan à plaisir » Le livre inti-

tulé: Schimpf und EmM, 1519', comme qui dirait Joco-seria , contient aussi cette phrase : « Jadis des étudiants-touristes parcouraient le pays, qui avaient autour du cou un filet jaune en tricot, c’étaient de grands dupeurs de monde. »

Mais, au dix -septième siècle, les étudiants-touristes reprirent faveur, témoin une dissertation sur les pérégrinations des étudiants, composée par Godefroi Zamel, poète lauréat latin *. Celui-ci prend le sujet de haut, car, après s’être demandé s’il faut laisser voyager les étudiants, il cite Isocrate, qui recommande à Démonique de ne pas hésiter à faire un long trajet pour entendre de savants professeurs. En somme, l’opuscule est un traité complet de la matière, une sorte de code , de manuel du parfait touriste- étudiant, et il n’est pas dépourvu de cette aménité nécessaire dans les ouvrages qui menacent de tourner à la lourdeur et au pédantisme. Quant à Faust, il a certainement beaucoup voyagé; il a fait montre de son savoir dans les lieux où il séjournait; mais le nom d’étudiant-touriste ne peut être pour lui une note fâcheuse.

Par Jean Paulli , cordelier de Thann. Réimprimé à Marbourg, 4856, in-8”.

2. G. Zamelii Elbingensis , Studiosus apodemicus, xîve de peregrinationibiis studiosorum discursus politicus. Ed. altéra priori auctior , Bremæ, 1651. Cf. Thomas, Diseur stis historicophilosoph. de vagantibus scholasticis , 1675. Rubkopf, Geschichte des Schul- und Erziehungs-fyesens im Mittelaller.

Un nouveau témoignage est celui de Mennel, disciple de Mélanchthon, qui se fit appeler Manlius: «J’ai connu, dit Manlius dans ses Loci', un nommé Faust, de Kundling, petite ville voisine de ma patrie. Lorsqu’il était étudiant à Cracovie, il apprit la magie, que l’on pratiquait beaucoup dans cette ville et qu’on y enseignait même publiquement. Il allait de ville en ville et disait bien des choses mystérieuses. Comme il voulait offrir un spectacle à Venise, il promit qu’il s’élèverait dans les airs. Le diable, en effet, le souleva, mais le laissa retomber, de telle sorte qu’il fut sur le point de rendre l’âme; pourtant il n’en mourut pas. Il y a quelques années, ce même Jean Faust était, à son dernier jour, assis tristement dans un village du duché de Wurtemberg. L’aubergiste lui demanda pourquoi il était si triste contre son ordinaire (car c’était un vaurien, un débauché, qui plus d’une fois manqua d’être assassiné pour ses exploits galants), Faust lui répondit: «Ne vous effrayez pas cette nuit. » Au milieu de la nuit , la maison fut ébranlée. Le lendemain, comme Faust ne se levait pas et qu’il était près de midi, l’aubergiste entra avec quelques autres dans sa chambre et le trouva gisant près du lit la face contre terre. Voilà comme le

1. Locorum communium collecianea a J. Manlio per multos annos pleraquetumex lectionibus D. Philippi Melanchthonis tum ex aliorum doctissimorum virorum relationibus excerpta, Bas., 15G2. T. I, 6. De creatione. Le passage n’est pas de Mélanchthon , car il se trouve au-dessous du mot CoU., ce qui veut dire qu’il appartient au collecteur.

diable l'arrangea. Vivant, il conduisait un chien, qui était un diable, comme faisait ce vaurien qui écrivit sur la vanité des arts. Ce Faust se sauva de Wittemberg, quand le duc Jean, cet excellènt prince, eut donné ordre de s’emparer de lui. Il s'enfuit de même de Nuremberg : il venait de se mettre à table, quand, sous prétexte de chaleur, il se leva et paya ce qu'il devait. Â peine était -il dehors que les archers vinrent pour le chercher. Ce même Faust, brute éhontée, repaire de plusieurs diables, disait que les victoires remportées par les armées impériales en Italie étaient dues à sa magie , ce qui était un impudent mensonge. Je dis cela à cause de la jeunesse, pour qu’elle n’accorde pas créance à de pareils vantards. » '

Manlius donne le lieu de naissance de Faust, Kundling ou Knittlingen , selon la rectification commune. Knitllingen, à deux lieues sud-est de Bretten, faisait partie d’abord du Palatinat; en -1504, il fut annexé au Wurtemberg. Le nom de Knittlingen se trouve dans Lercheimer’ et dans Conrad Dieterich(f 1639)’: «Ceux qui étudient la magie, dit ce dernier, auront le sort des magiciens , comme nous en avons un exemple dans la personne de Faust, qui, après avoir longtemps com-

t. Cf. André Hondorf, Promptiiarium exemplorum , <372, Magie, n» 14. De spectris et apparitionîbus spirituum , 1397, p. 164. Samuel Meiger: Nvcleus historiarum , 1399, VU. 18.

2. Ein christlich Bedenken und Erintiening vor Zauherei , 1385, Vil.

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