AUTRE EXEMPLE DE FAUST
«J’ai soupé avec lui à Bâle, dans le grand collège; il avait acheté, je ne sais où, diverses sortes d’oiseaux, à moins que quelqu’un à moi inconnu ne les lui eût donnés, car on n’en vendait pas alors à Bâle, et il les avait donnés au cuisinier pour rôtir; c’étaient des oiseaux tels que je n’en ai jamais vu dans le pays. Il avait un chien et un cheval, des diables selon moi, car ils
accomplissaient tous ses ordres; certains m’assurèrent que le chien prenait quelquefois la forme d’un domestique et lui apportait des comestibles. Le malheureux fît une triste fin, car le diable l’étrangla, et son cadavre, placé cinq fois sur le dos, se retourna chaque fois la face contre terre. Que le Seigneur nous garde, de peur que nous ne devenions esclaves de Satan ! »
Le caractère de Faust mis en relief précédemment se maintient ici, et nous apprenons que le docteur possédait un cheval et un chien. Ce récit est de plus le premier qui rapporte la mort de Faust, et il doit être mis à part pour cela. Ainsi Faust mourut avant 1548, et tout de suite la légende s’empare de cette mort et l’entoure de circonstances merveilleuses. On a présumé* que Gast avait soupé avec Faust en l’année 1525 parce que dans la dédicace du tome II des Propos de table, au docteur Conrad Humprecht, il rappelle qu’il a logé avec celui-ci chez l’imprimeur badois Adam Pétri dont il reçut des bienfaits «lors de la révolte des paysans ».
Conrad Gesner parle de Faust dans une lettre du 16 août 1561 , à son ami le médecin J. Krato (Krafil) de KrafEheim*: «De cette école (de Salamanque) sortirent ceux qu’on a coutume d’appeler étudiants-
1. Veesenmeyer, Allg. literar. Anzeiger, Leipzig, 1799, t. IV, p. 2029.
2. Epistolæ médicinales, 1577, lib. I. Cf. Herrniann Conring, De hermetica medicina, II, 12,372.
touristes, parmi lesquels Faust, mort il n’y a pas si longtemps, jouit d’un renom extraordinaire. » Salamanque, ainsi que Tolède, fut un foyer de magie, et Alphonse X se montra engoué de pareilles pratiques. Nous lisons dans Delrio* : < Scimus Salmanticœ et Toleti in Hispania et Italia ad lacum Nursinum et in spelæo Visagniano adhtic avorum memona hujus goetiœ célébrés scholas fuisse. »
Le tour d’éludiant est un vieil usage qui s’est perpétué en Allemagne jusqu’à nos jours. Les jeunes gens trop pauvres pour subvenir aux frais de leurs études, s’adressaient à la charité publique. Mais il arrivait parfois que ces étudiants ne méritaient pas l’intérêt qu’on leur témoignait, ou qu’il se glissât parmi eux de faux étudiants, des aventuriers, qui étonnaient le peuple par leurs expériences de physique et de chimie et trompaient le vulgaire par mille artifices. Ces étudiants libres ou bohèmes saisissaient les occasions de faire valoir leurs talents et accouraient aux réunions des princes. La Chronique de Limbourg raconte qu'à la diète de Francfort, en mai 1397, le nombre des princes, comtes, chevaliers et écuyers, s’élevait à 5,182, et celui des étudiants-touristes, escrimeurs, ménétriers, clairons et sauteurs à 450.
Il semble qu’au seizième siècle les étudiants-touristes
I. Disquis. magic., Il, 1, 107. Cf. l). Pedro de Rojas, JJisloriade la impérial ciudad de Toledo , ptirl. Il, p. 621. La magie était nommée scienlia Toletana.
encourussent la commune réprobation. «Il y a des étudiants, dit Bebel', qui sont de mauvais garnements (des fruits secs), qui ne travaillent pas, n’étudient pas, mais vagabondent et mendient et trompent les simples paysans par des pratiques magiques. Ils disent communément qu’ils ont été au Venusberg et y ont appris la magie. » Le Liber vagatorum, qui parut après 1509, et qu’on attribue à Thomas Murner ou à Sébastien Brant*, porte en son chapitre VII ceci ; « Ce chapitre traite des vagabonds, c’est-à-dire des mendiants, des aventuriers, qui portent un filet jaune et viennent de la montagne de Vénus ; ils savent la magie et sont appelés étudiants-touristes. Quand ils arrivent devant une maison, ils se mettent à dire: Voici un étudiant-touriste, un maître ès arts libéraux (maître dans l’art de tromper les paysans), qui sait conjurer le diable, garantir de la grêle, du tonnerre et autres accidents; puis il prononce quelques paroles , fait deux ou trois croix et dit: Quand ces paroles sont prononcées, personne ne peut être tué, personne ne tombe dans le malheur ici ni ailleurs , et autres belles phrases ; les paysans prennent cela au sérieux et sont fort aises de la visite de l’étudiant, car ils n’en ont jamais vu et ils lui disent: Ceci, cela m’est arrivé, si vous me venez en aide, je vous donnerai un florin ou deux; l’étudiant