‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 29 sur 77 · Corporiê animi mors est impUtio ventris · texte numérisé non relu

Corporiê animi mors est impUtio ventris

Libérât a morbis sobrietas variis.

les airs et dans les astres, ainsi que ses courses en Allemagne, France, Inde, etc.» Après la préface, Widraan cite un passage de Faust, où le docteur place le pacte en 1521, et il ajoute, pour son compte, que c’est en 1525 que Faust s’est révélé comme magicien sur la scène du monde*. Mais, plus loin, il confond Maximilien I®* et Charles- Quint, de même que (III, 12) il se contredit par rapport aux dates de la vie de Faust.

Une nouvelle élaboration du livre de Widman parut, en 1674, par les soins du médecin Jean-Nicolas Pfitzer, sous le titre de : la Vie scandaleme et la ten'ible fin du

célèbre archi- magicien Jean Faust, écrite autrefois par G. R. Widman, maintenant revue et augmentée de divers souvenirs et histoires, pour î avertissement des méchants d’aujourd’hui. Pfitzer nie que Faust ait fait un cours sur Homère; au chapitre où Faust veut se marier, il précise en disant qu’il voulait épouser la fille d’un mercier; il raconte l’histoire d’Hélène, à laquelle Widman fait simplement allusion. Une édition abrégée du livre de Pfitzer parut, en 1726, à Francfort et à Leipzig; l’auteur ne se fait connaître que sous le nom : Un croyant chrétien. Au lieu de Mephostophiles , il écrit Mephistopheles, comme la Vie de Wagner, de 1712, et la Complainte de Cologne. Revenons à la légende de 1587.

Faust, dit l’antique histoire, naquit «à Rod près

1. Avec la date 1525 s'accordent la mention du cardinal Campegi, 11, 10 , et la phrase où Faust dit (11, 4) : « L’an 1 535 je vins chez un aubergiste nommé Valentin Hobenmeyer. »

Weimar»'. Selon Widman, il était originaire du comté d’Anhalt, et ses parents habitaient la marche de Sondwedel. Il s’agit apparemment de la marche de Saltz- •wedel, qui fut acquise par Albert le Loup, et resta une possession des princes d’Anhall. Les parents de Faust étaient des gens pieux, de simples paysans; mais son oncle de Wittemberg était riche, sans enfants ; il l’adopta cl lui fit étudier la théologie. Le jeune homme fit des progrès si rapides, qu’au jour de l’examen, il l’emporta sur seize candidats qu’on examinait en même temps que lui, et fut proclamé docteur en théologie. Selon Widman il fut envoyé par son oncle à l’université d’Ingolstadt. L’université d'Ingolstadl avait été fondée en 1472 par Louis le Riche et était devenue rapidement célèbre; à la fui du seizième siècle elle comptait près de 4,000 étudiants.*

Mais Faust avait un cerveau brûlé, on l’appelait le spéculateur, le contemplateur, à peu près comme Molière plus tard; il fit de mauvaises connaissances, com-

.1. Près de Weimar, à la place ouest Rœdigen, se trouvaient jadis les villages de Cross- et Klein-Roda. Cf. Graebner, Die Stadt IVeimar, p. 60. Cayct traduit: Veinmar sur le Rod. « Faust, dit le chœur dans Marlowe , est né de parents d’inllnie origine , dans une ville d’.MIeinagne, appelée Rhodes.» Et M. F. V. Hugo ajoute: «Marlowe ôte

Rhodes à la Méditerranée et la donne à l’Allemagne Qu’importe

après tout'i* l’art n’est pas la science. » Non, mais la science voudrait qu’on dit que Marlowe a simplement suivi la première légende et écrit le nom propre à sa façon.

2. Cf. Middendorp. Àcademiamn celcbrium vniversi terrarvm orbis libri FUI, 11, 2,12.

mença à mener une vie d’impie et mit de côté la Bible. «Il se rendit à Cracovie, qui possédait une université renommée pour l’élude de la magie, et y trouva ses pareils qui s'occupaient de paroles chaldéennes, persanes , arabes et grecques, de figures, caractères et conjurations.... Cela plut à Faust, qui spécula, étudia jour et nuit, en sorte qu'il ne voulut plus être appelé théologien, mais devint un homme mondain et s’appela docteur en médecine, astrologue et mathématicien. » Widman mêle à son récit la satire de la papauté : «Comme la vieille machine papale fonctionnait encore, que l’on donnait force bénédictions, qu’on se livrait à la superstition et à l'idolâtrie, Faust se plut à la théologie.» En assimilant les pratiques orthodoxes et les opérations magiques , l’auteur suit tout à fait la méthode de Luther, associant la figure du pape et de ses ministres aux démons qu’il voit en rêve.

Cependant Faust, selon l’ancienne légende, continuait d’aimer ce qu’il n’est pas permis d’aimer; comme Dédale, il voulait voler dans les deux , tout voir, tout connaître: «Sa curiosité, son audace et son libertinage l’excitèrent tant qu’il résolut de faire usage de ses figures et de ses conjurations. » Dans Widman , Faust est tourné vers la magie , simplement par l’effet de la bonne chère et de l’oisiveté. De plus il a des amis qui lui fournissent les moyens d’évoquer le diable , ainsi Thomas Hanner, puis Christophe Hayllinger, un cristallomancien, qui était en pension chez lui, cl qui avait

prophétisé sa propre mort*. Faust reçut de lui la puissance de conjurer le diable par le cristal lorsqu’il était à Ingolstadt, et c’est seulement après, selon Widman, qu’il revint à Wittemberg prendre possession de l’héritage de son oncle. L’ancienne légende précise la maison qui faisait partie de cet héritage ; Faust, au chapitre 69, lègue à Wagner : «la maison avec le jardin*, située à côté de la maison de Ganzer et de Vit Rodinger, près la porte de fer , dans la rue des Ciseaux le long du mur d’enceinte. ® Faust est enfin décidé à conjurer Satan , il se rend dans la forêt dite Spesserwald. Dans cette forêt, vers le soir, «en une croisée de quatre chemins*’ il fait avec un bâton plusieurs cercles, dont deux qui entrent dans un plus grand , et il conjure ainsi le diable entre neuf et dix heures. Widman ne donne pas le nom de la forêt, Kôhler croit qu’il pourrait s’agir de la Specke, petit bois près de Wittemberg mal famé surtout du temps de Luther*.

t. KôMer {His(oriscfie l'ntersuchung iiberdas Leben Faust'x)dil qu’en 1571 un Thomas Ilayllinger est mort bourgmestre de Wittemberg.

2. Cayet traduit les noms propres par des noms communs : < la maison avec le jardin située auprès de la maison de Oyes et en la place des Hoyers , etc. • (Oie , Gans.)

3. Le roi scythe Ariantas fit ériger dans un carrefour ou , comme disaient les Scythes , dans une « rencontre de chemins » (vek-saman) un grand chaudron d’airain. Ce carrefour était consacré au Dieu du soleil Faitu-skurus ou Targitavus , comme l’ont été plus tard chez les Germains certains carrefours consacrés au Dieu du soleil Irmin. (Voy. Bergmann , les Gèles, p. 296.)

4. Cayet traduit ; la forêt de Mangealli. C’est encore le même système, Spesser l’aura fait penser à speisen, manger.

Le diable fit d’abord mine de ne pas vouloir se rendre aux ordres de Faust et excita dans la forêt un effroyable tumulte, comme si elle était toute pleine de diables, de voitures roulantes, etc., puis on entendit une musique harmonieuse *, des chants, des danses, des tournois, avec accompagnement de lances et d'épées , au point que Faust voulut sortir du cercle. Il recommença toutefois .sa conjuration, alors apparut d'abord un griffon ou dragon qui geignait d’une façon lamentable chaque fois que Faust faisait ses manœuvres, puis une étoile de feu qui se changea en boule de feu , ensuite en fleuve de feu qui montait et descendait entouré de six lumignons « et se transforma en homme de feu , enfin ce diable et esprit se changea en la forme d’un moine gris et demanda à Faust ce qu’il voulait. » Jusqu’à présent il n’était question que du diable ; ici l’auteur se sert des deux mots diable et esprit à la fois, et dans la suite il s’agira toujours d’un esprit. Dans Widman, le diable apparaît à Faust en personne, mais après le pacte il lui envoie le génie Mephostophiles. Dans Widman c’est aussi Faust qui demande au diable de vouloir apparaître sous une forme moins hideuse qu’avant, «sous celle d’un moine, par exemple, ou d’un homme habillé d’autre façon». L’ap-

I. Généralenient le diable n’aime pas la musique, o l.e diable , dit Luther, est un esprit triste et il afflige les hommes, aussi ne peut-il souffrir que l’on soit joyeux. De là vient qu’il fuit au plus vite lorsqu’il entend la musique. »

parition du diable sous forme de moine est ancienne dans les légendes , quoiqu’ici on puisse voir de plus une satire du monachisme. Dans Césaire d'Heisterbach , le diable apparaît à des moines sous la forme d’un moine noir ou d’un prieur*. Le kobold du Riesengebir^e, Rübezahl, se fait voir sous l’habit de moine*. Widman raconte dans le commentaire du chapitre I, il, que le démon apparut au pape Paul II sous la forme de moine, au pape Benoit sous celle d'un docteur italien , et à Alexandre VI sous celle d’un protonolaire. Dans les contes populaires le diable apparaît sous la forme de petit homme gris*. «J’ai vu une fois, dit II. Heine, représenter dans une grange de village la comédie du docteur Faust. Faust conjure le diable, et, se confiant dans son intrépidité, demande que le diable lui apparaisse dans la plus épouvantable forme , sous les traits de la plus horrible des créatures ... et le diable obéissant paraît sous la figure de l’homme. »

«Le lendemain, continue la légende, Faust donna rendez-vous au génie dans sa chambre et lui présenta trois articles : selon le premier, le génie devait lui être soumis et obéissant en toutes choses jusqu’à la mort ; secondement il ne devait rien lui céler de ce qu’il désirait savoir ; troisièmement il ferait à ses questions des

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