I . Oh. Blanc , Histoire des peintres
serment: la main gauche par opposition à ceux qui jurent au nom du Dieu du ciel, et tient seulement deux doigts en l’air, en abaissant les autres contrairement à ce qui se passe dans le serment ordinaire. Faust, la main droite appuyée sur un bâton, essaie d’imilei' de la main gauche la direction des doigts nécessaire au serment diabolique. La composition est accompagnée de la légende : Joan. Fausftis, Mephistophiles.
La seconde estampe de Sichom nous montre Wagner et Auerhahn. Wagner, assis devant un pupitre, appuie le bras droit dessus et pose la main gauche sur son épée. Son costume, celui des étudiants de Hollande du commencement du dix-septième siècle, se compose d’un habit fourré à manches courtes d’où sort le vêtement de dessous. Un collet brodé entoure le cou, une petite moustache et une barbiche garnissent le visage, et un béret couvre la tête. Les traits du personnage respirent la vulgarité. Auerhahn entoure le bras gauche de Wagner de sa patte gauche, et fait de la patte droite des signes que Wagner tâche d’imiter. Wagner regarde d’un air à demi craintif, à demi souriant, comme s’il avait horreur du voisinage du démon et que cependant ses gestes le fissent rire. L’action se passe , pour les deux tableaux, dans une chambre avec vue sur la campagne, où sont encore visibles plusieurs scènes relatives aux aventures de Faust et de Wagner. Dans le premier on voit Faust, donnant par écrit son âme au diable, qui est sous forme de moine,, et fait comprendre par ses gestes
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l’importance de la question. Plus loin c’est Faust placé dans l’intérieur de deux cercles qui se croisent et conjurant Mephisto, qui apparaît sous sa véritable forme. Plus haut, Wagner voyage sur un char traîné par un oiseau, forme qu’a dû revêtir Auerhahn. Les deux touristes se dirigent vers un édifice enflammé qui est sans doute l'entrée de l’enfer à en juger par les diables qui voltigent autour. Par la fenêtre de la chambre de Wagner, nous voyons Wagner en grand costume et placé dans un cercle triple évoquant Auerhahn, qui saute à ses côtés. Dans l’air paraît Faust voyageant sur un manteau étendu dans l’espace, Wagner le suit, à cheval sur Auerhahn. Ici ce n’est plus un voyage en enfer, c’est une sortie de l’enfer. Faust est allé chercher Wagner dans l’abîme et il le ramène à la lumière en dépit des diables qui remplissent l’air et voudraient ressaisir leur proie.
Christophe van Sichem, l’auteur de ces compositions, naquit en Hollande vers ISSO, et au commencement du dix-septième siècle il acquit de la renommée comme graveur et élève de Goltzius à Amsterdam'. Il y a eu un Karl et un Cornélius van Sichem, mais ils n’ont rien à faire dans la légende de Faust. Les gravures de Christophe sont signées : Sichem Inv. sculp. et excudit; les lettres C. V. sont entrelacées avec un S et forment le monogramme de l’artiste. Stieglitz, d’après lequel
1. Voy. Fuesii, Àllg. Kiinstler-Lexicon , II' part., p. 1626.
nous avons décrit les deux estampes', les tenait de M. Bodel Nyenhuis, de Leyde; ni Rost, ni Fuesli, ni Mœhsen ne les signalent. Elles ne se trouvent mentionnées ni dans le catalogue Winckler, ni dans celui d’Ensiedeln.*
Enfin nous donnerons un souvenir à une gravure sur bois du Kunstbüchlein de Jost Amman, 1599. C’est un écu entouré de lambrequins, qui porte en son milieu un poing fermé; à côté se tient une femme en costume de princesse avec une couronne sur la tête. La rubrique porte : D. Johannis Fausti pugnus. L’artiste voulait peut-être amener un contraste entre la douceur de la femme et la rudesse de Faust, ce que confirmeraient les vers latins qui accompagnent la gravure.
D’après ces indications nous voyons que, comme Goethe, Retsch et Ary Scheffer ont été précédés dans la route qu’ils suivirent; ils ont introduit la philosophie dans un art légendaire, de même que Goethe enfla de ses pensées une légende naïve.