Gedichte, t. P, p. 347; éd. de
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reux de la fille du sultan de Babylone, l’enlevait toutes les nuits de la demeure de son père et la transportait dans un jardin qu'il avait lui-même établi. Le sultan, ayant eu des soupçons, interrogea sa fille, qui répondit par des larmes et des aveux. Alors il lui donna une liqueur narcotique, en lui commandant de la faire boire à Virgile; quand l’enchanteur fut profondément endormi, le sultan le fit arrêter et le condamna à mort. Le jour de l’exécution, toute la ville se rassemble autour de l’échafaud; soudain l’Euphrate déborde, inonde la place; le sultan et la foule, réunie autour de lui, se jettent à la nage; pendant ce temps, Virgile se construit un pont aérien et emmène sa bien -aimée.
Virgile fit une tête parlante , qui répondait à ses demandes, et qui lui dit une fois que, s’il gardait avec soin sa tête, bien lui en adviendrait. Quelque temps après, Virgile mourut d’un coup de soleil; il avait compris qu’il s’agissait de garder la tête d’airain, au lieu de sa propre tête. Selon la version allemande, il vint à Virgile l'idée de vouloir se rajeunir; donc il appela un de ses serviteurs dans lequel il avait grande confiance, et lui commanda de le couper par morceaux, de placer les morceaux dans une tonne, avec la tête en haut, les pieds en bas, le cœur au milieu, et de porter cette tonne sous une lampe qui brûlait toujours; trois semaines après, il devait se réveiller jeune homme. Le serviteur fit ce que son maître lui avait commandé; mais, au bout de sept jours, l’empereur, n’entendant plus parler de Virgile,
voulut savoir ce qu’il élail (leveiui. Ou fil une perquisi* lion. Le corps de Virgile lui trouvé haché; alors l’empereur asséna un coup de sabre au serviteur qu’il regardait comme ayant commis le forfait, et le serviteur resta sur place. «La tradition, dit M. Ed. Duméril', a donné à la mort de Virgile une signification appropriée aux idées du moyen âge. Le christianisme voulait apprendre aux plus forts la nécessité d’être humbles, d’abaisser leur esprit devant des mystères impénétrables; il leur demandait de la foi au nom de la faiblesse humaine, et cette tradition était devenue une véritable parabole. Elle prouvait par l’exemple de Virgile que, si puissante qu’elle fût, l’intelligence de l’homme, réduite à ses seules lumières, ne pouvait comprendre ce qu’il lui importait le plus de savoir. Tout sage qu’il est, Virgile se méprend sur le sens des conseils de la tête de bronze, et, pour rendre plus frappante encore la morale de cette tradition, il meurt victime de son art: c’est sa propre sagesse qui l’aveugle et le perd. Le talisman magique dont les réponses devaient lui apprendre
1. f'irgile, F enchanteur. Cf. Mémoires de Trévoux , avril 1743 , p. 705 - 720 ; Von Dobeneck , Des deutschen Mittelalters Volksglauben, 1. 1, p. 188 -195; Schmidt, Beitrâge zvr Geschichte der romantischen Poesie, p. 129 - 142; Genthe, Des Maro zehn Eclogen metrisch iibersetzt, p. .53-97 ; Sau-Marle, Purcival, 1. 1 , col. C35-64I ; Kcilcr, le Roman des Sept Sages , p. CCFII-CCXIV; Græsse, Lehrbuch einer allg. Literargeschichte, t. II, div. II, p. 026; Von dcr llajçcn , Erzw/ilimgen und Mxhrchen ; Sibcnbaar, De fabulis de .’darone , de. Fr. Michel , Qitæ vices etc. f'irgilium exreperint, p. 15 - .38.
ü prolonger sa vie au delà des limites assignées à l’Iiumanilé ne fait que hâter l’époque de sa mort. »
Le protestantisme n’a pas voulu prouver, par l’exemple de Faust, autre chose que ce que prouvait la tradition catholique de Virgile.
Un autre précurseur est Cyprien; sa légende caractérise le conflit de la magie et du christianisme naissant d’une manière saisissante; c’e.st comme une ébauche anticipée de Faust et des Martyrs fondus ensemble. Cyprien vivait à Antioche en Phénicie (280), après avoir voyagé en Grèce, en Égypte, et jusque dans les Indes, et s’être fait initier dans tous les secrets de la magie. A Antioche vivait aussi une vierge, nommée Justine, considérée pour sa beauté comme pour sa naissance. Cyprien conçut une passion pour elle. Les moyens ordinaires qu’il employa pour la satisfaire n’ayant pas réussi, il invoqua le diable; laissons ici parler la naïve légende: «Le diable vint et lui dit: «Pourquoi m'appelles -tu? » Et Cyprien lui répondit : « J'aime une vierge qui est du nombre des Galiléens, pourras- tu faire que je l'aie et que je fasse d’elle ma volonté?» Et le diable répondit: « Moi qui ai pu expulser l’homme du paradis terrestre et amener Caïn à tuer son frère, et qui ai fait mettre Jésus-Christ à mort par les Juifs, et qui trouble les hommes, ne pourrai-je faire que tu deviennes le maître d’une vierge, et que tu en disposes à ton plaisir? Prends cet onguent et répands-le sur la porte de sa maison en dehors, et je viendrai dessus et j’embraserai le cœur
de Justine d’amour pour loi, et je la contraindrai de consentir à les désirs.» La nuit suivante, le diable alla trouver Justine, et s’eflbrça d’exciter en son cœur un amour illicite. Et quand elle s'en aperçut, elle se recommanda dévotement de tout son cœur à Dieu, et elle protégea tout son corps du signe de la croix, et le diable épouvanté s’enfuit. Et il vint à Cyprien, et il se tint debout devant lui, et Cyprien lui dit: «Pourquoi ne m’as -lu pas amené celle vierge?» Et il lui dit: « J’ai vu sur elle un signe et toute force m’a abandonné.» Et alors Cyprien renvoya ce démon et en appela un autre plus puissant. El celui-ci lui dit ; « J’ai entendu les commandements et j’en ai reconnu la difficulté; mais j’amènerai Justine à accomplir la volonté. J’irai vers elle et j’embraserai son cœur du feu de la luxure et elle accomplira ta volonté. » Et alors le diable vint à Justine et il s’efforçait d’émouvoir son cœur et d’enflammer son esprit d’une passion impure. Et elle se recommandait dévotement à Dieu et elle chassa toute celte
tentation '» Ce diable, ayant été vaincu, Cyprien
appelle le prince des diables, qui succombe à son tour dans sa lutte avec Justine. « Que votre puissance est faible! dit alors Cyprien, puisque vous ne pouvez
I. \oy. sur saint Cyprien et sainte Justine ; le Panégyrique ou Oraison XT/ll de saint Grégoire de Nazianze , l’extrait du poème d’Eudocie par l’Iiotius (cod.584, Myriobibl.), la Confession de saint Cyprien, éeril (pii parait avoir été composé dès le temps de son martyre et qui se trouve dans l’édition des œuvres de saint Cyprien de Carthage par Kell et l’earson; Surius-Métaphraste, l'illeinont, t. V.
vainci’e une vierge et que vous n’avez nul pouvoir sur elle; au contraire, elle triomphe de vous et vous terrasse. Dis -moi, je t’en prie, d’où vient qu’elle a si grande force? » Et le diable lui dit : « Si tu me jures que tu ne te sépareras pas de moi , je te montrerai la vertu dans laquelle est sa victoire.» Et Cyprien dit: « Par quoi ferai-je ce serment?» Et le diable lui dit ; «Jure-moi par ma puissance, qui est grande, que tu ne te sépareras jamais de moi.» Et Cyprien dit : «Je te jure, par ta puissance, que je ne me séparerai jamais de toi.» Et le diable rassuré lui dit : «Cette vierge fait le signe du Crucifié, et aussitôt nous sommes renversés, nous perdons toute notre puissance, nous fondons comme de la cire devant le feu. » Et Cyprien lui dit : «Le Crucifié est donc plus puissant que toi?» Et le diable lui répondit: «Certainement, il est le Seigneur de tous, et il nous livrera, enfin, nous et tous ceux que nous trompons, au tourment du feu éternel.» Et Cyprien dit : «Alors je veux être l’ami du Crucifié, afin que je n’encoure pas un semblable châtiment.» Et le diable lui dit : «Tu m’as juré par la force de ma puissance, que nul ne peut parjurer, que tu ne te séparerais jamais de moi.» Et Cyprien lui répliqua : «Je te méprise, ainsi que tout ton pouvoir, qui n’est que fumée, et je renonce à toi et à tous les diables, et je me munis du signe du salut du Crucifié'.» Le diable alors s’enfuit et Cyprien va se faire baptiser.