Mozart’ s Leben
3. Les Âme» du purejaloire , 1834. Cf. Lcwald, Europa , 1837, t II, p. 1o2; I III, P 571
la maison de don Juan Tcnorio, et tout homme, ami des arts , n'a pu passer à Séville sans visiter l’église de la Charité. Il y aura vu le tombeau du chevalier de Marana avec cette inscription dictée par son humilité ou, si l’on. veut, par son orgueil: Aqui yaceclpeor hotnbre qvæ fué en el mundo.... Votre cicerone vous racontera encore comment don Juan (on ne sait lequel) fit des propositions étranges à la Giralda , celle figure de bronze qui surmonte la tour mauresque de la cathédrale, et comment la Giralda les accepta ; comment don Juan se promenant, chaud de vin, sur la rive gauche du Guadalquivir, demanda du feu à un homme qui passait sur la rive droite, en fumant un cigare, et comment le bras du fumeur (qui n’était autre que le diable en personne) s’allongea tant et tant qu’il traversa le fleuve et vint présenter son cigare à don Juan, lequel alluma le sien sans sourciller et sans profiter de l'avertissement, tant il était endurci. »
Don Juan Tenorio doit avoir à Séville tué d’un coup d’épée le vénérable commandeur ülloa dont il avait enlevé la fille. Le commandeur fut enseveli dans le couvent de Saint-François, où sa famille avait une chapelle, et on lui érigea une statue. Les frères franciscains, voyant que le meurtrier trouvait dans les privilèges de sa naissance une protection assurée contre la justice, résolurent de suppléer à l’impuissance des lois; ils l’attirèrent la nuit dans leur couvent et le mirent à mort; puis ils répandirent le bruit que don Juan avait osé
insulter le commandeur sur sa tombe, et que la statue, s’animant tout à coup, avait précipité l’impie dans les flammes de l’enfer *. Ce thème fut versifié par un auteur inconnu, et joué de tradition dans les couvents sous le titre de l'Athée foudroyé. Coleridge, commentateur de lord Byron, rapporte de la pièce une scène, celle du souper:
{On frappe à la porte, don Juan ordonne d’ouvrir)
Le Domestique. — Oh! le diable! le diable! {La statue entre)
Don Juan. — Ah! c’est notre revenant! Debout pour le recevoir! Entrez, gouverneur, soyez le bienvenu, asseyez-vous. Si nous avions compté sur votre visite, nous vous aurions attendu. Allons, gouverneur, à votre santé! amis, buvons! Voici un rôti excellent, prenez aussi de ce ragoût; je vous aiderai, si vous le voulez; allons, mangez, et oubliez toutes nos vieilles querelles. (Le fantôme menace don Juan de sa vengeance)
Don Juan. — A quoi bon ce signe sinistre? Nous sommes trop endurcis. Mettez-vous là , encore une fois, et trinquons à votre maîtresse. Vous en aviez une pendant votre vie. N’oublions pas non plus votre charmante sœur...
Don Juan est athée, Faust n’est que sceptique; don Juan est endurci, Faust a l’âme ouverte au repentir.
La légende de don Juan reçoit une date de la pièce
1. Voy. de Puibusque , Hist. des littér. espagnole et française , 1843, t. II.
de Tellez. Gabriel Tellez, qui écrivit sous le nom de Tirso de Molina* (1570-1648), a fait une comédie, intitulée : le Séducteur de Séville et le Convié de pierre. Don Juan y dit comme Faust: «J’ai du temps devant moi.» Cette comédie fut imitée en italien et en prose par Onofrio Giliberti, de Solofra, sous le titre de: Il Convitalo di pietra'. C’est le type du drame que les comédiens italiens représentèrent à Paris, en 1657, peu de temps après leur arrivée et leur établissement’: jusqu’alors ils n’avaient fait que des excursions en France. La vogue de ce drame excita les Français à travailler sur le même sujet, et Dorimon arriva le premier au but. Il fit représenter \^Festin de pierre^, à Lyon, en novembre 1658, devant une partie de la cour de Louis XIV, lorsque ce roi vint à la rencontre de la princesse Marguerite de Savoie. La même pièce fut représentée à Paris, sur le théâtre de la rue des Quatre -Vents, par la troupe de Mademoiselle, en mars 1661. En 1659 parut: le Festin de pierre ou le Fils criminel, tragi-comédie en cinq actes en vers, traduite de l’italien par de Villiers, représenté sur le théâtre de l’hôtel de Bourgogne , le 15 février 1665; puis vinrent Don Juan, de Molière,
1. Voy. D. Eug. d’Ochoa , Tesoro del Teatro espanol; Théâtre de Tirso de Molina, trad. par Alph. Royer, 1863. La première édition des comédies de Tirso parut en 1616; \e Séducteur de Séville in\. imprimé pour la première fois en 1634.