‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 69 sur 77 · COMPUINTES, RÉCITS ET SPECTACLES · texte numérisé non relu

COMPUINTES, RÉCITS ET SPECTACLES

La complainte est une chanson populaire et naïve dont le sujet est ordinairement lamentable ou pieux; c’est dire que ce genre convenait au sujet de Faust; aussi trouvons -nous une ballade anglaise et une feuille volante allemande qui y rentrent tout naturellement'.

Collier rapporte, dans son Histoire du drame anglais (III, 126), qu’une Ballade de la vie et de la mort du docteur Faustus fut imprimée en 1588, et Alexandre Dyce, dans son édition de Marlowe (II, 157), cite une ballade sur Faust, en vieil anglais, tirée de la Collection Roxburgh (II, 235), ajoutant que c’est peut-être la même que celle dont Collier fait mention. En voici le commencement :

1» J’ai troQTé Pantre Jonr à KaDdern , A la folr« ,

Quatre belles chansons, auprès d’nn charlatan ;

Ce sont le àoeîeur Faust, les FilUê du Sultan,

L*Éeri»ain dan* U sas et VÀçn€au dan* U* H*rà**;

Apprends-m*en donc les airs, on dit qn*ils sont superbes.

Hebel, trad. par Bncbon, Berne, 1853.

« Bonnes gons de chrétiens, écoulez-moi — (Jni suis en peine et ne peux mourir: — Je vécus comme jamais un homme n’a fait, — Niant le Christ, aussi suis- je réprouvé.

«Je suis originaire de Wittemberg en pays allemand, — De parents honorables, — Leur bonne renommée fut ternie par moi, — Pour cela je fus damné et appelé Faust.

«Élevé par mon oncle, je devins — Très-savant et obtins le bonnet de docteur. — J’héritai de toutes ses richesses, lorsqu’il mourut, — Son or infernal corrompit mon âme.

(f Je rejetai alors audacieusement la Bible — Et ne m’inquiétai plus de la parole de Dieu, — Parce que je cherchai à pratiquer l’art magique, — C’est pourquoi le Ciel me maudit.

«Le diable vint à moi en habit de moine, — Il donna la main à l’accomplissement de tous mes désirs, — Mit toutes choses à mes ordres, — Je lui donnai en échange mon corps et mon âme.

«Deux fois j’écrivis, dans ma témérité, — Le pacte diabolique de mon sang, — Deux fois je vendis coupablement mon âme^et mon corps — Pour des jouissances terrestres et des passe-temps frivoles, etc.»

Cette poésie, on le voit, est assez conforme â la première légende, sauf qu’elle fait Faust originaire de Wittemberg et non de Roda.

La complainte allemande a été recueillie dans le

Wunderfiorn, d’Arnim et Brenlano', et Gœthe y découvrait «des motifs profonds». Nous la donnerons en entier :

Chrétiens, écoutez une histoire Qui est tout' neuv', sans avoir peur:

Comment brillait la vaine gloire De Jean Faust, le fameux docteur.

Anhalt fut son lieu de naissance*.

De tout zèle il étudia.

Et dans l’orgueil de la science ,

Aux vieux us il s’initia.

Il évoqua par sa puissance’

Quarante mille esprits d’enfer ;

Dans cette compagnie immense Il ne trouvait pas son affair’.

Quand Méphistophélès rapide ',

Oui rapide comme le vent.

S’offrit pour serviteur et guide Et donna son consentement.

11 lui demanda des richesses.

Des friandises, du pâté,

De l'or, de l'argent plein des cai.sses, Et dans Strasbourg il vint tirer.

t. I, 214, d’après une feuille volante de Cologne.

Page 1