‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 70 sur 77 · Le poêle suit Widman · texte numérisé non relu

Le poêle suit Widman

3. Dans Arioste , les enchanteurs évoquent des troupes d’esprits, puis en choisissent un. Voy. VIII, 32 ; XLII, 34.

4. Dans la légende augmentée de 1391 , cette vitesse ne suffit pas à Faust et il renvoie l’esprit qui n’est que prompt comme le vent. Il en est de même dans le Livre magique de Faust, Lion, 1469 (antidaté).

Tirer brillamment à la cible*,

Polir se donner bien du plaisir ;

Le démon d'un bras invisible Dirigeait ses coups à loisir.

Alors qu’il voyageait en poste Il avait des démons tout plein ,

(Jui , pour le garantir des bosses , Devaient adoucir son chemin.

Sur le Danube à Ratisbonne,

Jouer aux quilles l’amusait ;

A faire pèche belle et bonne, Par-dessus tout il se plaisait.

Un vendredi saint, il arrive Dans Hiérusalem , à l’endroit Où, sans aucune alternative.

Christ pend h Tarbre de la croix.

Le démon lui fait la remarque ’

Que pour nous Christ est mort ainsi , Lui , des cieux le roi et monarque , Mais qu’il n’en a guère merci

«Méphistophélès, toi rapide.

Oui, rapide comme le vent,

Va chercher d’un pas intrépide Trois aunes de toile à l’instant. »

t. Strasbourg était renommé pour ses tirs; deux fois les Zurichois arrivèrent à des fêtes de ce genre avec une bouiilie de mil qui n’avait pas refroidi dans le trajet (1456, 1576). Le second voyage a été chanté par Fiscbart.

2. A Boxberg, on raconte que Faust partit en voiture 4 quatre chevaux noirs un quart d’heure avant midi et arriva à üeilbronn au dernier coup de la même heure. Un paysan vit des esprits cornus paver le chemin devant lui et le dépaver derrière. Voy. Moue , Ataeiger, 1838,226.

3. Dans la légende (ch. xiu , 74) Hephostopbiles reconnaît la grandeur de Dieu et les mérites du Christ.

Faust à peine a dit ces paroles Uue la toile se trom'e là,

Car il la tient sur les épaules.

Le rapide Mépliistphola.

Portugal, la belle et grand' ville' Doit être peinte sur-le-cliamp :

Méphistophêlès fut docile Et rapide comme le vent.

Il fait une peinture habile ,

(Jui est un tableau surprenant ,

De Portugal, la belle ville:

« Écoute , peina-moi maintenant

Jésus en croix, (jui agonise, Donne-moi cett’ satisfaction ;

Je te le dis avec franchise ,

Ne manque pas l'inscription.

Et n’oubli' pas son nom aimalde. » * Mais il ne peut peindre cela ,

Il fait à Faust, le grand coupable.

Une prière, que voilà:

« Docteur, ce coup m'est fort sensible Je veux vous rendre votre écrit ^

Il m’est tout à fait impossible D écrire le mot Jésus-Christ. »

Puis le démon se met à dire :

« Quel salaire donnez-vous donc ?

4. I/C rédacteur de la légende fait visiter à Faust « le pays de Portugal » (ch. xxvi).

2. Dans le Faust de Gœthe devait primitivement se trouver une scène où Mepliislo répugnait à passer devant une croix. Faust disait : «Es-tu pressé? Pourquoi baisses -tu les yeux devant la croix?» Et Mephisto répondait : « Je sais que c’est un prt'qugé, mais cela me répugne. » Cf. klisching, Erinnervnyen theines Freundes A. Reiser^ p. 211.

Laissez là vos projets pour rire ,

Vous n'aurez plus votre pardon »

Docteur Jean Kaust, fais pénitence,

A cette heure tu as le temps ;

Dieu, plein d'une bonté immense.

Veut t'octroyer ton sauvemcnt.

Docteur Jean Faust, fais pénitence.

Amende-loi , c'est la saison :

«De Dieu je n'ai plus souciance.

Ni du ciel , qui est sa maison. »

Du haut des cieux à l'heure même ',

Vint un ange envoyé de Dieu,

Qui chantait avec joie extrême Un chant angélique et pieux.

Tant qu’il vit l'ange en sa présence ,

Docteur Faust voulut s'amender ,

Puis il changea de contenance.

Et vers l’enfer s’alla tourner.

Le diable avait peint une image De Vénus, laquell' l'éblouit;

Les démons, transportés de rage,

Dans l’enfer l’cur’ bientôt conduit.

Cette complainte contient des traits particuliers qui viennent grossir et diversifier le fonds commun de la légende; si la composition en est embarrassée et le style incorrect, elle offre néanmoins l’empreinte du sentiment et les marques de la na'iveté.

1. Dans Césaire d’IIeisterbach (XII, 5) Dieu fait entendre au duc Guillaume de Juliers, trois fois pendant la messe, des mélodies angéliques ; le duc jure de se convertir s’il les entend encore une fois , ce qui n’a pas lieu.

Le goût pour la tradition de Faust a produit, dans la forme narrative, deux ouvrages principaux. L’un est YEnchanteur Faustus, le plus joli et le moins connu des contes d’Antoine Ilarnilton*. Les vers galants y alternent avec la prose badine, selon l’habitude de l’auteur. Celui-ci raconte à une demoiselle, qu’il appelle Daphné, que le magicien Faust eut envie de s’informer par lui - même si la reine Élisabeth d’Angleterre était aussi belle qu’on le disait. Un jour que Faust avait fait des compliments à la reine : « Si ces fameuses beautés des siècles passés pouvaient revenir, répondit-elle, il serait aisé de voir que vous nous flattez.» Faust lui offre alors de les évoquer, et il commence par Hélène : «...La belle Hélène n’eut garde de se faire attendre; elle parut au bout de la galerie sons qu’on se fût aperçu comme elle y était entrée. Elle était habillée à la grecque; et, suivant les Mémoires de notre auteur*, son habillement ne différait en rien de celui de nos déesses d’opéra. Sa coiffure était composée de quantité de plumes flot-

1. 1730. Traduit librement en allemand par Mylius, dans : Kleine Romane, Erzdhlungen und Schwanke ans verschiedenen Sprachen, von Mylius und Sander, 2 vol. , Berlin , 1784. Le souvenir de Faust et de ses analogues semble aussi avoir inspiré un héros des Mémoires de Crammont : Roebester, qui, changeant d’habit et de nom , fit sous main courir des billets dans la Cité , portant qu’il était arrivé un médecin allemand farci de secrets merveilleux et de remèdes infaillibles: «la vertu des remèdes consistait principalement à soulager en peu de temps les pauvres filles de tous les maux et de tous les accidents où elles pouvaient être tombées ...» Voy. chap. xn.

2. Hamilton feint d’emprunter son récit aux Mémoires prétendus de Sydney.

tantes sur sa tête, et surmontée d’une belle aigrette; des boucles de cheveux noirs lui descendaient jusqu’à la ceinture par devant, et jusqu’au croupion par derrière; ses engageantes lui battaient agréablement les genoux en marchant, et la queue, quelle traînait à la tacédémonienne, avait pour le moins quatre aunes d’un riche brocart de Corinthe. Celte figure s’arrêta quelque temps devant la compagnie; et s’étant tournée face à face de> vers la reine, pour en être mieux observée, elle en prit congé avec un certain sourire, entre doux et hagard, et sortit par l’autre porte. »

Faust évoque encore Mariamne, épouse de Hérode, . Cléopâtre, Rosemonde, maîtresse de Henri II; mais Ëlisabeth, étant sortie du cercle magique et ayant parlé, le tonnerre éclate, une vapeur épaisse remplit la galerie, et les éclairs font transir les spectateurs, qui remettent à un autre jour le désir de voir la comtesse de Salis* bury. ‘

Le roman de Klingcr a plus de portée philosophique. Fréd. Max. de Klinger doit être compté au nombre des hommes qui ont le plus contribué à tirer l’ancienne littérature allemande hors dos limites où elle était con-

I. «Ce qu’il y a de curieux et de piijuant dans les contes d’Hamilton , c’est que ces parodies des contes de fées sont elles-mêmes des contes , et des contes vraiment féeriques. Ilamilton n’a pu si bien se faire Français qu’il ne soit re.sié eu lui beaucoup du compatriote de Shakspeare. Aussi porte-t-il dans la parodie une imagination toute particulière, riche, abondante, pleine de fleurs et de diamants.» F. Montégiil , la Liltératurf des fées.

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finée. Il eut même la gloire de donner son nom à une époque : on l’appela la période orageuse des drames de Klinger. Ce fut à l’école de Shakspeare et de Rousseau qu’il forma son esprit et son caractère. Le premier lui donna sa poésie vraie, prise dans la partie intime de la nature humaine, le second sa loyauté âpre et son idéal de l’homme élevé selon les lois de la nature. Son roman de Faust' fait partie d’un cycle de romans pris dans tout ce que l’humanité offre de profond et ce que la vie présente de crises poétiques. Si, dans Faust, l’âme de l’homme se déchire, elle se relève dans Giafar. Si l'Homme du monde et le Poè'te est un ouvrage rempli d’une douce tristesse, celle tristesse disparaît dans Sahr.

Le traducteur français dit que l’auteur des Aventures de Faust semble s’être proposé le même but que Diderot dans Jacques le Fataliste. Mais dans cet amusant ouvrage, la question de la liberté de l’homme esté peine effleurée, et dans le roman de Klinger, le pacte que Faust conclut avec Mephistopheles repose sur une condition qui donne au romancier un vaste champ pour déployer son humeur frondeuse et parfois cruelle. Faust est une âme que les souffrances n’ont pas endurcie, que les déceptions n’ont pas totalement corrompue. Il croit à la mo-

1. Saint-Pétersbourg et Leipzig, 1791 , sans nom d’auteur. Traduit en français : Amsterdam, 1798, in-12, av. flg. ; Paris, 1798; Leipzig, 1 798 ; Reims , 1 802 ; Paris , 1 803 ; Paris , 1 824 ; 3 vol. in-1 2 , sous les noms de MM. de Saur et Saint-Gcniès, qui n’en sont, dit-on, que les éditeurs.

ralilé des hommes, à la vertu des femmes, à la générosité des grands, et le diable s’engage à lui montrer le monde sous une tout autre face : ainsi, les bourgeois de Francfort, qui l’ont repoussé misérable, lui envoient une députation , parce qu’il est riche; le bourgmestre lui cède sa femme pour un litre de noblesse ; un ermite, qui vit en odeur de sainteté, lui apparaît un poignard à la main, vaincu par la luxure et la cupidité; un juge lui vend pour cinq cents florins son arrêt, etc. La conclusion est fournie pur l’épilogue ; « Que chacun , dit l’auteur, souffre en patience les accidents malheureux de ce bas monde, et ne consume pas sa vie et son repos à en rechercher la cause : ce sont des secrets qui surpassent l’intelligence humaine.»

La dernière forme que la légende avait à revêtir était celle du drame, Marlowe l’en gratifia.

Christophe Marlowe, plus brièvement Kit Marlowe, le plus grand poète dramatique de l’Angleterre avant Shakspeare, naquit à Cantorbéry, en 1563, d’un père cordonnier. On ne connaît de sa vie agitée guère que les commencements pénibles et la fin tragique. En 1581, il entra à l’université de Cambridge, sans doute au moyen de ressources étrangères; deux ans après, il y prit le grade de bachelier, et encore deux ans plus tard, après avoir quitté Cambridge, il devint maître ès-arts. La preuve de cette éducation classique de Marlowe s’est conservée dans des essais de sa jeunesse, imprimés après sa mort: la traduction en vers non rimés du premier livre de

Lucain, de quelques élégies d’Ovide, et du poème de héro et Léandre. De son état d’acteur, l’on n’a d’autre témoignage que l’afTirmation de Philips, dans son Theatrum Poetanm, et un vers d’une ancienne ballade, composée peu après la mort de Mai lowe. Quoi qu’il en soit, il dut se familiariser de bonne heure avec la scène et ses exigences, car sa première pièce, Tamerlan le Grand, représentée en 1586, apporta une révolution complète dans le théâtre du temps, et doit être regardée comme une des pierres d’attente du merveilleux édifice shakspearien. Marlowe, dans Tamerlan, a le premier employé pour la scène le vers blanc, c’est-à-dire les iambes décasyllabes non rimés, et fixé, par son maniement heureux de ce vers, la forme poétique du drame anglais. Le fond de Tamerlan est d’ailleurs aussi curieux que la forme. Sans doute, il ne faut pas appliquer à cette pièce la mesure de la critique actuelle, on la trouverait alors emphatique et fausse, il faut la prendre dans son milieu historique et songer qu’elle était destinée à un public naïf qui comprenait peu les finesses poétiques, mais se plaisait singulièrement à voir Tamerlan, dans l’espace de deux heures, conquérir la moitié du monde, et atteler les rois à son char triomphal.

Marlowe eut le renom d'impie; c’est que les artistes et les poètes dramatiques de cette époque ne possédaient pas la considération publique, et il était de bon ton de les mépriser. La ballade que nous avons mentionnée plus haut, dit de Marlowe :

1 Djgitize

Il fut un poëte célèbre El écrivit mainte pièce.

Il allait tantôt vêtu magnifiquement ,

Tantôt comme un mendiant.

Si Beard {Théâtre of God’s Judgcments,\h^l), Meres {Palladis Tamia, 1598), Vauglian {The golden Groue, 1610), portent sur lui un jugement sévère, Peelc, Nash et l’auteur du drame, le Itelour du Parnasse, parlent de lui en termes qui prouvent toute l’estime où il était tenu. La Tragique Histoire de Faust' dut être jouée en 1592, car cette même année un ancien camarade de Marlowe, acteur et auteur qui avait renoncé au théâtre par dévotion, Robert G rcene, fit paraître un pamphlet dans lequel, se faisant l’allié des puritains, il rendait Marlowe responsable des hardiesses philosophiques de Faust et l’adjurait de renoncer à l’athéisme. Marlowe mourut assassiné en 1593, et en 1597 sa pièce fut reprise, mais retouchée par Dekker, comme nous l’apprend Henslove, directeur de théâtre qui tint un journal de 1591 à 1609. Du même témoignage il résulte qu’en 1602, Bird et Samuel Rowley reçurent quatre livres sterling pour des additions â FatisC. Ces additions ont dû passer dans la première édition , qui est de 1604, de sorte . que nous ne posséderions pas un Faust de Marlowe seul. Quoi qu’il en soit, le poète trouvait des secours dans la

1. The tragical histonj of I). Fauslus. As it hath been Acted bij the Right Honorable the Farte of NoUinghatn his serrants. NVrillcn b\ Ch. Mari. London. Prinled by V. ,S. for Thomas Bnshell,

coinplainic de 1588 el surtout dans la légende de 1591. Après un chœur à la manière antique, Faust paraît dans son laboratoire, il a sous la main une loule d’in-folio qu'il prend et rejette successivement après en avoir lu quelques lignes, et il finit par se vouer à la nécromancie. La scène est pleine de mouvement: « ....Vis et meurs dans les travaux d’Aristote! Douce analytique, mon délice! Bene disserere est finis togices. Est-il vrai que bien disputer soit le couronnement de la logique? Cet art ne produit-il pas de plus grand miracle? Alors ne lis plus cela, le couronnement est atteint. L’esprit de Faust demande un plus noble prix. Adieu l’économique! Galien, ici! Sois médecin, Faust, entasse l’or et immortalise-toi par quelque cure merveilleuse : Summum bonum medieinœ saniias. Le but de la médecine est la santé du corps. Quoi! Faust, n’as-tu pas atteint ce but, tes ordonnances ne sont-elles pas suspendues comme souvenir dans les villes qu’elles ont arrachées à la peste el sauvées de mille terribles maladies! Et pourtant tu n’es toujours que Faust et un homme ! Si lu pouvais faire vivre les hommes éternellement, ou, quand ils sont morts, les ressusciter, alors cet art vaudrait quelque chose! Adieu, médecine!.... La métaphysique des magiciens, ces livres de nécromancie sont célestes! Ces lignes, ces cercles, ces lettres, ces caractères! voilà ce vers quoi je .«oupire. Oh! quel monde de profit cl de délices, de pouvoir, d’honneurs el d’omnipotence est promis là au disciple fidèle!»

Entrent un bon et un mauvais ange, l’un qui détourne Faust de la magie, raulre qui l’excite à continuer. Faust écoute le mauvais ange' et va dans un bols évoquer Mephostophiles. Celui-ci paraît sous une forme hideuse, sort et revient sous l’aspect d’un vieux moine, puis va prendre les ordres de son maître Lucifer. Arrivent Wagner et Rüpcl le clown, qui donnent une sorte d’intermède et parlent en prose;

ft Wagner. — Ici, drôle, gamin!

Rüpel. — Gamin! le diable m’emporte! Tonnerre! moi, un gamin! Vous avez vu beaucoup de gamins barbus?

Wagner. — Tes rentrées sont médiocres, n’est-ce pas?

Rüpel. — Et mes sorties donc, si vous vouliez voir?

Wagner. — Pauvre garçon! Il plaisante dans sa nudité. Je sais que le maraud est sans emploi et si aiïamé qu’il donnerait son âme au diable pour une épaule de mouton, fût-elle crue.

Rüpel. — Oh! non, je la voudrais bien rôtie et avec une bonne sauce, si je la payais si cher, vous pouvez le croire, etc. »

Faust conclut son pacte, puis il demande à épouser la plus belle fille de l’Allemagne. Mephisto lui présente

I. «Avec l’argent des esprits, dit Faust, je lèverai des soldats et chasserai de notre terre le prince de Panne. » Il s’agit d’Alexandre Farnèse, qui fit la guerre aux calvinistes dans les Pays-Bas. Ce souvenir peut servir à démontrer que la pièce fut composée en 1592, puisque Farnèse mourut en décembre de cette année. Voy. Notter , Zur Faiistsage , Augsh. Zeit, mars, avril, déc., 1847.

une diablesse, ce qui le dégoûte du mariage el le fait se contenter des plus belles courtisanes que le diable lui choisira. Le chœur reparaît et nous annonce queFaust est parti <tpour étudier la cosmographie» et qu’il se rendra é Rome. Plus loin Lucifer et Beelzébub font assister Faust à un divertissement qui consiste dans l’exhibition des sept péchés mortels et qui forme une des scènes les plus piquantes du drame'. Chaque péché expose son caractère.

«L’Orgueil. — Je suis l'Orgueil, je ne daigne pas avoir de parents. Je suis comme la puce d'Ovide, je me fourre dans tous les coins d’une fille. Tantôt sous forme de perruques, je m’asseois sur son front ; tantôt sous forme de collier, je me pends à son cou, tantôt je la baise sous forme d’éventail, puis je me change en chemise et fais ce que je veux....

La Gourmandise. — Mes parents sont tous morts; pour l’argent comptant qu’ils m’ont laissé, c’est le diable, lequel est un pauvre traiteur. Il ne me donne par jour que trente repas et dix petites bouchées : une bagatelle pour les besoins de la nature. Je suis de race royale. Mon père était un Jambon de Lard-lande, ma mère une Tète-de-Porc de Bourgogne, mes parrains s’appellent Pierre Harengsaur et Martin Aloyau; ma marraine, oh! c’est une vieille grande dame, elle s’appelle Marguerite Bière-de-Mars, etc. »

1. Dans la légende, Bélial présente à Faust les princes de l’enfer, mais leur description ne vaut pas celle des Sept Péchés.

A Home, Faiisl joue an pape les tours racontés par la légende; à la cour de l’empereur, il évoque Alexandre, sa maîtresse et Darius. Alexandre et Darius se battent, Darius est renversé, Alexandre le tue, lui prend sa coul'onne et la pose sur la tête de sa maîtresse. A la cour d’Anhalt, il procure à la duchesse des raisins en janvier. De retour à Wittemberg, il désire pour maîtresse Hélène, et lorsqu’elle parait, il lui adresse ce salut, qui sera notre dernière citation, car le monologue final est assez connu: «Est-ce là le visage qui lança sur mer mille navires et renversa les hauts remparts de Troie? Oh! ronds- moi immortel avec un baiser! Ses lèvres aspirent mon àme. Vois comme elle y vole! Viens, Hélène rends-moi mon âme! Laisse-moi vivre ici; sur cette bouche le ciel réside, et tout ce qui n’est pas Hélène est poussière. Je veux être Pâris, et pour l'amour de toi, au lieu d’Ilion, c’est Wittemberg qui .sera enflammé! Je veux me battre avec le faible Ménélas et porter tes couleurs aux plumes de mon casque. Oui, je blesserai Achille au talon, puis vers toi, vers tes lèvres! Oh! tu es plus belle que l’étoile du soir vêtue de l’éclat de mille étoiles, lu es pins brillante que Jupiter, lorsqu’il apparut flamboyant à la pauvre Sémélé, plus adorable que le monarque du ciel dans les bras d’azur de la tendre Arélhuse, toi, toi seule tu dois être mon amour!»

Certes, dirons- nous avec M. F. V. Hugo, il est difficile d’exprimer en vers plus charmants la passion de

Faust pour la beauté antique. Marlowe, d’ailleurs, a traité celte passion incidemment, parce qu’il voyait dans Faust surtout l’hérétique qui abandonne le dogme pour la science, le fils d’Ève qui veut découvrir les secrets défendus, le voluptueux pressé, qui fait avec le diable un marché de dupe. Le maître ès-arts de Cambridge conclut son drame comme le théologien allemand sa légende, par la damnation.

En 1612 parut à Londres un Doctor Faustus; il ne s’élève généralement pas au-dessus du médiocre, pourtant il contient une scène profonde, celle où le diable donne une leçon à Faust.

L’Allemagne n’eut d’abord point d’œuvre dramatique à opposer à celle de Marlowe. La pièce latine Justi Placidii infelix prudentia', et la pièce allemande d’Ayrer * n’ont point obtenu les regards de la postérité. Cependant, Neumann, dans sa Disquisitio de Faiisto^, attribue une grande part de la réputation de Faust à son apparition sur la scène et dans des tragédies, et Weinhold, dans ses Remarques historiques*, parle de nombreuses représentations théâtrales, qui, au dix-septième siècle, avaient pour sujet la vie de Faust, dans les villes et les campagnes. Ces représentations étaient peut-être celles des comédiens anglais, ainsi nommés, selon M. Kurz‘,

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