‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 72 sur 77 · De l’Allemagne^ II · texte numérisé non relu

De l’Allemagne^ II

s’embarque pour Athènes, où la fille du duc s’éprend de lui et veut l’épouser. Dans son désespoir, Lucrezia demande secours aux puissances infernales pour se venger de l’infidèle. Le diable lui confie un secret: tout l’éclat dont Faust est entouré disparaîtra avec l’anneau qu’il porte à l’index. Lucrèce, déguisée en pèlerin, s’embarque pour Athènes, et arrive à la cour au moment où Faust, vêtu d’un costume magnifique, va présenter la main à la princesse pour la conduire à l’autel; mais Ip pèlerin, la femme jalouse et altérée de vengeance, arrache subitement l’anneau magique, et le jeune chevalier n’est plus qu'un afi'reux vieillard, visage ridé, bouche sans dents »

Dans l’Allemagne du Nord, depuis le dix-septième siècle jusqu’en 1737, plus longtemps encore dans l’Allemagne du Sud , Faust fut souvent mis à la scène, surtout dans des impromptu burlesques, genre alors à la mode. En 1746 encore, la compagnie Scbuch donna à Mayence une pièce improvisée sur Faust*. A Vienne, Faust était le sujet d’une farce dont les apparitions infernales divertissaient fort le peuple. Dans cette pièce , un chant, devenu populaire, commençait ainsi :

Faust, Faust, tu dois mourir,

Faust, Faust , ton heure est là.

En 4770, la compagnie Wæser représenta à Leipzig

1. Reicbard, Theater- Journal., <778, I, 64. Cf. Mémoire.^ de Brandes, 1. 1, pp. 284 et 3ot , dans la Collection des mémoires sur l'art dramatique.

une pantomime sur Faust', et, en 1776, on joua à Vienne une pantomime dont le programme français et allemand portait: Ledernier jour du docteur Jean Faust, pantomime dressée sur le plan allemand d'un de nos amateurs du théâtre, représentée par des enfants au théâtre impérial et royal. L’amateur était le conseiller de Weimar, J. Fr. Schmidt. *

L’apparition de Faust sur les tréteaux des marionnettes dut avoir lieu, en Angleterre, à une époque voisine de la représentation duFatist de Marlowe, el master Devil emportait sans doute le docteur Faust en enfer, sans plus de façon que Judas, le valet du frère Bacon, ou le vieux Vice lui-même, the old Vice, the old Iniquity. En 1675, les pièces jouées par les marionnettes faisaient une concurrence sérieuse aux pièces représentées par des acteurs en chair et en os ; aussi les propriétaires des théâtres situés dans Drury-Lane et près de Lincoln’s Inn Fields adressèrent- ils une pétition à Charles II pour demander que le théâtre de marionnettes établi dans leur voisinage fût ou supprimé ou transporté dans un autre quartier. Parmi les marionnettes qui défilaient alors sous les yeux du public figurait le docteur Faust.

1. Voy. Ueber die Leipziger BUhne, <770 ; 1'* lettre , p. 96 ; 2*, p. 200.

2. La scène danoise possédait-elle un Faust ? Dans la comédie de Holberg (t 1754), Magie ou fausse alarme, un comédien répète la conjuration de « Mepbistophiles », comme faisant partie d’une pièce où il joue, et il encourt ainsi le soupçon de nécromancie.

Vers 1709 commença à se produire un habile puppel-s/iowman. Grâce à la protection d’Addison et de Steele, Powell acquit et conserva sous la reine Anne, George I®'' et les commencements de George II, une célébrité fort étendue. Il se rendait particulièrement à Bath dans la saison des bains. En 1710, ses drames furent accueillis à Londres même. Punchinello et sa grondeuse compagne , accompagnés du docteur Faust, faisaient, suivant le Tattler\ pâlir le nouvel opéra italien de Hay- Market. Vers 1728, Swift mentionne le personnage de Faust dans une satire en vers à l’adresse d’un whig brouillon et malfaisant, Richard Lighe, qu’il met aux prises, sous le nom de Timothy, avec un pauvre infirme, nommé Mead Mullinix , connu dans les rues de Dublin pour ses opinions tories. Celui-ci compare son adversaire à Polichinelle, et fait, par occasion, connaître quelques - uns des puppet-shows que l’on représentait alors à Dublin. *

Enfin, rien n’empêche de penser que la pièce de Faust fut jouée par les troupes de Rowland Dixon, le gesüeuUuor maximus, qui, au dix-huitième siècle, avait son quartier général à Ingleton’; de Henri Rowe, qui jouait avec des figures de bois le Macbeth de Shakspeare (1797) , et de J. La verge, qui conserva jus-

1. N° 116, 3janv. 1709-1710. L’année commençait encore à Pâques en Angleterre.

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