‹ Faust dans l'histoire et dans la légendeChapitre 76 sur 77 · I. Le rudiment · texte numérisé non relu

I. Le rudiment

l’école; un malin, je n’avais pas encore déjeuné, l’enfant m’appelle : « Hans Wurst, porte-moi mon prinzipibi à l’école!» Je prends le livre sous le bras et je m’en vais sans avoir déjeuné. En chemin, je rencontre un petit garçon qui crie : «Des prunes, des prunes!» Je lui demande: «Petit, que veux- lu du panier?» Il répond: «Le cent coûteOkreuzers; mais que, si je puis en manger davantage, les autres ne coûteront rien.» Je lui aide à mettre bas le panier, je me mets devant, et fonctionne jusqu’à ce que le panier soit presque vide. Le petit garçon fit une drôle de mine, et je décampai »

Quand Mephistopheles a emporté Faust, un diable s’approche de Hans Wurst, et lui dit : «Il faut que tu ailles avec moi en enfer. »

Hans {lève le pied) : «Comprenez-vous et connaissezvous cela?» (en français dans le texte.)

Un second diable : «De quel pays es-tu?»

Hans : «Je suis un Strasbourgeois.» {Les deux démons disparaissent en hurlant. )

Hans Wurst : « On peut voir par là que le diable lui -même a du respect pour un Strasbourgeois!»

Dans la même pièce, la scène de l’évocation des esprits se rapproche, plus que les scènes analogues des autres drames de marionnettes, du morceau qu’on trouve dans les œuvres de Lessing, et que M. Magnin a cité dans X'Histoire des Marionnettes :

«Faust. — Quelle est ta vitesse et comment t’appelles-tu?

Ghil. — Je m’appelle Ghil, c’est-à-dire dans votre langue traînante: le trait de la peste.

Faust. — Et quelle est ta vitesse?

Ghil. — Gelle du trait de la peste.

Faust. — Tu serais à ta place au service d’un médecin. Et toi, quel est ton nom?

Dilla. — Dilla , car je suis porté sur les ailes du vent.

Faust. — - Et toi?

Oron. — Mon nom est Oron, car je vole sur les rayons de la lumière.

Faust. — Quelle est ta vitesse, toi, quatrième?

PoMON. — Gelle de la pensée de l’homme.

Faust. — G’est quelque chose. Mais les pensées de l’homme ne sont pas toujours rapides ; elles ne le sont guère quand la vérité et la vertu les appellent. Gombien elles sont lentes alors! Et toi, quelle est ta promptitude?

Léviathan. — Gelle de la vengeance du vengeur.

Faust. — Sa vengeance serait prompte? et je vis encore et je pèche encore!

Léviathan. — G’est déjà une vengeance pour lui de te laisser vivre et pécher.

F’aust. — Qu’il faille qu’un diable m’apprenne cela! Et toi, Mephistophiles?

Mephistophiles. — Tu seras un mortel difficile à contenter, si je ne te suis pas assez prompt.

Faust. — Parle, comment es-tu prompt?

Mephistophiles. — Ni plus ni moins que le passage du bien au mal.

Faust. — Ah ! lu es mon diable ! prompt comme le passage du bien au mal! Oui, il est prompt, celui-là; il n’y a rien de plus prompt. Retirez-vous, escargot de rOrcus, retirez-vous; attendez, invisibles, mes ordres! »

Comme nous tenons à rester dans l’époque ancienne, et à ne pas répéter des banalités , nous nous arrêtons ici et nous concluons. Faust, dans l’histoire, est un humaniste, qui propagea en Allemagne la science et l’art antiques, par des moyens qui aujourd’hui peuvent être regardés comme équivoques, mais qui le paraîtront moins, si l’on tient compte de l’état intellectuel du seizième siècle*. Faust, dans la légende, est un magicien qui fait un pacte avec le diable pour obtenir des connaissances illicites et des jouissances illimitées, et cette légende est le produit de la réaction ecclésiastique étroite qui suivit le premier essor de la réforme. Enfin, dans l’histoire comme dans la légende, repose le germe de l’idée qui s’épanouira dans les temps modernes, idée de l’humanité emportée par un mouvement sans relâche, soit dans le champ de l’esprit et de la recherche scientifique, soit dans la sphère de la vie et de la sensibilité.

1 . La l^ie de Thomas Ptatter récemment publiée à Genève vient confirmer notre opinion. Flatter est un Faust qui a écrit ses Mémoires, Faust enfin fut un écolier comme Ruiebeuf et Villon.

De ce que cette activité à outrance offre des périls, fautil Ja proscrire, la condamner? Oui, a répondu la légende. Non, répond Goethe; car il pense que l’humanité, malgré ses échecs et ses défaillances, reprend à la fin son équilibre. Et Lessing, avant Goethe, a dit : « Ce n’est point la possession réelle ou illusoire de la vérité qui fait la valeur de l'homme, mais son effort sincère pour la trouver. Ce n’est point la possession, mais l’effort qui augmente ses forces et l’approche de la perfection. Si Dieu tenait dans sa droite toute vérité et dans sa gauche l’élan éternel vers la vérité, avec la condition d'une éternité d’erreur, et me disait : « Choisis, » je tendrais humblement vers sa gauche, et dirais: «Mon Père, donnez, la vérité pure n’est cependant que pour vous. ' »

1. Ces lignes étaient écrites lorsque parut une nouvelle étude sur la légende de Faust : Die Faustsage und der historische Faust, von D' L. Housse, Luxemburg, 1862. M. Housse est un disciple de M. de Mirville et du chevalier Gougenot des Mousseaux!

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