‹ Faust drame fantastique en cinq actes, quatorze tableaux par m. Adolphe D'EnneryChapitre 21 sur 55 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MARGUERITE, SULPHURINE.

MARGUERITE, ouvrant le* yeux et apercevant Sulphurine qui semble absorbée dans la contemplation des bijoux.

Que faites-vous donc là, voisine?

SULPtlURINE.

J’admire et je vous porte envie.

MARGUERITE

A moi ?

SULPHURINE.

Oui, puisque c’est pour vous que l’on vient d’apporter ce riche présent.

MARGUERITE

Un présent ! pour moi ! (Elle disparaît de 1a fenêtre.)

SULPHURINE, à part. ,

Elle vient !.. Tu seras obéi, mon maître.

MARGUERITE, sortant de la maison et veuant à Sulphurine.

Voyons ! Commentées bijoux... cette parure dont une grande dame se ferait honneur dans les jours de fête?..

. ' SULPHURINE.

Un beau cavalier m’a chargée de vous les donner de sa pfirt.

MARGUERITE

Mais je ne dois pas accepter.

SULPHURINE.

Pourquoi ? Il est si riche que cela semblait être, à ses yeux, un objet de peu de valeur. 11 m’a suppliée, avec tant d’instances, de vous les offrir, que vous le rendriez, je crois, très-malheureux en n’acceptant pas. Voyons comme cela vous irait.

MARGUERITE

Non... (Elle passe à droite.)

SULPHURINE.

Laissez-moi faire... rien que pour essayer... (Elle lui met la parure.) Oh ! que vous êtes jolie ainsi !

MARGUERITE

Vous trouvez? Pauvre comme je suis, je n’oserais aller, avec cette parure, ni à la promenade, ni à l’église. Et puis que dirait ma mère?.

Bon, je me charge de tout. Vous mettrez d’abord une petite

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chaîne, ensuite un brillant, puis une perle ; on s’habituera peu à peu à ces riches joyaux, et, pour votre mère... fiez-vous à moi, j'inventerai quelque conte.

MARGUERITE

Mais ce cavalier, que pensera-t-il ?

SULPHUR1NE.

Que vous ne vous êtes pas trop offensée de son amour.

MARGUERITE, se levant.

Son amour 1.. Je ne veux pas... (eu« repousse les bijoux).

SGÈNE III.

Les mêmes, MÉPHISTOPHÉLÊS, FAUST.

(Us entrent par la droite.)

SULPHURINE.

Le voilà.

MARGUERITE, rencontrant le regard de Faust et jetant un faible cri.

Ah!.. '

FAUST, s’approchant. Ce Marguerite.

Est-ce ma présence qui vous trouble ainsi, mon enfant?

Oui...

FAUST

Pourquoi ?

MARGUERITE

Parce qu’il me semble que je vous ai déjà vu... Non... ce n’était pas vous... mais...

FAUST

Mais?..

MARGUERITE, à part.

Oh ! mon rêve, mon beau rêve !

MÉPHISTOPHÉLÊS, bas.

Elle se souvient de ce rêve envoyé par moi...

FAUST, à la droite de Marguerite.

Eh bien?..

MARGUERITE

Hier j’ai rencontré un vieillard qui vous ressemblait...

FAUST

Eh bien, ce vieillard c’était...

MÉPHISTOPHÉLÊS.

C’était son père, et je gage que vous avez tourné la tête au vieux savant aussi bien qu’à son fils... (n s’approche de Marguerite qui s’éloigne vivement à gauche.)

Eh! mais, qu’avez-vous donc, la belle?..

36 FAUST

MARGUERITE, désignant Mép'.iillppllélé».

C'est... votre ami?..

FAUST

Mon... compagnon.

MARGUERITE

11 me fait peur.

MÉPHISTOPHÉLÈS, riant.

Peur!., ah ! ah ! ah!

MARGUERITE, bas, à Faust.

Sa présence me fait mal. Je sens de l’horreur en le voyant.

FAUST

Enfant...

MARGUERITE

Ses yeux sont méchants et railleurs. 11 semble porter, écrit sur le front, que son àme ne peut aimer nulle autre âme.

FAUST, bas.

Pressentiment d’un ange !.. (Haut a Méphistophéiès.) Éloigne-toi. MÉPHISTOPHÉLÈS, bas.

J’obéis, maître!., aussi bien, je suis inutile ici... L’amour est entre vous deux, il saura faire la besogne du diable. (Faust prend

le bras de Marguerite et se promène au fond arec elle.)

MARGUERITE, regardant s’éloigner Méphistophéiès. —

Ah I je respire maintenant.

FAUST

Eh bien, causons, le veux-tu?

MARGUERITE

C’est donc votre père qui m’a protégée, défendue ?

FAUST

Hier, à la sortie de l’église, oui... et c’est parce qu’il m’a longuement parlé de cette rencontre que j’ai voulu le voir; je t'ai cherchée par toute la ville, et je suis bien heureux de t’avoir enfin trouvée.

MARGUERITE

Pourquoi ?

FAUST

Parce que les paroles de mon père ont fait Daitre dans mou cœur un sentiment inconnu jusqu’alors.

MARGUERITE

Que vous disait-il donc?

FAUST

11 m’a parle d’abord de tes grâces adorables.

MARGUERITE

Lui!..

5£De ta taille charmante, de tes mains si fines et si blanches ; les délicieuses mains!., (n les baise.) 11 m’a parlé erfeore des tresses dorées de tes cheveux.

MARGUERITE

Mais il ne m’a vue qu’un instant.

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FA'JST.

Et cet instant lui a suffi pour admirer la pureté de ton regard, la douceur de ta voix; il m'a dit ta naïvexandeur et l’ingénuité de ton âme.

MARGUERITE

' Me voilà toute confuse.

FAUST

Pourquoi?

MARGUERITE

11 vous a parlé de tant de clioses que vous n’allez peut-être plus retrouver en moi...

FAUST

Il me semble, au contraire, que ses yeux affaiblis ont mal vu, mal compris ce que j’admire à présent. Si ta beauté, Marguerite, a pu émouvoir le cœur d’un vieillard, de quel trouble remplira-t-elle une àme que l’àge n’a pas glacée!., de quel feu embrasera-t-elle mon cœur dont tu es le premier amour!

Vous m’aimez, dites-vous? Mais vous me connaissez à peine!

FAUST

Qu’importe que ce soit aujourd’hui seulement que je te trouve, si tu es depuis longtemps le but de mes ‘rêves? Marguerite, il y a longtemps que je te désire, que je t’appelle; il y a longtemps que je t’aime !.. (il la prend daus ses bras.)

MARGUERITE

Mon Dieu ! je ne comprends pas ce qui se passe en moi, tout ce qu’il me dit me remplit à la fois de joie et de crainte... Ses paroles font doucement battre mon cœur et je tremble en l’écoutant... j’ai du plaisir à le voir... et... je n’ose pas le regarder... Je suis heureuse auprès de lui... (se dégageant.) et je veux m’éloigner; mais qu’est-ce donc que j’éprouve? (a Faust, en le regardant timidement.) Je crois que je suis un peu folle !..

FAUST

Non, non, tu es un ange, et je t’aime ! (On entend un éclat de rire de Méphistophélès.)

MARGUERITE, poussant un cri de frayeur.

Ah ! mon Dieu ! ce rire...

FAUST

Ce n’est rien, c’est mon compagnon qui plaisante sans doute avec votre amie...

MARGUERITE, s’asseyant à droite.

J’ai eu peur 1

FAUST

Calmez-vous! calme-toi!..

MAUGUER1TE.

Oh! c’est qu’on ne m’a jamais parlé comme vous le faites... Que voulez-vous, je ne suis qu’une pauvre enfant, bien simple et bien ignoraute... Vous ne chercherez pas à me tromper, n’est-cc pas?

FAUST

FAUST

Je faillie, Marguerite, je t'aime!

MARGUERITE

Bien vrai?.. Attendez. .. (Elle détache une marguerite qu’elle a à sa ceinture et l'effeuille.) 11 m’aime ! .. il ne m’aime pas !.. oui !.. non !.. (Avec joie.) 11 m’aime !

FAUST

Marguerite 1.. (il la prend dans ses bras et l’eiubrasse.)

MARGUERITE, s’échappant.

Ah! j’ai peur !.. j’ai peur !..

FAUST

Écoute-moi...

MARGUERITE, troublée.

Il est lard, voici la nuit, bonsoir! (a suiphuriue.) Bonsoir, voisine... (a Faust.) Bonsoir !

MÉPHISTOPHÉLÉS.

Déjà!

SULPHURINK.

Ne pouvons-nous entrer chez vous?..

MARGUERITE

Recevoir tant de monde, impossible, que dirait ma mère?... (a Faust.) A demain...

FAUST

Demain...

MÉPHISTOPHÉLÉS.

C’est bien long, demain.

FAUST

Un siècle sans te voir... j’ai tant de choses à te dire... Je voudrais ne plus te quitter d’une heure, d’une minute; je voudrais vivre et mourir près de toi... Pourquoi refuser de me recevoir?..

MARGUERITE

Et ma mère qui ferme toutes les portes.

MÉPHISTOPHÉLÉS.

Bon... 11 sait passer par la fenêtre... une lumière placée devant la croisée peut servir de signal et éclairer le chemin... c’est le conseil que je vous donne.

MARGUERITE

11 doit être mauvais... (a Faust.) Bonsoir...

FAUST

J’attends le signal...

MARGUERITE

Non... non... bonsoir... bonsoir... (Elle disparait. Sur un signe de Méphislophélès, Suiphuriue est sortie aussi.)

TABLEAU V, SCÈNE IV

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