SCÈNE PREMIÈRE
MARGUERITE, SIBYLLE, GUDULLE, puis LISETTE avec
plusieurs jeunes filles.
SIBYLLE, ouvrant une des portes de l'église.
L’office du soir n’est pas encore commencé.
GUDULLE.
Parle bas... néanmoins, il ne convient pas d’élever la voix près de la maison de Dieu.
SIBYLLE, à Lisette qui entre.
Ah ! te voilà, Lisette, sais-tu la nouvelle?
LISETTE
Non...
SIBYLLE. 1
Et toi, Marguerite?...
MARGUERITE, triste et distraite. ,
Quelle nouvelle?
SIBYLLE
La petite Barbe... est-ce que tu n’as pas entendu parler d’elle?..
MARGUERITE
Je vois si peu de monde !
SIBYLLE
Eh bien, elle aussi a fini par mal tourner.
MARGUERITE, tressaillant.
Ah ! elle aussi !..
GUDULLE.
Cela devait bien se prévoir...
SIBYLLE
Oui, les voilà toutes avec leurs grands airs ! Y avait-il longtemps, mon Dieu, qu’elle était pendue après ce drôle. D’abord, ç’a été de la pure galanterie... puis sont venus les rendez-vous, tes paroles dmnour...
FAUST
MARGUERITE, avec douleur.
Ah !..
GUDULLE.
Tant il y a qu’à la fin... les filles sages n’ont plus qu'à se détourner d’elle, et qu’on jettera, en signe de honte, de la paille hachée à sa porte.
MARGUERITE
Pauvre fille !
SIBYLLE, allant à elle.
Tu la plains, toi, Marguerite 1 que sont devenus tes principes de vertu ?
MARGUERITE
Qui sait comment la malheureuse a succombé1?
LISETTE
Marguerite a raison. Sibylle, tu es sévère pour une pauvre fille tombée...
SIBYLLE
C’est qu’on ne saurait trop se tenir en garde.
GUDULLE.
C’est vrai... on écoute les doux propos, par vanité d’abord... puis le cœur s’éprend, la vertu s’endort, et au réveil on se trouve seule, abandonnée de celui dont on se croyait aimée, et avec l’abandon viennent le découragement, la misère et la honte, (on entend l’orgue.) Allons prier, mes sœurs. (Elles entrent dans l’église.)