‹ Faust drame fantastique en cinq actes, quatorze tableaux par m. Adolphe D'EnneryChapitre 34 sur 55 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Les convives, les coryphées, puis FAUST et MÉPHISTOPHÉLÉS, qui entrent; puis MARGUERITE.

MÉPHISTOPHÉLÉS.

Nous voici à Herculanum dans la maison de Daphné, de cette charmante fille de Lesbos qui faisait, l’an 79 de votre ère, les délices et les tourments de la jeunesse romaine.

FAUST, absorbé et écoutant à peine.

Daphné... Herculanum.

MÉPHISTOPHÉLÉS.

Oui, Daphné, la voilà couronnée de roses... et telle qu’elle était une heure avant que le fléau foudroyant la surprit. Elle donnait une fête pour célébrer l'arrivée du magnifique marbre que tu vois ici.

FAUST

FAUST, distrait.

(Je... ce marbre.

M ÉPHISTOPHÉLÉS.

C’est la statue d’Hélène.

FAUST

Hélène! c’est la première poésie, c'est la première passion de ma jeunesse.

MÉPHISTOPHÉLÉS.

En vérité?

FAUST

pue defois, dans les nuits fiévreuses qui succédaient à l’étude, j’ai rêvé que cette blonde fille de la Grèce... ressuscitait sous l’ardeur de mon amour I

MÉPHISTOPHÉLÉS, à part.

Ahl c’est bien. (Haut.) Ainsi, tu te souviens de tes jeunes années?

FAUST

Oui... mais c’est étrange... entfb ce temps et le temps où nous sommes... il y a un vide dans monjesprit... que je ne puis parvenir à combler.

MÉPHISTOPHÉLÉS.

Tu m’as demandé l’oubli... et je te l’ai donné.

FAUST

L’oubli ?..

MÉPHISTOPHÉLÉS.

L’oublid’une douleurrécente... l’oubli pour quelquesheures... et, tu le vois, je t’ai plongé dans le sein du passé. Dis un mot, et tout un monde va renaître pour toi seul; parle, et les chants interrompus vont de nouveau faire tressaillir ces voûtes... Ordonne, et le sourire que Daphné n’eut pas le temps d’achever renaîtra sous ton regard, et viendra, si tu le veux, expirer sur tes lèvres.

FAUST

Eh bien! oui, que l’ivresse antique tourbillonne devant mes yeux éblouis !

MÉPHISTOPHÉLÉS.

Sois donc satisfait, (a ces mois tout repreud U vie et le mouvement, et les convives achèvent un chant bachique à la note interrompue, en mime temps que les danses ont lieu à plusieurs reprises.)

CHOEUR

Ivresse aux brûlantes haleines,

Répands sur nous tes rêves d’or.

Amis, vidons nos hisses pleines.

Buvons pour les remplir encor.

DAl'U.NÉ.

Salut à maître Faust.

TABLEAU VJU, SCÈNE I.

FAUST

Tu me connais?

MÉPHISTOPHÉLÈS, bas, à Daphné.

Tu vois, sa mémoire est bien endormie. H a commencé par la séduction et le meurtre.

DAPHNÉ, riant.

Maintenant, c’est à moi d’en faire un païen.

FAUST

Pourquoi cette gaieté?

DAPHNÉ

Je ris de vous, seigneur.

FAUST

De moi ?

DAPHNÉ

Figure-toi, Cnéia, que ce beau seigneur nous arrive d’un monde étrange, où le soleil est pâle; ceux qui l’habitent manquent d’or, de parfums, de lumière et de fleurs... ce qu’ils appellent leur été serait notre hiver... et ils vivent si peu, que nos morts, à nous, sont plus vivants dans leurs tombes.

FAUST

C’est peut-être vrai, ce que tu dis là, ma belle railleuse.

DAPHNÉ

Savent-ils aimer seulement?.. Aimer! (Elle rît.) Imagine un crépuscule de lame, quelque chose de sombre et de maladif tout chargé de terreurs et de remords... Mais ce feu, ce vrai feu qui ruisselait des yeux d’Hélène ; cet amour qui fut le désespoir de l’Asie et l’enchantement de la Grèce... cette flamme qui, un instant, confondit dans un même incendie la terre et le ciel... les hommes et les dieux... (Montrant Faust.) ceux-là, Cnéia, ne la connaîtront jamais.

FAUST, s’animant.

Tu crois ?

DAPHNE

Ah!., si une étincelle de ce brasier du monde pouvait un jour pénétrer tes veines; si, du bout de sa flèche d’or, l’Amour t’inoculait un peu du souffle de ses lèvres, à elle, un peu du délire de ses regards!

FAUST

Daphné!

DAPHNÉ

Tu serais alors l’égal des dieux, tu saurais ce que c’est que d’aimer.

FAUST

Mais je le sens, ce souffle!., mais je l’éprouve, ce délire!.. Où suis-je?., et que se passe-t-il en moi?.. Daphné, je sens tes paroles caresser mes souvenirs comme un parfum venu des vallées de Lesbos. (Avec chaleur.) Une coupe!., une coupel.. que je la vide à toi, marbre charmant, où la poésie de l’amour chante tout entière, (il reçoit une coupe des mains d’une esclave. ) A VOlHI

FAUST

aussi, dieux souriants et beaux... à vous, qui animiez la nature, et transmettiez à toute chose votre divine beauté.

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