TOUS
Evohé !.. Evobé ! (marguerite vient de paraître et s’avance à droite.) DAPHNÉ, à Méphistophéies.
Marguerite ! (elle disparaît.)
Qui es-tu ?
FAUST, à Marguerite.
MARGUERITE
Ne me reconnais-tu pas ?..
FAUST
Toi?
MÉPHISTOPHÉLÉS, à part, étendant la main vers lui.
Tu m’as demandé l’oubli.
FAUST
Non!..
MARGUERITE
Quoi! ce visage qui te souriait jadis, ces yeux auxquels tu as fait répandre tant de lartnes, tu ne les reconnais môme pas?
FAUST, cherchant.
Non... mais parle... parle encore...
MARGUERITE
Faust!., je suis celle que tu as aimée... je suis celle que tu as abreuvée d’amertume et de douleurs, celle dont tu as déchiré l’àme et qui n’a pas cessé de prier pour toi!.. Faust!., je suis
Marguerite!.. Marguerite 1.. c’est étrange... ton nom, qui n’éveille aucun souvenir dans ma tète, resonne douloureusement dans ma poitrine. ..;11 semble que mon cœur se souvienne et que ma mémoire ait oublié... Mes yeux s’arrêtent sur les tiens, comme sur des yeux amis, et pourtant je ne te reconnais pas!
MARGUERITE
Faust!
FAUST
Ta voix me fait tressaillir, tes larmes font couler les miennes, mon âme s’élance tout entière vers ton âme... (Mouvement de Méphistophéies.) et pourtant je ne te reconnais pas.
MARGUERITE, après avoir jeté un regard sur Méphistophéies, et Le reconnaissant.
Ah !.. Eh bien!., nous lutterons ensemble, et tu triompheras.
FAUST, les yeux fixés sur elle et cherchant.
Oui, oui... je le veux!..
MÉPHISTOPHÉLÉS, à part.
Et moi, je ne le veux pas... (Haut, s’adressant à la statue.) A moi, merveille du génie de Phidias!., fille de Jupiter, lève-toi et marche!.. Regarde, Faust, c’est Hélène qui s’anime, et qui revit
pour toi !..
TABLEAU IX, SCÈNE I
Hélène! Hélène!-
MARGUERITE
Mon Dieu !
FAUST
Oh! miracle de l’art, qui deviens tout à coup miracle de la nature!., marbre où respire l’âme réveillée d’Hélène!., beauté suprême, grâce ineffable et divine... je t’aime et je me prosterne • à tes pieds.
MÉPHISTOPHÉLÈS, à part.
Allons, le voilà, je pense, aussi bon païen qu’on peut le désirer...
MARGUERITE
Faust, souviens-toi de ce Dieu que te faisait adorer ta mère.
FAUST
11 n’y a pas d’autre adoration... il n’y a pas d’autre culte que Celui de la beauté... (on entend au loin le roulemement du tonnerre et le bruit sourd de l’éruption du Vésuve. — La nuit commence à venir.)
MARGUERITE
Eh bien, tu verras comment périssent les peuples maudits par le Seigneur, tu verras s’écrouler cette nouvelle Gomorrhe et tomber sous la colère divine ces adorateurs des dieux infâmes.