‹ Faust drame fantastique en cinq actes, quatorze tableaux par m. Adolphe D'EnneryChapitre 35 sur 55 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Evohé !.. Evobé ! (marguerite vient de paraître et s’avance à droite.) DAPHNÉ, à Méphistophéies.

Marguerite ! (elle disparaît.)

Qui es-tu ?

FAUST, à Marguerite.

MARGUERITE

Ne me reconnais-tu pas ?..

FAUST

Toi?

MÉPHISTOPHÉLÉS, à part, étendant la main vers lui.

Tu m’as demandé l’oubli.

FAUST

Non!..

MARGUERITE

Quoi! ce visage qui te souriait jadis, ces yeux auxquels tu as fait répandre tant de lartnes, tu ne les reconnais môme pas?

FAUST, cherchant.

Non... mais parle... parle encore...

MARGUERITE

Faust!., je suis celle que tu as aimée... je suis celle que tu as abreuvée d’amertume et de douleurs, celle dont tu as déchiré l’àme et qui n’a pas cessé de prier pour toi!.. Faust!., je suis

Marguerite!.. Marguerite 1.. c’est étrange... ton nom, qui n’éveille aucun souvenir dans ma tète, resonne douloureusement dans ma poitrine. ..;11 semble que mon cœur se souvienne et que ma mémoire ait oublié... Mes yeux s’arrêtent sur les tiens, comme sur des yeux amis, et pourtant je ne te reconnais pas!

MARGUERITE

Faust!

FAUST

Ta voix me fait tressaillir, tes larmes font couler les miennes, mon âme s’élance tout entière vers ton âme... (Mouvement de Méphistophéies.) et pourtant je ne te reconnais pas.

MARGUERITE, après avoir jeté un regard sur Méphistophéies, et Le reconnaissant.

Ah !.. Eh bien!., nous lutterons ensemble, et tu triompheras.

FAUST, les yeux fixés sur elle et cherchant.

Oui, oui... je le veux!..

MÉPHISTOPHÉLÉS, à part.

Et moi, je ne le veux pas... (Haut, s’adressant à la statue.) A moi, merveille du génie de Phidias!., fille de Jupiter, lève-toi et marche!.. Regarde, Faust, c’est Hélène qui s’anime, et qui revit

pour toi !..

TABLEAU IX, SCÈNE I

Hélène! Hélène!-

MARGUERITE

Mon Dieu !

FAUST

Oh! miracle de l’art, qui deviens tout à coup miracle de la nature!., marbre où respire l’âme réveillée d’Hélène!., beauté suprême, grâce ineffable et divine... je t’aime et je me prosterne • à tes pieds.

MÉPHISTOPHÉLÈS, à part.

Allons, le voilà, je pense, aussi bon païen qu’on peut le désirer...

MARGUERITE

Faust, souviens-toi de ce Dieu que te faisait adorer ta mère.

FAUST

11 n’y a pas d’autre adoration... il n’y a pas d’autre culte que Celui de la beauté... (on entend au loin le roulemement du tonnerre et le bruit sourd de l’éruption du Vésuve. — La nuit commence à venir.)

MARGUERITE

Eh bien, tu verras comment périssent les peuples maudits par le Seigneur, tu verras s’écrouler cette nouvelle Gomorrhe et tomber sous la colère divine ces adorateurs des dieux infâmes.

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