‹ Faust drame fantastique en cinq actes, quatorze tableaux par m. Adolphe D'EnneryChapitre 9 sur 55 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MÉPHISTOPHÈLÈS, SULPHUR1NE.

MÉPHISTOPHÈLÈS.

Sulphurine !.. pourquoi te sauves-tu ainsi?

SULPHURINE. * -

Parce que tu me poursuis... Pourquoi me poursuis-tu?

MÉPHISTOPHÈLÈS.

Parce que je te trouve jolie.

SULPHURINE.

Jolie! c’est la première fois qu’on me dit ce mot-là... on no me l’a jamais adressé, ni depuis que je suis sur terre, ni làbas, dans notre monde.

MÉPHISTOPHÈLÈS.

C’est que, là-bas, tu ne ressemblais guère à ce que tu es ici.

SULPHURINE.

Vraiment?..

MÉPHISTOPHÈLÈS.

Je t’ai évoquée de notre empire, afin que tu vinsses animer le corps créé par ce Vagner. Je croyais que tu aurais l’aspect et l’enveloppe d’un monstre...

SULPHURINE.

Oui... Mais quelque simple, quelque niais que soit un homme, il y atoujours en lui une parcelle de l’essence divine, et ce qu’il a rêvé, ce qu’il enfante est encore un reflet du puissant maître.

MÉPHISTOPHÈLÈS.

C’est vrai I. .

SULPHURINE.

Alors... décidément, je suis jolie?..

MÉPHISTOPHÈLÈS.

Charmante! adorable!., et ton aspect me réjouit; laisse-moi te regarder.

SULPHURINE.

Cela me plaît, que tu me parles ainsi... parle-moi encore, parle.

MÉPHISTOPHÈLÈS.

Oui, oui, ta voix me charme et ton regard m’enivre, tout m’attire et me fascine eh toi, à ce point que, d’elle-mùme, ma main presse la tienne, mon bras entoure ta taille, et mes lèvres cherchent tes lèvres !.. (il l’embrasse. Tous deux eu même temps jettent un cri de douleur.)

FAUST

SULPHUR1NE. /

Ah ! T’est un feu qui brûle ! ' u: '

MÉPRtSTOPHÉLÉS.

C’est un poison qui déchire ! Tout mon être a frémi de douleur!..

V SULPHUR1NE.

Fous que nous sommes !.. nous rêvions l'amour 1

, MÉPHISTOPHÉLÊS. ,

L’amour est un fruit divin!.. Dieu le réserve à ses créatures bénies... et le maître jaloux défend aux daœné3 de le cueillir.

SULPHORISE.

C’est vrai, il nous a punis, l’un par l’autre, d’avoir pour un instant méconnu sa loi.

MÉPH I STOPHÉLÉS, à lui-même.

Et il est le Tout-Puissant !.. et il faut courber le front devant lui... Eh bien, que les hommes, à leur tour, se courbent devant nous... que le plus sage d’entre eux renie, aujourd’hui, son culte et sa foi.

SULPHURINE.

Puis-je te seconder?..

MÉPHISTOPHÉLÊS.

Oui, mais ce n’est pas toi que j’opposerai d’abord à ce vieil- v lard.

SULPHURINE.

Qui sera-ce donc ?..

MÉPHtSTOPHÉLÈS.

Marguerite.

SULPHURINE.

Marguerite! la pureté, la candeur, l'innocence!..

M ÉPHISTOPHÉLÉS.

Elle prendra mieux que toi l’àme du vieux sage... JPai préparé l’esprit de la jeune fille... un songe que je lui ai envoyé, a déjà fait battre son cœur.

SULPHURINE.

Pour ce vieillard?..

MÉPHI STOPHÉLÉS.

On du moins pour ce qu’il était il y a bien des années. Qu’il l'apprenne de sa bouche, à elle, et nous verrons si maître Faust ne me demandera pas la jeunesse.

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