TROISIÈME PARTIE
1 „ cher déjà, à minuit? Aie compassion, et laisse-moi vivre. "" ■ o-rand matin, n’est-ce pas assez tôt? (Elle se 1ère.) le suis pourtant si jeune, si jeune, et je dois déjà mourir . Je ■V belle aussi, c’est ce qui causa ma perte. Le bien-aimé était ;mes côtés, maintenant il est bien loin ; ma couronne est ar- Jjehée. les fleurs en sont dispersées. . . Ne me saisis pas si brus- ■rr “nient ! épargne-moi ! que t’ai-je fait ? Ne sois pas insensible
mes larmes : de ma vie je ne t’ai vu.
FAUST
Puis-je résister à ce spectacle de douleur ?
MARGUERITE
Je suis entièrement en ta puissance ; mais laisse-moi encore allaiter mon enfant. Toute la nuit, je l’ai pressé contre mon cœur; ils viennent de me le prendre pour m’affliger, et disent maintenant que c’est moi qui l’ai tué. Jamais ma gaieté ne me sera rendue. Ils chantent des chansons sur moi ! c’est mal de leur part ! Il y a un vieux conte qui finit comme cela. A quoi veulent-ils faire allusion ?
FAUST, se jetant à ses pieds.
Ton amant est à tes pieds, il cherche à détacher tes chaînes douloureuses.
MARGUERITE, s’agenouillant aussi.
Oh! oui, agenouillons-nous pour invoquer les saints! Vois «us ces marches, au seuil de cette porte... c’est là que bouillonne l’enfer ! et l’esprit du mal , avec ses grincements effroyables... Quel bruit il fait 1
FAUST , plus haut.
Marguerite ! Marguerite !
MARGUERITE , attentive.
G était la voix de mon ami ! (Elle s’élance, les chaînes tombent.) On est-il ? Je l’ai entendu m’appeler. Je suis libre ! personne nepeut me retenir, et je veux voler dans ses bras, reposer sur son sein ! 11 a appelé Marguerite ; il était là, sur le seuil . milieu des hurlements et du tumulte de l'enfer, à travers
FAUST
les grincements, les rires des démons, j’ai reconnu sa Tois douce, si chérie !
FAUST
C’est moi-même !
MARGUERITE
C est toi î oh ! redis-le encore ! (Le pressant contre elle ) C’e;‘ lui ! lui ! Où sont mes douleurs ? où sont les angoisses de i, prison ? où sont les chaînes ?. . . C’est bien toi ! (u -viens me ver... Me voilà sauvée ! — La voici, la rue où je te vis pour la première fois ! voilà le jardin où, Marthe et moi, nous fat. tendîmes.
FAUST, s’efforçant de l’entraîner.
Liens î viens avec moi !
Oh ! reste ! reste encore... J’aime tant à être où tu es !
Elle l’embrasse.
FAUST
Hate-toi ! nous payerons cher un moment de retard.
MARGUERITE
Quoi! tu ne peux plus m’embrasser? Mon ami, depuis si peu de temps que tu m’as quittée, déjà tu as désappris à m'embrasser ? Pourquoi dans tes bras suis-je si inquiète?... quand naguère une de tes paroles, un de tes regards, m’ouvraient tout le ciel et que tu m’embrassais à m’étouffer ! Embrasse-moi donc, ou je t’embrasse moi-même ! (Elle l’embrasse.) 0 Dieiu tes lèvres sont froides, muettes. Ton amour, où l’as-tu laissé! qui me l’a ravi ?
Elle se détourne de lui.
FAUST
Liens ! suis-moi ! ma bien-aimée, du eourage ! Je brûle pow toi de mille feux; mais suis-moi, c’est ma seule prière !
MARGUERITE , fixant les yeux sur lui.
Est-ce bien toi ? es-tu bien sûr d’être toi ?
FAUST
C’est moi ! viens donc !