‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 104 sur 225 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

MARGUERITE

• u jétaclies mes chaînes, tu me reprends contre ton sein... Animent se fait-il que tu ne te détournes pas de moi avec horreur ? Et sais-tu bien, mon ami, sais-tu bien' qui tu délivres ?

FAUST

Viens! viens ! la nuit profonde commence à s’éclaircir.

MARGUERITE

J'ai tué ma mère ! Mon enfant, je l’ai noyé ! il te fut donné comme à moi ! oui, à toi aussi. — C’est donc toi ?.. . Je le crois ; peine. Donne -moi ta main. — ÏNon, ce n’est point un rêve. Ta main chérie !... Ah ! mais elle est humide ! essuie-la donc ! iime semble qu’il y a du sang. Oh ! Dieu ! qu’as-tu fait? Cache cette épée, je t’en conjure !

FAUST

Laisse là le passé, qui est passé ! Tu me fais mourir.

MARGUERITE

>'on, tu dois me suivre ! Je vais te décrire les tombeaux que tu auras soin d’élever dès demain ; il faudra donner la meilleure place à ma mère ; que mon frère soit tout près d’elle ; moi, un peu sur le côté, pas trop loin cependant, et le petit contre mon sein droit. Aul autre ne sera donc auprès de moi ! — Reposer a tes côtés, c’eût été un bonheur bien doux, bien sensible ! mais à ne peut m’appartenir désormais. Dès que je veux m’appro- -::e-r de toi , il me semble toujours que tu me repousses ! Et c est bien toi pourtant, et ton regard a tant de bonté et de tendresse !

Puisque tu sens que je suis là, viens donc !

MARGUERITE

Dehors? -

FAUST

A la liberté.

Dehor^ c'est le tombeau ! c’est la mort qui me guette

Viens'... d'ici dans la couche de l'éternel rejws. et p-ls pas plus loin. — Tu t’éloignes ! ô Henri ! si je pouvaé suivre !

FAUST

Tu le peux ! veuille-le seulement, la porte est ouverte

MARGUERITE

Je n’ose sortir, il ne me reste plus rien à espérer, et, p0. r moi, de quelle utilité serait la fuite ! Us épient mon passage' Puis se voir réduite à mendier, c’est si misérable, et avec un* mauvaise conscience encore ! C'est si misérable d’errer d®s l’exil ! Et, d’ailleurs, ils sauraient bien me reprendre.

FAUST

Je reste donc avec toi 1

MARGUERITE

Vite ! vite ! sauve ton pauvre enfant ! va, suis le chemin le long du ruisseau, dans le sentier, au fond de la forêt, à gauche. | où est l’écluse, dans l’étang. Saisis-le vite, il s’élève à la surface, il se débat encore ! sauve-le ! sauve-le !

FAUST

Reprends donc tes esprits ; un pas encore, et tu es libre!

MARGUERITE

Si nous avions seulement dépassé la montagne ! Ma mère est là, assise sur la pierre. Le froid me saisit à la nuque ! Ma mère ! est là, assise sur la pierre, et elle secoue la tète, sans me faire aucun signe, sans cligner de l’œil ; sa tête est si lourde! elle» j dormi si longtemps !... Elle ne veille plus ! elle dormait pendaï nos plaisirs. C’étaient là d’heureux temps !

FAUST

Puisque ni larmes ni paroles ne font rien sur toi, j’oserai t’ entraîner loin d’ici.

MARGUERITE

Laisse-inoi ! non, je ne supporterai aucune violence ! Xe saisis pas si violemment ! je n’ai que trop fait ce qui pouvait ‘e plaire.

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