‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 111 sur 225 · UN SAVANT · texte numérisé non relu

UN SAVANT

Je la vois clairement ici; cependant, j’avoue que je doutes'

EXAMEN ANALYTIQUE

bien là véritablement Hélène ; la réalité mène a l’absurde. . . re5t tjens avant tout à la lettre des textes. Je lis donc qu elle 'e œeef;’et séduit par sa beauté toutes les barbes grises de a’ e£S; pomme il me semble, le fait s’accomplit même ici. je ne suis pas jeune; et cependant elle me plaît.

l’astrologue.

c, aest plus un jeune homme, c’est maintenant un hardi ,el0, qui la saisit sans lui laisser la force de se défendre; |l (a soulève de son bras puissant. Serait-ce qu il veut 1 en-

lever?

FAUST 5 s’élançant.

Fou! téméraire! que fais- tu? Tu ne m entends pas c est trop !

Cette fantasmagorie est cependant ton ouvrage.

Arrête !

l’astrologue.

Un mot seulement. D’après tout ce que j’ai vu, j’appellerais cette scène : l’Enlèvement d’Hélène.

FAUST

Quel enlèvement ? Suis-je pour rien à cette place ? N ai-je point dans la main cette clef? Elle m’a guidé à travers 1 épouvante, et le flot et la vague des espaces solitaires, et m’a ramené sur ce terrain solide. Ici, je prends pied ! ici est le domaine du réel, et, d’ici, l’Esprit peut lutter avec les esprits, et se promettre l’empire du double univers!... Elle était si loin; comment la vois-je maintenant si près? Je la sauve , et elle est doublement à moi. Courage ! ô Mères ! Mères , exaucez-moi ! Celui qui l’a connue ne peut plus se détacher d elle !

l’astrologue.

Que fais-tu? Faust! Faust! — De force il la saisit; déjà limage s'est troublée. Il attaque le jeune homme avec la elef; il le touche. Malheur à nous! malheur!... Hélas ! hélas !

Explosion. Faust tombe à terre. Les Esprits se fondent en vapeur.

MÉPHJSTOPHÉUÉS, relevant Faust et le chargeant sur ses éjnulç.

Voilà ce que c’est; se charger d’un tel fou, c’est "de arriver à mal, fût-on le diable lui-même !

Ténèbres, tumulte.

La chambre d’etude du docteur Faust.

Méphistophélès a reporté le docteur Faust dans son ancien demeure, il 1 a couché sur le lit de ses pères; et, pendant® son corps endormi repose, le diable retrouve tout en placent qu’ils l’ont laissé, jusqu’à la plume même qui a servi au pacte et où brille encore le reste de la goutte de sang tirée aux veine du docteur.

C est une pièce rare , et qui se vendra cher aux antiquaires, dit Méphistophélès.

Un chœur d insectes salue le maître, et court, bourdonne e danse autour de lui; la vieille fourrure de la robe doctorale bruit de ces chants légers. Méphistophélès revêt encore une foi ce costume, et voit la cloche pour appeler les gens de la maison. Un serviteur arrive, et s’effraye de voir cet hôte inattendu. - Méphistophélès le reconnaît.

— Vous vous appelez Nicomède ? lui dit-il.

— Vous me connaissez ?

— Je vous reconnais ; vous avez vieilli beaucoup, et vom êtes étudiant encore, respectable sire !...

Le vieil étudiant a passé au service du docteur Vaguer, tpi se livre à de graves expériences de chimie transcendante.lt bachelier entre à son tour la tète haute et fier de son nouvel grade. 11 parle et raisonne sur tout, et prétend argumente' contre le diable lui-même, qu’il trouve arriéré, suranné, e. sentant la vieille école. On reconnaît dans ce fier personne 1 humble étudiant de la première partie.

La scène se passe ensuite an laboratoire de Vagner, qui, i* de la chimie et de la physique expérimentale, a imaginé &

EXAMES ANALYTIQUE

. .• bei le secret de la Création. A force de combiner les gaz, |e fluides et les plus purs éléments de la matière, il est parnn à concentrer dans une fiole le mélange précis où doit éclore |e Tenre humain. De ce moment, la femme devient inutile; la ioienee est maîtresse du monde... Mais, au moment où déjà la iiu'iie reluit au fond de la fiole, Mépliistophélès entre brusquement.

‘ __ silence ! arrêtez-vous, dit Vagner.

Qu’y a-t-il?

Un homme va se faire.

__ Un homme ? Vous avez donc enfermé des amants quelque part ?

— Bon! dit Vagner : une femme et un homme, n’est-ce pas? C’était là l’ancienne méthode; mais nous avons trouvé miens. Le point délicat d’où jaillissait la vie, la douce puissance qui s’élancait de l’intérieur des êtres confondus, qui prenait et donnait, destinée à se former d’ elle-même, s’ alimentant des substances voisines d’abord, et ensuite des substances étrangères, tout ce système est vaincu, dépassé; et, si Iabrute s’y plonge encore avec délices, l'homme doué de plus nobles facultés doit rêver une plus noble et plus pare origine...

En effet, cela monte et bouillonne ; la lueur devient plus vive, la foie tinte et vibre, un petit être se dessine et se forme dans la liqueur épaisse et blanchâtre; ce qui tintait prend une voix. Homonculus, dans sa fiole, salue son père scientifique. Il se réjouit de vivre, et craint seulement que le 'père, en l’embrassant, ne brise trop tôt son enveloppe de cristal : c est là la loi *bs choses. Ce qui est naturel s’étend dans toute la nature; mais le produit de l’art n’occupe qu’un espace borné.

Homonculus salue aussi le diable, qu’il appelle son cousin, et lui demande sa protection pour vivre dans le monde. Le diable lui conseille de donner tout de suite une preuve de sa ritalité. Homonculus s’échappe des mains de Vagner, et s’en va loltiger sur le front de Faust, endormi. Là, il semble prendre part au rêve que fait le docteur dans ses aspirations vers la

beauté antique; il assiste avec lui à l’image de la

naissais

d'Hélène. Léda se baigne sous de frais ombrages, dans les pures de l’Eurotas. Un bruit se fait entendre dans la feuilT*1 des femmes s’échappent à demi nues, et la reine, restée seul reçoit dans ses bras le cygne divin.

Ce rêve donne à Faust l’idée d’où sortiront les scènes étrat ges qui se préparent. L’apparition fantastique qui a eu lédans le palais lui a laissé, comme on l’a vu, une impression extraordinaire. S’il a saisi la clef magique dans la scène <pJf nous avons rapportée , c’était pour attaquer te spectre Paris, qu’il n’a pu voir sans jalousie tenter d’enlever Hélène Mêlant tout à coup les idées du monde réel et celles du monè fantastique, il s’est épris profondément de la beauté d'Helèir qu’on ne pouvait voir sans l’aimer. Où est-elle? Elle existe quelque part dans lë monde, puisque l’art, magique a pn la faire apparaître. Fantôme pour tout autre, elle représente un objet réel pour cette vaste intelligence qui conçoit à la fois le corne èt l’inconnu.

C’est par ce dénoument que la scène se lie à l’intermède qui va suivre. U semble que, dans cette partie, l’auteur ait voulu donner un pendant à la nuit de sabbat de la première partie, en créant, cette fois, une sorte de sabbat du Tartare antique. Erichto ouvre la scène, et décrit les terreurs de cette nuit orageuse, qui se passe aux champs de Pharsale. Faust et Méphétophélès passent bientôt, portés sur le manteau magique, e! guidés par Homonculus, qui voltige dans l’air en les éclairant, comme le follet du premier sabbat. Les sages de la Grèce, te sphinx et les sirènes, rêvent leurs pensées et chantent le* chants. Méphistophélès les interroge curieusement, et discute avec eux sur des points d'histoire et de philosophie.

Pendant ce temps, Faust se transporte aux rives da P.-nét* et se plonge dans ses flots en interrogeant les nymphes q® l’habitent. Il rencontre Chiron, qui i’invite à sauter sur sonde et lui fait traverser le fleuve; ce centaure l’emporte aux champ de Cynocéphale, où Rome vainquit la Grèce,

EXAMEN ANALYTIQUE

Chiroii parle à Faust avec enthousiasme des héros de son ^ de Jason, d’Orphée et d’Achille, son élève. Mais Faust 6 veat entendre parler que d'Hélène, la belle des belles, le tvpe le plus pur de l’antique beauté.

qais ia beauté n’est rien selon Chiron, la grâce seule est irré- Atifcie. Telle était Hélène quand elle s’assit sur son dos de coursier.

__ Tu l’as portée ?

Elle? dit Chiron. Oui, sur ce dos même où tu es assis. Elle se tenait comme toi à ma chevelure, où elle plongeait ses blanches mains, rayonnante de charmes, jeune, délices du Tieillai'd.

Elle avait à peine sept ans alors, n’est-ee pas? dit Faust.

— Prends garde, observe Chiron, les philologues se trompent souvent et trompent les autres. C’est un être à part que la femme mythologique; le poète la crée selon sa fantaisie. EJene sera jamais majeure, jamais vieille; elle a toujours l’aspect séduisant qui éveille les désirs. On l’enleva jeune, et, vieille, on la désire encore. En un mot, pour le poète, le temps n’existe pus.

— Ainsi, dit Faust, le temps n’eut sur elle aucun empire! Achille la rencontra bien à Phéra, en dehors de tout espace de temps. Quel étrange bonheur! cet amour fut conquis sur le destin. Et ne puis-je, moi, par la seule force du désir, rappeler à k vie les formes abstraites et uniques, la créature éternelle et divine, aussi grande que tendre, aussi sublime qu’aimable ? Tu la vis jadis, et, rgoi, aujourd’hui, je l ai vue, aussi belle lue charmante, aussi belle que désirée ; maintenant, tout mon «prit, tout mon être en sont possédés. Je ne vis point si je ne pais l’atteindre.

Ici, Chiron juge que Faust a perdu la raison, il le renvoie à Hanto, la fille d’Esculape, qui, moins sévère que Chiron, ad- ®ire ce noble esprit 'humain possédé de la soif de 1 impossible.

promet à Faust son aide puissante, et le guide vers l’antre ubscur de Perséphone, creusé dans le pied du mont Olympe.

Méphistophélès parcourt d’un autre côté les vagues rA • du monde des ombres 5 de l’entretien des sages, il passe àteP des lamies, qui tentent de le séduire en lui offrant des charnJ ' analogues à sa nature diabolique. Il en veut saisir une petp qui lui glisse dans les mains comme une couleuvre ; et grasse plus appétissante, qui, au toucher, tombe en morcea comme un champignon.

Le chœur des ombres antiques finit par reconnaître Méphistophélès pour un fils de sorcière, fille elle-même de sibylle, e Méphistophélès, humilié, se met à railler l’antiquité comme; temps présent. Il quitte enfin le séjour des ombres et retour,, prendre pied sur la matière, formulée par un roc non® Oréas, qui se prévaut de sa qualité pour mépriser les rêves des poètes et les fantômes des âges évanouis.

HÉLÈNE

Devant le palais de Ménélas; à Sparte.

HELENE arrive, suivie d’an chœur de trois Jeunes Prisonnières, PÀNTHALïS, la coryphée1.

HÉLÈNE

Beaucoup admirée et beaucoup blâmée, je suis Hélène ; j'arrive du bord où nous venons de débarquer, encore ivre du balancement animé des vagues, qui, venant des plaines phrygiennes, nous a porté sur leur dos haut voûté , par la faveur de Poséidon et la force d’Euros, dans les baies paternelles. Là en bas, le roi Ménélas se réjouit de son retour et de celui des plus vaillants de ses guerriers. Moi, je te salue, haute maison que Tyndaréos, mon père, à son retour, s’est fait élever près de la pente de la colline de Pallas; et, lorsqu ici je grandis fraternellement avec Clytemnestre, avec Castor et avec Pollux, compagnons de mes jeux, cette maison était ornée plus magnifiquement que toutes les autres maisons de Sparte. Salut, battants de h porte d’airain! C’est alors que vous vous ouvriez largement, pleins d’hospitalité, qu’il arriva un jour que, moi, l’élue entre P-usieurs, je vis apparaître Ménélas comme mon fiancé. Ouvrez- Tf nsde nouveau, pour que je puisse remplir fidèlement l’ordre Prîssé du roi, comme il convient à l’épouse. Laissez-moi entrer!

lue tout ce qui, jusqu’à présent, m’assaillit fatalement reste derrière moi ; car, depuis que, sans inquiétude, je quittai cette

*• Toute cette partie a été traduite littéralement, ce qui était le seul moyeu

6 donner une idée des effets du style de Gœthe, qui a tenté ici une sorte de de la versification grecque.

place, pour visiter le temple de Cythère, obéissant à un dev' sacré, et que, là, un ravisseur, le Phrygien, m’enleva, bien 4 choses sont passées que les hommes de loin et de près aime i à se raconter, mais que celui-ci n’aime pas à entendre, de <p la tradition, en grandissant, a pris la forme du conte.

UE CHOEUR

Ne dédaigne pas, ô femme illustre!

L’honorable possession du plus grand des biens;

Car le plus grand bonheur, tu le possèdes seul :

La gloire de la beauté, qui s’élève au-dessus de tout.

Le héros est précédé par son nom ;

Alors, il marche fièrement :

Mais le plus opiniâtre des hommes

Se soumet à la beauté toujours triomphante.

HÉLÈNE

Ainsi, je viens ici portée par les vagues avec mon époux. et c’est lui qui m’envoie devant lui à sa ville; mais je ne sais quelle est sa pensée, si je viens comme épouse, si je viens comme reine, si je viens comme sacrifice des poignantes douleurs de prince et pour les malheurs prolongés des Grecs. Je suis conquise, mais je ne sais si je suis prisonnière ! Les immortel' m’ont singulièrement départi la renommée et la destinée, ce compagnes scabreuses de la beauté, qui sont mêmé à ce seuil, près de moi, avec une présence sombre et menaçante. Car déjà, dans le navire profond, l’époux ne me regarda que rarement; il ne prononça aucune parole indulgente. Il était là, en face è moi, comme s’il rêvait malheur. Mais, lorsque, naviguant vers le profond rivage de la baie, lés proues des navires avaient a peine salué la terre, il dit, comme inspiré par un dieu : * fa mes guerriers débarquent suivant l’ordre; je les passerai® revue le long du rivage. Mais, toi, continue ton voyage le le»? de la rive féconde de l’Eurotas, marche eu dirigeant les cornsiers sur l’ornement de l’humide prairie, jusqu’à ce que tu s® arrivée à la belle plaine où se trouve Lacédémone, autre!® vaste champ voisin de hantes montagnes; entre dans la niais® du prince, qui s’élève jusqu’aux nuages, et passe en revue t

HELENE

■uites qui y sont restées, à la tête desquelles est la vieille t rudente intendante. Celle-ci te montrera la riche collection (jes trésors, tels que ton père les a laissés, et que j’ai accumulés poi-même en les augmentant dans la paix et dans la guerre. In trouveras tout dans le meilleur ordre ; car c’est là le privilège <jn prince, qu’il retrouve, en revenant, tout fidèlement à sa place tel qu’il l’y avait laissé. Car le serviteur n’a pas le droit ^ r;€n changer par sa volonté. »

LE CHŒUR

Réjouis-toi maintenant en contemplant le trésor magnifique Qui s’est toujours augmenté par le prix et par la masse ;

Car l'éclat de la chaîne, la splendeur de la couronne,

Montrent leur fierté d’être ici, et semblent sentir ce qu’ils sont , Mais entre seulement, et les anime de ta présence ; fis seront bientôt rendus à l’existence et au mouvement.

Je me réjouis de voir la beauté qui lutte d’empire Avec l’or, et les perles, et les diamants.

HÉLÈNE

Le maître continua à parler en maître : « Lorsque tu auras tout vu l’un après l’autre, alors prends des trépieds qui te sont nécessaires et d’autres vases dont le sacrificateur a besoin pour le- saint usage des fêtes, les bassins, les coupes et le plateau. Que l’eau la plus pure soit dans les cruches élancées ; de plus, que le bois sec, prêt à jeter des flammes, soit là ; enfin que le couteau bien affilé ne manque pas. Et, pour tout le reste, je 1 abandonne à tes soins. » Ainsi il dit, me pressant de partir; mais l’ordonnateur ne m’indique rien qui respire et qu il veuille sacrifier pour honorer les Olympiens. Cela est grave ; pourtant je ne crains rien, et j’abandonne tout aux dieux, qui achèvent «qui semble être conçu dans leur sein. Qu’il soit bien ou mal apprécié par les hommes, nous devons supporter le destin, nous qui sommes mortels. Mainte fois le sacrificateur a levé !a hache Posante vers la nuque de' l’animal couché sur la terre, et n a P° 1 achever ; en étant empêché, ou par un ennemi voisin, ou Par 1 intervention d’un dieu.

SECOND FACST

LE CE®UK.

Tu ne saurais deviner ce qui arrivera.

Reine, marclie en avant, «

F orte dans ton courage !

Le bien et le mal arrivent A l’homme sans être prévus.

Nous ne le croirions pas si d’avance on ne nous l’annonçait Troie n’a-t-elle pas brûlé? Nous avons cependant vu La mort devant nos yeux, la mort ignominieuse ;

Et ne sommes-nous pas ici Attachées à toi, te servant pleines de joie?

Nous voyons le soleil éblouissant du ciel Et ce qu’il y a de plus beau sur la terre.

Et toi, si charmante; heureuses que nous sommes !

HÉLÈNE

Soit ! quoi qu’il arrive, il me convient de monter sans relard dans la maison du roi, laquelle, longtemps désirée, et beaucoup regrettée, et presque perdue pour toujours, se trouve de nouveau devant mes yeux, je ne sais comment. Les pieds ne ne portent pas si légèrement sur les marches élevées, que je franchissais jadis comme un enfant.

• le choeur .

Jelez, ô mes sœurs!

O tristes prisonnières,

Jetez au loin toutes vos douleurs;

Partagez le bonheur de notre maîtresse,

Partagez le bonheur d’Hélène,

Qui vers le foyer de son père,

D’un pied lent et tardif Mais d’autant plus ferme.

S’approche toute en joie.

Chantez et louez les dieux saints.

Qui rétablissent le bonheur,!

Et ramènent l’homme à ses foyers.

Celui qui est libre plane,

Comme sur des ailes,

Sur les choses les plus dures; tandis qu’en vain Le prisonnier, plein de désir et de regret.

Au delà du créneau de son cachot Etend le bras en se désolant.

HELENE

Mais elle, un dieu la saisit ,

Elle, la fugitive,

Et des ruines d'Ilion,

Tl la reporta dans ces lieux,

Dans la vieille maison de son père.

Parée de nouveau pour elle,

Après les innombrables Délices et tourments De sa première jeunesse,

Dont elle doit garder la mémoire.

PANTHALIS, coryphée.

Abandonnez maintenant le sentier parsemé de joie et de chants, et tournez vos regards vers les battants de la porte. Que , -ois-je mes sœurs? la reine ne retourne-t-elle pas vers nous a pas redoublés et pleine d’émotion? Qu’ est -ce, grande rente? Qu’as-tu pu rencontrer d’effrayant dans le portique de la maison au lieu du salut des tiens? Tu ne le caches pas, car ] aperçois de l’aversion sur ton front : une noble colère en lutte avec

la surprise.

HÉLÈNE, qui a laissé les battants de la porte ouvert» ..

La crainte vulgaire ne convient pas à la fille de Jupiter, et la main légère et Fugitive de la frayeur ne la touche pas; mais «pouvante qui, s’élevant de Y origine des choses, s’eleve sous

mille formes, comme des nuages brûlants du foyei centia e

la montagne, ébranle jusqu’à la poitiine du hé. os.

Ainsi, aujourd’hui, pleins d’horreur, les dieux du Styx mont masqué l’entrée de la maison, que volontiers, comme îote renvoyé, je voudrais franchir en m éloignant. Mais non . J ai reculé jusqu’au grand jour, et vous ne me pousserez pas plus loin, puissances, qui que vous soyez. Je songeiai à me a crer; alors, l’épouse purifiée pourra, comme son époux, saluer le feu du foyer.

la cor athée.

Découvre à tes servantes, femme illustre,

A celles qui t’assistent, ce qui est arrive.

' HÉLÈNE

Ce que j’ai vu, vous le verrez de vos yeux, si la vieille nuit

n’a pas englouti ces images dans la profondeur de son ' cond en merveilles. Mais, pour que vous le sachj * vous le dis en ees termes. Lorsque j’entrai dans lf ’ * mier espace intérieur de la maison du roi, marchant ^ solennité, et me rappelant les premiers devoirs, je du silence des galeries désertes. Mon oreille ne fut happée du bruit de ceux qui marchent en travaillant! mon regard cherchait en vain ces êtres empressés 'et r 1 muants poussés par les occupations, et aucune servante n apparut, aucune intendante, de celles qui viennent toojo® Tour saluer l’étranger; mais, lorsque je m’approchai veR le siégé du loyer, là, je vis, près des débris des cendres éteinte!' assise à terre, oh !' quelle grande femme voilée ! non commees! dormie, mais comme rêvant. Je l’appelle au travail du tonde quelqu’un qui croit voir l’intendante de la maison, que la précaution de mon époux avait peut-être placée là en attendant; mais cette femme immohile reste assise enveloppée. Enfin elle remue, sur mes menaces, le bras droit, comme si elle me repoussait et du foyer et du portique.

Je me détourne d’elle avec colère, et je précipite mes pas vers les degrés où s’élève le Thalamos paré et placé près delà =.alle du trésor. Mais la vision se lève et saute brusquement de la terre; me barrant le chemin en maîtresse, elle se montre dans sa taille décharnée, et le regard ereux, sombre et sanguinaire ; singulière figure qui trouble et l’œil et l’esprit. Mais je paiie en vain; car la parole ne saurait construire des formes ei créatrice. Tenez, la voilà elle-même! elle ose se présenter au jour ! Ici, nous sommes les maîtresses, jusqu’à l’arrivée de notre seigneur et de notre roi.

Phœbus, 1 ami de la beauté, repousse ces créations de la nuit, et les refoule dans les cavernes, ou bien il en triompha

PHORK.YAS, se montrant sur Je seuil entre Jes jambages des portes.

LE CHOEUR

J ai beaucoup éprouvé, quoique la chevelure

Flotte, jeune encore, autour de mes tempes.

HELENE

j'ai vu bien des spectacles d’horreur;

Les malheurs de la guerre, la nuit d’Uion,

Lorsqu’elle succomba;

i travers les bruits pleins de nuages et de poussière Des guerriers qui s’entre-choquaient, j’entendis les dieux Crier avec fracas, j’entendis la Discorde D une voix d’airain retentir à travers champs A l’entour des murailles.

Hélas! ils étaient encore debout,

Les murs de Troie; mais l’incendie.

Gagnant déjà de proche en proche,

Ta se répandant çà et là,

Avec le souffle de la tempête.

Au-dessus de la ville endormie.

Ea fuvant, je vis, à travers la fumée, et la braise,

Et la flamme qui s’étendait comme une langue,

L’arrivée des dieux dans une effrayante colère.

Je vis s’avancer des figures merveilleuses Aux formes gigantesques,

A travers la vapeur éclairée par le feu .

Si je le vis, ou si l’esprit, maîtrisé par l’angoisse,

M’a formé ces illusions,

Jamais je ne pourrais l’affirmer;

Mais ce que je vois ici d’horrible.

Cela, je le sais sans en douter :

De la main je le toucherais.

Si je n’étais retenue par la crainte.

Liquéfié des filles de Phorkvas peux-tu donc être?

Car je te compare à cette race.

Es-tu une de celles qui n’ont qu’un œil et une dent Qu’elles se repassent alternativement?

Oses-tu bien, monstre,

A côté de la beauté,

Te montrer devant le regard connaisseur De Phœbus, le dieu du beau !

Mais avance toujours, avance!

Il ne contemple pas ce qui est laid ;

De même que jamais son œil sacré N’a regardé l’ombre qui le suit.

Nous, mortels, hélas ! nous sommes condamnés

Malheureusement par la triste destinée

A avoir cette indicible’ douleur de la vue

Que fait naître ce qui est abominable, éternellement maudit

üi-2

î )ans ceux qui aiment ce qui est beau.

Eh bien , écoute donc : si insolemment Tu nous braves, écoute les malédictions.

Ecoute les menaces, les invectives qui sortent De la bouche maudissante des bienheureux Que les dieux ont formés !

PHORK.YAS.

La parole est vieille, mais le sens est toujours vrai et $cblime. Que jamais la pudeur et la beauté ne s’accordent à tn. verser, en se donnant la main, le vert sentier de la terre.

Profondément enracinée, réside dans toutes les deux une .1 ancienne haine, que, n’importe où elles se trouvent en chemin, chacune tourne le dos à son ennemie ; chacune se presse de marcher en avant de plus belle ; la pudeur affligée, mais la beauté toujours hautaine et insolente, jusqu’à ce qu’ enfin li nuit creuse de l’Orcus les entoure, à moins que l’âge ne les aie domptées avant cette époque. Je vous trouve maintenant, audacieuses qui venez de l’étranger, remplies d’arrogance, pareilles à l’essaim à la fois bruyant et rauque, qui, par-dessus notre tète , en nuage prolongé, envoie d’en haut ces sons qui engagent le voyageur silencieux à jeter ses regards en haut; mais ils passent leur chemin, et lui va le sien ; il en stra ans de nous. Qui êtes-vous donc, vous qui, sauvages comme des Ménades, semblables aux femmes ivres, osez faire ce vacarme autour du palais sublime du roi? Qui donc êtes-vous, P aboyez en voyant l’intendante, comme la meute des chiffi en apercevant la lune ? Croyez-vous que la race dont vc ' sortez m’est cachée? Toi, jeune engeance! enfantée dansguerre, élevée dans les batailles, toi, dévorée par la luxure, à lt fois séduite et séductrice, énervant et la force du guerrier, -la force du citoyen ! Ainsi groupées, vous ressemblez à sauterelles qui se précipitent d’en haut pour couvrir les m®' sons verdoyantes des champs. Vous, dissipatrices de l’appto tion étrangère ! vous dont la gourmandise détruit la prospel ■ naissante! toi, marchandise conquise, vendue au marCJ troquée !

HÉLÈNE

HÉLÈNE

Celle qui, en présence de la maîtresse, gronde les servantes „„ droits comme patronne de la maison ; car à elle

usurpe .111 „ i

ule il convient de vanter ce. qui est louable, ou meme de reprimander tout ce qui mérite blâme.

iussi suis-je satisfaite des services qu’elles m’ont rendus lorsque la forced’Ilion fut assiégée et succomba, et fut anéantie, aon moins que lorsque' nous supportâmes les peines communes île la vie errante, où chacun d’ordinaire ne pense qu’à soi. J'attends encore ici pareille chose de ce joyeux troupeau. Le maître ne demande pas ce qu’est l’esclave, seulement comment il sert. Tais-toi donc'; et ne détourne d’elle ni tes regards ni ta fiïure hideuse. As-tu bien gardé jusqu’ici la maison du roi à la place de la maîtresse de la maison?

Cela sera ta gloire; mais, à présent, elle revient elle-même. Retire-toi maintenant, afin de ne pas être punie au lieu d être louée.

FHORKYAS.

Menacer les habitantes de la maison demeure un droit immense, que l’illustre épouse du souverain comblé des faveurs le Dieu a bien mérité par une sage direction en de longues années, A présent que tu es reconnue et que tu entres de nouveau dans ton ancien rang de reine et de maîtresse de la maison, saisis les rênes relâchées depuis longtemps; règne et gouverne maintenant; prends possession du trésor et de nous telles que nous sommes. Mais, avant tout, protége-moi, moi, la la plus vieille, contre ce troupeau de filles, qui, près du evgne le ta beauté, semble une bande d’oies criardes mal emplumées.

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