L-4 CORYPHÉE
Qu; la laideur se montre laide auprès de la beauté !
PHORKYAS.
Que la sottise paraît sotte auprès de la prudence.
A partir de ce vers, les choristes répondent chacun en soi tant du chœur.
PREMIÈRE CHORÉTIDE.
Raconte-nous de l’Érèbe ton père, raconte-nous.de la \ ta mère.
PHORKYAS.
Parle donc de Scylla, ton cousin germain.
DEUXIÈME CHORÉTIDE.
Maint et maint monstre s’élève dans ton arbre génea. logique !
A l’Orcus va chercher ta consanguinité !
TROISIÈME CHORÉTIDE.
Geux qui y habitent sont trop jeunes pour toi.
PHORKYAS.
Va attirer dans tes filets amoureux le vieux Tirésias.
QUATRIÈME CHORÉTIDE.
La nourrice d’Orion est son arrière-petite-fille.
PHORKYAS.
Les Harpies, je suppose, l’ont nourrie de leurs excréments,
CINQUIÈME CHORÉTIDE.
Avec quoi nourris-tu cette maigreur si bien soignée ?
PHORKYAS.
Ce n’est pas avec du sang, dont tu es si avide.
SIXIÈME CHORÉTIDE.
Tu n’aimes que des cadavres, hideux cadavre toi-mème!
PHORKYAS.
Des dents de vampire brillent dans ta bouche insolente.
IA CORYPHÉE
Je fermerai la tienne si je dis qui tu es.
PHORKYAS.
Commence par te nommer, et l’énigme est devinée.
Sans colère, mais en m’affligeant, je me place entre vous vous interdisant la fureur d’une pareille lutte de paroles; or rien n’est si nuisible au service des maîtres que la désunion de* fidèles serviteurs. L écho de ses ordres accomplis rapide® "
HÉLÈNE
lui revient plus alors avec harmonie ; au contraire, autour
lui naît un bruit, un tumulte ; plus d’unité; il s’y perd, c’est ”£ •„ ,n|-;| gronde. Ce n’est pas tout : vous avez, dans votre colère sans frein, évoqué des images et des figures si fatales et • leines d’horreur, que je me sens poussée vers l’Orcus, eu ^pit des champs fleuris de ma patrie qui m’entourent. Est-ce tien le souvenir ? était-ce une illusion qui m’a saisie? Étais-je mut cela? le suis-je? le serai-je à l'avenir, le rêve et le fanante de ceux qui détruisent les villes ? Les jeunes filles frémissent; mais, toi, la plus vieille, tu n’es pas émue. Parle donc, mais parle clairement.
PHORKYAS.
Celui qui se souvient du bonheur varié des longues années, celui-là croit que la plus grande faveur des dieux n’est qu’un fève. Mais, toi, jouissant de si grandes faveurs, sans mesure et sans fin, tu n’as vu, ta vie durant, que des amoureux enflammés soudainement aux coups les plus audacieux. Déjà Thésée te saisit, de bonne heure excité par sa flamme ardente, fort comme Hercule, jeune homme aux formes belles et magnifiques.
HÉLÈNE
Il me ravit ! moi, biche svelte de dix ans ! et le château d Aphidné. dans l’Attique, me cacha.
Alors, délivrée bientôt par Castor et par Pollux , tu fus entourée par l’élite des héros.
HÉLÈNE
Cependant, je favorisai secrètement, comme je l’ avoue volontiers, Patrocle, lui, l’image de Pelée !
PHORKYAS.
Mais la volonté de ton père te destina à Ménélas. qui sut tra- 'erser les mers et sut aussi garder sa maison.
HÉLÈNE
11 lui donna à la fois sa fille et le soin de son empire: Hermijne fut le fruit de cette union.
PHORKYAS,
Mais, tandis que Ménélas conquérait au loin avec va!-, l’héritage de Crète, à toi, épouse solitaire, il apparut un d’une beauté fatale.
HÉLÈNE
Pourquoi me ressouvenir de ce demi- veuvage, et des ,
. D siutes
ali reuses qui en sont résultées pour moi ?
PHORKYAS.
Cette entreprise me valut, à moi, née libre à Crète, la captivité et un long esclavage.
Il t’a nommée immédiatement intendante, te confiant beaucoup : et le château et le trésor conquis par sa valeur.
PHORKYAS.
Que tu as abandonnés, songeant à Ilion, la ville aux fortes murailles et aux joies inépuisées de l’amour.
HÉLÈNE
Ne me rappelle pas les joies ! ma poitrine et ma tète furent inondées par des souffrances inexprimables.
PHORKYAS.
Cependant, on dit que tu apparus sous deux faces, comme double fantôme, à la fois dans ilion et en Egypte.
HÉLÈNE
Ne rends pas plus confus encore mes sens égarés; même maintenant, je ne sais, je suis...
PHORKYAS.
Ils ajoutaient, ensuite, que, montant du creux empire de ombres, Achille se joignît ardemment à toi ! t’aimant antérieurement., contre tontes les résolutions de la destinée.
HÉLÈNE
Mais, comme idole, je m’unis à lui, idole lui-même. C'était un songe; ces paroles le disent assez... Je perds cûdm1’' sanee... et deviens une idole encore une fois, je le sens!
Elle tombe dans les bras du chcear.
HÉLÈNE
LE CHOEUR
Tais-toi, tais-toi!
foi au regard oblique, à la boucbe méchante :
Des 'lèvres si hideuses, ne montrant qu’une dent!...
Que peut-il sortir de cet effroyable gouffre entrouvert? Car !e méchant qui paraît bienfaisant,
La colère du loup sous la toison de la brebis M’inspirent plus de frayeur Que la gueule du chien à trois tètes.
Nous sommes là écoutant avec anxiété :
Quand, comment peut-il sortir, ce monstre sans égal, Placé là dans toute son horreur?
Car, maintenant, au lieu de nous verser La douce parole consolatrice, puisée dans le Léthé,
Tu remues, des temps passés, plus de mal que de bien,
- Et tu rembrunis, en même temps,
Et l’éclat du présent et la lumière de l’espérance Qui doucement commençaient à poindre.
Tais-toi, tais-toi!
Que i’àme de la reine,
Déjà près de s’enfuir.
Se maintienne encore et conserve palpable La plus pure de tontes les formes Que le soleil ait jamais éclairées.
Hélène s’est remise et se retrouve au milieu des autres.
Sors des nuages légers, magnifique soleil de ce jour, qui, toile, nous ravissais encore et qui règnes maintenant en éblouissant par ton éclat. Tu vois dans ton regard charmant ?ommele monde se déroule devant tes yeux pleins de douceur. Qu'elles m’appellent laide tant qu elles veulent, je sais aussi « qui est beau.
HÉLÈNE
Si je sors en chancelant du vide qui m’entourait dans le ver- "8e! je voudrais cependant encore jouir du repos, car mes membres sont si las ; mais il convient aux reines, il convient 1 l°us les hommes de se posséder et de prendre courage, quel- :(!'ie toenaçantes que soient les circonstances.
PHORKYAS.
Es-tu enfin là dans ta grandeur, dans ta beauté? Ton re^ signifie-t-i! un ordre ? Quel est-il ? Prononce-le !
HÉLÈNE
Tenez-vous prête à réparer ce que l’insigne négligence fvotre querelle a fait perdre ; ayez hâte d’accomplir nn sacri lice tel que le roi me l’a commandé.
PHORKYAS.
Tout est prêt dans la maison, la coupe, le trépied , la hacb aiguë, tout ce qui est nécessaire pour arroser et pour encenser; désigne la victime !
HÉLÈNE
Le roi ne l’a pas indiquée.
Il ne l’a pas prononcé? O mot fatal !
HÉLÈNE
Quelle douleur s’empare de toi ?
PHORKYAS.
Reine, c’est toi qui es la victime !
HÉLÈNE
Moi ?
Et celles-ci.
PHORKYAS.
LE CHŒUR
Malheur et désespoir !
PHORKYAS.
Tu tomberas par la hache !
HÉLÈNE
Horrible! mais je l’ai pressenti. Malheureuse que je suis!
PHORKYAS.
Gela me semble inévitable.
LE CHŒUR
Hélas ! et nous, quel sera notre sort?
Elle meurt d’une noble mort; mais vous, au balcon éiev-