LA JEUNE FILLE
Laisse-moi ! Moi aussi, j’ai de la force et du courage. Mavolonté, comme la tienne, ne se laisse pas facilement forcer. Tu te fies à ton bras ? Tiens ferme, insensé que tu es, et je te brûle pour m amuser . (Elle jette des flammes et flamboie en s’élevant.) Suismoi dans les airs, suis-moi dans le tombeau ; cherche à attraper le but que tu as manqué.
EUPHQRION , secouant les flammes.
Que dois-je faire ici, entre le rocher et la montagne touffue? Ne suis-je pas jeune et frais ? Les vents sifflent, les flots mugissent dans le lointain, je les entends; je veux m’en apprccher.
Il monte plus haut sur le rocher.
HÉLÈNE y FAUST et LF, CHŒUR.
Veux-tu ressembler aux chamois? Nous tremblons de te voir tomber.
EÜPHORION.
Il faut que je monte toujours plus haut, que mes regards se portent toujours plus loin. Maintenant, je sais où je suis : ai milieu de File, au milieu du pays de Pélops; moitié sur ia terre, moitié dans la mer.
HELENE
LE CHOEUR
Si ta ne veux pas rester paisiblement à la montagne et dans ]a forêt, cherchons alors les vignes rangées au penchant des collines, allons cueillir des figues et des pommes. Reste, oh ! reste dans ce beau pays.
EUP HORION.
Rêvez-vous la paix ? Que chacun rêve ce qui lui est doux. La guerre est le mot de ralliement. La victoire ! voilà un mot qui sonne bien !
LE CHOEUR
Celui cjui, en temps de paix, désire le retour de la guerre sè sépare de l’espérance et du bonheur...
EUPHORION
Pas de vagues, pas de murs ; le cœur de l’homme, ferme comme l’airain, est le rempart le plus certain. Voulez-vous rester sans conquêtes? Allons, armés légèrement, faire la guerre ; les femmes deviennent des amazones, et chaque enfant devient un héros.
LE CHOEUR
Divine poésie ! qu’elle monte vers le ciel ! qu’elle brille, cette belle étoile, loin et toujours plus loin 1 elle nous suit, et c est avec plaisir qu’on entend sa marche harmonieuse.
EUPHORION
Non, je n’ai pas paru comme un enfant ; l’adolescent arrive armé, associé avec ceux qui sont forts, libres et hardis. Partons ! ce n’est que là où s’ouvre le chemin de la gloire.
HÉLÈNE et FAUST.
A peine entré dans la vie, tu désires déjà en sortir ? Est-ce <pe nous ne sommes rien pour toi ? Votre belle réunion est donc tm rêve ?
EUPHOIIION .
Entendez-vous le tonnerre sur la mer? l’êntendez-vous dans b 'allée, dans la poussière et dans les vagues, dans la foule et dans le tumulte, vers la douleur et le tourment? La mort est une loi ; cela se comprend assez.
HÉLÈNE, FAUST et LE CHOEUR .
Quelle horreur ! quel délire ! la mort est pour toi une !„;•
EUPHORION
Dois-je tendre ailleurs ? Non; je veux ma part de misère eî de malheur !