‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 120 sur 225 · UNE QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

UNE QUATRIÈME PARTIE

Errez, vous autres, où il vous plaira ; nous nous entrelaçons nous bruissons autour de la colline plantée partout, où suri cep, la vigne verdit. Là, tous les jours, à chaque heure, la pas. sion du vigneron nous fait voir le résultat heureux de son labeur plein d’amour; tantôt avec la hache, tantôt avec la bêche, tant.: en amoncelant, en coupant, en rattachant ; il prie tous les dieu mais avant tous le dieu du soleil. Bacchus le doucereux se sourit peu du fidèle serviteur; il repose dans les feuillages ; il s’apprii: dans les cavernes, folâtrant avec le plus jeune des faunes. Toir ce dont il a besoin pour la douce ivresse reste toujours préparé pour lui dans les antres, remplissant les cruches et les vases conservés à droite et à gauche, au fond de ces caves

éternelles. Mais, lorsque tous les dieux, lorsque Hélios, avat tout, en formant de l’air, en créant des vapeurs, en chauffait, en brûlant, ont amoncelé la corne d’abondance des grains, é travaillait le silencieux vendangeur, aussitôt tout s’anime en-

core, et chaque feuillage remue ; un bruit sourd se fait entendre de cep à cep. Des corbeilles craquent, des seaux clapotent, des hottes gémissent de toutes parts vers la grande cuve, pour la danse vigoureuse des vignerons. Et c est ainsi qn® foule furieusement aux pieds la sainte abondance des gr* pleins de sève. Écumant et vomissant, tout s entremêle, hM£ sentent broyé. Et maintenant retentissent dans .1 oreille hsS® d’airain des cymbales et des bassins. Car Dionvsos a depoo le voile de ses mystères. Il se montre avec ses satyres et & femelles chancelantes, et l’animal aux longues oreilles de nus vient à travers, avec son ton rauque et criard. R'eI1^ ménagé ; des animaux à pied fourchu foulent aux pie^3 pudeur : tous les sens tournent comme dans un tourbidon, reille est horriblement étourdie. Les hommes ivres tât

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après les coupes; les tètes, les ventres sont pleins.

HELENE

utrercsistë encore; mais il ne fait qu’augfnenter le tumulte; mu- faire place -au vin nouveau, on vide rapidement les ,atres des vieilles vendanges.

jf Jean tombé, Phorkyas se lève comme un géant à l’avant-seène, descend ^ cothurne, ôte son masque et son voile, et se montre comme Méphistopj^lès, pour commenter, si c’était nécessaire, la pièce dans l’épilogue.

Le champ de bataille.

Après la mort, ou plutôt Panéantissement du fantôme adoré d'Hélène, Faust se retrouve sur le sommet d’une montagne, encore ébloui des visions perdues, qui pour lui ont été réelles’ et ont occupé quelque temps l’activité de son âme. Méphistophélès vient lui demander s’il n’est pas las encore de la vie, et s'il nS. pas tout épuisé, la science, la gloire, l’amour de cœur, l'amour d’intelligence, et n’est pas content encore d’avoir pu sonder vivant deux infinis : le temps et l’espace. Que peut-il vouloir encore? La richesse, le pouvoir, le plaisir des sens? Mais ce sont là des phases de l’existence, que Faust a traverses sans s’y arrêter.

— Je vois, dit Méphistophélès, qu’il nous faut passer à une autresphère; celle-ci est épuisée, tordue comme une orange 'ide. C’est vers la lune que ton esprit aspire maintenant, je le wis bien.

— Tu te trompes, dit Faust, la terre est encore un théâtre assez vaste pour l’activité qui me reste. Je veux frapper d’ admiration les races humaines. Je veux laisser, des monuments k mon passage et pétrir enfin la nature au moule idéal de ma fensée. Assez de rêves : la gloire n’est rien, Faction est tout.

— Qu’ J soit donc fait à ton gré ! dit le diable, qui eomruence à désespérer de fatiguer une intelligence si robuste.

Eî 'is abaissent de nouveau leur vol sur le monde matériel. ~ï vie humaine recommence à bruire autour d eux.

'°mbien de temps s’est-il passé depuis qu’ils ont quitté la

SECOND FAÜST

cour de l’empereur? Des années, des instants, peut-être v l’empereur est encore vivant. La prospérité financière iup^ visée par Méphistophélès n’a pas été de longue durée Le pier-monnaie est redevenu papier; les folles dissipations ' cour ont mis le comble à la misère publique. Une grande ne tie de l’empire s’est soulevée, et le souverain légitime joue ;• couronne dans une dernière bataille. Faust ordonne à Méphis. topbélès de le secourir, et se dispose lui-mème à prendre p® au combat, revêtu d’une armure brillante. Trois personnages ju. giques deviennent les aides de camp du nouveau général, et Mi phistophélès évoque de terre les fantômes innombrables 4 âmes disparues. L'empereur, placé entre ses deux amis, lesques tionne en tremblant sur ces effrayantes levées qui se déroulent en légions bizarres, tantôt représentant des forces à vaincre le monde, et tantôt d’innocents brouillards embrasés des feus à couchant. L’aide de ces fantômes n’empêche pas les véritbls troupes de l’empereur d’être taillées en pièces, si bien qu’il œ restera plus un bras de chair et de sang pour protéger le sas de l’empereur contre les hardis révoltés. En effet, ceux-là nos; pas tardé à s’apercevoir que les lances qui les menaçaient œ faisaient aucune blessure, et déjà les voilà qui gravissent la hauteurs. Ici, Méphistophélès fait appel aux esprits des source souterraines qui envoient à la surface delà terre une apparence d’inondation. Les troupes ennemies se croient au moment dé® noyées, ainsi que l’armée du pharaon, et se dispersent coin» des troupeaux au milieu des brouillards qui égarent leurs y® et leurs pensées. L’empereur, maître du' champ de bataille, & bientôt rejoint par les siens. Il ne songe plus qu’à récomp®ceux qui lui sont restés fidèles. A ce moment, tout le n>0B l’a été, et chacun apporte ses preuves. L’archevêque seidVIct faire entendre des paroles sévères et reprocher à l’emp®*® n’avoir triomphé qu’à l’aide des puissances infernales. 0° paise en lui promettant de bâtir une magnifique église s jr lieu même de la bataille, et en faisant au clergé de 1 empire riches dotations.

t à Faust, il demande la concession d'un vaste royaume , j n;sse réaliser ses plans et ses découvertes : pour n’avoir ^ \ s’embarrasser dans les mille réseaux du droit, des sou- ^r5 et ,je ia propriété, il choisit un terrain vierge encore, ,se charge lui-même de gagner sur la mer. Maintenant, ' . e£fet la mer recule et se contienne derrière des dimes immenses, soit qu’un nouveau prestige créé un pays d lirions sur les dunes arides de l’Océan, Faust se trouve le soudain d’une riche contrée habitée par un peuple paisible. Un nageur qui jadis a fait naufrage sur ces lieux mêmes, reconnaît en passant les écueils qui brisèrent son navire, devenus aujoarfhui des rochers pittoresques ; la ligne bleue de la mer s’est reportée bien loin de là, à l’horizon. Il reconnaît néanmoins sur la hauteur qui jadis était le rivage, deux vieillards

vénérables, personnages typiques formulés par les noms de Mémon et Baucis. Le vieux couple qui Fa sauvé jadis des flots lui apprend toutes les merveilles qui se sont passées depuis sa venue, et hoche la tête en pariant du nouveau maître du pays et de la prospérité chanceuse qu’il a répandue dans les servirons. En effet, un palais éblouissant s’est élevé dans une nuit, de vastes forêts sont sorties de terre comme 1 herbe, te maisons flottent au soleil, des canaux répandent la fécondité, et, dans tout ce pays si riche et si vaste, il n’est pas une image de Dieu, pas une cloche, pas une eglise ; le nom du ciel ; meurt sur les lèvres. Ce n’est que sur 1 ancienne terre ferme jo’nne antique chapelle est restee debout encore avec sa cloche qui tinte le jour, et sa lampe qui luit dans les ténèbres.

Un palais. — Un grand parc. — Un grand canal.

FAUST, très-vieux, se promène en rêvant; LYNCEUS.

1ÏNCÉBS, le veilleur de la tour à travers le porte-voix.

le soleil tombe, les derniers vaisseaux entrent joyeusement

SECOXD FAUST

dans le port. Une grande nacelle est sur le point d'arriver canal. Les pavillons bigarrés flottent gaiement dans Pair, K mâts se dressent avec souplesse. C’est par toi que le nauio. nier se dit heureux; le bonheur te salue à bon droit.

La cloclistte sonne sur les dunes.

FAUST se réveillant.

Maudites cloches ! La blessure qu’elles me causent brc. comme un coup meurtrier. Devant moi, mon empire s’étenr à l’infini; derrière moi, le chagrin me harcèle et me rappel! par ces sons envieux que la source de mes richesses n’est p2; pure? La pelouse sous les tilleuls, la vieille maison, la petite église caduque, ne m’appartiennent pas... et, si je voulais aller respirer là- bas, ces ombrages étrangers me feraient frissonner ; ils sont une épine pour les yeux, une épine pour les pieds. Oh ! que ne suis-je loin d’ici!

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