‹ Faust et le second Faust de GoetheChapitre 121 sur 225 · LE VEILLEUR DE LA TOUR · texte numérisé non relu

LE VEILLEUR DE LA TOUR

Comme la nacelle cingle joyeusement, poussée par un fraizéphyr ! Sa course rapide nous apporte des coffres, des caisses, et des sacs pleins de richesses !

La nacelle arrive, chargée des productions de toutes les contrées du nonce.

Profonde nuit.

LYXCÉUS, chantant sur les créneaux.

Né pour voir,

Payé pour apercevoir.

Attaché à la tour.

Le monde me charme.

Je vois au loin.

Je vois près de moi -La lune et les étoiles,

La forêt et le chevreuil.

Je vois en toutes choses L’éternelle beauté,

Et, comme cela me plaît.

Je me plais à moi-même !

HELENE

Se lève sar ce monde sombre!

Je vois des feux étincelants À travers la double nuit des tilleuls...

Hélas! la cabane intérieure est en flamme.

Elle qui était garnie de mousse et située en lieu humide!

De cet enfer brûlant.

Des éclairs montent en langues de feu A travers les feuilles, à travers les branches.

O mes yeux ! faut-il que vous voyiez cela !

Faut-il que mon regard porte si loin!

Voici la petite chapelle qui croule Ecrasée du fardeau des branches.

Les flammes embrasent déjà le faîte, -

Et jusqu’à la racine brûlent

Les troncs creux, rouges comme pourpre!...

FAUST, sur le balcon* le regard dirigé vers les dunes.

Quel chant plaintif entends-je là-haut? D'abord des paroles, puis des sons ! Mon veilleur se lamente, et l’action qui vient de s’accomplir me chagrine intérieurement. Mais, pour quelques tilleuls ruinés et réduits en troncs de charbon , qu’importe! TJn vaste espace sera bientôt déblayé, et ma vue s’étendra à l’infini. Je verrai aussi la nouvelle demeure bâtie pour ce vieux couple, qui, dans le sentiment de sa vertu, achève paisiblement ses jours.

MÉPHISTOPHÉLÈS et SES TROIS SERVITEURS.

Nous voilà arrivés de toutes les forces des chevaux. Pardonnez si tout n’a pas été très-bien. Nous frappâmes d’abord à coups redoublés, et personne n’ouvrit la porte; nous secouâmes et frappâmes toujours, et voilà la porte vermoulue enfoncée. Nous nous mîmes à appeler à grands cris et avec menaces ; mais les vieillards paraissaient tout étourdis , et, comme il arrive en pareille occurrence, nous ne pouvions leur faire entendre raison ; sur quoi, nous n’hésitâmes pas à les tirer dehors avec force. Le couple s’est beaucoup débattu, et ils ont ’Lr:i par tomber expirants à terre. Un étranger, qui était caché ^ans la maison et qui fit mine de se défendre, fut étendu mort près d’eux. En peu de temps, la paille s’enflamma aux

charbons brûlants répandus autour de la cabane. La \0;u maintenant qui pétillé dans le feu et sert de bûcher auÿtrois corps.

FAUST

Étiez-Tous sourds à mes paroles? Je voulais l’échange et non le vol. J’abhorre cette action imprudente et tyrannique. Partagez entre vous ma malédiction.

CHOEUR

La vieille parole retentit ; obéis à. la force 1 Et, si tu es courageux, si tu tiens ferme ,

Tu risqueras et la maison et la cour, et toi-même.

Ils sortent.

FAUST , sur le balcon.

Les étoiles ont perdu leurs regards et leur clarté; la flamme tombe et s’amoindrit; un frisson d’air l’évente encore et porte jusqu’ici la vapeur et la fumée. Ordre vite donné et trop vite accompli ! Qui flotte là dans l’ombre ?

QUATRE FEMMES GRISES s’avancent.

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