L’AIGLE ET LA COLOMBE
Un jeune aigle avait pris son vol pour chercher sa proie ; la flèche d’un chasseur l’atteint et lui coupe le tendon de l’aile droite. Il tombe dans un bois de myrtes, où, pendant tiois jonrs, il dévore sa douleur; où, pendant trois longues nuits, il s’abandonne à la souffrance. Enfin, le baume universel le soulage, le baume de la bienfaisante nature ; il se glisse hors du fois, et agite ses ailes... Hélas! c’en est fait! le tendon est coupé ! à peine peut-il raser la surface de la terre pour chasser nne vile proie ; profondément affligé, il va se poser sur une humble pierre, au bord d’un ruisseau; il lève ses regards vers lé chêne, vers le ciel, et puis une larme a mouillé son œil superbe.
Voilà que deux colombes qui folâtraient parmi les myrtes
POÉSIES ALLEMANDES
viennent s'abattre près de lui; elles errent en sautillant sur le sable doré, traversent côte à côte le ruisseau, et leur ceü rouge, qui se promène au hasard autour d'elles se fixe enfin sur l’oiseau affligé. Le mâle, à qui cette vue inspire un intérêt mêlé de curiosité, presse son essor vers le bosquet le plus voisin, et regarde l’aigle avec un air de complaisance et d’amitié « Tu es triste ! ami, reprends courage : n’as-tu pas autour de toi tout ce qu’il faut pour un bonheur tranquille ? Des rameaux d’or te protègent contre les feux du jour ; tu peux, sur la tendre mousse qui borde le ruisseau, exposer ta poitrine aux rayons du couchant. Tu promèneras tes pas parmi les fleurs couvertes d’une fraîche rosée; ce bois t’offrira une nourriture délicate et abondante, ce ruisseau pur apaisera ta soif... O mon ami ! le vrai bonheur est dans la modération, et la modération trouve partout ce qu’il lui faut. — 0 sage! s’écria l’aigle en retombant sur lui-même avec une douleur plus sombre ; ô sagesse ! tu parles bien comme une colombe! j