PREMIERE PARTIE
création. Déjà je reconnais la vérité des paroles du sage ; « Le monde des esprits n’est point fermé ; ton sens est assoupi, ton cœur est mort. Lève-toi, disciple, et va baigner infatigablement ton sein mortel dans les rayons pourprés de l’aurore ! » (Il regarde le signe.) Comme tout se meut dans l’univers ! Comme tout, l’un dans l’autre, agit et vit de la même existence ! Comme les puissances célestes montent et descendent en se passant de mains en mains les seaux d’or ! Du ciel à la terre, elles répandent une rosée qui rafraîchit le sol aride, et l’agitation de leurs ailes remplit les espaces sonores d’une ineffable harmonie.
Quel spectacle! Mais, hélas !,ee n’est qu’un spectacle! Où te saisir, nature infinie? Ne pourrai-je donc aussi presser tes mamelles, où le ciel et la terre demeurent suspendus ? Je voudrais m’abreuver de ce lait intarissable. .-. mais il coulé partout, il inonde tout, et, moi, je languis vainement après lui ! (Tl
frappe ïe livre avec dépit, et considère le signe de l’Esprit de la terre-)
Comme ce signe opère différemment sur moi ! Esprit de la terre, tu te rapproches; déjà je sens mes forces s’accroître ; déjà je pétillé comme une liqueur nouvelle : je me sens le courage de me risquer dans le monde, d’en supporter les peines et les prospérités ; de lutter contre l’orage, et de ne point pâlir des craquements de mon vaisseau. Des nuages s’entassent au-dessus de moi! — La lune cache sa lumière... la lampe s’étêint ! elle fume !... Des rayons ardents se meuvent autour dé ma tète. Il tombe de la voûte un frisson qui me saisit et m’oppresse. Je sens que tu t’agites autour de moi. Esprit que j’ai invoqué ! Ah ! comme mon sein se déchire! mes sens s’ouvrent à des impressions nouvelles! Tout mon cœur s’abandonne à toi!... Parais ! parais ! m’en coutât-il la vie !
Il saisit le livre, et prononce les signes mystérieux de l’Esprit. II s’allume une flamme rouge, l’Esprit apparaît dans la flamme.
u’iïSPPJT.
Qui m’appelle?
Effroyable vision !
FAUST
FAUST
X, 'esprit.
Tu m’as évoqué. Ton souffle agissait sur ma sphère et mV tirait avec violence. Et maintenant. . .
FAUST
Ah ! je ne puis soutenir ta vue !
l’espeit.
Tu aspirais si fortement vers moi! Tu voulais me voirt m’entendre. Je cède au désir de ton cœur. — Me voici. misérable effroi saisit ta nature surhumaine! Qu’as-tu fait j ce haut désir, de ce cœur qui créait un monde en soi-même qui le portait et le fécondait, n’ayant pas assez de l’autre, et r tendant qu’à nous égaler, nous autres esprits? Faust, où es-it Toi qui m’attirais ici de toute ta force et de toute ta vois, est ce bien toi-mème, que l’effroi glace jusque dans les sources e la vie et prosterne devant moi comme un lâche insecte f rampe ?
FAUST
Pourquoi te céderais-je,' fantôme de flamme? Je suis Fans: je suis tou égal.
l’esprit.
Dans 1 océan de la vie, et dans la tempête de Faction, j morne et je descends, je vais et je viens ! Naissance et tomk Mer éternelle, trame changeante, vie énergique, dont j’ourds au métier bourdonnant du temps, les tissus impérissables,» tements animés de Dieu !
FAUST
Espiit créateur, qui ondoies autour du vaste univers, coubien je me sens petit près de toi !
l’esprit.
Tu es 1 égal de l’esprit que tu conçois, mais tu n’es pas égs à moi.
U disparaît.
FAUST, tombant à la renverse.
Pas à toi ! ... A qui donc ?... Moi ! l’image de Dieu ! Pas sesment à toi! (On frappe.) O mort! Je m’en doute; c’est m® seiviteur. Et voilà tout 1 éclat de ma félicité réduit à rien !