V AG VER
• Pardonnez ! Je vous entendais déclamer ; vous lisez sûrement une tragédie grecque , et je pourrais profiter dans cet art, qui est aujourd’hui fort en faveur. J’ai entendu dire souvent qu’un comédien peut en remontrer à un prêtre.
FAUST
Oui, si le urètre est un comédien , comme il peut bien arriver de notre temps.
VAC-SEK.
Ah ! quand on est ainsi relégué dans son cabinet, et qu’on voit le monde à peine les jours de fête, et de loin seulement, au travers d’une lunette, comment peut-on aspirer à le conduire un jour par la persuasion?
FAUST
Vous n’y atteindrez jamais si vous ne sentez pas fortement, si l’inspiration ne se presse pas hors de votre âme, et si, par la plus violente émotion, elle n’entraîne pas les cœurs de tous ceux qui écoutent. Allez donc vous concentrer en vous-même, mêler et réchauffer ensemble les restes d’un autre festin, pour en former un petit ragoût !... faites jaillir une misérable flamme du tas.de cendres où vous soufflez !... Alors, vous pourrez vous attendre à l’admiration des enfants et des singes , si le cœur vous en dit; mais jamais vous n’agirez sur celui des autres, si votre éloquence ne part pas du cœur même.
VAGXER.
Mais le débit fait le bonheur de l’orateur ; et je sens bien que je suis encore loin de compte.
FAUST
Cherchez donc un succès honnête, et ne vous attachez point aux grelots d’une brillante folie ; il ne faut pas tant d’art pour faire supporter la raison et le bon sens, et, si vous avez à dire
F AU ST
quelque chose de sérieux, ce n’est point aux mots qu’il vous appliquer davantage. Oui, vos discours si brillants 0t vous parez si bien les bagatelles de l’humanité, sont stérile comme le vent brumeux de l’automne qui murmure parmi k feuilles séchées.